‹ M. Octave de Rochebrune et son uvreChapitre 2 sur 2 · MONSIEUR OCTAVE DE ROCHEBRUNE · texte numérisé non relu

MONSIEUR OCTAVE DE ROCHEBRUNE

mencé par M. Benjamin Fillon et inachevé à sa mort, a été terminé il y a quelques mois, un peu brièvement, à l'aide des notes qu'il avait laissées.

Aux expositions suivantes, M. de Rochebrune élargit son cadre. If paraît avec des œuvres de plus en plus importantes, toujours récompensées par le succès que lui font, à la fois, les artistes et le public, et il finit par produire ces gravures de dimensions inusitées, — « grandes à se coucher dessus, » comme disait le célèbre dessinateur Mouilleron , en style pittoresque d'atelier; — magnifiques pages, qui garderont, pour l'avenir, l'aspect de nos plus précieux monuments nationaux. Ces grandes planches, dans lesquelles il a montré toute la hardiesse de sa pointe comme sa science architectonique et la sûreté incomparable de son dessin, et qui ont fait dire à l'éminent critique d'art, Charles Blanc, que leur auteur («tait le Piranési français, sont intitulées : Chambord, Blois, Azay-le-Bidcaa, Anet, Chenonceaux, Ecouen, Pierre fonds, Pau, la Sainte-Chapelle, les Cathédrales de Paris, de Rouen, de Strasbourg , etc.... Enfin, pour ne plus citer que la dernière de cette série d'estampes géantes : le Palais de jutstice de Rouen, un émerveillement de pierres festonnées comme une dentelle, dont la pointe du graveur a rendu avec une précision impeccable, quoique sans sécheresse, toute la prodigieuse décoration.

C'est dans la représentation de ces monuments de la fin du style gothique et du commencement de la Renaissance, qu'a principalement excellé M. de Rochebrune. En face des édifices de cette époque, qu'il sait comme s'il en avait été le constructeur, rien ne gêne la verve de sa main. Il fouille les rinceaux des frises, accuse le galbe des colonnettes et des balustres, avec autant de sûreté que s'il en créait les formes et les profils, tant il est familiarisé avec le caractère particulier d'élégance et le style des travaux des artistes de ce temps.

Et, bien qu'il ait su faire de belles pages avec des monu-

ET SON OEUVRE li

ments d'époque antérieure, comme la Maison carrée de Nisme et les Ruines de Saint-Rémy, qui appartiennent à l'art romain, c'est toujours à la Renaissance, à cet art du seizième siècle, si raffiné dans son inépuisable fantaisie et si français, que le ramènent ses préférences.

C'est que son art, à lui, est également de pure essence française. Son exécution a la précision sobre, la clarté concise et la belle conscience qui sont les traits distinctifs de l'esprit français. Sa pointe n'a pas la froideur allemande, ni la bravoure ronflante de certains graveurs italiens ; elle est ferme et fière, et écrit franchement ce qu'elle veut exprimer, sans emphase comme sans fioritures inutiles. Son faire est large et simple, comme dans tout œuvre de maître.

C'est donc bien plus les proportions de ses estampes et leur genre, qui ont pu faire prononcer le nom des Piranesi, à propos de son œuvre, que le caractère même et l'allure de son exécution. — De même, si certaines de ses gravures, de petite dimension, comme quelques-uns de ses paysages de Vendée, et notamment la Grotte du B. E. Père de Mont fort, le solitaire tout récemment béatifié de la forêt de Vouvant, ont fait songer parfois à de vieux maîtres tels qu'Albert Durer ou Goltzius ; c'est seulement par ce que l'on peut y remarquer la même vigueur d'effet et d'expression, que dans les planches de ces ancêtres de la gravure, obtenue par une semblable simplicité de moyens.

Nulle part, dans l'œuvre de M. de Rochebrune, on ne sent l'imitation ; pas plus que l'on ne s'aperçoit d'une manière, cette autre imitation, qui est celle d'un artiste se répétant luimême. Partout le sentiment de l'exécution, et l'allure de la pointe , varient selon le caractère des planches qui est imposé par l'impression de l'artiste devant son modèle. Et cette variété qui fait le charme de cette volumineuse collection d'estampes, atteste, en môme temps que la conscience de l'auteur, son perpétuel effort.

Les véritables artistes seuls, ne se croient ainsi jamais

arrivés, et cherchent toujours au-delà du butqu'ils ont atteint. Cette recherche incessante du mieux, cette poursuite inquiète du progrès, est le secret de leur fécondité et de leur inépuisable renouveau.

L'œuvre de M. de Rochebrune, que nous nous bornons à apprécier clans son ensemble, sans en décrire les pièces qui sont connues pour la plupart et dont quelques-unes ont une réputation européenne, est un héritage de ce temps, que la postérité revendiquera. Elle conservera soigneusement ces planches, œuvres d'art émérites et documents historiques de haute valeur, qui rediront la splendeur des vieilles demeures de France, après que les siècles en auront fait des amas de ruines. — Le monument gravé continuera le monument construit et écroulé. — Et si Victor Hugo a écrit, opposant à l'édifice le livre : « ceci tuera cela » ; on peut dire, en appliquant la même antithèse aux monuments et aux estampes qui les reproduisent : ceci survivra à cela, mais pour en perpétuer le souvenir.

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