‹ M. Pasteur et la rage, Exposé de la méthode Pasteur - fréquence de la rage - insuccès du nouveau traitement - la rage du chien et du loup - statistiques complètes, etcChapitre 41 sur 104 · LUI AVAIT INOCULÉE, RAGE PLUS VIRULENTE QUE CELLE DU CHIEN DES RUES · texte numérisé non relu

LUI AVAIT INOCULÉE, RAGE PLUS VIRULENTE QUE CELLE DU CHIEN DES RUES

« Que va-t-il devenir, en somme, ce virus ainsi emmagasiné dans l'organisme ? Ira-t-il en s'éteignauj comme la maladie contre laquelle on l'a dirigé, ou au contraire, après une incubation plus ou moins longue, signalera-t-il son réveil par quelque terrible catastrophe? Nul ne le sait, M. Pasteur moins que personne. C'est que, n'étant point médecin, il ne peut trouver de point de comparaison avec d'autres maladies également virulentes ; c'est que, de plus, ses magnifiques travaux sur les microbes ne peuvent lui être ici d'aucun secours, puisqu'il n'existe pas de microbes dans la rage.

« A défaut d'arguments empruntés à la science, M. Pasteur fait valoir celui-ci ;

(1) « Echappé » est bien le mot. Il est de fait que pour avoir osé tenter un pareil traitement, il a fallu à M. Pasteur le Robur et œs triplea dont parle le poète.

« L'iNOCULATIOS FINALE TRÈS VIRULENTE A ENCORÏ l'a-

* vaNtage de limiter la durée des appréhensions qu'ok « peut avoir su?, les suites des morsures. Si la g rae « pouvait éclate :ï, elle se décla.rerait plus vite par « un virus plus virulent que celui des morsures. »

« M. Pasteur a cent fois raison. Il est hors de doute que, si la rage avait eu encore prise sur l'individu, il y a longtemps qu'avec un pareil régime, il ne serait plus de ce monde. Seulement c'est là un genre d'arguments dont il faut se montrer sobre.

« Je m'arrête et surtout je m'abstiens de tout commentaire sur une Méthode qui, nous venons de le voir, n'a rien de commun avec nos pratiques médicales (1). D'ailleurs, maintenant plus que jamais la parole est aux faits. L'événement jusqu'ici a donné gain de cause à M. Pasteur, en ce sens qu'il a immensément rassuré les esprits; espérons qu'il en sera de même pour le reste. L'opinion ne sera donc pas trom-

(1) C'est à tort que l'on a comparé rinoculatioii de la Rage à celle delà Variole. Pour la variole, on faisait choix d'une éruption très bénigne, et l'on prenait avec la pointe d'une lancette quelques atomes de virus que Ton glissait délicatement sous Tépiderme ; puis c'était tout. Pour la rage, au contraire, nous venons de voir qu'on fabrique tout exprès un virus d'une malignité exceptionnelle, qu'on l'injecte par seringuées pleines dans les vaisseaux et qu'on y revient au moins dix jours de suite. Enfin, l'inoculation du virus variolique développait ultérieurement une petite vérole plus ou moins mitigée, tandis que l'inoculatioa du virus rabique n'impressionne pas plus, soit dans le moment, soit plus tard, que si c'était de l'eau claire.

pée lorsque, devançant les faits, elle Fa proclamé l'un des grands bienfaiteurs de l'iiumanité. »

Tel est le jugement plein de mesure et de réserve porté par M. Constantin James sur une méthode dont 11 se déclare partisan. Que serait-ce s'il ne l'était pas?

Nous nous abstiendrons, pour le moment du moins, de tout commentaire. Il nous est impossible cependant de ne pas faire remarquer que si M. Pasteur est étranger à toute littérature médicale, il n'en est pas de même pour les Souvenirs iniimes de M. de la Palisse. C'est évidemment à ce dernier qu'il a emprunté son raisonnement pour rassurer les gens sur les dangers de ses inoculations, en leur disant que « la meilleure preuve qu'ils ne sont pas morts, c'est qu'ils sont encore en vie ».

Les Pastoriens se sont si souvent vantés de l'approbation de la Russie, de l'argent et des décorations envoyés par le czar, qu'il nous a paru utile de faire connaître à nos confrères français l'opinion du corps médical russe. Cette opinion a plus de valeur à nos yeux que celle des empereurs de Russie et de Turquie qui ont fait pleuvoir sur la poitrine du Maître des constellations multiples en même temps qu'ils emplissaient sa cassette.

« Dans la séance ordinaire de la Société de MÉDECINE DE Saint-Pétersegurg, tcnuc Ic 2Q octobre, M. Kessler a fait une communication

sur un cas de mort survenue chez un enfant après le traitement par la méthode Pasteur (1). Cet enfant, âgé de quatre ans, fils d'un employé du chemin de fer de Kharkow-Nicolaïew, nommé Tyjnenho, avait été mordu par un chien enragé le 4 juillet. Expédié à l'institut Pasteur d'Odessa, le 10 juillet, pour être traité, il en est revenu le 21 juillet après avoir subi deux inoculations. Le 12 août, les symptômes de la rage se sont manifestés et le 14 août l'enfant mourait, — 42 jours après avoir été mordu et 27 jours après avoir été inoculé.

Cette communication du docteur Kessler a provoqué une discussion fort animée au sujet du traitement par l'inoculation du virus rabique. La discussion a duré jusqu'à minuit et elle sera continuée dans la prochaine séance.

Au cours de la discussion, M. Veniaminow a sonmis à l'assemblée la statistique des résultats que M. Pasteur a obtenus jusqu'au l«r octobre. Comparant ie total des individus mordus par des chiens dont la rage a été constatée au laboratoire même de M, Pasteur avec le nombre des décès, l'orateur dit que les données existantes sur le nouveau traitement « ne reposent pas sur des faits positifs ^ et ne fournissent que des DÉCISIONS DOUTEUSES. Aussl la plupart des méde-

(1) Cotte noie est adressée à la Semaine médicale.

ciiis présents à la réunion se sont-ils prononcés dans ce sens : que le traitement par l'inoculation du virus rabique n'est qu'une méthode de traitement préventive et que la rage peut être traitée tout aussi bien par la méthode de la cautérisation.

Les pastoriens ont souvent invoqué en faveur de leur méthode l'opinion de la presse étrangère.

11 nous paraît dès lors intéressant de placer sous les yeux de nos lecteurs quelques extraits des journaux russes où le pastorianisme semble s'être le plus rapidement implanté.

Un journal pastorien, Le Soleil, du 21 août, publie une « correspondance particulière » de Pétersbourg ; et cette correspondance ne manque pas d'humour comme on va voir :

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