‹ M. Pasteur et la rage, Exposé de la méthode Pasteur - fréquence de la rage - insuccès du nouveau traitement - la rage du chien et du loup - statistiques complètes, etcChapitre 51 sur 104 · SANS VALEUR · texte numérisé non relu

SANS VALEUR

« On pense, au laboratoire, que Marins Bouvier a pu ne p.is subir toutes les inoculations prescrites. En effet, au cours de son traitement, sa femme est tombée malade ; à cette occasion. Bouvier s'est peut-être absenté de Paris. On croit aussi ({ue Bouvier, qui se livrait aux amusements (1), a pu volontairement manquer quelques-unes des séances d'inoculations. Ce qui le ferait admettre aux personnes qui s'occupent des inoculations, c'est que la famille du défunt lui reprochait d'avoir négligé sa maladie ; les remon • trances qui lui furent faites à ce sujet déterminèrent

(1) Voilà du vrai français Pastorien ?

Bouvier à demande/- avec instance à M. Pasteur un CERTIFICAT attestant qu'il avait subi ponctuellement le traitement ; ce certificat lui fut délivré (l).

« On reste convaincu, au laboratoire de la rue d'Ulm. que la mort de Bouvier ne saurait remettre en question Tefficacité de la méthode Pasteur, surtout si Ton considère que sur 1,700 personnes traitées jusqu'à aujourd'hui ou en traitement, quatre seulement sont mortes, sans compter, bien entendit, les Russes mordus par des loups enragés. »

Ce dernier communiqué n'a nul besoin de commentaires. Remarquons seulement l'opinion aimable de M. Pasteur relativement à nos savants confrères de Grenoble, MM. Girard et Hermil, et le cas qu'il fait de leurs expériences. C'est qu'à Grenoble pas plus qu'à Paris il ne fait pas bon se mettre en travers de la puissante Ecole des miracles, et la simple exposition de la vérité est de nature à soulever les colères et les tempêtes des thaumaturges qui ont la prétention d'entraîner à leur suite la clinique française. La courageuse conduite du professeur Girard me donne à penser qu'ils n'y ont pas encore pleinement réussi.

Enfin, nous citerons avec détail, un troisième fait qui montre également que les Pastoriensne

(1) Voyez-vous d'ici Pasteur violeuté par Bouvier ! Ce qui est violenté c'est la vérité !

peuvent se résigner à accepter un insuccès sans invoquer pour leur défense des arguments empruntés à l'Ecole de Basile.

Voici le fait :

< Les deux fils d'un paysan hollandais des « environs de Dordrecht, mordus par un chat « devenu hydrophobe à la suite d'une morsure « de chien enragé, étaient venus, il y a troi:> 4 semaines environ, aux frais du gouvernement « hollandais, prendre les soins de M. Pasteur.

Œ Retourné dans son pays natal, l'un de ces « enfants, âgé de treize ans, est mort de la rage « mardi dernier (1). »

C'est-à-dire un mort sur deux inoculés, c'està-dire, une mortalité de cinquante pour cent. Voilà un gouvernement bien récompensé de ses frais ! et qui doit avoir une juste idée de ï « illustre savant », comme de sa prophylaxie antirabique !

Le journal le Temps l'a bien compris, car, voulant (chose assez contradictoire) être véridiqueet rester pastorien, il insère après sa « nouvelle », le « communiqué » (2) suivant :

(1)L3 Tettîps, 9 août 1836.

(2) Le service de publicité de la maisoa Pasleur adresse à tous les journaux politiques de Paris ot des départements des notes qui rappellent los communiqués de l'Empire. C'est M. Vallcry-Radot, gendre du grand

« M. Pasteur a été informé de ce décès par un « de nos confrères de la presse hollandaise.

« L'illustre savant (1) craint que ses prescripft tions ne soient pas toujours exactement sui- « vies par les étrangers auxquels il donne ses « soins, qui ne comprennent pas le français et « qui une fois présentés au laboratoire, ne sont « plus accompagnés d'aucun interprète. »

On reconnaît là le français et la franchise de M. Pasteur.

L' 0- illustre savant » craint, c'est une insinuation, que ses prescriptions ne soient pas toujours exactement suivies. Qu'est-ce que cela veut dire? de quelles prescriptions s'agit-il ?

La prophylaxie antirabique de 1' « illustre savant » réside tout entière dans les inoculations dites a vaccinations ». En dehors de celles-ci. il n'y a rien.

Voyons ! Est-ce qu'avant d'inoculer les moel-

clîimisle et futur hérilier de la pension de 25,000 fr. cfui est chargé d'entretenir l'enthousiasme et de distribuer les notes à la Presse. C'est ainsi que le cotnmitniqiié que nous reproduisons a paru identique dans tous les journaux pastoriens : le Temps, le Matin, le Siècle, etc.

(1, Le cliché illustre savant romplac.e désormais dans la presse politique, le cliché antérieur aussi démodé que peu justifié de savant désintéressé.

les aux hommes, M. Pasteur ne les a pas inoculées aux chiens ? Quels étaient les interprètes entre ces chiens (« qui ne comprenaient pas le français » de M. Pasteur) et lui ? Quelles étaient les « prescriptions » de M. Pasteur à ces chiens ? Et comment étaient-elles « exactement suivies » par ceux-ci ?

Mais il s'agit d'égarer le public non médical qui lit la nouvelle ; c'est pourquoi on parle de prescriptions .

« Voilà ! s'écrie alors le bon bourgeois (qui a souscrit à l'Institut Pasteur), l'illustre savant et sa méthode sont toujours aussi infaillibles ; mais on n'avait pas suivi ses prescriptions ! o

Quels misérables subterfuges !

Eh quoi I l'esprit français, si clair, si scientifique et si franc, serait à ce point méprisé ?

Et l'on oublierait en France ces paroles si judicieuses de Voltaire, adversaire de Maupertuis le « Pasteur de son époque ! » (Qui de nos jours connaît l'illustre Maupertuis, lequel fut, lui aussi, en son temps, de l'Académie des sciences de France, puis, fondateur et président de celle de Berlin.)

« Tenons -nous seulement en garde contre les apparences, qui trompent si souvent ; contre l'autorité magistrale, qui veut subjuguer ; contre le charlatanisme, qui accompagne et qui cor-

rompt si souvent les sciences ; contre la foule crédule, qui est, pour un temps. ^ l'écho d'un seul ho^nme. » (l)

Peut-on mieux dire ? et n'est-ce pas absolument vrai, à cent ans de distance ?

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