‹ M. Scherer, ses disciples et ses adversairesChapitre 5 sur 21 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Rôwrftat» de^ la eobtlpo'vèrsé. -^ U iXtté de épi écrii légitimé; -r^ ii^nâividualisme cbrétien pritîdpe dTun développement dogmatique ' nouveau 179

€HAPITRE PREMIER

MILIEU THÉOLOGIQUB BANS LEQUEL LÀ CONTEOYERSE À fiCLATÉ.

Le christianisme est un fait qui, à son heure marquée, a pris place dans Phistoire. Quoique préparé par tout le développement religieux, moral et même politique de Pantiquité, spécialement par le judaïsme, il ne saurait être considéré comme la conséquence logique, le fruit nécessaire, le dernier mot de tout ce qui est venu avant lui; il fut une création nouvelle, le résultat de Fintervention directe de Dieu, une révélation.

Considéré dans ses rapports avec tout ce qui est venu après et pourra venir encore, il est un fait définitif, suprême, le dernier mot de Dieu. Christ, qui a été le christianisme même, s'est appelé le chemin^ la vérité et la vie. Du moment où la vérité a pris un corps et est venue en personne sur cette terre, nous attendrions inutilement d'autres révélations de nature à compléter ou à éclipser celle-là : après la vérité, il ne reste plus rien à révéler.

Aussi la prétention de faire le ctristianisme perfcc-

Nouveau Testament, il restera toujours le même, il ne pourra jamais être altéré.

Toutefois cette vérité parfaite, inaltérable en soi, est entrée en contact avec les hommes pécheurs qu^elle a mission de régénérer et de transformer à son image. Cette transformation n\ pas eu lieu d'une manière complète chez les premiers chrétiens, et, bien que nous ayons profité de l'expérience de nos devanciers, nous savons que cette grande œuvre n'est pas encore entièrement accomplie en nous. Suivant son degré de cul*» ture, de développement intellectuel, et surtout d'après son plus ou moins d'avancement dans la sanctification, chaque homme est mis en position de comprendre plus ou moins bien la vérité, de s'en faire des idées relatir vement exactes ou inexactes. Pour ce qui est doue de la conception de cette vérité, la même pour tous, il peut^ il doit être question de progrès et de perfectibilité. Ceux qui nient un progrès dans la conception humaine du christianisme ne sont pas moins dans l'erreur que les hommes qui prétendent qu'il est perfectible en 3oi.

L'histoire des dogmes nous fait assister aux efforts successifs que l'esprit de l'homme, depuis la mort des apôtres jusqu'à nos jours, n'a cessé de faire pour comprendre, fixer dans des formules humaines cette vérité en elle-même immuable. Le dogme n'est autre chose que le résultat de ce travail à la fois religieux et intellectuel auquel l'esprit humain s'est livré dans son besoin de donner à la vérité une forme scientifique.

topQiûnt floua u autres mtluencea que la sieene, danp um 9phère qui lui est étrangère, les principes philoso*! pkiquf^a, par exQfnple, ne peuvent éti:e considéi^ comme des dogmes^

Pftos (^\ esprit el^réUen, il y a uae iippo?taute dis« tiftPtjQP à faire luîvant qu'QU ie çomidèr^ i$0U9 le rap-port objectif ou wws k rapport suïyeqtif, Co«pidéré8W« le premier poipt d^ vue, il n'est ftutre qye cet Esprit" Saiot, subslaucci et e3senee de la yi§ chrétienne, tellq qm pous Pavons vue se déployer dans la persopna do Christ; 00 Consolateur, qu'il noua dépoint lui^mêmo comme indépendant des hommes, des institutions, essentiellement lihr# } qu'il o ahoudammont répandu aur ses apôtres, à la Pçntêoôto, et qu'il a promis à tous les M§iensj comme son vicaire chargé de leur faire com-f preadre les^îboses qu'ils avveut ouïes de lui. Par l'cs^ prit chrétien subjectif nous euteudons la vie même de ghaquo individu, eu tfiut que modifiée, plus ou moins nâgéuérée et sanctifiée soup rinfiuenco de qe Saiot-Es-. prit promis à tous o^uis qui le demandent, et sans le aeçQur^ duquel nul m peut deyonir chrétien. On voit sans p§ino que c'§st par suite de l'imperfection inévitfihle do cet esprit chrétien subjectif qui peut et doit varier suivant les individus, les peuples, }es époques, que la conception dogmatique e«t éminemment perfecûhl$- lin homme sera d'autant plus apte, toutes les autrfi^ conditions également remplies d'ailleurs, h so former uue çoncepligp e^^to de la mérité» «t à l^ fii^er

livres au iiouTeau lesiameni^ ei les essais aussi meu que les résultais du développement dogmatique depuis la mort des apôtres. Il agit de deux façons dans la formation du dogme : il fournit renseignement chrétien, soit sous sa forme scripturaire, les données de la théologie biblique, soit sous la forme que les chrétiens des diverses époques lui ont donnée en le fixant dans leurs symboles et confessions de foi. Cependant , ne pouvant méconnaître que la conception dogmatique fournie par les livres symboliques peut être défectueuse à plusieurs égards, le théologien doit sans cesse remonter à TEcriture comme à la règle , et travailler à sauvegarder la pureté du symbole en s^efforçant de le maintenir en accord parfait avec les données scripturaires.

Ce travail dogmatique et critique, en même temps qu^il fait Péducation théologique de celui qui s'y livre, le met en état de devenir producteur à son tour. Il se rend compte des diverses questions et tendances qui agitent chaque période, chaque époque, en les examinant à fond ; au contact des diverses individualités dogmatiques la sienne propre se complète et achève d'acquérir une pleine conscience d'elle-même. Ainsi orienté, il finit par voir clair dans ce vaste domaine et par se trouver en possession de toutes les connaissances dogmatiques qu'il est possible de posséder dans son temps. Alors, s'emparant de l'Ecriture, qu'il a été amené par ses études à reconnaître comme la cause, le point de départ de tout le développement dogmatique, il va s'en servir comme d'une pierre de touche à laquelle il rapportera tous les

cord avec eux et s approprie leurs résultats d une manière consciente et définitive. Le contraire a-t-il lieu? il est conduit à chercher de nouvelles formules, afin de rectifier le symbole en le retravaillant, s'il lui parait renfermer des erreurs, en en donnant une exposition nouvelle, s'il a méconnu quelque grande vérité qui réclame aussi ses droits.

Mais tout cela ne suffit pas encore pour mettre en état de formuler de nouveaux dogmes. Le théologien qui aurait le véritable esprit de Christ, qui, de plus, se serait livré à tous les travaux critiques et historiques indispensables, aurait en main, il est vrai, tous les éléments nécessaires pour une construction nouvelle; mais encore faudrait-il bâtir ; il ne sortirait jamais une statue de ce métal en fusion, si le moule dans lequel il doit être jeté faisait défaut. C'est la science, troisième facteur indispensable, qui vient ranger dans un ordre sévère ces éléments chaotiques, en donnant à chacun une forme rigoureuse, scientifique, et en leur assignant la place qui leur revient, de manière à former un tout organique. Bien loin de changer les enseignements chrétiens contenus dans l'Ecriture sous leur forme simple et primitive, le. théologien doit toujours les avoir sous les yeux afin de s'assurer que dans sa construction scientifique il ne les altère pas. Il profite également des données que lui fournit l'histoire des dogmes en lui faisant connaître les essais antérieurs du même genre que le sien. Enfin, l'autre facteur, le Saint-Esprit, fournit et la matière à traiter et les règles et plans d'après lesquels la construc-

la terne cnreuenne sous une lorme scieniinque. Rjes temps dané lesquels ces trois fecteurs itknplissént eha** cun sa fonctioh dans la sphèk'e qui lui est assiguée et agissent d^urie manière hàrUloniquéj Voient uû grand développement dogmatique et constituent les épotjttësr (créatrices* LoirsqUé, par suite du péché, agôtit puissant àteo lequel il fout toujours i^ôMptei', Un du plù^Ui^ des facteurs iihiispensables à la formation du dogme se trouvent patalysés, le dévelôppémeut cesse d^êtré hùt^ knal et Terreur s'ensuit^ Si Télémeut èpitîtuel domiiie à TexcluSiott des autres^ au point de â'ëU isoler, Uotti tombons daus Une ^eUti mentalité stérile; ^i Pélémeiit traditionnel > tOUtê m disparaît , roHhodotisUitè règtiè sans partage; si rélémeut scieUtifique, Thistoire et Ve^ prit ehrétieti ne sont plus comptés pdut rien^ le rationa-^

lisme voit ses beaUi jouH;

Il y a \to\s gtàttdés périôdeë dogmatiques, pendant leè^quelles on a vu se formulée? là théologie danë TÈglisé gi^qùe, rauthlropologîe dans l'Eglise i^mâiue jusqu'à la Réfot'mation , là sotéridlogie dans le ph)testdntisUie.

La période àOtériologique) comme les précédeuteSj comprend trois grandes époques qui ont vu le dogme se former à la première, ée systématiser et se fixer dans les livres Symboliques à la seconde, pour passer ensuite dans les faits et dans la vie à la troisième.

Cette dernière époque, qui a commeucé au moment

j rtéâlrieô «st déjà passée ; non-seuïetnent il tié reste pluô

^ de dogmes à formuler, mais P Eglise, s'appropriant les résultats des travaux des théologiens, les a consacrés

^ dans ses livres symboliques. Il ne s'agit plus de proliuite, de sé tournât avec anxiété vers l'avenir pour savoir cé qu'il portera ; on vit sur lès résultats déjà obtenus et on se repose tranquillement, les yeux tournés vers le passé de qui on a tout ï^çu ; il n'y a plus rien à faire. Il en est de cette époque, a-t-on dit avec beaucoup de sens, comme d'un riche héritier que la mort de son père, artisan des plus actifs, vient de laisser en possession d'une immense fortune. Cette richesse est à la fois .

' un bien et un obstacle. Cet héritage est un fardeau qui

nuit à l'activité propre de celui qui l'a reçu, et pourtant l'homme prétend toujours être redevable d'une certaine façon à lui*niéme de ce qu'il possède. De sorte qu'il ne reste plus au riche fils de cet artisan industrieux et actif, pour exercer sa propre activité, qu^à employer sa fortune au gré de ses désirs. Mais, comme il consomme ses forces à toujours dépenser sans jamais {stcquérir, il doit bientôt aboutir à la pauvreté. Sa fortune eûtière se dissipe, et ses éléments constitutifs, passés en d'autres mains, deviennent un capital qui enrichira d'autres artisans qui sauront le feire valoir. C'est là précisément ce qui arrive à cette troisième époque ; elle s'appauvrit en vivant sur ce que lui ont légué les précédentes ; essentiellement transiloite, elle porte en Km sein une tendance purement négative qui pousse les

niées sur un autre plan et sous rmuuence a un noaveau souffle de TEsprit de vie.

Rendons-nous d'abord bien compte de la tendance négative.

Nous venons de le voir il n^y a qu^un instant, trois facteurs indispensableSyrespritcbrétien, Tbistoire et la science concourent à la formation du dogme. Mais da moment où il est décidément formulé et arrêté, Tesprit cbrétien et la vie qui en découle ne concourent pins à la formation des connaissances dogmatiques ; ce sont celles-ci au contraire (différence capitale!) qui doivent déterminer, faire naître la vie chrétienne des générations vivant dans la troisième époque. De là il résulte bientôt qu'on ne se sent plus parfaitement en accord avec les données symboliques; la conscience humaine se les assimile toujours moins ; on accepte bien, il est vrai, les doctrines reçues, mais souvent sans en avoir conscience, d'une manière purement extérieure ; ainsi, ce qui, pour les générations de l'époque précédente, était une orthodoxie vivante, se transforme peu à peu en orthodoxie morte, en pur traditionalisme. C'est là le premier pas dans la voie de la dissolution du dogme , qui doit aboutir à sa négation.

Le traditionalisme, ainsi amené à faire prédominer dans le dogme l'élément historique au détriment de l'esprit chrétien, ne peut manquer d'avoir des conséquences très fâcheuses.

L'usage même qu'il fait de l'histoire n'est pas admis-

des livres symboliques. L'orthodoxe mort admet une infaillibilité des symboles à laquelle Torthodoxe vivant, lui, n'avait pas songé. Il est pleinement persuadé que les confessions de foi sont en tout la reproduction fidèle, complète, des données scripturaires.

Aussi, s'il cite encore la Bible à l'appui de ses croyances, ce n'est guère que par habitude ou par déférence ; il pourrait également bien se borner à alléguer les symboles, car il est pleinement persuadé de leur accord parfait avec elle. Et, s'il continue à l'étudier, ce n'est guère que dans ces chapitres ou même ces versets {dicta probantiaj loci classici) qu'il a l'habitude de citer à l'appui des doctrines officielles. Le règne du traditionalisme est funeste à toute libre étude des Ecritures; une exégèse fécondante devient impossible.

Dans la mesure où cette tendance se répand, elle acquiert conscience d'elle-même, le dogme reçu continjue de se transformer en une connaissance purement historique et extérieure ; et, plus l'abîme se creuse entre lui et le nouvel esprit qui souffle dans l'Eglise, plus il devient difficile de le comprendre. Aussi il arrive bientôt un moment où le dogme apparaît à beaucoup de gens inassimilable, absurde, irrationnel, contradictoire.

Les représentants de l'orthodoxie, ne pouvant se dissimuler cet état des esprits, ont alors recours à un moyen héroïque pour défendre le dépôt qui leur est confié. L'homme naturel m comprend point k$ choses

dans le NouTeau Testattient. Le traditioDalisme , Be tenant nul compte de cette distinction capitale^ s^etn^ pare de ce verset^ qu'il fait retentir bien haut^ comme d'uù bouclier soua lequel il prétend âbdter les i^ultats dogmatiques consacrés par les symboles^ Il ne éâit plos faire de différence entré TEvangile toujours vivant, immuable et nouveau , d'une fratcheuf admirable^ et les formules humaines nécessairement imparfaitei^ transi^ toireS) au moyen desquelles on a cherché à s'en rendre compte d'une manière scientifique* Réclamant pour les dogmes l'immutabilité et la perfection qui ne sauraient appartenir qu'à l'Evangile seul, il oublie qu'ils portent en eux un élément passager, humain , pour prétendre qu'ils nous ont été révélés d'une maâiàre surnatureltei Jésus-Christ y qui cesse d'être la source de la vie noo*velle pour devenir un docteur, un théologien , les a promulgués au milieu de^ miracles nombreux qui témoi^gnaient de la divinité de sa mission, et les afaitconsi^' gner dans la Bible par sé( apôtres inspirés, poUr qu'ils nous parvinssent au moyen de ce codé authentique^ Us sont) en Conséquence, présentés comme des mystères, comme des connaissances supérieures, rétélées d'une manière sutnaturelle, des choses que l'œil n'a point vues^ que l'oreille n'a point entendues et qui ne Sont pas montées au cœur de l'homme. Il est tout simple et même nécessaire, ajoute-t-on> que ces védtés soient contraires à la raison de l'homme natiirel; aussi le

non y est toujours : Il faut croire une chose parce qu'elle est absurde ; credo ^a àbiwrdum eiU

Nous ayons déjà signalé les conséquenGes de ceUé tendance sur Tétude de Thistoire et sur Texégèse; elles ne sont pas moins sensibles dans la vie de TEglise. Soui le règne d'un dogme cristallisé^ le culte doTieni froid ( on fait apprendre le catéchisme par cœur; le sermon ) qui en vient à rechercher les formules dogmatiques, est surtout composé de passages bibliques cousus bout à bout; la prière devient un opus operalum, un exercice mécanique méritoire en soi, quelles que soient les dispositions qu'on y apporte. Chez les catholiques, l'hostie fait des miracles, et le signe de la croix guérit l'épizootie ; chez les protestants, la Bible se transforme en amulette.

Page 1