‹ M. Pasteur et la rage, Exposé de la méthode Pasteur - fréquence de la rage - insuccès du nouveau traitement - la rage du chien et du loup - statistiques complètes, etcChapitre 6 sur 104 · TEMPS. — PRÉPARATION DU VIRUS MOELLEUX · texte numérisé non relu

TEMPS. — PRÉPARATION DU VIRUS MOELLEUX

Voici comment on obtient ce fameux virus : On prend un kilogramme de veau que l'on ajoute à un poids égal d'eau préalablement bouillie et fdtrée, puis ou fait bouillir le tout pendant une demi-heure. A ce moment, on retire le bouillon du feu, et on le filtre pour le débarrasser de la graisse et autres substances insolubles. Comme il est d'ordinaire un peu acide, on le neutralise en y ajoutant peu à peu de la potasse jusqu'à ce que le papier bleu de tournesol qu'on y plonge ne change pas de couleur. • Il s'agit maintenant de le stériliser.

On renferme pour cela ce bouillon dans un ballon en verre, dont on étire ensuite le goulot jusqu'à ce qu'il se termine par une pointe effilée qu'on bouche à la lampe d'émailleur. Ce ballon est placé dans une sorte de marmite de Papin, pendant quinze à vingt minutes, à une chaleur de 115". Comme il n'y a pas de microbe qui puisse résister à cette température, le bouillon se trouve ne pi us contenir d'êtres vivants, en d'autres termes, il est « stérilisé ■». Il n'y a plus alors qu'à l'approprier aux inoculations.

Voici comment procède M. Pasteur ou plutôt M. Roux (1).

Il enlève délicatement une moelle d'un flacon en la retirant par les fils qui la maintiennent suspe]\due au coton servant de bouchon. A portée de sa main se trouve une lampe à esprit de vin. Il passe rapidement la moelle à travers la flamme, pour tuer les germes qui auraient pu se déposer à sa surface. Avec une paire de ciseaux qu'il flambe également, il découpe deux ou trois petits morceaux de moelle, d'un centimètre de longueur environ, qu'il coupe encore

(1) \r. Pasteur a depuis longtemps abandonné à ses aides la manipulation des bouillons et le traitement. Il ne daigne aujourd'hui se montrer que pour les visiteurs de tnarqiie.

en morceaux plus fins et qu'il laisse tomber dans un verre à pied. Sur la table sont placés aussi de petits ballons en verres fermés à la lampe et préalablement remplis d'un bouillon stérilisé. Le préparateur brise la pointe d'un ballon et aspire avec une pipette un peu de liquide qu'il introduit dans le verre. Ce bouillon va servir de véhicule à la moelle rabique. Avec une baguette de verre, on triture, on pile la moelle au milieu du bouillon, on fait une sorte d'émulsion qui donne une liqueur jaunâtre. C'est le liquide destiné aux inoculations.

D'après cette description, exactement empruntée au manuel opératoire pastorien, le virus moelleux se composerait donc simplement d'une solution de moelle de lapin rabique dans du bouillon de veau.

Ce bouillon aurait une virulence plus ou moins intense selon le degré de dessiccation de lamoelle qui a servi à la solution. Ainsi la moelle de dix jours seraitdix fois moins virulente que la moelle fraîche d'un jour.

Voilà du moins ce que nous dit M. Pasteur. Mais tout cela est-il bien conforme aux données scientifiques qui se rapportent à l'étude générale des virus ? Nous nous permettons d'en douter.

C'est toujours la vaccine, ce virus parfaitement isolé et déterminé, qu'on prend comme terme de comparaison lorsqu'il s'agit de liquides virulents. Or, ce qui a lieu pour le virus moelleux de M. Pasteur n'a pas lieu pour le virus jennérien. Pourquoi ? La vaccine, desséchée et recueillie àPétat de croûte, peut être envoyée au loin et conserver sa virulence pendant des mois et des années. Il n'en estpas de même, paraît-il,, pour le virus moelleux que les Pastoriens se plaisent à comparer au virus jennérien. Ce prétendu virus perd toutes ses propriétés par la dessiccation et ne peut plus les recouvrer. Mystère étrange.

Or admettons qu'il en soit ainsi. M. Pasteur coupe ses petits fragments de moelle et les met dans son bouillon de veau après les avoir soumis et une dessiccation plus ou moins longue.

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