‹ M. Renan, l'Allemagne et l'athéisme au 19e siècleChapitre 5 sur 20 · DE I,A SCIENCE · texte numérisé non relu

DE I,A SCIENCE

])Iies; il l)làiue ceux qui les respectent et sacrifient ;i un vain scrupule les intérêts de la vérité.

Quelle vérité, s'il vous plaît ?

Tantôt il parle d'elle comme s'il la connaissait, tantôt comme s'il ne la connaissait pas, tantôt comme s'il était impossible de la connaître, tanlôi comme si elle n'était pas.

Tantôt : « La critique ne détruit pas ï admira - (( lion ^ elle la déplace. »> Ici M. Renan se regarde comme possesseur de la vérité.

Tantôt il répond avec Mahomet : « L'âme est une « chose dont la connaissance est réservée à Dieu. H « n'est donné à l'homme de posséder qu'une bien « faible lueur de science. » Ici M. Renan se regarde comme ne possédant pas la vérité, mais seiid)le croire qu'elle existe.

Ailleurs enfin ; « Si le monde est le caucliemar « (lune divinité malade. » En ce cas la vérité n'existe plus.

Dans un autre endroit : « Le critique, exclusi- (c vement occupée delà vérité, est rassuré d'ailleurs 't sur les conséquences, parce que les résultats

de ses recherches ne pénètrent pas dans les ré- « gions où les illusions sont nécessaires. » Ici la vérité existe; mais heureusement elle est ignorée, car, si elle était connue, elh^ serait fatale à la société.

Tantôt les religions sont pour M. Renan la forme la plus respectable de la pensée, et La civilisation

52 NtoATION

« a (les intcrmittonces, dit-il; la religion n'en a « pas. » Tantôt il affirme que l'Europe doit propag(M' son dogme, qui est la civilisation. Il n'y a donc plus d(» dogme en dehors de la civilisation? Que deviennent ces religions qni tout à l'iiein-e n'avaient pas d'intermittences, tandis que la civilisation en avait?

Enfin, quelquefois M. Renan lève le masque et montre le visage de Proudhon. Par exemple, après avoir discuté les origines de l'islamisme, il ajoute :

« J'ai longtemps insisté sur l'infirmité native « de l'islamisme. Il y aurait injustice à ne pas « ajouter qu'auctnie leligion et aucune institution « n(^ résisterait à l'épreuve que nous pouvons faire « subir à celle-ci. »

Et cependant M. Renan semble professer potnles religions, si fausses qu'elles soient, un respect inexplicable dans son esprit.

La logique accompagne et récompense naturellement la vérité. Elle déroule sans effort les anneaux de la grande chaîne. L'erreur est naturellement contradictoire. Ayant le faux pour principe et pour fin, tantôt elle entre courageusement dans les conséquences de ses principes, tantôt recide devant elle et se cache derrière les mots. Quelquefois M. Renan parle des religions avec inie indulgence profondément méprisante qui mérite d'être remarquée :

(f Les religions, dit-il, étant les œuvres les plus « complètes de la nature humaine, celles qui Cex- « priment avec le plus (C unité , participent aux eon- « tradictions de cette nature et excluent les juge^ « ments simples et absolus, m

Peut-on dire anx religions avec plus de politesse qu'elles sont absolument humaines, et, par conséquent, absolument fausses?

Pour réfuter le sophiste, il suffirait de rapprocher les textes qu'il nous présente éloignés, disséminés, égarés, mélangés.

Dans le premier chapilrc de ce travail, j'ai montré la négation pure et simple de la religion J'ai réservé les conti'adiclions relatives à cette négation au troisième chapitre, au chapitre de la science, parce qu'elles constituent un attentat contre les lois essentielles delà raison. Mais c'est surtout sous la pression du christianisme que; M. Renan semble en proie à je ne sais quelle fièvre. Quelquefois Jésus-Christ lui semble presque avoir mérité la mort :

a L'intérêt de la pureté religieuse de l'histoire « exige de répéter sous toutes les formes que l'é- « cole chrétienne n'est nullement acceptable , V quand elle a ramené ce qui regarde le conseil « suprême des Juifs, dans ce conflit solennel, à « une question de basse jalousie, à une affaire de «c tribunal, quand elle a accablé la nation juive, à « qui elle devait la naissance et dont elle s'appro-

54 Nr::GAT10N

a priait les plus beaux orncmenis, sous prétexte « du crime volontaire que ses anciens auraient « commis en prononranl contre Jésus un arrêt « qui avait été annoncé d'avance et provoqué par « toute la théoiiedu maître sur l'accomplissement «< des Kcrituies »

Ces paroles sont de M. Salvador : M. Ik'uan les cite avec une complaisance qui équivaut, dans sa bouche, à l'approbation. « A l'en croire, ajoute- « t-il, le sanhédrin n'aurait fait qu'appliquer les « lois existantes. Jésus lui-même avait cherché la « mort, et dès qu'on ne l'envisageait que comme « citoyen (tel devait être nécessairement le point de « vue des Juifs), il la méritait... Pour nous. Dieu « nous garde d'émettre siu' une telle question un « autre avis que celui de Jésus lui-même : il fallait « que le tils de l'homme mourût. Sans cela, il « n'eût pas représenté l'idéal du sage, odieux aux « superstitieux comme aux politiques, et pavant M de sa vie sa beauté morale. Lue mort vulgaiie <i pourcouronner la viedeJésus! Quel blasphème! « Quant à rechercher ce qui se passa dans l'àme « de ceux qui le condanuièrent, c'est là une ques- « tion vaine et stérile, lors même qu'elle ne seiail « pas iusohdjle. Qui sait s'il est digne d'amour « ou de haine? Qui peut bien analyser ce (jui « se passe au fond de son cœiu? Celui qui dit K comme Caïphe : Expedit luiuin lioininein mûri (X pro populo, est certes un détestable politique et

« puiii'luiU, chose Irisle à «lire, ce peut être un »< honnête homme. »

Ces paroles élégantes et oblicpies, qui se trainenl en spirales, découvrent la pensée de M. Renan, tout en la cachant dans leurs replis.

Mais tout à coup Jésus-Christ lui apparaît immense. H approuve le saint qui peignait à genoux la face du Verbe fait chair, et dans un transport vraiment étrange, il écrit ces belles paroles :

« SorJi d'un petit canton très-exclusif quant à la nationalité et trés-provincial quant à l'esprit, il est devenu l'idéal universel : Athènes et R/)me l'adoptèrent; les barbares tombèrent à ses pieds, ».'l aujourd'hui encore le rationalisme n'ose le regarder un peu fixement qu'à genoux devant lui. m

Glorieusement vaincu par la vérité, M. Renan vient d'avouer que Jésus-Christ n'a payé aucun trdjut ni à une nation ni à une époque : mais tout H coup revenu à lui-même, il ajoute :

« Dans le Christ évangélique luie partie mourra; c'est la forme locale et nationale, c'est le Juif, c'est le Galiléen : mais une part restera, c est le grand maître de la morale. Le thaumaturge et le prophète mourront; l'homme et le sage resteront. »

Et ce sont deux passages d'un même article.

Ce Jésus mystérieux contre qui les coups n'ont ])as de prise, excite chez M. Renan une colère qui cliange à chaque instant de forme et de couleur, une colère mouvante, ot quel hounnage que celle

!if) NEGATION

coleie ! ce Jésus incKpIicable l'irrile : quel plaisir, s'il clail possible de le nier tout à f.iil ! Du moins faut-il n'en pas tenir compte ; car, pour M. Renan, Tinexplicable est simplement Tinexpliqué.

« Clt-rtes, (lit-il, il faut désespérer d'arriver ja- « mais H la complète intelligence d'apparitions sur- « prenantes, que le manque de dociunents bien « plus encore que leur nature mystérieuse cou- «< vrira pour nous d'une éternelle obscurité. Dans « la solution des problèmes d'un ordre aussi éle- « vé, et l'hypothèse siu*nalu relie et les hypothèses « nï^turelies trop simples, celles du xyiii" siècle par « exemple où tout est réduit aux proportions or- « dinaires d'un fait d'imposture ou de crédulité, « doivent être également rtîjelées. On me propo- « serait une analyse définitive de Jésus, au delà de « laquelle il n'y aurait plus rien à chercher, que je « la récuserais. Sa clarté serait la meilleure preuve « de son insuffisance. L'essentiel n'est pas ici de « tout expliquer, mais de se convaincre qu'avec « plus de renseignements tout serait explicable. »

Cherchons la pensée; dépouillons-la des mots. Que trouvons -nous? Nous trouvons l'intention bien arrêtée de chercher toujours, et de ne savoir jamais. En effet, en face d'un phénomène mystérieux, il faut de deux choses l'une, lui attribuer une cause surnaturelle, ou lui chercher une explication naturelle. M. Renan repousse ces deux procédés; il repousse la cause surnaturelle gra-

DE LA SCIENCE h1

tuilemcnf, sans molit, sans discussion, il l'écarté parce qu'il l'écartc, et quant à la cause naturelle, il l'écarté encore, parce que l'admettre ce serait conclure, ce somit manquer au devoir qu'impose /a finesse desprit^ enfin et surtout, parce qu'ad- UHîtlre une explication ce serait se soumettre soimême à la critique. « On me proposerait luie r analyse définitive de Jésus que je la récuserais. » Pourquoi donc? Comment ! vous déclarez qu'il y a une explication naturelle, et vous en rejetez une qui semblerait bonne, par cela seul qu'elle serait claire ! Celte explication est donc condamnée à élre obscure ? Mais si l'on vous en présente une qui soit obscure, vous la rejetterez parce qu'elle est obscure. Par c«î procédé trèsliabile, vous renverrez les esprits à une explication naturelle qui n'est pas encore venue, q ui ne viendra jamais, et qui aura ainsi sur toutes les autres l'avantage de ne pouvoir être jugée, puisqu'elle sera foujours dans l'avenir et toujoius dans l'inconnu. Si vous proposiez vous-même votre explication, nous sentirions l'insuffisance de celte explication, comme des autres. Car toute explication naturelle de Jésus est une explication qui n'explique rien. Mais cette explication inconnue, dont vous affirmez l'existence sans la prouver, échappe à la discussion. Elle vous permet de vous j)asser de Dieu, et vous dispense de dire comment vous faites pour vous en passer.

Au point de vue de la science liistoriquc, examinons la situation que M. Renan nous fait, vis-à-vis du miracle.

L'histoire nous offre une série de faits surnaturels. Nous, qui les admettons, nous leur faisons leur place. Ils ne dérangent en rien les sciences naturelles, lis les dominent, ils ne les détruisent pas.

Une guérison miraculeuse ne contient aucune négation do la médecine. Ce sont deux applications différentes de la force qui guérit. L'une est conforme à l'ordre naturel, l'autre ne l'est pas. Voilà toute la différeiice. Immatérielle en elle-même dans les deux cas, cette force agit pourtant sur la matière. Que la prière ou le pain empêche un homme de mourir, le mystère qui le ramène à la vie, est dans les deux cas immatériel, comme la vie vers laquelle il revient, comme la loi qui ordonne ce retour. Le pain matériel exécute une loi qui n'est pas matérielle. La vie est l'action de la forme sur la matière. Ce n'est donc jamais dans la matière même qu'il faut chercher la cause de la vie ou celle de la mort. H ne faut lui demander aucun secret. Elle n'est que l'occasion manifesta trice de la vie. La matière est un instrument qui prête son secours à l'harmonie : c'est le bois du violon qui porte les cordes. Mais c'est toujours une force immatérielle qui fait la vie ou qui fait la mort, la maladie ou la guérison. Naturelle ou miraculeuse, la vie a sa raison d'être dans l'immatériel.

DE LA SCIENCK. S9

Donc l'admission des faits surnaturels ne gêne ni la raison ni l'histoire. La raison conçoit que la cause souveraine agisse souverainement. L'histoire admet tous les ftiits prouvés, et les faits d'un Certain ordre ne gênent en rien les faits d'un autre ordre.

Mais si vous refusez à Dieu le droit d'agir stwnaturellemcnt, alors de deux choses l'ime, ou vous niez absolument tous les faits mystérieux, ou vous h's faites rentrer de force dans le domaine des faits naturels. Si vous les niez, vous détruisez la certitude historique. Elle mourra de ce coup : car ces faits sont aussi bien attestés (jiie les autres, même au point de vue de l'histoire pure. Donc, les rejetant, vous n'avez plus de raison pour admettre quoi que ce soit. La certitude historique n'existe plus. Les aflirmations motivées negènenten rien les affirmations d'un autre genre; mais une négation gratuité détruit tout, car si vous niez une chose, pourquoi n'en nierais-jc pas une autre? Si, admettant à peu près les faits, vous les faites entrer dans les sciences naturelles, malgré eux, et malgré elles, vous détruisez ces sciences. Car les lois connues ne sont plus dominées , mais détruites par cette foule de lois du même ordre, qui se croisent avec elles capricieusement. Mais si ces lois sont d'un autre ordre, les sciences naturelles sont sauvées. La médecine ne souffre pas, si, miraculeusement, Jésus- Christ Honune-Dieu ouvre avec lui peu de boue

l'œil d'un aveugle La médecine eût été détruite si nalurellement , un jour, en vertu de je ne sais quelle faveur, la boue avait guéri un œil malade. Admettez l'extase, vous ne détruisez pas la vie normale. Sainte Thérèse ne nuit à personne , et sainte Thérèse extatique ne nuit j)as à sainte Thérèse femme et chrétienne. Mais niez l'intervention surnaturelle , vous ne pouvez plus dire où la vie naturelle commence, où elle finit ; elle est bouleversée de fond en comble. Si vous attribuez au magnétisme tout ce qui est extraordinaire, le magnétisme prend une telle place qu'd détruit les autres sciences à force d'empiéter sur elles. Il n'y a plus de limites ; il trouble l'univers sans que vous puissiez savoir jusqu'à quel point, et lui marquer sa place. Si vous ne voulez pas du magnétisme, vous êtes dans un autre genre d'ignorance. Les lois naturelles n'ont dans les deux cas rien de fixe. Vous leur attribuez des phénomènes qui ne dépendent pas d'elles, qui relèvent de plus haut. f>es exceptions détruisent les lois, et là où il n'y a plus de lois, il n'y a plus de science.

Niez l'intervention divine, vous rencontrez ini mystère absurde ; admettez-la, vous rencontrez un mystère lumineux.

L'entrée triomphante de Jésus à Jérusalem est peut-être une indication, un souvenir, un rappel de l'Incarnation, telle qu'elle se fût accomplie, sans le péché, dans la .^loiro et dans la joie. Le miracle

DE LA SCIENr.I-: 6<

et l'extase ne sont-ils pas des souvenirs du paradis terrestre, où l'esprit ne subissait jamais les colères de la matière révoltée? Pourquoi l'homme ne reprendrait-il pas, dans une certaine mesure, par la sainteté, cet empire qu'il a perdu par le défaut de sainteté ?

L'extase des saints me semble un souvenir des sommeils d'Adam. Le sommeil est le temps des révélations. Peut-être l'âme, destituée alors, au moins en apparence, de son activité propre, estelle plus capable de recevoir et de subir l'activité étrangère, l'activité divine? Nous aimons tous à parler, sans trop savoir pourquoi, du sommeil de l'enfance. L'innocence nous semble plus auguste et plus puissante que jamais, quand elle nous apparaît désarmée par le sommeil. Mais qui de nous connaît le sommeil? nous a-t-il dit ses mystères? Dans le monde déchu , il n'éveille qu'une idée d'obscurité et de nuit. Mais, grâce au mystère de la sainteté(lasaintetéressemble toujours plusou moins au retour du paradis terrestre), grâce au mystère de la sainteté, un sommeil apparent ne pourrait-il pas devenir l'instant de la vérité, l'instant de la lumière, le réveil enfin ? L'âme, qui, dans le sommeil ordinaire, semble s'affaisser sous le poids du corps, ne pourrait-elle, dans un état extérieurement semblable au sommeil, mais réellement contraire à lui, se dégager des liens du corps? Le ravissement matériel est une dérogation aux lois

de la pesanteur, ou plutôt la loi de la jipsaiiteur produit un effet particulier, quand l'Ame l'emporte sur le corps. Mon poids, c'est mon amour, a dit saint Augustin. Quand notre amour est au ciel, pourquoi le corps ne nous prouverait-il pas, par un ravissement matériel, qu'il est emporté par l'âme, et que l'homme pèse en haut, parce qu'en haut est placé son centre d'attraction ? La preuvi^ ne nous est pas toujours donnée par un fait sensible. Mais en résulte-t-il qu'elle ne nous .soit donnée jamais? Pourquoi l'extase ne nous parlerait-elle pas, par la bouche des saints, des communications que Thomme sans péché eût gardées avec Dieu, dans la splendeur immaculée du paradis terrestre ? I.e sommeil n'est pas tout à fait dépourvu de conscience ; il n'est pas aveugle, sourd et muet. Notre sommeil est souillé par le rêve. Le rêve, cette maladie normale de l'homme déchu etendormi, le rêve avec ses divagations, ses terreurs, ses folies, ses horizons lointains ordinairement affreux, quel quefois magnifiques, ne ressemble-t-il pas à l'extase, comme le singe ressemble à l'homme ? Ne ressemble-t-il pas un peu à une contre-épreuve mal tournée de l'extase, à une parodie satanique qui en aurait gardé jusqu'à un certain point l'apparence, mais qui en a perdu l'esprit, l'idée, la vie?

Ainsi, ces lumières particulières se fondent dans la lumière générale, au lieu d'en changer la nature. Elles attestent de leur grandç voix la liberté de

DE LA SCIKNCK. (5:i

Dieu et la majesté première de l'homme. Elles embellissent le monde sans le troubler, et illuminent la nature au lieu de la détruire.

Niez le surnaturel , si vous voulez , mais vous allez recevoir une admirable punition! Vous allez arriver à cette ignorance que M. Renan attribue aux époques naïves : « Alors, dit-il, le miracle ne o se présentait pas comme surnaturel ; le miracle « était l'ordre habituel, on plutôt il n'y avait plus a ni lois ni nature pour ces hommes. »

Profond enseignement! la sophistique nous ramène H cette ignorance d'où elle prétend nous tirer. Vous niez le miracle-exception, le miracle surnaturel. "Comme les faits résistent H vos négations, vous avez le miracle-règle, le miracle naturel, et vous n'avez plus de lois. Ainsi de deux choses l'une : si vous admettez le surnaturel, il intervient sans rien détruire : l'ordre naturel est sauvé; si vous niez le sinnaturel, l'ordre naturel est confondu et bouleversé.

C/!tte destruction est si profonde qu'il est diflicile de l'analyser avec ordre. Les points de vue se pressent au point de se confondre. Nous avons déjà vu la science et la raison niées plusieurs fois, car (>llcs supposent l'existence de la vérité et la possibilité de la certitude humaine ; nous avons vu la négation contradictoire avec elle-même, contradictoire avec une affirmation précédente, conlr;i(lictoire avec l'intention de l'auteur. Résumons-

nous. Voici, quant à la religion, à la société, à la science, le Credo que nous avons découvert au fond de cette doctrine :

Je crois en Dieu, je l'adore, mais il n'existe pas. Je crois en l'humanité, je l'adore ; mais l'humanité est une folle qui ronge un os de mort pour essayer de s'en nourrir. Son pain quotidien , son pain nécessaire, c'est le néant, c'est l'erreur. Je crois en l'âme humaine, je l'adore; mais on a bien fait de déclarer que nous u'cmi savons pas assez pour affirmer son existence. Je crois en la science humaine, je l'adore; mais la notion de l'âme lui échappe comme celle de Dieu. J'adore le liien ; mais peut-être le mal, représenté par Salan, a-t-il autant de droit que lui à mon adoration. Je veux sortir de moi-même, m'anéantir, vivre dans un autre que moi, adorer; mais l'humanité est le seul Ditu véritable (0, et je suis mille fois au-dessus

(I) « Il n'a pas existé, dit M. Renan, un individu formé par un privilège unique de l'essence divine et de l'essence humaine, dominant la nature, faisant des miracles, ressuscité corporellement ; il n'a pas existé un individu plus exclusivement Dieu qu'on ne l'avait été avant lui et qu'on ne le sera après lui

L'humanité est la réunion des deux natures, le Dieu fait homme.

Elle est l'enfant de la mère visible et du i^ère invi-

.cibie, de l'esprit et de la nature. Elle est celui qui fait des miracles. Car, dans le cours de l'histoire humaine, l'esprit s'assujettit de plus en plus la matière. Elle est l'impeccable, etc., etc. »

El c'est cette même humanité, cauchemar d'une divinité malade, qui ne sait pas si el'o a une âme, tant elle possède une faible lueur de science !

DE LA SCIKNCK. 65

de riuimanité. (jui vit d'cMi-oiir, puts(|iie moi je découvre son erreur. Mais comme je n'aperçois pas de vérité qui puisse rem[)lacer les erreurs hu- Jiiaines, il me reste à adorer en moi, sans rien conclure, la criticpie toute seule, c'est-à-dire la négation universelle rlivinisée.

Page 1