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Ainsi que le fait vient d'être établi pour le microbe du choléra des poules, Timmunité contre un nnicrobe virulent peut donc être acquise par une maladie bénigne que provoque ce même microbe affaibli dans sa virulence. Quel avenir pour la médecine, si Ton pouvait appliquer cette méthode à la prophylaxie de toutes les maladies virulentes! Le charbon étant à Pétude dans le laboratoire de TÉcole normale, c^est sur le charbon que la recherche fut d'abord tentée. Mais le succès de cette recherche, se disait M. Pasteur, on ne peut Tespérer que si l'affection charbonneuse ne récidive pas. C'est alors seulement que Ton serait autorisé à penser que rinoculation du microbe charbonneux affaibli
préserverait du charbon mortel. Malheureusement la médecine humaine est muette sur cette question de non-re'cidive. L'homme survit rarement à une pustule maligne. S^il y a des cas de guérison, — et il en existe d'authentiques, — celui qui a échappé à la mort ne saurait être fixé sur la chance qu'il peut avoir d'être désormais à Pabri du charbon. Il lui faudrait, pour acquérir une telle sécurité, s'exposer à des expériences directes d'inoculation, ce dont il ne se soucie guère. Seuls les animaux offrent la possibilité de résoudre ce problème. Encore est-il nécessaire de ne pas s'adresser à toutes les espèces. Tout mouton inoculé de l'affection charbonneuse est un mouton perdu. Le bœuf et la vache résis tent davantage. Les cas de guérison sont fré ■ quents. Un incident permit à M. Pasteur de pousser très loin cette étude expérimentale.
En 1879, le ministre de l'agriculture le chargea de porter un jugement sur la valeur d'un procédé de guérison du charbon des vaches qu'avait imaginé un vétérinaire du Jura, M. Louvrier. Après s'être adjoint M. Ghamberland pour surveiller l'application du remède de M. Louvrier, M. Pasteur institua une série d'expériences comparatives. On inocula des vaches, au nombre
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de deux et parfois au nombre de quatre, par le virus charbonneux virulent. La moitié de ces vaches fut livrée au mode de traitement de M. Louvrier; Tautre moitié ne fut pas traitée. Un certain nombre des vaches soignées par M. Louvrier résistèrent, mais un nombre pareil de vaches non traitées se remirent également. On constata tout à la fois Tinefficacité du remède et la cause des illusions de Tinventeur. Mais il resta de Fessai de ce remède un résultat précieux. M. Pasteur et M. Chamberland eurent ainsi à leur disposition plusieurs vaches guéries du charbon et qui en avaient ressenti les atteintes par les symptômes les plus graves. Au point inocule', des œdèmes énormes s^étaient formés, œdèmes qui descendaient dans les membres ou sous Tabdomen et qui contenaient jusqu'à plusieurs litres de sérosité. La fièvre avait été intense et, à certain moment, la mort avait paru imminente. Quand ces vaches guérirent, on les réinocula avec de grandes quantités de virus virulent. Pas la moindre trace de maladie ne se manifesta, l'inoculation fût-elle pratiquée après un intervalle de plus d'une année.
La question était résolue. Ainsi que la plupart des maladies virulentes qui ont pu être
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étudiées sous ce rapport, le charbon ne récidive pas. L'immunité acquise a une longue durée. Alors, avec cette vaillante ardeur qui le pousse toujours à aller en avant, M. Pasteur se promit de rechercher le vaccin du charbon. En vue de ces nouvelles investigations qui devaient exiger de longs et minutieux travaux, et qui demandaient certaines connaissances médicales, M. Pasteur s'adjoignit, outre M. Chamberland, un jeune savant, aujourd'hui docteur en médecine, M. Roux.
Poursuivant le cours rigoureux de ses déductions, M. Pasteur s'adressa naturellement à l'oxygène de l'air pour tenter la modification de la virulence du microbe du charbon. Mais une difficulté se présenta tout d'abord. Entre le microbe charbonneux et le microbe du choléra des poules, il existe une différence essentielle. Comme il arrive pour un grand nombre d'organismes microscopiques , le microbe du choléra des poules se reproduit seulement par scissiparité. Le parasite du charbon, au contraire, a un autre mode de génératior, . Il renferme des corpuscules-germes dont on ne trouve pas les analogues dans le microbe du choléra.
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Dans le sang des animaux comme dans les cultures à leur début, le microbe charbonneux est d'abord en filaments translucides, plus ou moins segmentés. Jusque-là, la ressemblance entre le microbe du charbon et le microbe du chole'ra est complète. Mais ce sang ou ces cultures, expose's au libre contact de Pair, au lieu de continuer ce premier mode de génération, laissent voir, souvent déjà après vingt-quatre heures, des corpuscules-germes distribués en séries plus ou moins régulières, dans la longueur des filaments. Tout autour de ces corpuscules, la matière du filament se résorbe, ainsi que M. Pasteur Ta figuré autrefois dans les planches de son ouvrage sur la maladie des vers à soie, à propos des bacilles de putréfaction. Peu à peu, toute liaison entre ces corpuscules disparaît et leur ensemble ne forme bientôt plus qu'une poussière de germes. Or, — et voici la grande difficulté que les expérimentateurs rencontrèrent pour appUquer au charbon le mode d'atténuation du microbe du choléra, — ces germes peuvent être exposés pendant des années au contact de l'air sans perdre leur virulence, toujours prête à se reproduire sans changement appréciable et à manifester ses effets dans le corps des animaux.
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Comment espérer de'couvrir le vaccin du charbon avec la me'thode qui avait servi au vaccin du choléra des poules, puisque la virulence charbonneuse se fixe très vite, au bout de vingtquatre heures déjà, dans un germe? Avant que l'oxygène de Pair ait eu le temps d'atte'nuer par sa présence le parasite dans sa culture, la virulence de ce parasite se serait établie, enkystée dans des corpuscules-germes. Et cependant M. Pasteur ne vit pas dans cette objection une objection capitale. Puisque, se disait-il, sous sa forme de filaments le microbe du charbon est tout à fait Tanalogue des petits articles du microbe du choléra des poules, on peut réduire le problème de l'exposition à l'air du microbe charbonneux à ce problème-ci : Rechercher les conditions propres à empêcher les corpusculesgermes du charbon de prendre naissance. La difficulté serait ainsi tournée, car, une fois que l'on serait délivré des corpuscules-germes, les filaments charbonneux pourraient être maintenus au contact de l'air, pendant un temps quelconque, et l'on retomberait vraisemblablement dans les conditions qui avaient amené l'atténuation du microbe du choléra.
M. Pasteur et ses deux préparateurs s'enga-
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gèrent dans cette voie. Les jours passèrent, les expériences se multiplièrent. M. Pasteur devenait de plus en plus préoccupé. Il avait ce que sa fille appelait « sa figure à découverte prochaine».
« Ah ! que ce serait beau ! murmurait-il de temps en temps à demi-voix, si l'on arrivait à cela; si le fait de l'atténuation du microbe du choléra des poules n'était pas un fait isolé! » Mais quand on se risquait à lui adresser une question timide sur la phase que traversaient ses expériences, M. Pasteur répondait : « Non, je ne puis rien vous dire, je n'ose pas formuler tout haut ce que j'espère. »
Un jour enfin, il remonta de son laboratoire îe visage triomphant. Sa joie était telle que les larmes lui montaient aux yeux. Jamais je n'ai vu sur une physionomie un plus grand rayonnement de toutes les émotions hautes et généreuses que peut contenir l'âme humaine :
« Je ne me consolerais pas, nous dit-il en nous embrassant, si une découverte comme celle que nous venons de faire, mes préparateurs et moi, n'était pas une découverte française ! »
Et, avec cette clarté qui est le charme de ce
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puissant esprit, il nous raconta les dernières expériences de son laboratoire.
Dans le bouillon neutre de poule, le microbe charbonneux ne se cultive plus à 44, 45 degre's. Sa culture est facile, au contraire, à 42, 43 degrés et, dans ces conditions, le microbe ne donne plus de corpuscules-germes ou spores. On peut donc maintenir, au contact de l'air pur, entre 42, 43 degrés une culture filamenteuse du parasite du charbon entièrement privée de germes. En quelques semaines, la culture meurt, c'est-à-dire que si on ensemence cette culture dans du bouillon récent, la stérilité de ce bouillon est complète. Mais, les jours précédents, la vie existe dans la culture. Si, après deux, quatre, six et huit jours d'exposition à Pair et à la chaleur, on éprouve la virulence de cette culture sur des animaux, on constate que la culture change sans cesse de virulence avec le temps de son exposition et qu'en conséquence elle représente une série de virulences atténuées. Tout est donc sensiblement pareil à ce qui se passe pour le microbe du choléra des poules, du moment où l'on empêche la formation des spores du bacille charbonneux. En outre, comme pour le microbe du choléra» chacun de ces états
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de virulence atténuée peut être reproduit par la culture. Enfin, le charbon ne récidivant pas, chacun de ces microbes charbonneux constitue un vaccin pour le microbe supérieur.
Afin de proportionner la virulence du vaccin à l'espèce que l'on veut vacciner, il faut éprouver ce vaccin sur un certain nombre d'individus de cette espèce. Si on inocule à des animaux vaccinés le virus virulent et qu'aucun d'eux ne périsse, le vaccin est bon. Toutefois, parmi les individus d'une même espèce, la différence de re'ceptivité est en géne'raî assez grande pour qu'il soit prudent, nécessaire même de recourir à deux vaccins inoculés à douze ou quinze jours d'intervalle, Pun faible et l'autre plus fort.
Ce fut le 28 février 1881 que M. Pasteur communiqua à l'Académie des sciences, en son nom et au nom de ses deux collaborateurs, l'exposé de cette grande découverte. Des applaudissements éclatèrent avec une joie et une fierté' patriotiques. Et cependant ces résultats étaient si merveilleux que quelques confrères ne purent s'empêcher de dire : « Il y a un peu de roman dans tout cela. » Tout cela rappelait, en effet, ce que faisait l'alchimiste de Lesage pour les diables
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qui le gênaient. Il les enfermait dans des petites fioles bien bouchées et les tenait ainsi prisonniers et inoffensifs. M. Pasteur enfermait dans des ballons tout un monde de microbes, avec toutes sortes de variétés qu'il cultivait à volonté. Virulence atténuée ou terrible, maladie bénigne ou mortelle, il pouvait tout offrir. A peine les journaux avaient-ils publié le compte-rendu de cette communication que le président de la Société d^ agriculture de Melun, M. le baron de la Rochette, venait au nom de la Société offrir à M. Pasteur de faire une expérience publique de vaccination charbonneuse.
M. Pasteur accepta. Le 28 avril, il y eut une sorte de convention passée entre M. Pasteur et la Société. La Société mettrait à la disposition de M. Pasteur et à celle de ses jeunes collaborateurs, MM. Chamberland et Roux, soixante moutons. Dix de ces moutons ne devaient recevoir aucun traitement. Vingt-cinq subiraient deux inoculations vaccinales, à douze ou quinze jours d'intervalle^ par deux virus-vaccins d'inégale force. Quelques jours après, ces vingt-cinq moutons seraient soumis, en même temps que les vingt-cinq moutons restants, à une inoculation de charbon très virulent. Une expérience
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pareille aurait également lieu sur dix vaches. Six seraient vaccinées, quatre non vaccinées, et les dix vaches recevraient ensuite, le même jour que les cinquante moutons , l'inoculation du virus très virulent.
M. Pasteur affirma que les vingt-cinq moutons non vaccinés périraient, que les vingt-cinq vaccinés résisteraient au virus très virulent, que les six vaches vaccinées ne seraient pas malades, tandis que les quatre autres non vaccinées, si elles ne mouraient pas, seraient du moins extrêmement malades.
Dès que la presse scientifique et agricole eut publié ce programme et enregistré les prophéties de M. Pasteur, plusieurs de ses confrères à l'Académie des sciences, émus d'une telle hardiesse, devant un sujet enveloppé jusque-là d'obscurités profondes, craignant de voir l'illustre compagnie quelque peu compromise par ces affirmations devant ces problèmes de physiologie et de pathologie, adressèrent à M, Pasteur quelques observations sur ce qu'ils appelaient une imprudence scientifique.
a Prenez garde, lui dirent-ils, vous vous engagez sans vous réserver une retraite possible. Vos expériences de laboratoire ne vous auto-
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risent peut-être pas encore à tenter des expe'riences comme celles de Melun.
— Sans doute, répondit M. Pasteur, dans nos expériences d'études, nous n'avons jamais eu à notre disposition un si grand nombre d'animaux à inoculer, mais j'ai pleine confiance. Ce qui a de'jà été fait dans mon laboratoire m'est une garantie de ce que l'on peut faire. »
Et M. Bouley. confiant aussi dans lés assurances de son illustre ami, prenant rendez-vous avec lui pour assister à ces audacieuses expériences, dit à ces confrères inquiets :
« Ne craignez rien, il reviendra en triomphateur. »
Les expériences commencèrent le 5 mai 1881, à trois kilomètres de Melun, dans une ferme de la commune de Pouilly-le-Fort, appartenant à un vétérinaire, M. Rossignol, secrétaire général de la Société de Melun. Sur le désir de la Société d'agriculture, une chèvre avait remplacé un des vingt-cinq moutons du premier lot. Le 5 mai, on inocula, à l'aide de la petite seringue de Pravaz, — celle dont on se sert dans toutes les injections hypodermiques , — vingt-quatre moutons, la chèvre et six vaches par cinq gouttes d'un virus charbonneux atténué. Douze jours
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après, le 17 mai, on réinocula ces trente et un animaux par un virus atténué, mais plus virulent que le précédent.
Le 3i mai était le jour de l'inoculation très virulente. Des vétérinaires, des curieux, des agriculteurs formaient foule autour de ce petit troupeau. Les trente et un sujets vaccinés, attendant la terrible épreuve, étaient à côté des vingtcinq moutons et des quatre vaches qui attendaient aussi leur premier tour d'inoculation virulente. Sur la proposition d'un vétérinaire, qui colora son scepticisme du désir de rendre les épreuves plus comparatives, on inocula alternativement un animal vacciné et un animal non vacciné. Rendez-vous fut pris alors par M. Pasteur et toutes les personnes présentes pour le jeudi 2 juin, c'est-à-dire après un intervalle de quarante-huit heures, depuis le moment de Tinoculation virulente.
Plus de deux cents personnes s'étaient donné rendez-vous à Melun. Le préfet de Seine-et- Marne, M. Patinot, des sénateurs, des conseillers généraux, des journalistes, un grand nombre de médecins, de vétérinaires et de fermiers, tous ceux qui croyaient et tous ceux qui doutaient étaient venus impatients du résultat. A leur
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arrivée dans la ferme de Pouilly-le-Fort, ils ne purent retenir un cri d'admiration. Sur les vingt cinq moutons non vaccinés, vingt et un étaient morts charbonneux, la chèvre était morte aussi; deux autres moutons se mouraient et le dernier, déjà frappé, devait mourir le soir même. Les vaches non vaccinées avaient toutes des œdèmes volumineux au point d'inoculation, derrière répaule. La fièvre était intense et elles n'avaient plus la force de manger. Les moutons vaccinés étaient en pleine santé, en pleine gaieté. Les vaches vaccinées n'avaient aucune tumeur, elles n'avaient même pas subi une élévation de température et elles continuaient à manger paisiblement.
Il y eut devant ces résultats vraiment merveilleux une explosion d'enthousiasme. Les vétérinaires surtout , qui avaient accueilli avec une complète incrédulité l'annonce anticipée des résultats du programme des expériences, qui, dans leurs conversations, dans leurs journaux, avaient déclaré bien haut qu'il était difficile de croire à la possibilité de préparer des virusvaccins capables de triompher de maladies aussi mortelles que le choléra des poules et le charbon, ne revenaient pas de leur surprise. Ils
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regardaient les morts, ils tâtaient les vivants. « Allons! dit à Fun d'eux M. Bouley, êtesvous converti? Il ne vous reste plus qu'à vous incliner devant le maître, ajouta-t-il en montrant M. Pasteur, et à vous écrier :
« Je vois, je sais, je crois, je suis désabusé. >
Devenus subitement les fervents apôtres de la nouvelle doctrine, les vétérinaires allèrent partout proclamer ce qu'ils venaient de voir. Un de ceux qui avaient le plus douté poussa le prosélytisme jusqu'à vouloir se faire vacciner luimême. Ce vétérinaire du département de l'Yonne s'inocula les deux vaccins, sans autre accident qu'une légère fièvre. Il fallut tous les efforts de sa famille pour Pempêcher de s'inoculer le virus très virulent.
Un mouvement extraordinaire se produisit de toutes parts en faveur de la vaccination. Un grand nombre de Sociétés agricoles voulurent répéter la célèbre expérience de Pouilly-le-Fort; des cultivateurs accablèrent M. Pasteur de demandes de vaccins. M. Pasteur dut installer rue Vauquelin, à quelques pas de son laboratoire, une petite fabrique de préparation de ces vaccins. A la fin de Tannée 1881, il y avait déjà
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33,946 animaux vaccinés, qui se décomposaient en 32,55o moutons, i ,264 bœufs et 142 chevaux. En 1882, le chiffre des animaux vaccinés s'e'leva à 399,102. 47,000 bœufs et plus de 2,000 chevaux étaient compris dans ce chiffre. En i883, plus de 100,000 animaux s^ajoutèrent au total de 1882.
Dès le début de Tapplication pratique de la nouvelle méthode, les résultats furent topiques. En 1881, dans des troupeaux dont la moitié avait été vaccinée et l'autre non vaccinée, — tous les animaux continuant de vivre ensemble, — la mortalité par le charbon fut sur les moutons vaccinés dix fois plus faible que sur les non vaccinés, i sur 740 au lieu de i sur 78; et sur les vaches et les bœufs quatorze fois plus faible, i sur 1,254 ^u lieu de i sur 88. En 1882, la mortalité fut également dix fois plus grande sur les non vaccinés que sur les vaccinés.
En i883, on constate que la durée de Timmunité dépasse en général une année; mais il est sage de vacciner tous les ans et de choisir, pour procéder à cette opération, une époque où le charbon ne se développe pas encore, en mars et en avril. Si l'on attend, pour vacciner, que le charbon soit dans la bergerie, on s^expose à
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mettre sur le compte de la vaccination des pertes qui, en re'alité, appartiennent au charbon naturel. De même que la vaccine humaine ne pre'serve pas de la variole un sujet qui est déjà en puissance de variole, de même les vaccins charbonneux sont impuissants contre le charbon en voie d'incubation.
Il ne faudrait pas croire que Ton ne puisse pas comparer la durée de Pimmunite' chez les animaux à la suite de la vaccination charbonneuse à la dure'e de l'immunité contre la variole par la vaccine jennérienne. Jenner et ses contemporains croyaient que la vaccine e'tait capable de préserver de la variole pendant toute la vie. On ne partage plus depuis longtemps cette illusion. On fixe aujourd'hui à i.x années en moyenne la dure'e de cette immunité et l'intervalle qui doit se'parer les vaccinations successives. Encore cet intervalle est-il trop long pour un certain nombre d'individus. Il ne faut pas perdre de vue d'ailleurs, pour juger de Fimmunité des vaccins anticharbonneux, l'e'preuve redoutable à laquelle on soumet les animaux vaccine's en leur inoculant le virus le plus virulent. Quel est donc le médecin qui oserait soumettre un enfant vacciné à l'inoculation de la variole noire, un an après
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sa vaccination ? Enfin, à ne considérer que la vie commerciale et économique, si Ton peut ainsi parler, d'un mouton, la moyenne de cette vie ne dépasse guère trois années. La durée de l'immunité que lui confère la vaccine est donc du tiers environ de la durée de sa vie.