‹ M. & Mme. LhommeChapitre 5 sur 65 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

M. LHOMME. — Une vraiment gracieuse créature, que ma femme ! J'espère que mon ami lui plaira. Je n'avais pas d'ami, jusqu'ici; mais je compte me distinguer du vulgaire en choisissant Narcisse ; il me fera valoir, je sortirai souvent avec lui, j'aurai des secrets qu'il sera le seul à connaître, et il m'aidera à mettre mon vin en bouteille. [On sonne.) Je parie que le voici. {Entre le compagnon Narcisse avec un bouquet.) C'est toi, enfin. Je te tutoie, puisque tu es mon ami. Pour qui ces fleurs? C'est donc ma fête?

LE COMPAGNON NARCISSE dépose SOU boucjuet. — - En passant devant une fleuriste, j'ai songé à M™'' Lhomme. Et... tu vas bien?

M. LHOMME. — De mon mieux. Je vais te présenter à ma femme.

LE COMPAGNON NARCISSE, s'înctinant. — Je suis trop heureux.

M. LHOMxME. — Tu sais, c'est une belle femme, qui me fait beaucoup d'honneur. Elle a un grand amour pour moi. Nous sommes mariés depuis quinze ans, et elle me chérit comme au premier jour.

LE COMPAGNON NARCISSE. — Voilà uu agréable caractère de femme.

M. LIIOMME. — Elle est admirablement bien conformée.

LE COMPAGNON NARCISSE. — Je n'en doute pas.

M. LHOMME. — Tu ne t'en doutes pas. Moi seul puis en juger, hé! hé! Si j'étais sculpteur, j'immortaliserais ses formes !

LE COMPAGNON NARCISSE. En vérité ?

M. LHOMME. — Oui. Et puis, c'cst mou secret, elle a... (// lai parle tout bas à Voreille.)

LE COMPAGNON NARCISSE, admiralif. — Oh ! Oh !

M. LHOMME. — Ce n'est pas pour me vanter, et parce qu'elle est mon épouse, mais j'ose dire qu'elle a... (// lui parle tout bas à Voreille.)

LE COMPAGNON NARCISSE, alléché. — Fichtrc î Tu es un gaillard !

M. LHOMME, modeste. — J'ai eu la main heureuse, j'ai cueilli la perle. Elle a de l'ordre, de la grâce et des talents d'agrément.

LE COMPAGNON NARCISSE, trisle. — D'autrcs n'ont pas ton bonheur. Je suis isolé en ce bas monde.

M. LHOMME. — Mais HOU, mais non. Je suis là, moi. Je te trouverai une femme pas trop laide, ayant une petite fortune. Ne t'attriste pas... de la gaieté ! Tu es un bon vivant, que diable !

LE COMPAGNON NARCISSE, soudaui ragaillardi, — Ça, oui. Et du creux pour chanter au dessert... broum, broum.

LE COMPAGNON NARCISSE 4

M. LHOMME. — Ah î Je suis très heureux i Quelle bonne existence je vais passer entre ma femme et mon ami ! Je t'achèterai une calotte pareille à la mienne; nous paraîtrons deux frères. Et je te prêterai ma belle pipe d'écume un jour sur deux.

LE COMPAGNON NARCISSE. — Tu mc combles... Comment te remercier! Tu auras vite assez de moi.

M. LHOMME. — Si j'ai assez de toi, je te le dirai ; car je suis franc avant tout et loyal.

LE COMPAGNON NARCISSE, attendri. — Moi aussi, je suis loyal. Je n'en crains pas un pour la loyauté ! Tu n'as pas affaire à un ingrat.

M, LHOMME, attendri à son tour. — Mon vieil ami... Tiens, embrasse-moi. {Its s'embrassent. A/'"« Lhomme entre.)

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