‹ M. Pasteur et la rage, Exposé de la méthode Pasteur - fréquence de la rage - insuccès du nouveau traitement - la rage du chien et du loup - statistiques complètes, etcChapitre 55 sur 104 · CHAPITRE XVIÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIÏI

LA RAGE EST-ELLE CONTAGIEUSE DE L'HOMME A L'HOMME ? — OPINION DE M. PASTEUR.

La note suivante est dénature à nous éclairer sur les opinions que professe M. Pasteur sur la transmissibilité de la rage et sur l'opinion qu'ont sur lui les médecins étrangers.

Il s'agit de la transmissibilité de la rage de l'homme. Deux médecins russes avaient été mordus par un homme enragé. Ils se décident à consulter le grand guérisseur. Voici quel a élé le résultat des négociations d'après le Novoe Vremia, qui publie l'importante lettre suivante du savant professeur Paul Kovalski, de Kharkow :

<t Permettez-moi de faire savoir à vos lecteurs pourquoi les médecins Goutnikoff et Davidoft' ne sont pas allés à Paris se faire traiter par M. Pasteur.

ï Ces médecins avaient reçu dans leur clinique un homme mordu par un chien enragé. Dans un accès d'hydrophobie, le malade mordit au doigt le Dr Goutnikoff et lui cracha au visage. La salive entra dans

l'œil, et atteignit aussi le Dr DaYidoff aune écorcliure récente qu'il s'était faite à la main. Le malade expira peu après.

« La morsure du D"^ Goutnikoflf et tous les endroits atteints par la salive avaient été cautérisés immédiatement.

« Une question se posait : La morsure d'un homme était-elle capable de communiquer la rage ? Notre opinion personnelle est pour la négative ; mais, comme il s'agit ici d'une question de vie ou de mort, je crus devoir consulter à cet égard plusieurs hommes de science. Leur avis unanime fut : « Nous n'avons pas connaissance de cas de contagion de la rage d'homme à homme. »

« Je consultai également ]\I. Pasteur, qui envoya ce télégramme : « Qiie les médecins viennent me trouver sans retard. »

On le voit, l'illustre savant refuse d'abord de donner son avis. Ce qu'il veut avant tout, c'est augmenter le nombre des inoculés. On lui demande si la rage esttransmissible de l'homme à l'homme, et il répond :« Envoyez vite les clients.* Les deux malades étaient d'autant plus désirés par M. Pasteur qu'il s'agissait de deux médecins distingués dont on aurait habilement exploité la prétendue guérison.

Mais les Russes sont obstinés et ils insistent. Un second télégramme détaillé est envoyé à M Pasteur. On lui pose nettement la question pour

la seconde fois : « Croyez-vous, oui ou non, au danger de la contagion de la rage de V homme à Vhomme ? »

Cette fois il fallut s'exécuter, et voici l'incroyable réponse qu'adressa le grand chimiste aux médecins russes : « Personnellement, je crois,

MAIS SANS PREUVES, AU DANGER DE LA MORSURE d'un homme HYDROPHOBE. »

Voici comment le professeur Kovalski interpréta la réponse de notre grand savant dans sa lettre adressée à la Novoe Vremia :

« Cette opinion personnelle, sans preuves positives, était évidemment sans valeur pratique pour nous.

« Au moment où nous compulsions tout ce qui s'est écrit sur cette question, parut le n» 4 du Journal de la Clinique du Dr Botkine, dans lequel le Dr Pitrowsld dit ceci : « Tous les savants cliniciens anciens et modernes s'accordent à dire que la rage ne se transmet pas d'homme à homme, aucun exemple d'une semblable transmission ne pouvant être cité. Cette opinion reste invariable depuis que la maladie est connue, c'est-à-dire depuïs 30 siècles. »

« Devant un pareil concours d'opinions, les docteurs Goutnikotr et Davidoff, convaincus de la nontransmissibilité de la rage humaine, n'ont pas jugé opportun de quitter leur maison, leur famille, leur patrie, pour aller au loin subir l'inoculation d'un virus inconnu.

« Nous ne devons pas perdre de vue que les ino-

CLilations de M, Pasteur ne remontent qu'au mois d'octobre 1885, et qu'elles sont encore loin d'avoir fait leurs preuves.

a Recevez, etc.. i

La lettre du professeur Kovalskl se passe de commentaires. On m'avait bien dit que, lors du décès d'un des Russes àl'Hôtel-Dieu, M. Pasteur n'osait approcher du lit du malade et avait prononcé les paroles suivantes : « Empêchez, je vous prie, que cet homme ne m'approche ; je crains fVêtre mordu. » Mais j'avais considéré ce racontar comme une plaisanterie colportée par les malveillants.

Mais le télégramme adressé aux médecins russes nous fait connaître positivement l'opinion du grand homme. M. Pasteur en est encore au temps où on croyait que les hydrophobes mordaient et inoculaient la rage à leurs semblables par leurs morsures. Il a sur la rage la même opinion que votre concierge ou votre tailleur. Pour lui, les enragés mordent et leurs crachats sont dangereux ; il en arrivera bientôt à faire enfermer les hydrophobes dans une cage de fer ou à les étouffer entre deux matelas selon la méthode prati quée jadis dans nos campagnes.

Voilà où on en est à l'École normale !

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