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M. Octave de Rochebrune et son uvre

M- Octave de Guillaume de Rochebruue est issu d'une famille noble, originaire de l'Orléanais , et fixée . depuis le -commencement du seizième siècle en Limousin, selon d'Hozier. Il est devenu Vendéen par sa naissance. Ses ascendants servirent fidèlement la France et le roi, dans l'armée et clans la haute magistrature. Son grand-père , avait été admis tout jeune, au nombre des pages du roi Louis XV ; puis , à l'âge où l'on sort de page, il était entré dans l'armée; il se trouvait à Limoges, commissaire des guerres pour la province du Limousin , quand éclata la Révolution de 1789. 11 resta à son poste, et remplit ses fonctions aussi longtemps que les événements le lui permirent ; obéissant, en cela, à des ordres souverains que l'histoire a ignorés ou dénaturés, quand elle a accusé la royauté d'avoir favorisé le mouvement d'émigration. — M. 0. de Rochebrune possède dans ses papiers, un document qui prouve irréfutablement la fausseté de cette imputation. C'est un ordre adressé à son grand-père, par le maréchal duc de Broglie, et qu'il est, sinon à propos, du moins utile

de publier ici, en raison de la lumière qu'il fait sur un point de l'histoire si peu fixée encore et si incomplète de ces époques troublées. — En voici le texte intégral :

« L'intention des Princes est que M. Guillaume de Roche- » brune, commissaire des guerres, reste à Limoges pour » y maintenir le bon ordre, la discipline et la subordination, » tant qu'il n'y courra point de risque pour ses jours, étant » utile pour le bien du Royaume que les bons et honnêtes » citoyens, y demeurent. »

Cette pièce revêtue de la signature du maréchal duc de Broglie, est datée de Coblentz, le 11 février 1792.

Quelques semaines après la réception de cet ordre, le grand-père de M. 0. de Rochebrune, était contraint d'abandonner son poste et rejoignait l'armée de Gondé, avec son fils unique qui servit, dès l'âge de onze ans, dans le régiment des « nobles à pied ». C'est ce soldat enfant qui, plus tard, au retour de l'émigration, s'engagea, en 1807, dans un régiment de dragons, conquit ses grades dans les campagnes d'Espagne et celles de la grande armée ; qui fut décoré de la Légion d'honneur à la bataille de Leipsick, et que le hasard des changements de garnison amena, sous la Restauration, à Fontenay-le-Comte, où il épousa la fille du maire de cette ville, mademoiselle de Vassé. De ce mariage est né M. Octave de Rochebrune.

Sans les événements que nous avons rapidement retracés, au lieu d'être artiste, le maître graveur eût probablement été page, comme son grand-père, et aurait suivi la carrière des armes, comme ses ascendants. Il a tenu la pointe de l'aquafortiste, au lieu de l'épée de l'officier, et l'art ne le regrette pas.

Sa vocation, comme toutes les vocations réelles, se manifesta dès son plus jeune âge. La première révélation qu'il ait eue du travail artistique, il la reçut, tout enfant, en voyant un peintre faire le portrait de son grand-père. Inconscient encore de l'attrait qui le retenait près du chevalet de l'ar-

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tiste, mais irrésistiblement attentif à suivre l'exécution de l'œuvre, il ne manquait pas une séance, émerveillé de chaque coup de pinceau qui modelait les traits et accentuait la ressemblance. Il eut également l'occasion de voir dessiner, à peu près vers le même temps, un amateur distingué de ses compatriotes, M. Emilien de Mont bail, qui préparait alors l'ouvrage qu'il a laissé sur la Vendée : Notes et croquis sur la Vendée. Mais, ce n'est qu'au collège de sa ville natale, que M. de Rochebrune apprit les premières notions du dessin. Ses progrès furent rapides ; et ils devinrent tout à fait sérieux, lorsqu'il fut envoyé au collège Stanislas, de Paris, où il termina ses études. Il trouva là, pour maître, un artiste sinon de premier plan, du moins habile et instruit, M Jean-Louis Petit, qui lui enseigna les principes fondamentaux de l'art du dessin. Et sous cette direction éclairée, il devint promptement mieux qu'un bon élève; si bien qu'il était encore sur les bancs du collège, quand il fut admis pour la première fois au Salon. — C'est de 1845 que date ce début. L'œuvre exposée était un dessin à la mine de plomb, rehaussé de blanc, et représentant Y Abside de Notre-Dame de Paris.

Encouragé par ce premier succès, M. de Rochebrune, qui achevait ses études quelques mois après, revint à Paris travailler dans l'atelier de son professeur du collège Stanislas. Il fréquenta en même temps râtelier du peintre Justin Ouvrié.

Sa famille sut heureusement ne mettre aucune entrave à sa vocation. Son père qui, tout enfant, avait été pendant l'émigration confié aux soins d'un peintre allemand, chez lequel il avait vécu durant plusieurs années, à Maëstricht, avait gardé de ce séjour chez un artiste, un goût prononcé pour les choses de l'art; et il était heureux de voir son fils s'adonner à des travaux qui le protégeraient contre l'oisiveté, à une époque où leur foi politique, fermait toutes les carrières publiques aux jeunes générations du inonde légitimiste. M. 0. de Rochebrune put donc librement suivre son penchant

et au Salon de l'année suivante il exposa : L'Abside de Notre- Dame de Paris, mais peinte à l'huile cette fois, ainsi que Notre-Dame-la Grande de Poitiers; et trois dessins : La Tour Pey-Berland, de Bordeaux; Y Abside de la cathédrale de Bordeaux ; et la Façade romane du XII* siècle, de l'église de Foussais près de Fontenay-le-Comte.

Au Salon de 1847, il avait également" une peinture : les Ruines de l'Abbaye de Maillezais ; et trois dessins : La Cathédrale de Strasbourg , prise de la rue du Dôme ; la Cathédrale de Toul; enfin le Cloître de Saint- Trophime, à Arles.

En 1848, il exposait deux peintures : La Façade du château de Josselin et le Château de Saint-Ouen près de Châtean- Gontier ; et trois dessins : La Cathédrale de Quîmper; La Cathédrale de Saint- Pol-de-Léon, et le Clocher du Kreisker, à Saint-Pol-de-Léon. ,

On le voit, d'après ce relevé des catalogues du Salon, la prédilection de M. 0. de Rochebrune pour les précieux monuments et la symphonie harmonieuse des lignes architecturales, se manifesta dès ses premiers essais. Sa vocation était si précise, qu'il n'avait pas hésité un instant à suivre la voie qu'elle lui traçait. Mais si la voie était indiquée, s'il avait discerné dès le début, les motifs auxquels il lui fallait demander l'inspiration de ses œuvres, il n'avait pas trouvé encore le mode d'expression qui devait plus tard lui permettre d'écrire magistralement sa pensée. L'extrême habileté cle son crayon ne satisfaisait pas son ambition qui ne se bornait plus au succès d'un croquis, et son sens critique lui disait que sa peinture n'imprimait pas à ses œuvres, l'accent originalet individuel qu'il leur voulait donner.

Après ces commencements heureux, il était arrivé à cette heure qui sonne dans la vie de tous les artistes, heure douloureuse, durant laquelle les meilleurs hésitent, se demandent s'ils doivent poursuivre la carrière, et doutent de leurs forces, parce qu'ils n'ont pas encore en main l'arme qui doit briser tous les obstacles. Cette arme, toute person-

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nelle à chacun d'eux, c'est le moyen expressif, c'est le procédé, c'est l'outil. Ce moyen expressif, pour M. 0. de Rochebrune était l'eau-forte. Il l'ignorait alors, et ce n'est que dix ans plus tard, que le hasard le lui révéla et le mit à sa portée.

Donc, après le Salon de 1848, en artiste fier autant que consciencieux, qui ne veut paraître, en public, qu'avec des œuvres affirmant chaque fois un pas en avant, un progrès, AI. 0. de Rochebrune cessa de prendre part aux expositions annuelles. — Il se maria au commencement cle 1849; il épousa la fille d'un député royaliste de la Vendée, Mademoiselle de Grellier du Fougeroux, qui fut la compagne accomplie de ses années heureuses, et la collaboratrice intelligente et dévouée cle ses travaux. Il y eut alors comme une trêve dans sa vie. Oubliant Paris et les débuts faciles qu'il y avait eus, il s'enferma dans son habitation de Terre-Neuve, à Fontenayle-Comte, vieille demeure seigneuriale du seizième siècle, — habitée autrefois par le poëte-soldat, Nicolas Rapin, l'un des auteurs de la célèbre Satyre Ménippée , — et il s'employa tout entier à restituer, à ce château, son aspect primitif, et à y rassembler les meubles et les tentures précieuses , les objets d'art et les curiosités artistiques, qui en font aujourd'hui un véritable musée.

Quelques-unes de ses gravures nous introduisent dans cet intérieur, si savamment aménagé. Elles nous montrent la belle porte à colonnes doriques de l'atelier de Terre-Neuve, sa haute cheminée de pierre au manteau brodé de sculptures représentant desécussons et des trophées, encadrés de colonnettes, de cariatides, et enguirlandés de rinceaux, avec une profusion et une richesse dont les ornemanistes de la Renaissance ont trop bien gardé le secret. D'autres planches reproduisent les caissons de pierre, si variés et si habilement sculptés, qui forment le plafond de cette belle salle que peul envier notre musée de Cluny. D'autres encore représentent diverses parties de cette curieuse demeure d'artiste, comme ta salle voûtée dans laquelle est installée la presse du maître

S M. OCTAVE DE ROCtfE BRUNE

graveur qui est aussi un maître tireur d'épreuves, et la belle cheminée de pierre du salon, d'un style moins fleuri mais plus pur que celle de l'atelier.

Tous ces remarquables morceaux d'architecture ont été choisis par le maître du lieu, avec le goût sûr d'un artiste et l'érudition d'un archéologue, et détachés de vieilles constructions mal entretenues et vouées à une ruine prochaine. La plupart proviennent du château de Coulonges-les-Royaux, bâti au seizième siècle par le duc de La Rochefoucauld d'Estissac.

Un certain nombre de planches, ouvrent également à l'amateur, les vitrines de Terre-Neuve, et reproduisent les pièces principales de la collection de M. de Rochebrune. Collection aussi variée qu'intéressante où l'on voit des vases antiques, des émaux, des casques, des épées, des armes en silex; car il y a de tout dans le musée de Terre-Neuve, même quelques peintures d'une réelle valeur. Une surtout attire les regards ; c'est un beau portrait de Messire Nycollas de La Reynie, par P. Mignard. Toile précieuse pour le châtelain de Terre-Neuve, au double titre de page historique et de portrait de famille. Elle provient, en effet, de la succession du fils de la Reynie, mort sans postérité, qui fut recueillie par les Rochebrune, fils de la nièce du célèbre organisateur de la police sous Louis XIV. — Il existe une belle reproduction de ce portrait, gravée au burin, par Van Schuppen, et daiée de 1605.

Dans ce milieu si amoureusement créé et si bien fait pour inspirer un artiste, M. 0. de Rochebrune, lout occupé d'études • irehéologiques, en compagnie de son compatriote l'érudit Benjamin Fillon, semblait oublier les Salons qui se succédaient sans que son nom fût inscrit au livret; quand le hasard lui apporta, dans une livraison du hfarjmin pittoresque, une étude très précise et très claire de la pratique de la gravure à l'eau-forte. — Ce travail, qui lui révéla le procédé à l'aide duquel devait enfin s'affirmer son talent, était d'un autre futur maître de l'eau-forte, de Charles Jacques, le vigoureux peintre d'animaux, le graveur magistral de la Bergerie.

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Après avoir lu l'article du Magasin pittoresque, M. de Rochebrune courut chez un chaudronnier de la ville, achela une petite plaque de cuivre; et, le manuel de Charles Jacques ouvert sur sa table, il fit aussitôt un premier essai. Il n'avait sous la main aucun des accessoires indiqués par son guide ; mais il y suppléait de son mieux, remplaçant les pointes de forme et de dimensions variées, par des aiguilles de différentes grosseurs, et le vernis des graveurs, par de la cire à parquet qu'il fit fondre et étendit soigneusement sur sa plaque, polie tant bien que mal. En dépit de cet outillage élémentaire, il obtint un résultat qui le décida à poursuivre l'expérience. — Alors il se procura le livre d'Abraham Bosse, sur l'art du graveur. Il se fit fabriquer une presse à rouleaux d'après les indications et le dessin du vieux maître; et, comme les artistes primitifs, il se mit courageusement à l'œuvre, préparant tout par ses mains : battant son cuivre, le polissant, composant ses vernis et son encre, et tirant ses épreuves lui-même.

Dans une étude1 publiée, il y a plus de vingt ans déjà, sur son œuvre, on lui reprochait un peu, d'avoir ainsi perdu de son temps à des manipulations « d'alchimiste » et à des tâches d'imprimeur en taille douce ; mais il nous semble, au contraire, que c'est à cette préparation personnelle de tous ses matériaux, qu'il a dû sa connaissance approfondie des ressources de son art, et la maîtrise de son procédé.

C'est -en 1859 qu'avait été publié l'article de Charles Jacques. La première planche de M. de Rochebrune est datée du 5 octobre de la même année ; et, moins de deux ans plus tard, au Salon de 1861, il exposait cinq eaux-fortes et obtenait une mention honorable.

Ces cinq gravures inscrites au catalogue de l'exposition, sous le même numéro, étaient de petites planches qui font partie de l'ouvrage : Poitou et Vendée, dont le texte com-

1 Btude sur les eaux-fortes de M. Octave de Rochebrune, par Charles Marionneau. — Nantes, Vincent Forest et Emile Griinaud, éditeurs, 1 8 G 5 .

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