MME
M'"^ LHOMME. — Encore? Hier, c'était le cocher, avant-hier le laitier et le boucher...
Encore? hier, c'était...
M. LHOMME. — Tous Ics foumisscurs y passcnt ! Je sais bien qu'elle n'y met pas malice, mais vous verrez qu'il lui arrivera malheur. On ne joue pas impunément avec le feu.
M™^ LHOMME. — A vingt aus, un pareil tempérament! Est-ce pas désolant!
M. LHOMME. — Il est tcmps de la marier.
M™'' LHOMME. — J'avais prié la tante Germaine de nous chercher un jeune homme dans les nuances blondes. J'attends toujours sa réponse.
M. LHOMME. — Lui as-tu bien dit tout ce qu'elle devait dire et tout ce qu'elle ne devait pas dire ?
LA DEMOISELLE A MARIER
M™^ LiioMME. — Elle a le chiffre de la dot, Vàge de la petite ; il est convenu qu'elle oublira de mentionner le frère et qu'elle nous vieillira. Une fille unique, c'est plus demandé.
M. LHOMME. — Elle passera le tempérament sous silence, hein?
xM'"'* LIIOMME. — La tante Germaine est une femme de tact; elle a, en outre, promis d'affirmer que la petite serait son héritière.
M. LHOMME. — Ou'est-ce qu'elle risque? Son bien est en viager. Enfin, c'est curieux que personne ne se soit présenté.
D'abord, j'exige que mon gendre ait de la fortune.
M"'*^ LHOMME. — On sait que nous ne prendrions pas le premier venu.
M. LHOMME. — Le premier venu, peut-être pas ; mais le second aurait des chances. D'abord, j'exige que mon gendre ait de la fortune.
M'"^ LIIOMME. — Ah! je ne vends pas ma fille.
M. LHOMME. — Je ne la vends pas, je la donne. Mais il ne faut pas qu'elle tombe à notre charge, avec un mari par-dessus le marché. [S'atiendrissant.) Pauvre petite !... Je veux la voir heureuse, la chère enfant! Te rappelles-tu comme elle était mignonne dans son petit berceau?
M™*' LHOMME, de même. — Oh ! oui.
M. LHOMME. — Elle avait déjà tant de grâce et de gentillesse, tant de...
^imc LHOMME, regardant à la coulisse. — Lhomme, la voilà encore avec le jardinier !
M. LHOMME, changeant de ton. — Nom d'un tonnerre ! Je te vais lui flanquer une de ces danses ! (// sort.)
M™^ LHOMME, regardant et criant. — Monsieur Lhomme... Monsieur Lhomme... Tape pas sur la figure... Tiens, sur la joue! tiens quelque part! Assez ! assez ! elle a son compte. (En se retournant ^ elle heurte tante Germaine qui entre.) Pardon ! tante Germaine ! Nous ne vous attendions guère !
TANTE GERMAINE, cssoufflée. — Clièrc... chèrc
LA DEMOISELLE A MARIER
amie... j'ai couru pour vous annoncer la bonne nouvelle. Appelez Lhomme, tout de suite ; pas de temps à perdre.
M"'^ LHOMME. — Qu'avez-vous ? Le feu a pris chez vous ?
TANTE GERMAINE. NoU... J'CU ticUS UU !
M'"^ LHOMME. — Un quoi ?
TANTE GERMAINE. — Un, dc prétendant ! Je crois que ça y est. Pas sans peine !
M"'^ LHOMME, sautant. — Ah ! mon Dieu !... Vrai ? Ah ! ça, c'est bon, par exemple ! Lhomme ! Lhomme ! Viens vite ! la tante Germaine en tient un !
M. LHOMME. — Un quoi ? Bonjour, tante Germaine.
M""' LHOMME. Un, de prétendant! Penses-tu?
M. LHOMME. — Non? pas possible? Ah! ma chère, c'est bien de votre part î
TANTE GERMAINE, — Il va vcuir ; il désire vous surprendre ! Il se présentera sous un prétexte quelconque.
M. LHOMME. — Oui, c'cst l'habitudc ; il viendra soi-disant pour acheter un terrain. Gomment est-il ?
TANTE GERMAINE. — Il sc nommc Daniel Langoureux ; c'est vous dire qu'il est blond, qu'il a des rentes ; et je crois qu'il a mené la vie.
M. LHOMME. — 11 faut quG Ics jeuncs gens jettent leur gourme. 11 n'a plus de parents ?
TANTE GERMAINE. — PluS UU Seul.
M. LHOMME. — Vous avcz précisé la dot?
TANTE GERMAINE. 3oO,000 ; c'est Ça ?
M. LHOMME. — Vous avez eu tort de préciser ;
Je te vais lui flanquer une de~cesvdanses 1
si les dispositioijs du jeune homme sont bonnes, je diminuerais volontiers la dot.
TANTE GERMAINE. — Oh ! M. Laugoureux ne se laissera pas faire.
M.'LHOxMME. — Ta ! ta 1... Le cœur a ses raisons que la raisonne connaît pas... mais dont elle profite. Je ne vois pas la nécessité de me saigner pour ce monsieur.
TANTE GERMAINE. — Vous vcrrcz, il cst aussi fort que vous. Où est la petite?
LA DEMOISELLE A MARIER
M'"^moMME. — Avec le jardinier... ou avec le cocher. {Appelant :) Agnès ?
VOIX AU LOIN. — M'man.
... Et je crois qu'il a mené la vie.
m''"^ liiomme. — La voilà. Préparez-la, tandis que nous mettons nos beaux habits. [Ils sortent.)
TANTE germaine. — Ma nièce ! Chère enfant! Ça n'a pas vingt ans, et c'est déjà malin comme chausson !
AGNÈS.— Oh! ma tante, si vous étiez venue plus tôt, vous m'évitiez des coups.
TANTE GERMAINE, attendrie. — Bonne petite ! Dans peu de temps, ce ne seront plus tes parents qui te battront !
AGNÈS. — Hein? on me marie ? Veine ! il va
venir, le monsieur?
8o MONSIEUR ET MADAME LHOMME
TANTE GERMAINE. — Tout à l'iicure. M. Daniel Langoureux...
AGNÈS. — Le joli nom !
TANTE GERMAINE. — M. Langoureux est blond, jeune, riche et orphelin...
Déjà malin comme chausson
AGNÈS. — Il a tout pour lui ! Il ne voudra pas de moi !
TANTE GERMAINE. — Il faut que l'affaire réussisse. Tâche de te surveiller, hé? Sauve les apparences ; plus tard, une fois fiancée, tu te rattraperas. Tu as compris?
LA DEMOISELLE A MARIER
AGNÈS. — Mais, s'il est trop gentil, je n'y résisterai pas !
TANTE GERMAINE. — Déplorable ! Il n'engagerait plus sa liberté, après. En fait de mariage, deux tu l'auras, valent mieux qu'un bon tiens !
AGNÈS. — Et, s'il devient trop entreprenant, faudra-t-il avoir l'air de ne rien savoir, et céder?
TANTE GERMAINE. — Certes ! C'est dangereux, mais c'est préférable; d'ailleurs, je te donnerai un petit sifflet.
AGNÈS. — Un petit sifflet ? pour quoi faire?
TANTE GERMAINE. — Pour appeler ton père, au
moment voulu. Le jeune homme est bien élevé ; toutefois, il faut mieux prévoir le cas où il cesserait de l'être.
• AGNÈS. — Dieu, que c'est dur, de se marier ! quand il serait si bon d'enjamber les vaines formalités !
TANTE GERMAINE. — Cliut ! malhcurcuse ! n'allez pas lui raconter de pareilles choses ! Il se sauverait!
AGNÈS. — Ne craignez rien, j'ai trop envie de me marier pour être libre.
TANTE GERMAINE, désignant la coulisse. — Regarde, regarde! Ce monsieur qui vient, comment le trouves-tu ?
AGNÈS. — Oh! qu'il est joli ! ma tante, on en ferait son amant et point son mari !
TANTE GERMAINE. — Cette petite ne manque pas de bon sens ! Courons prévenir ton père. [Elles sortent.)
DANIEL, entrant seul. — Le long du chemin, j'ai pris mes informations. On n'a pas exagéré la fortune, les parents sont beaucoup plus jeunes et la demoiselle a un frère. N'était-ce ce frère, l'affaire serait de premier ordre ; cependant je la juge encore passable. Faut se marier ; donc autant cette fille-là qu'une autre que je connaîtrai mieux ! Au moins elle me réserve peut-être
LA DEMOISELLE A MARIER
des surprises ; l'imprévu, voilà ce que jecherche.
AGNÈS, entrant. — Vous demandez, Monsieur?
DANIEL. — Les Lhomme, c'est ici ?
AGNÈS. — Oui, Monsieur, j'avertirai mon père, si vous le désirez.
On en ferait son amant.
DANIEL. — Un instant, rien ne presse, le père Lhomme ne m'intéresse guère ; quelque forban comme il y en a tant ! Vous êtes fichtrement jolie, vous savez !
AGNÈS. — Une jeune fille bie^n élevée ne doit pas écouter ces propos.
DANIEL. — Laissez-moi VOUS dire au moins que votre mari ne s'embêtera pas.
AGNÈS. — Oh! j'en réponds ! Je touche du piano et je lis à merveille, et je connais une foule de jeux pour remplir les grandes soirées d'hiver.
DANIEL. — Vous me comprenez mal. J'entendais par là qu'il y avait à passer avec vous un bon quart d'heure, car vous êtes râblée.
AGNÈS. — Un quart d'heure seulement? Oh! j'ai plus de conversation que vous ne le supposez, Monsieur. Demandez à mes parents.
DANIEL. — Vous moqueriez-vous de moi '-* Vous avez la mine d'en connaître long, malgré vos yeux baissés.
AGNÈS. — Vous avez raison, j'en connais beaucoup ; tout ce qu'une jeune fille apprend, on me l'a appris ; j'ai complété toute seule mon éducation. Il restera bien peu de chose à faire à mon mari .
DANIEL. — Vous a-t-on appris ce qu'il en était de l'amour !
AGNÈS. — Par exemple ! Je pense bien ! C'est un petit enfant tout nu que l'on voit sur toutes les pendules, dans les maisons bourgeoises.
DANIEL. — Voire ! Mais estimez-vous possible que les enfants naissent sous les choux ?
AGNÈS. — Oh ! je n'ignore pas qu'ils viennent par l'oreille, et c'est pour nous en préserver que
LA DEMOISELLE A MARIER
Ton nous oblige à porter des bandeaux pardessus ; ils empêchent que l'on nous glisse un enfant à notre insu, pendant notre sommeil. (^4 part :) Je crois que je suis allée un peu loin. DANIEL. — Mademoiselle, ou bien \ous êtes un miracle d'innocence, ou bien vous êtes une mer-
L'imprévu, voilà ee que je cherche.
veille d'astuce. Dans les deux cas, vous me plaisez et je vous épouse. Envoyez-moi le hideux auteur de vos charmants jours.
AGNÈS, sortant. — Votre servante. Monsieur.
DANIEL, se«/. — Elle me plaît; premier point.
Second point, elle possède les qualités qui ornent les deux modèles d'épouse souhaitable. Reste à ne pas me laisser rouler par le père ; troisième point.
M. LHOMME, entrant. — On me dit que vous me
Mademoiselle, ou bien vous êtes un miracle dinnocence...
demandez. M. Daniel Langoureux, n'est-ce pas ?
DANIEL. — Et je m'en vante.
M. LHOMME. — Vous vciiez pour un achat de terrain ?
DANIEL. — Non, je viens pour votre fille.
LA DEMOISELLE A MARIER 87
M. LHOMME, étonné. — Ah ? Gomme ça ? Brutalement ?
DANIEL. — Je n'ai pas besoin de terrain, mais de votre fille. Je Tai vue tout à l'heure.
M. LHOMME, inquiet. — Eh bien ? Comment la trouvez-vous? Un peu libre, n'est-ce pas?
DANIEL.. — Au contraire: modeste, réservée, bien élevée.
M. LHOMME. — Vous êtcs bicH sùr que c'est à ma fille que vous avez parlé ?
DANIEL. — Sùr. En principe elle me plaît beaucoup. Maintenant, parlons chiffres.
M. LHOMME. — Les chiffrcs sont les mêmes : deux L entrelacés.
DANIEL. — Je parle du chiffre des apports. C'est 3oo,ooo, m'a-t-on dit ?
M. LHOMME. — Oui i Ics rcutcs dc 200,000, c'està-dire 10.000, plus 100.000 net.
DANIEL. — Ileuh ! Enfin, le tiers comptant, c'est déjà quelque chose. En quoi les loo.ooo ?
M. LHOMME. — Voilà ; je suis un homme prévoyant, moi. Tout petit, je songeais à ma future famille, à la fille que j'aurais plus tard, et à la dot que je lui donnerais. Et je mettais de côté les pièces du Pape, les Suisses assises, les monnaies argentines et brésiliennes, les sous chinois ; mes
amis m'en apportaient. Ga finit par faire une somme : vingt mille francs.
DANIEL. — Vraiment ?
M. LHOMME. — Pas un sou de moins. Vous aurez peut-être un peu de mal à faire passer tout ça ; ce sera un intérêt dans votre existence; il est
Voilà, je suis un homme prévoyant.
bon qu'un jeune homme ait une occupation. Quant au reste, ce sont des actions de journaux, des titres avec des images très curieuses, des obligations devenues introuvables, des assignats de la P® République. J'ai eu ça au poids du papier ; une affaire exceptionnelle. Vous tirerez parti du tout.
LA DEMOISELLE A MARIER
DANIEL. — En effet. Et la rente des 200.000 ?
M. LiiOMME. — Je ne consentirai pas à me séparer de ma fille. Je vous donne le logement, un joli appartement qui vaut dans les 3. 000, plus.
Les 10.000 francs de rente annoncés.
les contributions qui [font 200. Je vous offre le couvert ; l'ordinaire de la maison est excellent; il vous coûterait 20 francs par jour et par tête dans un hôtel ; moi, je vous passe cela pour 5ooo francs. On vous blanchira chez nous ; avec le chauffage et l'éclairage^ vous voyez que cela fait juste les 10.000 francs de rente annoncés.
go MONSIEUR ET MADAME LIIOMME
DANIEL. — Monsieur Lhomme, me prenezvous pour une poire?
M. LHOMME. — Ah î j'oubliais; ma fille est légataire universelle de sa tante Germaine.
DANIEL. — ... dont le bien est en viager. Vous oubliez aussi que vous avez un fils.
M. LHOMME, abasourdi. — Ah çà, vous êtes joliment renseigné, vous !
DANIEL. — Pas mal, merci. Et vous ?
M. LHOMME. — Moi aussi ; je connais vos fredaines. Vous menez la vie, mon bon.
DANIEL. — J'ai jeté ma gourme, comme tout le monde.
M. LHOMME. — N'empêche que vous n'êtes plus de la première fraîcheur.
DANIEL. — J'ai de l'expérience, aussi. Enfin, vous êtes résolu à ne pas lâcher un sol ?
M. LHOMME. — Ah! fi! jeune homme! Vous marchandez ? Si vous épousez ma fille, c'est pour ses beaux yeux.
DANIEL. — Mais ce n'est pas pour les vôtres.
M. LHOMME. — Vous êtcs riclie pour deux. D'ailleurs, vous trouverez ma fortune après ma mort.
DANIEL. — Oui, on dit ça ! Et vous traînerez en longueur. Je ne veux pas que l'on m'accuse de désirer votre mort.
LA DEMOISELLE A MARIER 9I
M. LHOMME. — Vous désirez ma ruine, Monsieur ; ou ma fille vous plaît, et alors les affaires d'argent ne comptent pas pour vous ; ou elle ne vous plaît pas, et alors, arrêtons-nous là. Réfléchissez; à tout à l'heure. (// sort.)
DANIEL, — Ah ! c'est dégoûtant de tenir ainsi h son argent. Ce xieil Arabe me soulève le cœur. Tant pis pour la petite, j'aurais fait son bonheur.
AGNÈS, entrant. — Vous avez vu mon père?
DANIEL. — Oui; ça ne marche pas, ou plutôt je ne marche pas.
AGNÈS. — Vous n'épousez plus ?
DANIEL. — Non. Votre père a des prétentions inabordables. Je le regrette, car vous me plaisiez.
AGNÈS. — Si ce n'est que ça ! Vous n'allez pas partir ainsi.
DANIEL. — Comment?
AGNÈS. — Tant que vous avez eu des idées sur moi, j'étais tenue il une certaine réserve.
DANIEL. — Et maintenant ?
AGNÈS, r embrassant. — Maintenant que la chose est ratée, je ne suis plus tenue. Tiens ! tiens! ! (Baisers.)
DANIEL. — Oh ! mais ! oh ! ! mais ! ! !
AGNÈS. — Vous ne pouviez pas avoir fait le
voyage pour rien. Venez par là, je connais un petit coin où on ne nous dérangera pas.
DANIEL. — Vous êtes bien aimable, mais... je crains d'abuser.
AGNÈS. — De rien, de rien, c'est moi qui offre. (Ils sortent.)
M. LHOMME, entrant. — Qu'est-ce qu'elle me chante, la tante Germaine, avec son sifflet ? Je n'ai rien compris. Elle est un peu folle, la brave femme.
M"^'' LHOMME, entrant. — Il n'acceptepas,hein? Quand je te le disais!
M. LHOMME. — Il se décidera. [On entend un coup de sifflet.) Tiens? Tu entends? On siffle.
M'"« LHOMME. — C'est Ic chicH, sans doute. Et alors, ce monsieur s'en va?
M. LHOMME. — 11 s'en va. Je ne le retiens pas, tu penses : un monsieur qui discute...
M™® LHOMME. — Tu as tort, il ne s'en présentera peut-être plus d'autre.
M. LHOMME. — Alors j'augmenterai la dot. [On siffle.) Qui est-ce qui siffle comme ça, c'est insupportable !
M™*^ LHOMME. — Laisse, c'est le chien. Et si, d'ici là, la petite fait des bêtises ?
M. LHOMME. — J'augmenterai encore le chiffre
LA DEMOISELLE A MARIER 98
de la dot. Voici la tante Germaine, demande-lui son avis.
TANTE GERMAINE, entrant. — Il a réfléchi, où est-il ?
M. LHOMME. — Le prétendu? Il est avec la petite ; en ce moment, il se tûte. Je trouve qu'il est bien long- à l'interroger. J'ai envie d'aller voir.
TANTE GERMAINE. — Soycz tranquille ; j'ai donné un sifflet à ma nièce.
M. LHOMME. — Ah! c'était donc elle ! Pourquoi, un sifflet?
TANTE GERMAINE. — Si cc mousicur dcvicut trop entreprenant, à la dernière extrémité elle doit siffler pour vous appeler.
M. LHOMME. — Hein? {On siffle.) Mais alors?
TANTE GERMAINE. — Jc ci'ois qu'il cst tcmps d'y courir.
M. LHOMME. — Malheureuse ! C'est la troisième fois qu'on siffle.
TANTE GERMAINE. — DaUS CC CaS, il u'cst pluS
temps.
M. LHOMME, décidé. — Madame Lhomme, va me chercher un bûton. (M"""" Lhomme sort avec tante Germaine.) J'attends ce monsieur ici ; il nous a outragés trois fois, je doute qu'il ait assez de tempérament pour nous outrager une quatrième. (// sort.)
DANIEL, entrant avec Agnès. — Ah ! vous comprenez riiospitalité, vous, à la manière écos-
^^/y Tiens ! Tiens !! Tiens !!!
saise... jambes nues. Je ne sais comment vous remercier.
AGNÈS. — De rien, c'est moi qui vous dois des remerciements.
DANIEL. — Mais, une petite question : pourquoi diable siffliez-vous chaque fois que...
LA DExMOISELLE A MARIER
la pantomime remplaçait la conversation ?
AGNÈS. — Ma tante me l'avait recommandé.
Je suis très aise que Ton nous ait laissés tran-
e vous avoue que vous êtes le premier qui mait autant intéressée
quilles. Vous garderez de moi un bon souvenir? DANIEL. — Je regrette que votre père me prive du plaisir d'être votre mari. Oh ! je sais ce que je perds, maintenant. Que voulez-vous: il n'est pas raisonnable.
AGNÈS. — Je VOUS avoue que vous êtes le premier qui m'ait autant intéressée. Allons, adieu,
Elle l'embrasse.
vous n'avez que le temps de gagner la gare, et vous devez être fatigué. {Elle Vembrasse.)
ms
LA DEMOISELLE A MARIER
DANIEL. — xVdieu. (Elle s'en va.) Vraiment, c'eût été une très agréable compagne.
M. LHOMME, entrant avec un bâton dans les hras. — Je vous cherchais, Monsieur. Il faut que j'aie une explication avec vous.
DANIEL. — Dépêchez-vous, le premier train part dans vingt minutes.
M. LHOMME. — Vous avcz gravement compromis ma fille.
DANIEL. — Moi ? Qui vous a dit ?
M. LHOMME. — Je précise; par trois fois, vous avez outragé mon foyer. J'ai compté les coups de sifflet.
DANIEL. — Que ne m'avez-vous arrêté dès le premier? J'ai cru que c'était l'habitude de la maison.
M. LHOMME. — Monsieur, vous allez épouser ma fille.
DANIEL. — Non, je sors d'en prendre.
M. LHOMME. — Soit; je vous briserai les os. (7^ prend le bâton et frappe.)
DANIEL. — Si , si ,j 'épouse ! Quel homme prompt î Mais au moins vous donnez une dot sérieuse : les 3oo.ooo annoncés?
M. LHOMME. — Par exemple ! vous avez ravi l'honneur de ma fille ; ce n'est pas une raison suffisante pour que je vous octroie ma fortune par-dessus le marché. Vous n'aurez rien !
DANIEL. — Je n'aurai rien ? Frappez donc ; j'en serai quitte pour quelques bleus.
M. LHOMME, posant le bâton. — Voyons, je veux me montrer conciliant; cent mille, cela suffirait ?
DANIEL. — • Point! reprenez votre bâton, j'aime mieux les coups.
M. LHOMME, reprenant le bâton ^ puis le posant. — Allons, deux cent mille.
DANIEL, tendant le dos. — Non, non! Je ne suis pas intéressé ; fi ! que c'est vilain ! Battezmoi.
LA DEMOISELLE A MARIER
M. LHOMME. — Deux Cent cinquante?
DANIEL. — Nullement; rossez-moi vite; à ce prix-là, je ne suis pas un homme d'argent.
M. LiiOMME, prenant le bâton. — Puisque vous
n'entendez pas raison. {Le posant :) Tenez, trois cent mille, mais pas un sol de plus !
DANIEL. — En bonnes valeurs cotées?
M. LHOMME. — Un vrai placement de père de famille : une part de commandite dans une maison galante !
DANIEL. — Allons signer le contrat. {Ils s embrassent.)
M. LHOMME. — Madame Lhomme, Agnès, tante Germaine ! [Elles entrent.) Nous sommes d'accord avec Monsieur, il prend notre fille.
M"™*' LHOMME, tombant dans les bras de Daniel. -7- Ah ! mon gendre ! Rendez-la heureuse'.
AGNÈS, vivement. — C'est déjà fait !
VALEURS A LOTS
VALEURS A LOTS
PERSONNAGES
CHUBIN. I M. LHOMME.