‹ M. & Mme. LhommeChapitre 42 sur 65 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

M'"c FOIN, PUIS LE DÉMÉNAGEUR

M'"« FOIN, lisant. — « Voici votre chambre et voici la mienne! » Il est passionnant, ce roman... Et penser que je l'aurai bientôt fini ! Quel dommage ! Chez tous mes locataires, j'ai commeçaun livre en train, j'en lis un petit bout, en faisant le ménage, chaque jour... J'aiun Marcel Prévost à l'entresol, un Rourget au premier, un About au second, Eugène Sue au troisième : cinq avec celuici. Cette maison-là me donne bien du travail... « Voici votre chambre et voici la mienne... » (On frappe.) Entrez ! {Elle continue à lire.)

LE DÉMÉNAGEUR, avcc uuc feuillc, sur la porte. — M. Julien Pusserel, c'est ici ?

jyjinc FOIN, lisant. — Oui...

LE DÉMÉNAGEUR, entrant. — Il est chez lui ?

M"''' FOIN ^ lisant. — Non...

LE DÉMÉNAGEL'R^ s approchant. — Dites donc, la bonne... si c'était un eiïct de voire bonté, vous pourriez répondre mieux que ça...

M'"° FOIN, furieuse, se retournant. — De quoi ?. .. la bonne ? Malhonnête ! Je sais la concierge de la maison

JULIEN n'est pas UN INGRAT igS

LE DÉMÉNAGEUR, ôtant soîi honnet. — Pardon, excuse, princesse, je croyais... c'était rapport au balai...

m"^« foin, — Je consens à faire le ménage des locataires. . .mais je ne suis pas leur bonne. Qu'estce que vous demandez ?

LE DÉMÉNAGEUR. — G'cst maître Painfrais qui nous envoie ; mon camarade est resté en bas. J'ai le papier...

M'"c FOIN, prenant le papier. — Ah ! Mon Dieu, c'est pour aujourd'hui, je n'y pensais plus .

LE DÉMÉNAGEUR. — Pour aujourd'hui... M. Pusserel y aura pensé, lui.

M'ne FOIN. — Ouiclie ! ... Il est toujours le dernier à s'occuper de ses affaires... Je suis sûre qu'il ne se rappelle seulement pas cette histoire-là... Il est sorti ce matin, de bonne heure... Attendezle... ^

LE DÉMÉNAGEUR. — Pourquoi faire? J'ai rien à y dire.

M'"e FOIN. — Il a dû trouver l'argent...

LE DÉMÉNAGEUR. — Je Ic souhaitc pour lui. M*' Painfrais m'a dit : « Pas de discussion ; la somme... ou enlevez î »

m"°« FOIN. — Oui, on n'est pas tendre, dans la profession d'huissier... Ça m'ennuie pour ce pauvre M. Pusserel... Enfin, contre la force il n'y

a pas de résistance. [Regardant la pendule :) Il est onze heures... Sur la feuille, la vente est marquée pour midi... Revenez à midi.

LE DÉMÉNAGEUR. — Cependant M*^ Painfrais m'a recommandé...

M^c FOIN. — Hé ! regardez-moi donc de pr.ofil ! Est-ce que j'ai l'air d'une femme à qui on monte le coup? A midi, je vous dis, pas avant. C'est compris?

LE DÉMÉNAGEUR, S en allant. — Bien, bien... vous fâchez pas, je calte... Bonsoir à vos poules. (// sort.)

M™« FOIN, seule et rangeant le livre. — Ah ! jeunesse, jeunesse ! Moi, dans les temps, j'étais folle des gaillards comme M. Julien ; un garçon bien tourné, un peu coureur, un peu toqué, bon cœur et pas de tête. Il va falloir lui annoncer la chose doucement. [On entend chanter à la cantonade.) Et il chante!

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