III
position est, comme le sujet, très simple. Elle nous ramène par delà Le Dédale, Théroigne et La Course jusqu'à L'Enigme. Il en sera pareillement avec Connais-toi et Bagatelle et nous insisterons bientôt sur ce point. Auprès de Thérèse de Mégée, le prince Grégoire et la comtesse de Mégée forment un groupe très intéressant. Rien de plus émouvant que la façon dont ils ont rompu un attachement naissant, jadis, un soir de fête, au bord du Danube, lui « tenu par la chaîne de ses devoirs traditionnels », elle pour rester « honnête » (i). Quelle élévation morale aussi dans les paroles farouches du père au fils : « J'ai été le rude berger qui sauve son troupeau! — L'amour... plus que tout au monde... est fait d'erreurs et de fumées! (2) — La fière suite d'hommes dont nous sommes issus a rencontré aussi bien que toi les tentations adultères et les folies galantes! Aucun d'eux... ne s'est attardé au plaisir » (3). Rose de Mégée, la fille de Thérèse, est charmante d'ignorance, de timidité et déjà d'angoisse. On lira avec ravissement sa présentation au prince Grégoire et l'usage que celui-ci ou plutôt le dramaturge fait du proverbe sylvanien. Je ne reviens pas sur les déchirantes paroles du « réveil » : « On a jeté du poison dans les sources de notre amour. Les autres amants vivent dans la pensée qu'ils sont inséparables. Ils marchent endormis dans le prodigieux songe. Vous et moi, nous en sommes réveillés... » (4).
Le sujet est plus simple encore dans Connais-toi. Le vieux général de Sibéran n'admet aucune faiblesse. Une de ses parentes ayant failli, il se montre intransigeant. Mais quand sa femme l'offense à son tour et d'ailleurs véniellement avec le lieutenant Pavail, il ne peut rester aussi rigoureux. Connaissons-nous donc avant de juger autrui. La pièce paraît d'abord un peu froide. Cela vient, croyons-nous, de son extrême simplicité et de sa perfection. Les lignes ici sont si pures et si harmonieuses qu'on ne voit d'abord pas la vie qu'elles expriment. C'est le cas des plus beaux chefsd'œuvre. En fait, les discussions de Clarisse avec Pavail et même avec le général sont extrêmement animées et douloureuses. La surprise par le général du baiser que Pavail arrache à Clarisse constitue
(4) III, 'o.
un instant terrible On notera, enfin, que l'indulgence et la pitié de cette pièce relèvent en une certaine mesure du scepticisme du Dédale.
bagatelle est plus compliquée. Au château de ce nom, chez M™^ Orlonia, les idées sont libres et les mœurs faciles. Gilbert et Florence de Raon y arrivent. Gilbert y retrouve Micheline des Nismes une amie de sa femme à qui il fait la cour; Florence, Jincour un ami de son mari, qui la poursuit aussi. Tous quatre s'aiment ou s'estiment profondément et tous quatre sont de très nobles cœurs. Mais iVlicheline accorde finalement un rendez-vous à Gilbert. Florence surprend leur conversation. Elle feint donc de céder à Jincour et lui promet une entrevue au même moment et au même endroit, c'est-à-dire dans la chambre de Micheline, A l'heure convenue, Florence surprend son mari et son amie, confond ellemême celle-ci et Jincourt par Gilbert. Ainsi parce que quelquesuns ont violé, quoique à la légère, la fidélité et l'amitié, tous, même Florence, resteront brisés par le chagrin. On a dit de cette pièce qu'elle « renouvelait » (i) le génie de M, Hervieu. Je crois que cette opinion est inexacte. Bagatelle continue Le Réveil et Connais-toi. C'est le même volontarisme moral avec ses déchirements et son élévation. On objectera que M. Hervieu introduit ici la tragédie par une comédie légère. Mais d'abord le sujet de cette comédie est repris de Peints par eux-mêmes. Bagatelle, c'est Pontarmé ; M"^* Orlonia, la marquise de Nécringel : " J'aime que l'on s'aime, un peu, beaucoup, passionnément, comme le destin en décide, au gré de la marguerite. Alors je souscris à bien des contrats qui ne sont signés que de la main gauche (2)... — Non, non, l'amour est toujours l'amour !... Et quand je vois défiler, quand j'entends retentir la passion des folles jeunesses..., un bien-être inexprimable et toute une ivresse s'emparent de mes sens, car ce sont comme les tambours et les clairons adorés de mon régiment qui passent » (3) L'auteur de Peints par eux-mêmes regrettait, semble-t-il, de n'avoir pas mis à
(i) I.a plupart des critiques lors de la première représentation. (Voir Journal des Débats, Revue des Deux-^Mondes, Le Journal. — Plutôt dans notre sens, Le Temps et Le Siècle.
(2) Bagatelle, I, 7.
(3) Teints par eux-mêmes, IX, p. 28 de l'édition Fayard. Voir, en outre, deuxième partie de cette étude.
la scène ce sujet si dramatique : il s'est rattrapé partiellement. Quant au procédé consistant à amorcer la tragédie par une comédie, il n'est pas nouveau non plus dans le théâtre de M. Hervieu. Les Paroles restent, Les Tenailles, La Course du Flambeau, Le Réveil ne débutent pas autrement. Mais le dramaturge a donné ici à ce procédé la place convenable. Comédie et tragédie se succèdent et s'équilibrent harmonieusement. Cet équilibre et cette harmonie doivent même, avec l'émotion contenue et si intense des dernières scènes, être comptés parmi les mérites principaux de la pièce.
La composition dramatique, chez M. Hervieu, est avant tout logique ; on l'aura assez vu. — Un autre aspect qu'il importe de signaler et d'expliquer en est la simplicité croissante. Non seulement le nombre des personnages diminue, mais la pièce dure de moins en moins de temps et l'espace dans lequel elle tient est de plus en plus limité. Les Paroles restent ont treize personnages, durent un mois et se passent en trois endroits. Les Tenailles et La Loi de l'Homme, si elles n'ont plus que sept et onze personnages, durent dix et cinq ans et se passent en des endroits fort distants. LEnigme, qui a seulement huit personnages, ne dure que sept heures et le décor en est unique : c'est la formule classique dont nous parlerons. La Course, Théroigne et Le Dédale reviennent à une façon beaucoup plus complexe et plus étendue. Mais Le Réveil et les dernières pièces sont, comme L Enigme, dans la façon classique ou peu s'en faut. Le Réveil par exemple a douze personnages dont quatre à peine sont principaux. Il commence un soir et finit le lendemain à pareille heure. Il n'a que deux décors, à Paris. Le nombre des personnages dans Connais-toi est réduit à sept dont trois seulement sont principaux. La pièce commencée vers neuf heures du matin est terminée pour six heures du soir. Un salon de château en est le décor unique. Cette manière classique dérive, à notre sens, de la force de l'analyse. Plus les sentiments sont profonds, plus ils sont généraux et simples ; mieux ils échappent à l'espace et au temps. Les drames les plus émouvants, ceux qu'on ne représentera jamais, tiennent tout entiers dans l'âme et durent quelques secondes. Ils
sont naturellement et éminemment classiques. Donc chez M. Hervieu, comme chez Racine, la manière classique ne crée pas la profondeur, mais elle la suppose et en dérive. Même les drames qui ne la réalisent chez le premier qu'incomplètement n'infirment pas cette règle. Ils sont puissants quoique étendus, mais on voit aisément qu'ils eussent encore gagné à être plus serrés et comment ils pouvaient le devenir. Ainsi Les Tenailles et La Loi de l'Homme auraient commencé au dernier acte L'on eût fouillé celui-ci. Une exposition remplaçait les deux premiers. Quelques incidents, déplacements, villégiatures, etc., disparaissaient. La Loi de l Homme surtout y eût profité. La Course, Théroigne, Le Dédale pouvaient être traités semblablement. La Course, par exemple, se fût passée uniquement chez M"^^ Fontenais. La faillite de Didier en eût été le début. Une exposiuon suppléait le premier acte. Le troisième subsistait. Stangy reparaissait chez M'"^ Fontenais qui mourait dans sa maison. C'est même une condensation excessive qu'il eût alors fallu redouter pour le drame. Le Réveil eû\ été meilleur encore en ne quittant pas l'hôtel des Mégée. Pour Bagatelle, elle se déroule en dix heures dans un endroit unique et la comédie de mœurs qui la complique peut, nous l'avons dit, n'être envisagée que comme un support ou un cadre heureux.
Le soin marque le style dramatique de M. Hervieu. De ces pièces longues et nombreuses un seul mot n'a peut-être pas été posé sans avoir été examiné et décidé. Même l'ingénieuse remarque de M H. Malherbe paraît juste : « Dans ce nom : M"^^ de Trémeur, on sent les accords des mots amour, moi't ; en Robert Fergan — on en ferait l'anagramme a gant de fer », — je découvre une rage tyrannique... ; dans Gourgiran, on retrouve e^or^^... Un nom de personnage, un simple nom que d'autres choisissent si légèrement, devient... une étiquette indéchirable... » (i). — Les images ne sont pas rares et elles sont habituellement originales ou grandioses : « Ce ne sont pas les mères qui s'abusent sur leurs droits!... Nos yeux voient
(i) Ouvrage cité, p. 17. On pourrait y ajouter Nohan - Rohan, Raguais rnge. Mégée = gémissement, prince Grégoire -- Grégoire le grand, etc.
ces droits naître de nous, attachés à nos propres entrailles(i).— Laure DE Raguais : Cette fille-là serait uniquement à vous... qui, pour que je la crée..., n'avez eu qu'à m'en jeter la tâche, dans un instant de plaisir? (2). — Chaque citoyen se fera tuer plutôt que de renoncer à la vendange de biens nouveaux. — Six cent mille hommes en train de se mettre en route... crient, par-dessus le bruit de leurs sabots. — Au faubourg Saint-Antoine... leurs lumières éclairent du haut en bas, et pendant une lieue, des chambres vides, inanimées. Cela fait l'impression d'une immense veillée de cierges, sur un immense cercueil. — Je pousse ma charrue dans sa voie et mes contemporains, côte à côte pressés, les coudes au corps, balafrent parallèlement... la plaine du monde » (3). —Toutefois, le terme est plutotprécis et abstrait. Presque tout le théâtre en est un exemple. Cette abstraction correspond à la profondeur de l'idée. L'image si juste soit-elle est toujours imprécise ou superficielle. A la précision M. Hervieu ajoute ordinairement la concision, c'est-à-dire qu'il réussit à mettre autant et même plus d'idées que de mots. Cette concision entraîne naturellement la brièveté des répliques et l'on aboutit à ces fins d'actes et de drames rapides, cinglantes, où les termes les plus ordinaires, parfois un oui ou un non acquièrent une plénitude et une portée extraordinairement tragiques. Ainsi à la fin des Paroles restent, dans Les Tenailles à la fin de chaque acte, dans La Loi de l'Homme à la fin de l'acte I et de l'acte II, presque partout dans L Enigme, dans La Course acte II scène 5 et acte IV dernières scènes, dans Le Dédale aux scènes déjà indiquées, etc. — Un autre aspect de cette concision est ce que l'on pourrait appeler la reprise de la pensée. Déjà le personnage a énoncé brièvement un senfiment important. Mais le dramaturge trouve moyen de lui faire reprendre, corriger et approfondir encore sa pensée par des mots ou plus souples ou plus courts ou rangés différemment et qui, à la place ordinaire, auraient une signification très faible. « Vous m'ôtez une force... J'ai une joie en moi!... Maintenant je voudrais... Et pourtant, je veux toujours !... Il le faudra bien que je le veuille encore (4). — Je sais ce je que veux et ce que je ne
(1) Les Tenailles, III, 6.
(2) La Loi de l'Homme, 111, 7.
(3) Tliéroigne..., I, 5; 11, 1 ; 11, 3; V, 7.
(4) Les Paroles restent, ill, 10.
veux pas, et ce que je ne peux plus? — Vous dites?... Vous savez ce que vous dites? (i). — Cette femme que je hais, que je méprise... (2) — Quoi? Je ne vous suis pas indifférent? Vous m'aimez? Vous avez dit que vous m'aimiez? C'est bien cela que vous avez dit? — Dans ce premier désaccord... je ne vous reconnais pas. Et je ne me reconnais plus! — Oui... Non... Je ne sais pas ! (3). - Je pense que oui... Il se peut que non... Je ne sais plus ! (4) ». — Les disse?iations, les 7'écits, les soliloques sont plus rares dans le théâtre de M. Hervieu, mais leur perfection répond aux autres qualités du style. On peut rappeler certaines déclarations de Neste dans L'Enigme, les considérations du vieux Maravon ou de Stangy et le récit de Sabine Revel dans La Course du Flambeau, le songe, l'hallucination de Théroigne, les dernières scènes du Réveil. — Une géométrie secrète des pensées et des mots amène, avec la concision, la mesure et le rythme. Ceuxci sont très sensibles chez M. Hervieu, un peu partout, mais en particulier dans les répliques courtes. On croirait alors entendre des vers ou des fragments de vers. Le dialogue, déjà très vif, devient « cornélien ». Parfois aussi la phrase a le balancement des vers raciniens : « Naguère, vous me protestiez de votre confiance. La confiance vraie veut des gages multipliés : elle croit n'avoir rien obtenu, tant qu'il lui reste quelque chose à obtenir (5). — Ne te laisse pas repousser de prime-abord. Insiste, supplie, fais-lui peur : va, tu le peux bien. — Fergan. Je ne comprends pas où vous voulez en venir. Irène. Moi, je ne m'explique pas où vous voulez en rester ! Fergan. Il m'appartient avant vous. Irène. Ce n'est pas vrai ! F. Contre vous. I. Non! non!... F. Il est à moi, qui suis le père! I. Vous n'êtes pas son père ! F. Ah ça, vous devenez folle! 1. Je redeviens tranche. F. Vous dites? Vous savez ce que vous dites ! — I. Ma jeunesse est passée, mes espérances sont abolies, mon avenir de femme est mort. Je me refuse à changer le cours de ma vie, à bouger, à remuer. Je n'ai plus la volonté que de rester, jusqu'à la fin, où je suis, comme j'y suis. — F. Est-ce que vous le renieriez au
(1) Les Tenailles, H, 3 et III, ô.
(2) La Loi de l'Homme, 111, 2.
(3) La Course du Flambeau, I, 15 ; 11, 5 ; IV, 2,
(4) Bagatelle, 111,7.
(5) Point de lendemain, 1, 5.
besoin? I. Oseriez-vous m'inviter à le renouveler publiquement? (i) — Je ne le suis que quand je ne vous écoute pas (2). — Arrangeons-nous pour que, dans la paix de leurs chambres, elles ne se doutent pas que nous sortons des nôtres (3). — Il n'était donc pas Dieu permis que ce ne fût point cela qui vînt! (4) » Le récit de Sabine se termine comme celui de Théramène : « Je sortis de là, ivre d'humiliation, folle d'impuissance, telle enfin que vous me voyez revenue ici » (5). Dans Bagatelle Florence de Raon parle à Micheline comme Auguste à Cinna (6). — On peut aller plus loin. Pour mieux exprimer les sentiments généraux et profonds M. Hervieu en revient au sens étymologique, latin, des mots. Il y joint une syntaxe rigide, un peu rude, latine aussi. Sens et syntaxe avec le rythme dont nous venons de parler achèvent de donner à ce style un cachet classique. « Et m'en voilà .. empêché de choses pour l'avenir (7) Je crie mon horreur de feindre..., d'être... à nous attiser dans la haine. — Je veux être parti dans une heure. — Mes espérances sont abolies (8). — Mais c'est me commettre davantage avec vous. — Je l'ai enhardi à vouloir vite se faire une vie d'amour (9) — Viens devant moi que je te regarde l'apprendre (10). — Je n'y veux entendre goutte. — Je me jetai aux genoux de cet homme, dans la démence d'implorer qu'il ne me reprît pas l'argent (11). — Les flots sanglants de mon rêve, vous marchez à vous y engloutir. — On ne se guidait plus, à la fin, que par les jurons et les cris funèbres de chaque pays (12). — J'ai conçu la pensée, la frénésie. — J'ai distingué qu'il ne s'agissait pas de m'abandonner (i3!. » — Enfin, si nous ne nous abusons, ce style dramatique manifeste un changement qu'on aperçoit dès La Course du Flambeau ou dès Théroigne. Le soin et la précision des
(ij Les Tenailles, II, i ; III, 6; 111,8.
(2) La Loi de l'Homme, I, 7.
\3) L'Enigme, 1, 2.
{4) La Course .., IV, 2.
(5) Ibid., III, 15. Voir Racime, Phèdre \ , <>.
(G) Bagatelle III, 9 et Cinna, V. 1.
(7) Point de lendemain, I, 5,
v8) Le^ Tenailles, II, 19; 111,(3; III, 8.
(j) La Loi de l'Homme, I, 7; 11, ("1.
(10) L'Enigme, II, 16.
(11) La Course..., I, 1 et III, 5.
(12) Théroigne..., V, Sa \ 1. 1.
(13. Bagatelle, I, 9 et HI, 7.
termes restent identiques. La langue demeure aussi substantielle. Mais les mots deviennent moins abstraits et la phrase moins tendue. Les conceptions et les sentiments moraux nous paraissent expliquer ces modifications. Une précision un peu sèche, dans les premières pièces, convenait mieux au contraire à leur individualisme aigu. Avec Bagatelle enfin les mots et les tours familiers pénètrent jusque dans la tragédie. « Théâtraliser. — En avant la légende! les causes célèbres!... L'arsenic dans les breuvages de l'époux. — Simagrées. — Déblatérer (i). — Frasque. — Très chic. — Jobard. » (2).
Nous terminerons en traitant cette question. Le théâtre de M. Paul Hervieu, pensé avec tant de force, composé avec tant de rigueur, écrit avec tant de soin, est-il encore du théâtre? Est-il, en d'autres termes, assez dramatique? Nous répondons que oui. On le prouverait d'abord en rappelant la plupart des observations qui constituent cette étude. C'est à chaque instant que nous avons parlé de scènes intensivement pathétiques. Par un don original M. Hervieu descend en effet au fond de l'âme humaine pour y surprendre nos sentiments les plus éternels. Mais ces sentiments-là sont aussi les plus vivants et les plus actifs. On le voit quand on lit ou écoute La Course du Flambeau ou Théroigne de Méricourt. D'un autre côté le mouvement et l'action proprement dits ne manquent pas dans le théâtre de M. Hervieu. Souvent, comme il est naturel, la vie intérieure y éclate en discussions, en suicides, en meurtres, en trépas, en collisions sanglantes ou furieuses. Mais le dramaturge savait que la vie est d'autant plus puissante qu'elle est plus intérieure et qu'elle perd à s'extérioriser. 11 a donc pris garde avec une volonté inlassable et de plus en plus victorieuse de faire la part trop large aux événements ou incidents en question. La seule condition à cette limitation est que le sentiment reste agissant. Or l'autre face du talent, chez M. Hervieu, est de ne pas disséquer, mais de voir et de faire voir les passions profondes. De cette vision intérieure ainsi que d'une composition serrée et d'une langue extraordinairement châtiée il résulte que les drames de M. Hervieu, du moins la plupart, ne peu-
(2) II, ai; III. 5; III, 6.
vent charmer tous les esprits. En fait, leur apparition n'a pas agité les foules. Mais c'a été le sort des plus remarquables parmi les chefs-œuvre.
On aura oublié des pièces moins vigoureuses et plus mouvementées qu'on jouera ou lira encore celles de M. Paul Hervieu. 11 est probable, pour ne pas dire certain, que nos descendants resteront acquis à des œuvres telles que Les Tenailles, L'Enigme, La Course du Flambeau, Théroigne de Méricourt^ Le Dédale et Le Réveil.