CORRESPONDANCE DE PASTEUR
j'ai constaté que, pour l'écriture, pour l'orthographe et pour le raisonnement, tu as fait des progrès très marqués.
Et comme tu m'as parlé de la gêne de tes parents je veux contribuer à l'éloigner en t'envoyant pour tes étrennes une petite somme qui les aidera à se tirer momentanément d'affaire.
Tu trouveras, sous ce pli, un mandat-poste de cent francs.
Conduis-toi toujours bien et que, par ton travail et ton obéissance à écouter les conseils de tes parents et de tes maîtres, tu les rendes tous heureux.
Adieu. Bonjour et bonne santé pour toi et tous les membres de ta famille.
Ne mets pas de retard à me répondre que tu as reçu ma lettre et le mandat qu'elle contient.
Tu n'oubheras pas de me rappeler au souvenir de M. le Dr Weber quand tu en auras l'occasion.
A JUPILLE.
Paris, ce 14 janvier 1886.
Mon cher JupiUe, J'ai bien reçu toutes tes lettres. Les nouvelles que tu me donnes de ta bonne santé me font grand plaisir. M^e Pasteur te remercie de ton souvenir. Avec moi elle souhaite, et tout le monde au laboratoire, que tu ailles toujours bien et que tu fasses le plus de progrès possible en lecture, en écriture et en calcul. Ton écriture est déjà bien meilleure que par le passé. Mais fais beaucoup d'efforts pour apprendre l'orthographe. Où vas-tu en classe? Qui te donne des leçons? Travailles-tu chez toi autant que tu le peux? Tu sais que Joseph Meister, le premier vacciné, m'écrit souvent. Or, je trouve, quoiqu'il n'ait que dix ans, qu'il fait des progrès bien plus rapides que toi. Applique-toi donc le plus que tu pourras. Perds peu de temps avec les camarades et suis en toutes choses les avis de tes maîtres et les conseils de ton père et de ta mère.