IMPORTANCE DE LA CAUTÉRISATION
Nous ne saurions trop le répéter, le premier devoir du médecin ou de toute autre personne appelée auprès d'une personne mordue par un chien suspect est de pratiquer la cautérisation.
Les praticiens les plus autorisés sont unanimes sur ce point. Les anciens : Rufus d'Ephèse, G-alien, Aetius et tous les médecins grecs comptaient plus sur le cautère actuel que sur toutes les a:utres médications. Dioscoride, Celse l'ont aussi conseillé et ont donné des indications précises à cet égard.
Les auteurs modernes sont non moins unanimes.
Nous citerons d'abord le vétérinaire Bouley, qui était du reste un des plus zélés partisans de M. Pasteur.
« S'il est à craindre, dit cet auteur, que la blessure a été faite par un animal enragé, il faut la cautériser partout où elle se trouve, et cela, non pas timidement, mais avec hardiesse. En conséquence, on portera encore le fer rouge dans la plaie, malgré le voisinage d'une artère même considérable.
« Le point capital est de prévenir le développement de- l'hydrophobie. Si donc, il est certain que, pour atteindre ce but, il soit nécessaire de sacrifier un vaisseau ou un tronc nerveux, il n'y a point à hésiter ; on doit cautériser hardiment comme s'il n'y avait point de vaisseau,
après en avoir toutefois pratiqué la ligature audessus de la plaie.
« Qu'importe la douleur d'une cautérisation, à supposer que le diagnostic ultérieur de l'état du chien démontre qu'elle était inutile, comparée aux terribles conséquences que peut avoir l'abstention ou l'application trop tardive du cautère. »
Le professeur Bouchardat formulait ainsi le seul traitement de la rage : « Une seule chose est certaine dans le traitement prophylactique de la rage, c'est l'utilité de la cautérisation. »
Le professeur Tardieu, dont tout le monde connaît l'autorité et la compétence en pareille matière, s'exprimait ainsi : « On ne saurait trop le répéter, la seule chance de salut qui soit offerte aux personnes mordues par les animaux atteints de la rage consiste dans la cautérisation la plus prompte et la plus complète des plaies virulenter,.
« Combien n'est-ildoncpas regrettable, ajoutait Tardieu, de voir se perpétuer, malgré les progrès delà science et les efforts incessants de l'administration, des pratiques obscures, des superstitions d'un autre âge, qui, remplaçant le seul traitement encore efficace, livrent des malhcu-
reuses victimes à uii mai qui ne pardonne pas. » Ces remarques sévères ne sont-elles pas également applicables aux deux médecins (1) qui ont abusé de leur situation scientifique pour proclamer 6.2? caz^/zecZra que le chimiste de l'Ecole normale avait découvert un remède infaillible qui dispensait par conséquent du traitement local.
Tardieu insiste encore sur la cautérisation, seul traitement prophylactique rationnel.
« La question qui nous reste à examiner est, sans contredit, celle qui offre l'intérêt pratique le plus considérable, et sur laquelle il serait le plus utile que l'opinion non seulement des médecins, mais encore du public tout entier, fût éclairée et définitivement fixée. Nous voulons parler de l'utilité absolue et de l'efficacité relative des moyens destinés à empêcher le développement de la maladie chez les personnes mordues par des animaux enragés, notamment de la cautérisation à l'aide des divers caustiques.
« On ne saurait donc répéter avec trop d'insistance que le seul refuge contre ce mal redoutable, est la cautérisation immédiate avec le fer rouge et que tout autre moyen compromet l'ave-
(1) MM. Yulpian et Grancher.
nir par la perte irréparable des seuls moments où le traitement préventif est applicable. >
Enfin, M. Pasteur lui-mêmeconsidérait autrefois les cautérisations comme très efficaces, puisqu'il écrivait au D'Rigault la lettre suivante reproduite dans le Journal de Médecine de Paris :
« Je ne puis vous indiquer aucun traitement pour l'enfant. Les cautérisations que vous avez pratiquées doivent vous rassurer pleiiiement sur les conséquences de la morsure. -^
Il est donc avéré que M. Pasteur lui-même croyait à l'efficacité de la cautérisation comme traitement prophylactique.
Ce n"est point ici le lieu de décrire les procédés à l'aide desquels on doit cautériser les morsures de chiens suspects. Le fer rouge, dont l'application est moins douloureuse qu'on ne le croit, sera préféré. N'importe quel instrument peut être employé pour l'opération. Une clef rougie, un pique-feu, peuvent servir si l'on est éloigné des secours médicaux. Lessentiel est d'agir promptement.
La cautérisation peut être également pratiquée avec des agents chimiques, tels que l'acide phénique, le beurre d'antimoine, etc.
On a conseillé la succion de la plaie. Ce procédé est très recommandable en attendant la cautérisation. Il est inoffensif si la personne qui le pratique ne possède aucune plaie ou érosion des lèvres ou de la bouche.
Nous le répétons, notre intention n'est pas de donner ici tous les détails du traitement local, mais d'insister seulement sur son importance.
Nous supplions les personnes mordues par des chiens suspects de se faire cautériser immédiatement. Si cette cautérisation est bien faite, elles seront garanties bien mieux que par le traitement Pasteur qui s'est montré non seulement inefficace, mais dangereux.