SCENE IV
M""*^ LHOMME SEULE, puis LE VICOMTE
M"^^ LHOMME. — Il semble que cette fille a des soupçons de mon intrigue. Dès que le vi-
comte Narcizzio sera mon amant, il achètera le silence de la bonne, comme ça se fait généralement. (On sonne.) Ah! Lui, enfin ! (Elle va ouvrir, puis rentre en scène.) Par ici, mon cher vicomte, vous m'embrasserez dans le salon.
LE VICOMTE, beaucoup de chic, de bijoux, de
FLIRT NOCTURNE
redingote et d'accent ras ta. ^— Ah ! c'est le salon? Il est pas mal, il est joli.
M"^'' LHOMME. — Maintenant, embrassez-moi.
Par ici, mon cher vicomte, vous m'embrasserez dans le salon.
LE VICOMTE. — A propos, c'est vrai. (// rembrasse.) Et... la chambre de mon adorée ?
M'"*^ LHOMME, pudiquement. — Oh !... pas si vite.
LE VICOMTE. — Ce n'est pas pour ce que vous pensez ! Je m'oriente seulement.
l38 MONSIEUR ET MADAME LHOMME
M^^'LHOMME. — Ma chambre est là... N'en abusez pas !
LE VICOMTE. — Et la bonne ?. . .
M™^ LHOMME. — Elle couche là, n'en abusez pas non plus. D'ailleurs, je l'ai éloignée ce soir.
LE VICOMTE. — Vous êtcs sculc, alors ? Votre mari ?
M'"^ LHOMME. — Il voyage.
LE VICOMTE. — Le lâche, qui laisse une faible femme toute seule ! N'avez-vouspas peur?
M"^'' LHOMME. — Que uon ! Je suis solide, j'ai du biceps de quoi assommer un bœuf. Tenez. {Elle lui donne plusieurs coups de poing violents)
LE VICOMTE. — Eh là!... Eh là! Doucement! N'abîmez pas l'homme qui vous aime.
M"™^ LHOMME, tendre. — Oh ! oui, vous m'aimez ! Répétez-le-moi.
LE VICOMTE. — Si je ne vous aimais pas, seraisje ici? On voulait me retenir, chez la duchesse» où j'ai dîné. J'ai dû me sauver.
M™^ LHOMME. — Quelles intrigantes que ces femmes du monde ; elles essayentde vous voler à moi, mon cher amour.
LE VICOMTE. — Elles pcuvént se brosser, mais elles ne m'auront pas. Quel joli meuble vous avez là ?
FLIRT NOCTURNE 189
M'"^ LHOMME. — C'est le secrétaire de mon mari ; c'est là qu'il serre son argent, le vieux grigou. Croyez-vous que je n'en ai même pas la clef?
LE VICOMTE. — C'est uu infâme gueux ! Que mettez-vous dans cette commode ?
M*"^ LHOMME. — Ma vieille argenterie de famille.
LE VICOMTE. — Touchante habitude !... Que vous êtes jolie ce soir, ma belle !
M"'*^ LHOMME. — Prenez-moi dans vos bras. Je ferai tout juste la résistance qu'il faut pour prouver que je suis une femme honnête. [Elle se jette clans ses bras.)
LE VICOMTE, la repoussant. — Non... ne profanons pas le sentiment que nous avons l'un pour l'autre !... Tiens? vous ne portez pas de bijoux ?
M™*' LHOMME. — J'en ai beaucoup, mais je les laisse dans mon armoire à glace... Ah vicomte... Vous me fascinez ! [Elle se jette dans ses bras.)
LE VICOMTE. T— Merci... Mais l'amour que vous m'inspirez ne comporte aucune sensualité.
M™^ LHOMME. — Puisque vous l'exigez, passons dans ma chambre. (Elle le prend par le bras.)
LE VICOMTE, se débattant. — Non, non, je ne suis pas pressé.
l4o MONSIEUR ET MADAME LHOMME
M'"*" LHOMME. — Vous n'osez pas l'avouer, vous en grillez d'envie. [Elle le tire.)
LE VICOMTE, même jeu. — Je vous assure que non.
Je suis solide, j'ai du biceps de quoi assommer un bœuf.
M™^ LHOMME. — Il y a là un souper fin qui vous attend. [Elle le tire.)
LE VICOMTE, courant au tour des meubles pour lui échapper. — Je n'ai pas faim.
FLIRT NOCTURNE
M'"'' LHOMME, courant après lui. — Je suis à toi... je suis à toi... [Elle le saisit.) Je te tiens !
LE VICOMTE. — Arrêtez, on ouvre la porte... (i/'"« Lhomme le lâche,)
Ah! vicomte... vous me fascinez...
M'"*^ LHOMME. — Quel enuui ! c'est la bonne qui rentre...
LE VICOMTE, à part. — Sauvé ! [Haut :) Je file... je ne veux pas que vous soyez compromise
par ma faute ! [On voit entrer la bonne.) Chère Madame, merci pour votre charmante réception et croyez que j'emporterai d'ici le meilleur souvenir... (// salue.) Le meilleur souvenir. (// sort.)
Je te tiens...