SANS-GENE, DUMONT
Ce cher Dumont ! quel plaisir j'ai à le revoir !
DUMONT , froidement.
Monsieur, c'est un plaisir que je partagerai bien sincèrement lorsque je me rappellerai...
Comment! tu De te souviens pas du petit Zozo? ton cama-
( 5o ) rade de Montaigu , avec qui tu as si souvent joué à la balle ? aux billes?....
DUMONT, riant.
Je me rappelle bien Montaigu , mais nous étions tant que Zozo,.,
Qui se servait toujours de ton canif, de tes plumes et de tes. dictionnaires , pour n'être pas obligé d'en porter sur lui ; qui arrivait toujours en classe une demi-heure après les autres, et faisait déranger tout le monde pour arriver à sa place ?
DUMONT , se le rappellanU Et qui mangeait mes confitures ?
Précisément
DUMONT
Comment ! c'est vous?
T'y voilà. J'étais aussi bien étonné que tu eusses oublié... , car, moi, je me rappelle le nom et même les traits de tous mes camarades; aussi n'en ai-je pas perdu un seul de vue :je déjeune ehes l'un, je dîne chez l'autre; je soupe chez celui-ci , je couche chez celui-là, soit à la ville, soit à la campagne ; et voilà comme je passe ma vie. C'est ton tour aujourd'hui, et je suis venu m'installer chez toi, comme tu vois; tiens, voici ta robe-dechambre.
DUMONT , ouvrant sa tabatière.
Monsieur, je suis charmé d'avoir quelque chose qui vous soit agréable.
SANS-GÊNE , prenant du tabac le premier*
Sais-tu que tu as une fille charmante ?
DUMONT
Oui, c'est le portrait de sa mère.
Je te ^demande, je suis garçon , il faut me donner cela,
dumont, à part* Mais cet homme-là est fou l
(Si )
SANS-GÊNE, Hé bien ! qu'en dis-tu ?
DUMONT
Je dis d'abord que votre demande e3t un peu brusque, et ensuite que j'ai promis sa main.
Il n'y a pas de promesse qui tienne quand il Vagit d'un camarade de collège; et cela se trouverait d'autant mieux, que je viens d'acheter une jolie petite'propriété à six lieues d'ici; nous irions , nous viendrions , l'un (se montrant ) serait toujours chez l'autre.