‹ M. Pasteur et la rage, Exposé de la méthode Pasteur - fréquence de la rage - insuccès du nouveau traitement - la rage du chien et du loup - statistiques complètes, etcChapitre 46 sur 104 · LA MÉTHODE PASTEUR EN RUSSIE · texte numérisé non relu

LA MÉTHODE PASTEUR EN RUSSIE

La Pasteuromanie.qui avait tout envahi, est partout en décroissance. Elle a perdu son caractère intolérant, a pris une attitude de plus en plus défensive, a fait des concessions à la critique sensée et ne pose plus comme dogme Tinfaillibilité du pontife de la rue d'Ulm.

En Russie, le D'"Kessler,de Saint-Pétersbourg a pris la liberté grande d'avoir son opinion sur les inoculations du professeur Méchnikofï et du D' Gamalei, d'Odessa, qui en sont à défendre « l'innocuité de la méthode »(!)

Le D"" Kesslerpose aux fougueux inoculateurs une série de questions indiscrètes et embarrassantes. Il demande qu'on veuille bien lui expliquer les décès suivants survenus parmi les malades traités par le procédé de M. Pasteur à l'institut d'Odessa.

1 . Le paysan Kouznetsofî, inoculé du 15 au 52 juillet, tombé malade le 9 octobre, mort le 12 au soir.

2. Simon Yolodinn, inoculé en juin, tombé malade le 28 septembre, mort le 30.

3. Vassili Mirochnltchenko, mordu en juin, mort après inoculation, le 30 août.

4. Nasstassia Brétchkinn, traitée quatre jours après la morsure, tombée malade le 13 octobre, morte le 14.

5. Popoff, de Belgrade, mort après avoir subi le traitement complet.

Le D"" Kessier insiste tout particulièrement sur le cas de Mirochnltchenko, qui s'est produit dans les circonstances suivantes :

En juin dernier, au village de lachinn, un chien enragé mord quatre personnes, dans l'ordre suivant :

Marie Kravtsoff, Marie Datzenkolî, Vassili Mirochnltchenko et Iakoff Kollessnikoff. Les deux jeunes filles se soignent à domicile par les moyens ordinaires. Les deux hommes vont se faire inoculer à Odessa, et l'un d'eux meurt.

Les femmes mordues en premier étaient cependant plus exposées <à contracter la rage.

CE aU'ON PENSAIT EN ALLEMAGNE.

On sait que, interrogé par un député du Parlement p russien sur l'attitude que comptait prendre le gouvernement à propos de la découverte Pasteur^ le ministre a répondu : « La ques-

tion n'est pas importante pour la Prusse, puisque la mortalité par la rage est descendue dans ce pays ù. 0 depuis qu"on y applique les mesures administratives décrétées contre les chiens. Le gouvernementpense donc qu'il n'yapas lieu d'envoyer personne étudier le nouveau trr.itement. Il se propose d'attendre que la découverte pompeusement annoncée ait été confirmée par le temps. »

A ce soufflet officiel et aussi humiliant pour la science française, il faut ajouter les critiques et les quolibets auxquels la nouvelle méthode qui attirait 300 enragés à l'Ecole normale donnait lieu journellement.

Il est pénible, sans doute, à notre amour-propre scientifique déparier de cette question. Mais, la science n'a pas de patrie, et nous pensons qu'il vaut mieux savoir ce qui se dit à l'étranger que de s'infatuerdans une fausse gloire nationale.

L'article suivant, qui émane d'un savant allemand, le D'' de Voigts Rhetz, montrera aux pastoriens comment leur prétendue découverte était appréciée à l'Etranger,

« Le niveau des facultés intellectuelles de la France qui ont jusqu'à présent toujours brillé d'un si vif éclat, aurait-il baissé et le Figaro aurait-il eu raison quand il discutait naguère très sérieusement la question à savoir si le temps

n'était pas venu d'introduire dans le code pénal un supplément en faveur des demi-fous ? On pourrait être porté à le croire en assistant aux manifestations de l'enthousiasme irréfléchi et sans bornes dont la méthode antirabique de Pasteur est enfournée en France. A peine le public est-il revenu des illusions désastreuses que les inoculations prophylactiques du D''Ferran contre le choléra avaient répandues en Espagne, à peine cet insigne charlatan s'est-il retiré de son champ de bataille, couvert de victimes, et ses poches remplies de leurs dépouilles que déjà une nouvelle méthode d'inoculation contre une autre maladie terrible, la rage des chiens, fait son apparition dans le monde et excite, en dépit des protestations énergiques d'un grand nombre de médecins et de savants distingués, une admiration frénétique dans toutes les couches de la société française ; et l'autorité de ces adversaires de M. Pasteur est cependant d'autant plus grande que l'inventeur de la nouvelle méthode n'est ni médecin, ni physiologiste, quoique le zèle de ses partisans l'ait affublé de ces titres, mais seulement un savant chimiste. Ces considérations n'ont pourtant pas empêché les admirateurs de ce nouveau « Sauveur de l'humanité » de consacrer des sommes folles au projet de celui-ci de créer un établisse-

ment grandiose où le monde entier doit, selon lui, pouvoir se garantir contre les suites de morsures de chiens enragés. Tout le monde ne lit pas des traités de médecine et de physiologie; mais, abstraction faite de toute raison scientifique, le bon sens seul devrait déjà avoir entravé l'entraînement général pour un système qui ne repose jusqu'à présent sur aucune preuve sûre et indiscutable.

Je ne me permettrai pas de fatiguer votre patience par la récapitulation des nombreuses questions qui se présentent à cette occasion toutes seules, pour ainsi dire, à la réflexion de chacun, et qui répandent par la réponse qu'on est obligé à y faire les doutes les plus justifiés sur l'efficacité de la méthode en question. Ce qui est consolant et heureux, c'est que hors de France on a persévéré jusqu'à présent dans une sage réserve par rapport à la méthode Pasteur. jNI. le professeur Virchow ayant demandé à f occasion de la discussion sur le budget des affaires médicales, quelle position le gouvernement Prussien comptait prendre par rapport à la méthode Pasteur, le Ministre de l'Instruction publique répondit que le gouvernement suivait avec attention les expériments de M, Pasteur, mais qu'il ne croyait pas encore le moment venu ni pour l'Empire ni pour la Prusse de mettre le résultat

de ses travaux en pratique. Le ministre ajouta que la question avait plus d'importance pour la France que pour la Prusse où le nombre des personnes mortes de la rage était descendu dans ces 5 dernières années pour toute la monarchie de 10 à 6, et de 4 à 1, et que depuis la dernière année il n'y avait plus de cas de mort causé parla rage.

« En causant, il y a quelque temps, avec un des professeurs les plus distingués de la Faculté de médecine de Strasbourg, celui-ci me montra une liste, signée par des docteurs français et par laquelle ceux-ci engageaient leurs collègues d'outre-Rhin à participer à la souscription pour l'institut Pasteur.

« J'espère — dis-je à mon interlocuteur — que vous ne compromettrez pas votre nom en le mettant sur cette liste, car quoique un profane, j'ai la conviction puisée dans les simples données du bon sens que la méthode antirabique de Pasteur fmira dans un temps peu éloigné par un fiasco semblable à celui de son prédécesseur Ferran. — Je suis assez disposé à partager votre opinion, répondit mon professeur, et je me garderai bien de signer la liste. »

Quand le moment de la débâcle probable de la méthode Pasteur sera arrivé, la seule classe de la population parisienne qui en aura réellement

profité sera peut-être celle des mendiantes de Paris qui demandent aux passants l'aumône en disant : « N'oubliez pas une pauvre mère de famille qui a un enfant chez M. Pasteur.

CE qu'on en pensait EN ANGLETERRE.

L'Angleterre scientifique, toujours à la recherche des nouveautés, a d'abord accueilli avec faveur la nouvelle méthode préconisée à l'Ecole normale. Une commission envoyée à Paris s'est prononcée poûrrexpectalion et avait d'abord reconnu que la méthode était au moins inoffensive.

Quelques personnes mordues et se croyant atteintes d'hydrophobie sont même venues suivre le nouveau traitement. Mais on verra plus loin que la mortalité sur les Anglais a été considérable et a dépassé celle qu'on observait avant la célèbre méthode.

Les savants anglais commencèrent alors non seulement à douter de l'efficacité de la nouvelle méthode, mais à avoir des soupçons sur son innocuité. Et comme ils étaient indépendants et ne subissaient pas le joug de la puissante Ecole pastorienne ils exprimèrent nettement leur opinion.

A la fin de décembre 1886, deux nouveaux décès furent signalés en Angleterre après le traitement Pastorien : ceux de Goffi et de Wilde.

La mort de Goffi et celle de l'enfant Wilde présentent une importance considérable en ce sens que ces deux malades avaient subi le nouveau traitement préventif, progressif et intensif inauguré le P"" septembre et que M. Pasteur avait donné comme infaillible dans sa communication du 2 novembre aux Académies.

Ces deux nouveaux décès ont causé une vive émotion dans le corps médical anglais et ont plongé dans la consternation les quelques néophytes que la méthode des virus exaltés comptait en Angleterre.

Un médecin qui jouit d'une grande notoriété, et qui avait donné ses soins au jeune Wilde, a adressé à la Lancet et au Daibj Telegvaph la lettre suivante dont nous recommandons la lecture aux Pastoriens :

t La mort de ces deux jeunes gens (Goffi à Londres, et Wilde à Rotherham) survenue trois semaines après un traitement complet à l'École normale, constituent des faits qu'il importe d'examiner avec la plus stricte attention. Dans le cas de Goffi, il y a eu une enquête, mais la mort n'a pu être expliquée par aucune autre maladie que la rage et les expériences qu'on nous a dit avoir été faites n'ont pas encore donné de résultat. Dans le cas de Wilde, il n'y a pas

eu d'enquête, mais les renseignements qui m'ont été donnés par la mère sont de telle nature que je considère comme mon devoir de médecin de leur donner la plus grande publicité.

On a prétendu que cet enfant avait succombé à une congestion pulmonaire ; mais cette version intéressée ne peut être acceptée. Les symptômes présentent la plus grande analogie avec ceux observés sur Goffi. La prostration intense. la paralysie générale de tous les organes, l'invasion foudroyante de la maladie et la rapidité de la mort, tous les symptômes présentent une identité presque absolue avec ceux que M. Pasteur a décrits et observés sur les animaux qu'il a inoculés et qu'on désigne sous le nom de paralysie rahique. Pour moi, il me semble ÉVIDENT que ces deux individus ont succombé à la suite des dix-neuf inoculations de virus exaltés qu'ils ont subies à Paris.

La mère d'une des victimes, madame Wilde, m'a autorisé à faire connaître ces faits afm que les autres individus, mordus légèrement par des animaux, puissent se soustraire aux obsessions dont ils sont l'objet et éviter le sort malheureux de son enfant. Pour moi, j'ai la conviction que le jeune Wilde n'a pas succombé à la rage qui ne lui a pas été inoculée par un chien, mais qu'il est mort de la paralysie rabique qui lui avait été

inoculée par un des aides de M. Pasteur au laboratoire de l'École normale.

J. H. Clarke. »

Cette lettre est extraite du Daily Telegraph, ïi" du 6 décembre 1886. Nous laissons à nos lecteurs le soin de l'entourer des commentaires qu'elle comporte.

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