LES MÊMES, MOINS LES DÉMÉNAGEURS
M™^ JOLIETTE. — Qu'est-ce que ça signifie ?
JULIEN, navré. — Vous devez me trouver grotesque et stupide. Vous allez tout apprendre. Je me suis laissé saisir pour une dette minime ; . . . aujourd'hui on me vend... On a vendu en premier lieu le piano,... puis le canapé avec les fauteuils, enfin la dernière épave, la table. J'ai essayé de vous donner le change : ça ne prend pas. Tant pis!
M'"'' JULIETTE. — Que ne le disiez-vous plus lot!
JULIEN. — Vous auriez eu la plus triste opinion de moi.
M'"^ JOLIETTE. — Pas du tout ; c'est très amusant, au contraire.
JULIEN. — Vous trouvez ? Permettez-moi de vous déclarer que vous n'êtes pas dure !
M'"^ JOLIETTE. — Ça complique notre roman. Nous qui préparons du souvenir. Eh voilà !
JULIEN. — Vrai ? Vous ne m'en voulez pas ?
M"''' JOLIETTE. —Est-ce votrc fautc ? Tenez, j'ai rêvé de mener la vie de bohème près de vous. Ce doit être si drôle !
JULIEN. — Drôle? Une fois par semaine, de deux à quatre...
M'"^ JOLIETTE. — Vous faut-il absolumcut des meubles pour m'embrasser?
JULIEN, la prenant dans ses bras. — Oh! ma chérie! ma chérie! (On sonne.)
M'"<^ JOLIETTE, bas. — Eucorc ?
JULIEN, bas. — Je n'attends plus personne... Il ne reste rien.
M"'^ JOLIETTE, bas. — Ghut !
VOIX DE JOLIETTE, au dehors. — Allô... Pusserel.
M"'*^ JOLIETTE, bas. — Ah! mon, Dieu! mon mari...
2l8 MONSIEUR ET MADAME LIIOMME
JULIEN, bas. — Ah ! il nous manquait, celuilà !...
VOIX DE JOLiETTE. — Je sais que vous êtes là...
M"^'' JOLIETTE, bas. — C'est lui... Il se doute de quelque chose...
juLiENj bas. — Mais non... s'il se doutait, il dirait : « Au nom de la loi ! »
M"'*^ JOLIETTE, bas. — Je suis perdue. •
JULIEN, bas. — Entrez dans le cabinet noir, je vous enferme... On n'aura la clef qu'avec ma vie ! (// renferme adroite.)
VOIX DE JOLIETTE. — Pusscrcl. . . Voyons. . . Ouvrez-moi.
JULIEN. — Voilà... Voilà! [Il ouvre.)