‹ M. Pasteur et la rage, Exposé de la méthode Pasteur - fréquence de la rage - insuccès du nouveau traitement - la rage du chien et du loup - statistiques complètes, etcChapitre 77 sur 104 · ON PEUT TRANSMETTRE LA RAGE · texte numérisé non relu

ON PEUT TRANSMETTRE LA RAGE

Deuxième avertissement î |\Iais les Pastoriens restent sourds à la voix de la science et de la raison ; ils n'en continuent que de plus belle leurs pratiques irrationnelles et arrivent à la catastrophe que l'on sait. ... ils commettent l'homicide PAR imprudence.

Il faut rendre cette justice à M. Pasteur, c'est qu'il a créé une maladie nouvelle, purement expérimentale et qu'il est arrivé à la transmettre à l'homme, chose qui paraissait au premier abord impossible, étant donné les difficultés qu'on éprouve à acclimater certains virus d'une espèce à l'autre.

Ce qui est certain, et c'est ce qui restera tou-

jours, c'est qu'on a créé une rage nouvelle, dont les symptômes présentent une analogie frappante avec celle qu'a obtenue le chimiste de l'Ecole normale par l'inoculation de la rage du chien au lapin.

Il nous suffira de reproduire l'observation détaillée des cas de rage expérimentale inoculée à l'homme, par M. Pasteur , pour démontrer qu'il s'agit bien là d'une entité morbide caractéristique et dont les symptômes sont toujours identiques. Les faits sont malheureusement assez nombreux. Voici les principaux observés depuis trois mois que M. Pasteur pratique sa nouvelle méthode homicide.

On remarquera la persistance des symptômes suivants : courbature intense, paraplégie rapide, douleurs au niveau des points d'inoculation, absence de douleurs au niveau de la morsure.

Voici les faits :

Obs. I. — M. Peter communique à l'Académie un cas de rage survenu à Paris après traitement par la nouvelle méthode intensive, et dont le récit lui a été communiqué par M. le docteur Miquel.

Réveillac, jeune homme de vingt ans, charbonnier, demeurant à la Villette, fut mordu à un doigt de la main par le chien de son patron. Ce chien; fut abattu peu de temps après.

Le lendemain, un pharmacien, consulté par le

jeune homme mordu, lui conseillait de s'adresser au laboratoire de la rue Vauquelin, ce qu'il fit effectivement qurante-huit heures après la morsure.

Au laboratoire, les inoculations furent pratiquées à la région des hypochondres, suivant la nouvelle méthode intensive.

La santé resta parfaite pendant cinq semaines, jusqu'au dimanche 12 décembre exclusivement. Ce jour-là apparut un symptôme prémonitoire d'une importance considérable : une douleur, qui bientôt devint constante, au niveau de la cicatrice des piqûres des inoculalions antirabiques, et non au niveau de la cicatrice de la morsure du doigt.

Bientôt malaise général et sentiment d'extrême faiblesse. La journée du dimanche se passe ainsi dans l'immobilité et dans la tristesse.

Le lundi, la faiblesse augmente, le malade ne peut quitter la chambre et prend à peine quelque nourriture.

Le mardi, il s'alite définitivement et meurt le jeudi, six semaines après la morsure. Le docteur Miquel appelé ce jour-là, le trouve mort ayant une bave écumeuse à la bouche.

Des renseignements recueillis dès lors et depuis, il résulle que le mercredi et le jeudi, troisième et quatrième jours de la maladie, il y eut des spasmes de la gorge, de l'impossibilité à avaler les liquides, puis qu'à d'autres moments, la déglutition de petites quantités de boisson pouvait se faire.

11 n'y a jamais eu de convulsions, mais de la faiblesse, puis de la paralysie.

Tel est le cas de mort chez un mordu inoculé suivant la nouvelle méthode intensive.

Il semble impossible de ne pas être ici frappé d'au moins deux faits :

Le premier, c'est que les douleurs prémonitoires se sont montrées, non pas au niveau des piqûres faites par les inoculations antirabiques ;

Le deuxième, c'est que les symptômes n*ont pas été ceux de la rage ordinaire, puisque, à part le spasme œsophagien j les accidents dominants, au lieu d'être convulsifs, ont été paralytiques.

Obs IL— Le i^r décembre,\e nommé Amédée Gérard, âgé de 28 ans, demeurant à Boran (Oise), fut mordu gravement à la main par un chien enragé. On cautérisa immédiatement la plaie et le lendemain matin, 5 décembre, Amédée Gérard partit pour Paris, où pendant 12 jours il subit, au laboratoire Pasteur, toutes les inoculations selon la dernière manière, et au bout de ce temps, il fut, comme à l'ordinaire, renvoyé chez lui avec l'assurance qu'il était parfaitement guéri.

Cet homme reprit, en etfet, son travail ordinaire, ne pensant plus à cet accident ; mais vers le 29 décembre, il se sentit pris d'un étrange malaise avec douleurs de tête, faiblesse, étourdissements, accusant en outre une cZoM^eï^r sourde à la place où il avait été inoculé.

Dans cet état, il se rendit aussitôt chez M. Pasteur,

accompagné de sa femme. Là, on lui dit qu'il n'avait pas lieu de s'inquiéter, que probablement il avait pris froid, qu'il lui suffirait de retourner chez lui et de s'y tenir chaudement.

Ce malheureux repartit donc ; mais son état s'étant aggravé pendant le voyage, on dut le transporter chez lui où il mourut le 3 janvier.

Un médecin, qu'on avait fait venir de Beaumont. constata que le malade était atteint de la rage et télégraphia immédiatement au laboratoire Pasteur, d'où on répondit qu'il n'y avait rien à faire, attendu que cet homme était déjà sous l'influence de la rage lors du dernier voyage qu'il venait de faire.

Ce malheureux est mort certainement, non pas de la rage ordinaire, furieuse et convulsive, mais d'une maladie présentant tous les caractères de la rage de laboratoire. *

En eff"et, pendant les quelques jours qu'il a souffert, le malade qui avait d'abord accusé une sorte de gêne dans la région où il avait été inoculé, s'est plaint constamment à'atroces douleurs dans le ventre, comme Révcillac, et d'une rétention d'urine qui nécessita un sondage.

Il n'y a pas eu de convulsions ni V horreur des liquides, puisque, une demi-heure avant de mourir, en pleine connaissance, on lui fit boire un peu de bouillon et de 1' « eau de Lourdes ! »

Il n'a présenté qu'un seul symptôme typique de la rage ordinaire qui consistait en une sorte de crachement continuel et bruyant produit par une constriction de la gorge.

Obs. III. — Communiquée par M. le D' Pitoy, de Combeau-Fontaine (Haute-Savoie). — Le sieur Létang (de Gourgeon), tailleur de pierres, et, son fils ont été mordus, le 3 novembre dernier, par un chien reconnu à Tautopsie être atteint de la rage. Le père avait été mordu au pied et le fils très légèrement au poignet. Ils partirent tous deux, le 7 novembre, à Paris, pour suivre le traitement antirabique, et revinrent, je crois, le 21 du même mois.

Le 2 décembre, L père, travaillant dans une

carrière, futpris de douleurs violentes dans les côtes, au niveau des endroits où avaient été faites les inoculations anti-rabiques, puis dans la tête, les 7'eins, et tous les membres.

Je le vis pour la première fois le 5 décembre ; il n'offrait pas d'autres symptômes que les douleurs précitées et un affaissement général.

A ma deuxième visite, le 7 décembre, je constatai une paraplégie totale, avec anesthésie à peu près complète des membres inférieurs jusqu'à la ceinture. Cette anesthésie n'empêchait pas les douleurs spontanées dans ces membres ; c'était ce qu'on a appelé l'analgésie douloureuse. Pas de paralysie de la vessie et du rectum ; continuation des douleurs dans les côtes, les reins et la tête ; température à l'aisselle, 37o6 ; faiblesse considérable. Mort le 8 décembre, à cinq heures du soir, sans que j'aie revu le malade .

Il n'y a eu ni difficultés de déglutition, ni délire, ni accès convulsifs. Hallucinations passagères de

l'ouïe la veille de la mort. La morsure du pied était cicatrisée et n'offrait rien de particulier.

Le fils continue à bien se porter.

J'ai été très indécis pour formuler un diagnostic précis, j'ai songé à ce moment à une myélite aiguë, et j'ai fait part à M. le D^'Roux, de l'Institut Pasteur, de mes observations et de mon opinion.

Je livre cette observation à la publicité, à cause de sa ressemblance avec celle du malade d'Arras, portée à la tribune de l'Académie de médecine par M. le professeur Peter,

Veuillez agréer, etc.

D' PlTOY.

Combeau-Fontaiue (Haute-Saône), 14 janvier 1887.

Obs. IV. Née, d'Arras. Nous avons reproduit cette observation in extenso page 345,' dans la communication faite par M. Peter à l'Académie de médecine.

Née tut mordu par un chien qui fut examiné par un vétérinaire et déclaré non enragé.

Il va néanmoins au laboratoire Pasteur où il reste 11 jours et subit le nouveau traitement intensif.

Un mois plus tard il éprouve de vives douleurs au niveau des points d'inoculation, devient paraplégique et meurt de la rage paralytique.

M. le D"" Germe, d'Arras. qui a transmis cette observation, déclare que ce malade a succombé à la rage du lapin.

Obs . V . Cas de rage paralytique survenu après le

TR.UTEMENT PaSTEUR. DOULEURS PREMONITOIRES SUR- VENANT AU NIVEAU DES POINTS d'iNOCULATION ET NON AU NIVEAU DU POINT MORDU.

Cette observation nous est transmise par MM. les Di'5 Boisson et Daugats.

Goriot (Paul), 14 ans. Bonne santé habituelle. A été mordu à Findex gauche par un chat, fin novembre 1886. Trois semaines après, vers le 21 décembre, inoculations antirabiques. Durée 10 jours.

Se plaint depuis quelques jours de malaises, de fourmillements, de démangeaisons au niveau des points où il a été inoculé.

Nous le voyons le U janvier.

Douleurs lombaires s'exagérant par les mouvements. Se plaint légèrement de la gorge. A Texamen, rien de particulier. Bougeurs. Diagnostic : lumbago à la suite de refroidissement, pas de fièvre, anorexie.

Prescription.— Frictions, chaleur, purgation limonade Bogé pour le lendemain.

15 janvier matin 8 heures, Temp. 38»5j pouls 80. A bien dormi. Bespiration difficile, saccadée. Douleurs lombaires plus prononcées. Impossible delemettresur son séant. A vomi sa purgation . On le sort du lit. Baideur musculaire s'étendant du cou jusqu'aux membres inférieurs. Auscultation. Bespiration normale.

Pas de râles. En continuant notre examen, nous constatons qu'il est atteint de paralysie^

Il soulève cependant, mais très légèrement, ses membres inférieurs.

Les membres supériem's ont conservé jusqu'au dernier moment leur mouvements. Le malade n'a pas uriné, ni fait de selles. Stupeur. Parle moins volontiers, se trouve bien dans son lit, n'éprouve aucun malaise, que de la difficulté à cracher. Transpiration abondante.

Prescription. — Vésicatoire au niveau des vertèbres lombaires ; à l'intérieur, alcool de racines d'aconit.

A S heures, même jour, les phénomènes sont les mômes. Son état n'a pas varié. A partir de cette heure, la gêne respiratoire va en augmentant.

De 4 à 6 heures; il étouffé et crache abondamment une salive spumeuse visqueuse.

En mon absence, mon confrère M. Daugats, vers 6 heures 1/2, le voit, applique des ventouses scarifiées le long des vertèbres doi'^ales et en avant des ventouses sèches. Il paraît momentanément soulagé et plus calme, sputation abondante facile.

A7 heures 1/2, nous le voyons tous les deux et assistons pendant une heure aux phénomènes suivants :

La sputation devient plus difficile et nous remarquons que des phénomènes de contraction et de dilatation pupillaire, ayant lieu alternativement, sont plus fréquents au moment de la salivation. Nous remarquons, en outre : difficulté de la déglutition, mais sans hydrophobie. La paraplégie est complète. La sensibilité de tout le corps est conservée.

Mon confrère ayant ordonné un lavement purgatif, le malade Ta en partie rendu avec des urines. Quelques heures auparavant le malade avait uriné . Le pharmacien, M. Pierost, ni nous-mêmes n'avons trou-

vé aucune trace d'albumine, urines troubles, mates.

La stupeur s'accentue. Il est difficile d'en faire sortir le malade .

Les extrémités supérieures se refroidissent, la transpiration reste toujours abondante.

A 8 heures, le pouls est à 140, la terap. à 36o7. Nous prescrivons un vésicatoire à la nuque; du café.

A 9 heures 1/2, nous revoyons ensemble notre malade. Aggravation.

La respiration est de plus en plus mauvaise. Mort à 11 heures l/'2.

A 3 heures du matin, après la mort, écoulement de sang par le nez et par la bouche en assez grande quantité. A 9 heures, nous constatons qu'il s'en écoule encore pas mal.

Le corps est à l'état de rigidité cadavérique. Le siège et les membres inférieurs présentent de larges taches ecchymotiques rougeâtres .

Obs. VL Sodini, de Constantine. Nous avons reproduit cette observation in cœtenso, page 342.

Mordu par un chien le 12 octobre 1886, — subit le traitement intensif du 21 au 24 octobre au laboratoire de la rue Vauquelin.

Quand le 24 novembre il ressentit des douleurs aiguës au niveau des points d'inoculation.

Paraplégie — Urines albumineuses.

Obs. vil Le 20 octobre 1886, le jeune Rouyer, âgé de douze ans, demeurant 58, rue de Bretagne, était mordu par un chien.

Les parents, avant même de faire faire une enquête pour savoir si le chien était enragé, s'empressèrent de conduire leur enfant au laboratoire de M. Pasteur, où il fut soumis au traitement antirabique intensi inauguré le 1" septembre dernier et renvoyé guéri dans sa famille.

Le 23 novembre, le jeune Rouyer, qui avait repris ses habitudes et était retourné à Técole, reçut en jouant, d"un de ses camarades, un coup de poing dans le côté.

Quelques heures après, il fut pris d'une crise nerveuse et se roula à terre en poussant des cris déchirants. Il accusait surtout de vives douleurs au niveau des points d'inoculation. Rien au niveau de la morsure.

On le ramena en toute hâte tliez ses parents, où le Dr Ruet, appelé aussitôt, lui prodigua des soins sans se prononcer toutefois sur les causes de la maladie. Le 26 novembre, le malheureux enfant expirait en présentant tous les symptômes de la rage paralytique.

Le corps a été transporté à la Morgue où l'autopsie a été faite le 29, à deux heures, par M. Brouardel. L'éminent professeur a déclaré que le malade n'avait pas succombé des suites du coup de poing qu'il avait reçu, mais qu'il était peut-être mort d'urémie.

Obs. VIIL Ce cas est survenu dans la commune de la Tour-du-Pin (Isère). Nous avons attendu la confirmation officielle du décès émanant de la mairie de celte ville avant de le pubher.

Le nommé Fonlup, mordu par un chien en décembre dernier, venu de suite au laboratoire Pasteur pour y suivre le nouveau traitement, a été renvoyé guéri. Son traitement avait duré douze jours.

Le 20 janvier, Fonlup éprouva des douleurs au niveau des points d'inoculation, puis une faiblesse extrême, puis de la paraplégie et des symptômes pulmonaires qui fm-ent d'abord attribués à une pneumonie. Il succomba de la rage paralytique le 24 janvier .

On a cherché à faire passer le décès sur le compte d'une pneumonie.

Obs. IX. La femme Albert, de la commune des Vigneaux, près de Vallouise (Basses-Alpes) est morte de la rage paralytique le 26 janvier, après avoir subi le nouveau traitement du 2.5 décembre au 5 janvier à l'Institut Pastem\

Le Dr Vagniat, de Briançon, appelé près de cotte malade, n'a pu arriver avant sa mort.

Voici les symptômes observés. Ils présentent une analogie frappante avec ceux qui ont été constatés sur les inoculés. Douleurs intenses au niveau des points d'inoculation s'étendant jusqu'aux reins, mort après 3 jours de maladie avec paraplégie et prostration. L'autopsie n'a pas été faite.

Ce cas nous a été confirmé par le maire.

Obs X. Le 23 octobre 1856, une enquête publique eut lieu devant le coroner du district sur la mort du nommé Joseph Goj5^ (surnommé Smith), employé dans

Brown Institution, sorte d'hôpital pour les animaux.

Le 4 septembre 1886, il fut mordu à la main gauche par un chat qu'on supposa enragé ; la plaie fut immédiatement cautérisée et Goffi fut envoyé à Paris où le traitement commença le 6 septembre. Il resta à Paris jusqu'au 9 octobre. Quelques jours après son arrivée à Londres il se plaignit d'une faiblesse extrême dans les jambes et entra à l'hôpital Saint- Thomas, le 9 octobre. On diagnostiqua une paralysie de Landry. Il mourut le ^0. Les médecins qui déposèrent devant le coroner ne purent affirmer d'une manière positive que Goffi avait succombé à l'hydrophobie et le jury rendit un verdict de mort naturelle.

Le professeur Horsley, directeur de la Brown Institution, inocula des lapins avecja moelle de Goffi, afin de s'assurer si l'individu était mort de la rage. J'ai appris, de source certaine, que les lapins ainsi inoculés sont morts au bout de sept jours.

On sait que M. Pasteur affirme que la petite Lepelletier était morte de la rage du chien et non des inoculations parceque les lapins inoculés avec la moelle de l'enfant ne sont morts qu'au bout de dixhuit jours. Si les lapins étaient morts au bout de sept A HUIT jours, ajoutait M. Pasteur, ce fait aurait prouvé que l'enfant avait succombé à la rage du lapin introduite dans l'économie par les inoculations.

Les expériences faites avec la moelle de Goffi prouvent donc, d'après M. Pasteur, que la mort de cet individu est due aux inoculations.

Obs. XI. Arthur Wilde fut mordu au commencement d'octobre par un individu qu'on croyait atteint d'iiydrophobie. Les plaies furent immédiatement cautérisées.

Le 6 octobre, il arriva à Paris où il fut soumis au traitement intensif et reçut 19 inoculations. Il retourna chez lui le 19 et paraissait bien portant. Le 30 octobre il éprouva une grande faiblesse et accusa des douleurs au niveau des points d'inoculation. Il devint de plus en plus faible et dut s'aliter. Plusieurs médecins furent appelés et ne purent arriver à un diagnostic. Les uns diagnostiquèrent une attaque biieuse, les autres une paralysie intestinale, et ce n'est que quelques heures avant la mort qu'on parla d'une congestion pulmonaire.

C'est cependant ce dernier diagnostic très invraisemblable qui fut maintenu.

Le D"^ Whileside-IIime, de Sheffield, est un des médecins qui se sont fait remarquer par l'ardeur avec laquelle ils ont soutenu la méthode Pasteur en Angleterre. Aussitôt qu'il apprit la mort de Wilde, il arriva à Rotherham afin de parer le coup que la mort de cet enfant devait nécessairement porter à la célèbre méthode. Son intention était sans doute de faire des expériences et le British médical Journal du 6 novembre dit « qu'il espère, dans l'intérêt de la science, qu'on fera des inoculations avec la moelle pour vérifier le diagnostic ■» .

Mais le D"" Hime trouva à son arrivée à Rotherham que les choses ne pouvaient pas s'arranger comme il 'aurait désiré. La mort tragique de Wilde avait été

ébruitée et l'enquêle publique était nécessaire. Notre confrère pensa que la réputation scientifique de Pasteur, intimement liée à la sienne, aurait fort à souffrir, si l'on connaissait la vérité et ne jugea pas nécessaire de faire aucune expérience. Peut-être avaitil eu connaissance des résultats obtenus par le Df Horsley en inoculant la moelle de Goffi.

Il fallaitcependant rassurer le public. C'est alors que le Dr Hime écrivit à la presse médicale et politique et déclara qu'on ne pouvait pas soupçonner l'existence de l'hydrophobie dans le cas de Wilde.

M. le D' Glarke, de Londres, qui a fait sur ce sujet une sérieuse enquête, nous a transmis les renseignements suivants :

La question qu'il importe d'élucider est la suivante: de quoi est mort Wilde Or, c 3 ne it pas en s'adessant au D'^ Hime qui n'a assisté ni à la mort ni à l'autopsie que nous connaîtrons la vérité, mais en consultant l'opinion de ceux qui l'ont soigné pendant la vie et ont fait l'examen post-mortem . Or, voici les renseignements fournis sur ce sujet par le Rotherham Advertiser du 6 novembre 1886 :

« Le 6 octobre Wilde se rendit à Paris, quelques jours après avoir été mordu par l'infortuné Oates. Le traitement, qui dura dix jours, consista en 19 inoculations selon la méthode nouvelle intensive.

Les premières inoculations avaient déjà produit un malaise étrange (1). Le 30 octobre Wilde se plai-

(1) Née, d'Arras, qui a succombé à la rage paralytique, avait déjà éprouvé des sensations analogues à la suite des inoculations. (Note de la Rédaction.)

gnit, et le D^ Foote, qui fut appelé auprès de lui crut d'abord qu'il s'agissait d'une attaque bilieuse {BUious attack). Des vomissements eurent lieu en effet, le jour suivant. On observe ensuite une sorte de paralysie intestinale.

Le 1=^ novembre l'état s'aggrava, et la prostration devint extrême. Le pouls était normal ainsi que la température ; mais il n'y avait aucun trouble de la respiration.

Ce n'est que le mardi soir, veille de la mort, que la respiration devint difficile. Le malade succomba le mercredi 3 novembre. La maladie avait duré trois jours. A l'autopsie on trouva dans le poumon les signes de la congestion hypostatique.

Je le demande au D"" Hime et à tous les cliniciens, sont-ce là les symptômes de la pneumonie ?

A-t-on jamais vu une pneumonie occasionner la mort en 4 jours sans fièvre, sans point de côté, sans troubles de la respiration et sans élévation de la température? Ce n'est que la veille de la mort que les symptômes respiratoires, qui sont ceux de la paralysie bulbaire observés chez tous les rabiques, se sont manifestés !

Je comprends que le Dr Hime ait pu dire que Wilde n'a pas présenté les symptômes ordinaires de l'iiydrophobie. En effet, la paralysie, la prostration, la mort rapide sans convulsions ni hydropliobie constituent les symptômes d'une maladie nouvelle que le Dr Hime n'avait pas encore observée par cette raison bien simple qu'ils appartiennent à une maladie non-

velle introduite dans la pathologie par M. Pasteur. C'est la rage du lapin, la rage du laboratoire dont es cas se sont malheureusement multipliés depuis l'application de la méthode intensive. Wilde est mort de la même maladie que Gotfi. Je maintiens donc, dans Fintérèt du public, que les deux individus ont succombé dans des circonstances plus que suspectes et j'ai les plus sérieuses raisons de croire que M. PaS' teùr, au lieu de faire disparaître une maladie, en a créé une nouvelle.

Ainsi voilà onze cas de rage paralytique recueillis en moins de trois mois.

Nous ne comptons pas dans ce nombre les cas de rage convulsive et les cas de rage survenus en dehors de tout traitement Pasteur.

Que conclure de ces faits, sinon que le nouveau traitement a considérablement augmenté la mortalité par la rage et que dans on::e cas au moins il a inoculé la maladie à des gens qui vraisemblablement ne l'avaient pas.

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