SCÈNE VIII
M. LHOMME, entrant avec te commissaire. — Venez, Monsieur le commissaire ; voici les coupables : ma femme et mon ami.
LE COMMISSAIRE, galant. — Madame, je dois reconnaître que je n'ai pas encore eu affaire à une aussi jolie coupable. (Saluts.) Mais, il y a erreur I On m'avait promis un flagrant délit, et je vois des personnes qui causent ensemble.
M. LHOMME. — Justement ; une conversation criminelle...
LE COMMISSAIRE. — Madame, c'est vrai, ce que dit votre meri ?
M'"'' LHOMME. — Je nie tout.
LE COMMISSAIRE, à Narcissc. — A la bonne heure! Et vous. Monsieur, vous niez aussi, n'estce pas?
LE COMPAGNON NARCISSE. — ParblcU !
M. LHOMME. — Ils mcntcnt : je les ai vus ! Il n'y pas d'équivoque.
LE COMMISSAIRE, à Lhommc. — De quoi vous
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mèlez-vous d'abord ? Est-ce i^ vous ou à moi de décider s'il y avait de l'équivoque ou non ? Ma parole, vous vous croyez tout permis? Retirezvous, je vais interroger les prévenus. {Lhomme sort.) C'est stupide, cette histoire-là !
LE COMPAGNON NARCISSE, soupipant. — A qui le dites-vous? •
LE COMMISSAIRE. — Enfin 1 on me dérange de mon dîner...
LE COMPAGNON NARCISSE. — ... Pour la pcaU.
LE COMMISSAIRE. — Vous l'avcz dit. Vous ne pouviez donc pas prendre vos précautions ?
LE COMPAGNON NARCISSE. — Là 1 c'cst justement ce que je disais à Madame !
LÉ COMMISSAIRE. — On se tient sur ses gardes. On met un mouchoir, une chaise contre la serrure. Tenez, je vais aller avec Madame, dans la chambre à côté, et je parie que vous ne verrez rien du tout. (Il prend M"^^ Lhomme par la taille el r entraîne.)
LE COMPAGNON NARCISSE, courant après lui. — Eh bien!... Eh bien!... Bas les pattes, tout de suite!
LE COMMISSAIRE, même jeu. — Laissez donc, c'est pour vous montrer ! Viens, ma chérie! (// embrasse J/'"<^ Lhomme,)
LE COMPAGNON NARCISSE. — Je COUPS chercher le commissaire de l'autre quartier !
LE COMMISSAIRE, même jeu. — Il est absent... commençons l'expérience.
LE COMPAGNON NARCISSE. — Alors, j'appelle Lhomme, si vous continuez.
Je suis perdue!
LE COMMISSAIRE. — Bien... bien... puisque vous ne voulez pas î Mais, vous comprenez, je n'ai guère envie de revenir une seconde fois : procès-verbaux, rapports, instruction, un tas de corvées ennuyeuses... Jurez-moi que vous ne vous laisserez plus pincer...
LE COMPAGNON NARCISSE. — NoUS fcrOUS UotrC
possible ; n'est-ce pas, chère amie?
M*"^ LHOMME. — Oh ! dès que j'aurai un peu plus d'habitude.
LE COMMISSAIRE. — Il n'y a que le premier
LE COMPAGNON NARCISSE
faux pas qui coûte. Enfin, mes enfants, je vous en prie, de la prudence à l'avenir ! Vous avez
3Kl2fa«
Justement! une conversation criminelle
affaire à un homme ombrageux, orgueilleux, c'est bien le moins que vous ménagiez les apparences. [Appelant :) M. Lhomme!
M. LHOMME, entrant. — Ils ont avoué ?
LE COMMISSAIRE. — Vous avcz lêvé ! . . . Ils sont innocents... Vous me dérangez pour rien !
M. LHOMME. — C'est trop fort!... quand j'ai vu ... de mes yeux vu ! . . .
LE COMMISSAIRE. — Vous voyez jaune. Que voulez- vous, ça ne suffit pas ! Et je vous engage à ne pas réitérer cette petite plaisanterie, mon garçon, sinon il pourra vous en cuire de déranger ainsiles magistrats, à l'heure du dîner ; songez-y ! {A 3/"''' L homme :) Mes respects, Madame. Au revoir. {Fausse sortie. Lhotnme et le compagnon Narcisse se regardent : le commissaire rentre tout doucement et embrasse 3/'"^ Lhomme, les autres se retournent.) Mille pardons! Bonsoir la compagnie ! (// plonge et disparaît.)
M. LHOMME, amer, à Narcisse. — Hein? Vous triomphez! Me voilà bafoué, ridiculisé, dupé, et c'est tout juste si on ne m'envoie pas en prison !
LE COMPAGNON NARCISSE, riant. — Vrai, vous n'êtes guère veinard!... Et pourtant c'est contre toute vraisemblance.
M. LHOMME. — Moquez-vous de moi, par-dessus le marché! Installez-vous, prenez ma place ; moi, je m'en irai. [M"^"^ L homme pleure.) Mangez mon pain, buvez mon vin ; vous êtes chez vous !
LE COMPAGNON NARCISSE. — Mcrci dc votrc bonne offre! Je l'accepte. Mais je ne veux pas être en reste. (// sort.)
M. LHOMME. — Fumez mon tabac dans ma pipe... Tiens, où est-il passé? {Le compagnon
LE COMPAGNON NARCISSE
I\arcisse rentre apportant un sac d'argent et te pose près de Lhomme qui tourne vivement te dos.) LE COMPAGNON NARCISSE. — Lhomme ! . . . C'est un sac d'argent... près de toi... {Lhomme ne bouge pas^ Narcisse sort et rentre avec un deu-
Lhomme!... deux sacs d'argent.
xième sac d'argent.) Lhomme... deux sacs d'argent... hé... ! {Lhomme ne bouge pas ptus; te, compagnon Narcisse sort et revient avec un autre sac d'argent.) Lhomme, regarde... quatre sacs d'argent !
M. LHOMME, après un sitenee, jetant un regard de côté sévère. — Il n'y en a que trois !
LE COMPAGNON NARCISSE, revenant avec un qua-
tricme sac. — Voilà... Le compte y est... Eh bien ?
LHOMME, tendant la main. — Je ne dois pas bouder... prends cette main.
LE COMPAGNON NARCISSE. — Non, pcrmcts-moi de t'embrasser. [Ils s embrassent.)
Permets-moi de t'embrasser.
LHOMME. — Au fond, tu n'as pas une mauvaise nature.
M'"'^ LHOMME, sanglotant comme an veau. — Je pleure de joie !
LE COMPAGNON NARCISSE
LE COMPAGNON NARCISSE, à Lhomme. — Et elle... ne lui pardonneras-tapas?
M. LHOMME. — M"'*' Lhomme, puisque le compagnon Narcisse intercède pour vous... Je vous pardonne. Je consens à oublier le...
LE COMPAGNON NARCISSE, soufflanl. — ... Léger nuage.
M. LHOMME. — C'est ça... le léger nuage qui a obscurci un instant notre ciel. Venez dans mes bras. (// r embrasse.)
Venez dans mes bras.
M'"^ LHOMME, gaie. — Vite, à table... la petite marmite refroidit. [Ils sortent.)
M. LHOMME, à Narcisse. — Il faudra que je t'achète un rond de serviette... [Rideau.)
LA DEMOISELLE A MARIER
LA DEMOISELLE A MARIER
A Hugues Delorme.
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