COMMENTAIRES SUR LA. REPONSE PASTEUR
Dans cette partie de la communication de M. Pasteur, l'invraisemblable le dispute à l'irrationnel, et l'incohérence du langage s'ajoute à l'incohérence des doctrines.
La vaccination (1), dit M. Pasteur, « doit commencer peu de temps après l'inoculation, dès le LENDEMAIN. » — « Pcu dc tcmps », c'cst-à-diro afin que le virus rabique « naturel » inoculé au bulbe du chien n'y ait pas produit de trop grands ravages. Pourquoi dès lors attendre vingt-quatre heures ?
« Et l'on doit y procéder (à Ira vaccination) rapidement, donner (sous la peau et par injections), la série des moelles préservatrices en vingt-quatre heures et «. même dans un délai (2) moindre». Qu'est-ce que cela veut dire ? L'espace de temps doit-il être de vingt, dix ou cinq heures ? M. Pasteur nous le laisse ignorer. Il ne nous dit pas si le « délai » de vingt-quatre heures peut faire
(1) On sait que, par un abus de langage volontaire, M. Pasteur appelle « vaccination » son inoculation dti moelles diluées.
(2) « Délai » est mis ici pour « espace de temps » ; c'est là une de ces impropriétés de langage dont M. Pasteur (de l'Académie française) est si coutuiuier.
échouer la vaccination ; ni dans combien de cas elle a échoué alors. — Et, si la vaccination a échoué dans ce «délai », pourquoi conseillet-il vingt- quatre heures ? Si elle n'a pas échoué, pourquoi conseille-t:il un « délai » moindre ? « Puis » répéter, de deux en deux heures,
le TRAITEMENT a UUC » OU « dCUX » folS. » Cc paS-
sage est absolument et volontairement incompréhensible. Voyons : que veut dire « traitement ? » Est-ce la vaccination ? Mais il conseille plus haut de la pratiquer en vingt-quatre heures. Comment peut-on la pratiquer en vingt-quatre heures, puis la répéter de deux en deux heures ! — Et comment peut-on, après l'avoir pratiquée « en vingt-quatre heures », de deux ex deux HEURES, répéter la chose UNE OU DEUX FOIS !
Ici l'équivoque est évidente ; et l'échappatoire ne l'est pas moins. En effet, si vous pratiquez la vaccination en vingt-quatre heures et que vous échouiez, M. Pasteur vous objectera que vous l'auriez dû faire dans un « délai » moindre. Si vous l'avez fait dans un moindre espace de temps, et que vous échouiez, M. Pasteur vous dira que vous n'avez pas répété (chose impossible) le traitement (chose incompréhensible) de deux en deux heures. Et si (chose irréalisable) vous aviez répété le traitement (??) de deux heures en deux heures et que
vous échouiez, M. Pasteur vous objecterait que vous ne l'avez pas répété a une » ou « deux fois ».
De sorte que ce passage, volontairement incompréhensible, ne contient pas moins de trois échappatoires. Et nous demandons sincèrement pardon à nos lecteurs d'avoir à les faire ressortir. Il est pénible, en effet, d'avoir à démontrer à quels subterfuges s'est abaissé ce pauvre chimiste fourvoyé dans la médecine.
Voilà pour le modus faciendi de la nouvelle méthode. Voici maintenant pour son modus agendi.
M. Pasteur inocule par trépanation la matière nerveuse de la « rage des rues » : puis, quelques heures après, il inocule sous la peau la matière nerveuse de la « rage de laboratoire » ; puis, de deux en deux heures, il sature et sursature de sa rage de laboratoire l'animal trépané qui se trouve avoir ainsi deux rages : une dans son bulbe qui se diffuse dans son système nerveux ; l'autre sous sa peau qui se diffuse dans son appareil circulatoire (lymphatique et sanguin). La rage de laboratoire va ainsi au devant de la rage des rues et l'étouffé sous sa masse ; car elle est en plus grande abondance et arrive par bataillons pressés, de deux en deux heures. C'est affaire de quantité et non plus de qualité.
Et, chose étrange ! cette rage de laboratoire, si puissante à l'égard de la rage des rues, est impuissante à l'égard de l'organisme qu'elle inonde ; car elle n'y produit rien d'appréciable, pas plus au point de vue local qu'au point de vue général. Tout s'accomplit dans le plus profond mystère.
Et ces choses mystérieuses, combien de fois et dans quelles conditions M. Pasteur les a-t-il observées ? Comment sait-il que les chiens sur lesquels il a opéré ne deviendront pas enragés, malgré ses inoculations dites préventives? M. Pasteur ne le dit pas.
Or, nous pouvons, d'après son texte même, affirmer que ses expériences sont récentes, puisqu'il les a faites dans le cours de ces derniers mois. Mais, dans le cours de ces derniers mois, il n'a pu tenter qu'un nombre restreint d'expériences ; et, puisque ces expériences sont récentes, il ne sait évidemment pas ce que deviendront ses chiens dits « préservés ».
Les expériences mystérieuses dont parle M. Pasteur ont été évidemment tentées pour réfuter celles de von Frisch, de Vienne, auquel il reproche la « méthode de vaccination » lente qu'il a adoptée. Mais M. von Frisch n'a rien adopté, il n'a fait que suivre, en disciple docile et enthousiaste, la méthode qu'il avait vu prati-
quer à l'Ecole normale. Il est bien évident qu'ici M. Pasteur tente d'accuser M. von Frisch d'avoir suivi une méthode mauvaise alors que cette méthode était précisément celle de l'Ecole normale. On a rarement vu pousser l'absence de probité scientifique à un tel degré pour soutenir une cause en détresse.
a J'ai repris les expériences de von Frisch dans le cours de ces derniers mois »,dit M. Pasteur. Mais de quels mois s'agit-il ? Cela ne peut être évidemment que depuis la publication des travaux du savant allemand qui a eu lieu en septembre 1886. Or comme la note aux Académies est du 2 novembre, les expériences Pasteur n'ont pu être faites qu'en octobre, époque à laquelle le grand chimiste a modifié son modus faciendi. Mais tous les physiologistes au courant de la méthode savent que ces expériences demandent plusieurs mois pour être exécutées et surtout pour être concluantes. Il ressort du simple exposé de ces dates que M. Pasteur, semblable à ces médecins peu scrupuleux qui publient des observations fabriquées de toutes pièces, affirme avoir répété des expériences qu'il n'a pas eu le temps- matériel d'exécuter. Ce n'est pas la première fois que nous avons l'occasion de signaler l'absence de bonne foi chez le thaumaturge de l'Ecole normale.
Mais il est encore dans cette communication de M. Pasteur un passage où se trouve un aveu bien involontaire, et dont la conséquence inattendue est écrasante aussi bien pour la méthode dite « intensive » que pour la méthode des inoculations antirabiques en général.
Ce passage, le voici : « Mes premières expériences sur ce point remontent au mois d'août 1885. »
« Sur ce point» veut dire l'inoculation souscutanée, dite préservatrice, à des chiens inoculés dans leur bulbe après trépanation ; cette trépanation étant « le mode d'infection le plus certain » (Pasteur).
D'où il appert que M. Pasteur a pratiqué sur l'homme le 6 juillet 1885 (sur le petit Meister) ses inoculations antirabiques avant d'avoir acquis la certitude expérimentale de leur efficacité sur le chien.
Ce n'est pas tout : il avoue encore que ses expériences tardives sur les chiens ne lui ont donné qu'un « succès partiel ». Un succès « partiel » implique des insuccès. M. Pasteur se garde bien de nous dire le nombre et n'en continue pas moins ses audacieuses inoculations sur l'homme.
Mais le plus fort est qu'il n'a essayé sur le chien sa méthode dite « intensive » qu'après l'a-
voir appliquée sur l'homme. En effet, il dit que, « très troublé » en voyant mourir de rage ses Russes de Smolensk. il résolut de faire aux autres trois inoculations par jour au lieu d'une seule. Et, « comme il n'avait pas d'accident i>, il a continué. Or, les expériences destinées à lui démontrer sur les chiens l'efficacité de la méthode dite intensive, M. Pasteur ne les a faites que « dans ces derniers mois », et nous avons vu ce qu'il fallait entendre par ces paroles. Ainsi, dans sa témérité d'empirique « troublé i, le chimiste de l'Ecole Normale a renversé l'adage médical et humain : « Experbnentum faciamus in anima vili ! ». Uanima vilis ici c'est l'homme.
Evidemment M. Pasteur, malade sans doute, ne savait plus exactement ce qu'il faisait: Il a agi « au petit bonheur t>. Mais ce n'est pas avec de tels arguments qu'on peut sauver la vaccination antirabique et convaincre l'Europe scientifique.