SCÈNE IX
Les mêmes, LE GARÇON.
PROSPER, allant au garçon. Eh bien, Tas-tu trouvé?
LE GARÇON. Je Tai attendu.. • ce qui fait que j'ai un peu tardé...
PROSPER. C'est bien, c'est bien... mais il est rentré?
LE GARÇON* Ouî, monsiour.
PROSPER. Ah! je respire... Et l'habit, tu ne l'as pas?
LE GARÇON. Nou, mousiour.
PROSPER. m'apporte lui-même, alors, il te suit?
LE GARÇON. Mais non, monsieur.
PROSPER. Comment I... il jie te suit pas?... Mais tu l'as vu, tu lui as parlé, tu lui as répété ce que tu devais lui dire 7
LE GARÇON. Tout commo vous me l'avez dit.
PROSPER. Eh bien, alors?
LE GARÇON. Il m'a dit comme ça qu'il était bien votre serviteur, mais qu'il l'avait vendu à un client, et qu'il était au désespoir.
PROSPER, éclatant. Ah! le brigand l l'infâme L.. Oh! ça ne se passera pas ainsi!...
LE GARÇON. Monsicur n'a plus besoin de moi?
PROSPER. Va aux cinq cent mille diables I (Le gaiçon lort.)
TROUSSEMOvcBEt Qu'est-ce .quo VOUS avez donc?
li M. PftOSPER*
pROfiPBB. Ce que j'ai?... ce que j*ai?... demandez-moi ce qiie je n^aipasl... Rien!... rien!... (ii se frappe le front.)
TR0U8SEH00CHE. Vous n'avez rien?., tant mieux! Je craignais... Je vous disais donc que j'étais caché dans une voiture^ à l'attendre... Elle monte, comme la veille, dans un liacre... J'ordonne aussitôt à mon cocher de le suivre, fût-ce en enfer. Parvenu à l'angle de la rue des Petites-Écuries, je suis coupé par une voiture de moellons.
PROSPER, qui se promène de long en large eomme un pooédé. Mais mon
mariage est rompu t.. . c'est une affaire mancjué^!... (u tire la lettre de sa poche.) Il me ]e dit bien... si je ne suis pas ponctuel, tout est perdu I... Et dire que, pour un maudit habit... Mille tonnerres!...
TRODSSEMOUCHE. Il le suit comme un chien. RasSUrez-VOUS, mon
bon ami, rassurez-yous. Quoiqu'elle eût de l'avance, je l'ai vue descendre ici, daiis cette maison, nie de Trévise... une maison garnie!... Oh ! je vais la hacher par morceaux!.., avec son brigand!... Si vous n*avez jamais vu de carnage, je vais vous donner ce plaisir-h\, mille millions de diables!
PROSPER. Tout ce que j'ai pour un habit!. . un habit quelconque... frippé, usé, déchiré, en lambeaux !...
mOCSSEMOVCHE, qui n'a entendu que ce dernier mot. Que je la mette
en lambeaux? je vous le promets.. • Mais quel brave homme vous faites!... Moi qui vous prenais pour... Mais, désormais, c'est entre nous à la -vie à la mort. Dites-moi ce que je peux faire pour vous... je suis un va-nu-pieds si je ne le fais pas... Est-ce clair, ça?
PROSPER, à part. Ce que tu pourrais faire pour moi?... II n'y a que ce gredin de tailleur qui pouvait quelque chose, (n se frappe la tète.) Oh I mais c'est du génie ! (a Troussemouche.) Et vous êtes sûr, bien sûr, mais bien sur qu'ils sont ici ?
TROUSSEMOUCHE. J'avaiseu soin de payer ma voiture d'avance; je nie suis précipité dans l'escalier de cette maudite maison... j'ai cru apercevoir un bas de robe... entln^ j'aurais parié qu'elle s'était réfugiée ici!...
PROSPER. Au premier étage, des gens qui se cachent!... Ils sont dans quelque cabinet sous les toits, à trembler de peur; car vous a\ez fait assez de tapage. Dieu merci! pour réveiller un mort!... Au lieu de venir en catimini, vous avez tiré le canon. Le feu serait à la maison qu'ils ne délogeraient pas.
TROUSSEMOUCHE. C'est, ma foi, vrai!... Mais, dans la colère, je tuerais mon meilleur uaii... vous tout le premier!
PROSPER, à part. Si je pouvois Tamorcer... (a Troussemouche.) ^i que comptez-vous faire?
TROUSSEMOUCHE. Ne pas bouger, sacredieu ! que je n'aie mis la main sur eux!
PROSPER. Mais s'ils sont aussi entêtés que vous, vous n'avez qu'à faire un bail de trois, six, ou neuf.
TRoussEMOucBS. Yous Rvez laison... Mais que fairo?.
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PROSPER. Il y aurait peut-être un moyen, (a put.) S'il pouvait donner dedans!...
TROUssEMoucHE. Sac à papier !••. Voyons!
PROSPER. Vous êtes bien sûr que^ tant qu'ils vous sauront ici, ils se tiendront dans leur trou... Il faut qu'ils se dénichent d'eux-mêmes, et ils ne s'en aviseront que lorsqu'ils vous auront vu, mais, là, vu disparaître...
TROUSSEMOUCHE. Mais c'est, corbleu! ce que je ne veux pas faire I
PROSPER. Et qui vous dit cela?... Le tout c'est d'avoir un autre vous-même, un sosie qui décampe, tandis que vous tiend rez bon . . . Sii isissez-vous ?
TROUSSEMOUCHE. PaS du toUt.
PROSPER, k part. Quelle canaille je fais I (a Troussemouche.) Tenez, je vous aime, moi, et je veux vous tirer d'embarras. Donnezmoi votre habit^ votre gilet, votre chapeau... et vous allez un peu voir...
TROUSSEMOUCHE. QuoI, vuir ?
PROSPER. Ah ! pas de réflexions. Donnez.
TROUSSEMOUCHE. Mais vous me déshabillez?
PROSPER. C'est pour voire bien. (Trousaemoacbe s'exécute. Prosper endosse rapidement le gilet et l'habit. — A part.) Je lui demanderais
bien son pantalon, mais ça prendrait trop de temps, (a Trou»semoache.) Comprenez- VOUS, maintenant?
TROUSSEMOUCHE. Pas eucore.
PROSPER. Ah! vous êtes désespérant!... Regardez- moi bien. (h lui prend son chapeau sur sa tèle et le met sur la sienne.) Et ne troU*
vez-vous pas que je vous ressemble?.. Mais, là, atfreu sèment?
TROUSSEMOUCHE. C'cst vrai, pardieu!
PROSPER. Eh bien, voilà le truc... le vais descendre, traverser la rue, m'en aller au diable... Aussitôt que rennemi vous aura vu disparaître... car je vous ressemble à faire frémir... il ne songera plus qu'à effectuer sa retraite. .. c'est alors que.. .
TROUSSEMOUCHE, transporté. C'est alors que je me précipite fougueux et terrible, au moment où ils me croient bien loin... Mais que je tous serre sur mon cœur, honmie magnanime!
(il l'embrasse.)
PROSPER, se débarrassant. Nou, non... plus tard... Maintenant, laissez-moi pai tir.. .j'ai plus bâte que vous de voir le... résultat de... tout ceci... Songez que les instants sont précieux... car ils doivent travailler de toutes inains pour fuir, et qui sait s'ils ne prati(}uent pas quelque issue secrète?... Une muraille est bien vite percée, dans ce Paris, où les maisons sont en carton... Vous seriez bien avancé!
TROUSSEMOUCHE. Yous avez raison, il ne faut songer qu'à la vengeance... mais vous serez content de moi... Quel massacre 1
i*RospER, à part. Et cette pauvre femme qui est là!... Ah t ma fol, qu'elle s'arrange! (u sort.)
<0 M. PROSPBB.