DU RETOUR A LA VIRULENCE
Après avoir fait descendre aux microbes du choléra des poules et du charbon tous les degrés de la virulence, les avoir conduits à ne plus pouvoir se multiplier dans le corps des animaux auxquels on les inocule et les avoir fixés dans des milieux appropriés à leur vie, M. Pasteur se demanda s'il ne pourrait pas rendre à ces microbes plus ou moins affaiblis, atténués même au point d'avoir perdu toute virulence, une virulence meurtrière, s'il ne pourrait pas les rendre aptes à vivre et à se multiplier dans le corps des animaux.
L'expérience ne tarda pas à confirmer cette vue de l'esprit. Un virus charbonneux atténué, qui ne fait courir aucun danger de maladie ou de
mort à des cobayes d'un an, de quelques mois ou même d'une semaine, provoque la mort d'un petit cochon d'Inde qui vient de naître, qui n'a qu'un ou deux jours. Le microbe atténué se multiplie dans le sang d'un animal aussi jeune. On peut croire que, chez cet être à peine formé, la puissance d'oxygénation des globules du sang n'est pas encore capable d'empêcher le microbe aérobie du charbon d'utiliser à son profit Toxygène du sang. La maladie fait son œuvre et la mort survient.
Mais après tout, que la résistance vitale d'un cobaye qui vient de naître soit autre que celle d'un cobaye adulte, il n'y a rien là de bien étonnant. Ce qui est très curieux, c'est que si Ton passe d'un cobaye d'un jour à un autre un peu plus âgé, par l'inoculation du sang du premier au second, puis de celui-ci à un troisième encore plus âgé, et ainsi de suite, on renforce progressivement la virulence du microbe, c'est-à-dire l'accoutumance de ce parasite à se développer dans le corps des cobayes. On dirait une race végétale ou animale qui, passant par étapes et séjours successifs d'une région à une autre très éloignée, soumise à de tout autres conditions climatériques, s'acclimaterait progressivement à
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cette dernière. Pour la virulence des microbes auteurs de maladies que l'importance du milieu est donc une grande chose ! Par cette culture du microbe, en passant d'un cobaye à Tautre, on finit promptement par tuer du charbon les cobayes d'une semaine, d'un mois, de plusieurs années; enfin la plus petite goutte de sang de ces cobayes suffit à tuer des moutons et des moutons on peut passer à un bœuf.
Il en est de même pour le microbe du choléra des poules. Lorsqu'il est arrivé à être sans action sur les poules, on lui rend sa virulence en inoculant de tout petits oiseaux. Serins, canaris, moineaux, tous meurent, si le virus n'a pas été trop atténué. On peut également se servir de jeunes poussins. On crée ainsi, par quelques passages successifs dans le corps de ces animaux, une virulence capable de faire périr des poules.
De tels faits ont suggéré à M. Pasteur des inductions peut-être profondes. L'atténuation des virus par l'influence de l'air n'est-elle pas un des facteurs de l'extinction des grandes épidémies? Et le renforcement de la virulence ne peut-il à son tour rendre compte de l'apparition de ces fléaux ?
« Les récits que j'ai lus de l'apparition spon-
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tanée de la peste de Benghazi, en i856 et en i858, disait il y a quelques mois M. Pasteur, tendent à prouver que cette apparition n'a pu être rattache'e à aucune contagion d'origine. Supposons, guidés comme nous le sommes par tous les faits que nous connaissons aujourd'hui, que la peste, maladie virulente propre à certains pays, ait des germes de longue dure'e. Dans tous ces pays, son virus atténué doit exister, prêt à reprendre sa forme active quand des conditions de climat, de famine, de misère s'y montrent de nouveau. La condition d'une durée dans la vitalité des germes du mal n'est même pas indispensable; car, si j'en crois les médecins qui ont parcouru ces contrées, dans tous les pays à peste et dans les intervalles des grandes épidémies, on rencontre des sujets atteints de bubons non mortels, semblables aux bubons de la peste mortelle. N'est-il point probable que ces bubons renferment un virus atténué de la peste et que le passage de ce virus dans des corps épuisés, comme il en existe tant aux époques de famine, peut rendre à ce virus atténué une virulence plus grande?
« Il est d'autres maladies virulentes qui apparaissent brusquement comme le typhus des