‹ M. Scherer, ses disciples et ses adversairesChapitre 6 sur 21 · RÉACTION · texte numérisé non relu

RÉACTION

Avant que cette tendance ait porté tous ses mauvais fruits, l'esprit chrétien, qui est encore resté dans l'Eglise tandis que le dogme est déjà cristallisé, éprouve le be-«soin de réagir contre elle. — De là deux tentatives dé restauration* U arrive immanquablement durant cette époque de dissolution un moment dans lequel on sent que le dogme reçu — ^ que personne ne songe encore à contester et qui fait peser sur les esprits un joug que nul

rait découvrir quelque point de contact entre ce dogme, pure connaissance extérieure, étrangère, et la conscience humaine, afin de tâcher, du moins dans une certaine mesure, par un certain côté, de se Tassimiler un peu. Il n'est pas encore question de rien changer aux données traditionnelles ; mais, tout en les conservant, on serait fort aise de découvrir leur accord avec quelque fait moral, quelque connaissance déjà acquise à la conscience, afin de pouvoir ainsi se les légitimer à ses propres yeux. Chacun des deux facteurs nécessaires à la formation da dogme et méconnus par le traditionalisme , est mis à contribution. Quelques-uns vont demander à rélément scientifique, à la philosophie, de vouloir bien jeter un pont par-dessus cet abime qui les sépare des doctrines reçues qu'ils respectent encore, quoiqu'elles leur soient devenues étrangères. Ainsi naît la scolastique qui charge la logique, non plus simplement.d'exposer, mais de prouver et de légitimer le contenu de la tradition. D'autres s'adressent à ce qu'il y a encore de vie, d'esprit, de sentiment chrétien dans l'Eglise. Pas plus que les scolastiques, ils ne veulent changer les données traditionnelles ; mais toutefois ils sentent comme eux le besoin de soutenir de quelque fjaçon l'autorité extérieure chancelante. Us en appellent au respect dû à l'histoire et aux choses établies ; ils mettent en avant la vénération pour les grands hommes qui ont fixé le dogme et arrêté les symboles ; ils demandent que, par un sentiment de

fidèle de la yérité biblique ; seulement il voudrait qu'elles conquissent de nouYeau dans le cœur des chrétiens la place qu'elles ont perdue; il aimerait transformer les orthodoxes morts en chrétiens vivants ; il voudrait que la vie rentrât dans les os secs ; il n'est préoccupé que de la pensée de vivifier, de réveiller l'Eglise « en restaurant ses précieuses et vénérables institutions léguées par l'antiquité, en remettant en honneur ces belles et chrétiennes confessions de foi, que ses pères ont faites à la lueur des bûchers et que plusieurs chrétiens fidèles ont scellées de leur sang.

Cette tendance générale du piétiste détermine d'avance sa méthode d'étudier la dogmatique, l'Ecriture, rhistoire. La viel l'édification! voilà ce qu'il a avant tout en vue. Dans chaque dogme, c'est le côté pratique qu'il recherche de préférence ; s'il écrit une dogmatique, soyez certain qu'il la traitera d'une manière édifiante, et qu'il mettra dans son livre beaucoup de choses que d'autres auraient réservées pour des sermons. L'élément scientifique au contraire lui inspire peu de sympathie. Ce n'est pas qu'il rejette les définitions savantes et ^ub^ tiles, les abstractions, les. mystères, comme il dit ; car tout cela se trouve dans les symboles ; mais il les néglige volontiers s'ils ne Jui fournissent pas quelque diose qui aille à l'édification. Etudie-t-il la Bible? Ce ne sera pas pour se livrer à l'examen des passages classiques sur lesquels repose le dogme, comme le font le scolas-

nissent plus d'aliment pour son ^ifieatioa. Les esprits excentriques , mystiques et autres sont ses auteuiip de prédileetion.

Le piétisie sacrifie done Télément historiqae en partie, Télément scientifique en entier à un sentiment de vénération et de piété pour les auteurs du symbole. Par suite imé^ie de oe manque de pondération et d^équîlibre, il n'est pas seulement hors d'état de rien oré^p, de formuler de nouveaux dogmes , mais là vie chrétlense elle*-méme, qui lui tient t^nt ^ cœur, ne peut manquer de se développer d^ine façon anormale et de s'altérer. En conséquence de son étroitesse, il devient facilement formaliste et superficiel. Le côté pratique^ utilitaire, est pour lui l'esspntiel ; il débute régulièrement par quelque réforme dans cette spbèrOi ou n^ieux par quelque essai de restauffition. Il cberche à vivifier un peu le culte publie qui est devenu une espèce de mépanisme lltur^ gique; il attire Tattention sur les divei^es bonnes couvres à faire qui ont été négligées pendant les époques de langueur et de som^neiL Comme les moyeqs d'édification ordinaires ne sauraient lui suffire, il établit des services plus femiliers^ dea réunions de prière pour les missions ou autres objets. Il aime beaucoup distinguer entre les oonverti^ et ceux qui ne le sont pas , entre les orthodoxes morts et les chrétiens vivants, et ici il a pais faitement raison } mais pour déterminer ces questions importantes, il est sans ce^ exposé a s'en tatur à des

pour un homm^ converti. Ce n'est pas tout Le méma formaliame qui Tes^posQ tans oesse au danger d' enrôler de fttux firèraa, lui fait repousser parfois, ou du moin» taqir en Bu^pioioa de vrais chrétiens , parce qu'ayant une piété qui n'est p^s nioins réelle pour être plus per*t «onnellei ii^ ne peuvent le résigner à accepter la livrée pfgeielle.

JVous avons remarqué que le point de vue théologique des piétiites les isole et les conduit à faire peu de cas de la sci<pncQ et de Thi^toire. Bientôt allant un peu plus loin, ils fuient le moude afin de se réfngier dans un petit cercle d'amis choisis qui tou$ pensent exacte-» peut de mèmdf Oubliant qu'ils sont appelés à être le sel de la terre i le levain destiné à pénétrer toute la pâte, ils se prennent d'une frayeur eittrême pour le £ontact de tout ce qui n'est pas spécifiquement chré» lien; celui-ci croit lei fonctions publiques incompar* tibles avec le çarftçtère de disciple de Jésusr-Ghrist; cet Wtre ^ des scrupules à s'occuper de littérature, de sciences; tous sont unanimes pour consumer à gémif 3ur la mondanité croissante un temps préeieux quide** vreit être çonsaeré à découvrir de nouveaux moyens 4'ameper k l'Evangile leurs contemporains qui s'éloi»gnent toujours plus d'eux. Cet isolement et cette étroir tesse ont pour conséquence de les rendre injustes et aveMgle§ à l'endroit de tout ce qu'ils ne peuvent comprendra» JU distioQticm à faire entre les choses en sçi

nécessaires. — Il faut pourtant entretenir cette vie intérieure à laquelle on a tout sacrifié et qui, malgré tous les soins, menace de n'être bientôt plus chez pludears que comme le lumignon encore fumant. Que faire? On entend alors répéter qu'il faut s'en tenir à la Bible, à la Bible seule , rompre toujours plus avec le inonde et ses funestes tendances ; tel ira peut-être jusqu^à dire que toute autre étude que celle de la Parole de Dieu est nécessairement un péché. Et alors on se met à la retourner en tous sens pour y trouver au gré de ses fantaisies un aliment pour une activité qui est d'autant plus excitée qu'elle se trouve concentrée sur un objet unique. Ce qui édifie les gens simples est une nourriture sans sel pour les avancés qui, ne pouvant plus supporter le laity réclament le pain des forts. Une nourriture saioe ne convenant plus à l'entretien d'une vie maladive, il faut à tout prix découvrir sans cesse du nouveau^ c'està-dire du curieux, du bizarre. Les idées sur le second avènement et le miliéoium, l'étude des prophéties, des types, ainsi que l'Apocalypse, qui 46vient le livre de prédilection, fournissent alors aux piétistes une abondante pâture sur laquelle ils se jettent avec frénésie. Ce sera beaucoup, si, avant d'aboutir au rationalisme qui est le dernier résultat de cette, tendance, on ne voit pas les maladies spirituelles qu'elle engendre donner lieu à quelque grand scandale.

On tomberait dans une grave erreur en supposant que les piétistes ne remontent pas plus haut que Spener

d'être caractérisées y sauf la scolastique par suite du manque d'études sérieuses. Le traditionalisme a longtemps régné sans partage dans le canton de Neuchâtel; dès avant 1820, Genève était déjà le centre d'un mouvement piétiste dont les adeptes les plus fidèles sont restés dans l'Eglise nationale, tandis que d'autres, subissant l'influence écossaise, sont devenus en Suisse les hommes principaux de ce réveil religieux qui a fini par briser les cadres ecclésiastiques. On pourrait dire à la rigueur que c'est toujours la même tendance qui s'est seulement déplacée, car le méthodisme anglais, à qui revient l'honneur des réveils modernes sur le continent, avait été lui-même sous l'influence du piétisme allemand. Qu'il nous suffise d'avoir signalé les traits caractéristiques et essentiels du piétisme , tels qu'on les retrouve à toutes les époques de transition ; il sera facile à chacun de compléter le tableau, pour peu qu'il soit au courant de l'histoire religieuse des trente-cinq dernières années \

^ On trouvera quelques-uns des travers du piétisme contemporain dans l'ouvrage : Quelques défauts des chrétiens d* aujourd'hui^ pourvu toutefois qu'on ait soin de les chercher parmi ce que l'auteur appellerait, elle, les qualités des chrétiens d'aujourd'hui. L'hahitude de renvoyer sans cesse à la Bible, comme à une espèce d'amulette, est passée chez Madame de Gasparin à l'état de manie, de tic; si bien qu'elle possède au plus haut degré ce grand défaut des chrétiens du jour, comme aussi plusieurs autres qu'elle ne signale pas.

courant positif qui doit aboutir à la forwalioq dq no^^ veaux dogmes et k rétablissement de nouvelles coofiçs-i sions de foi. C'est cette tendance qu'il pqus reste e^corç k caractériser •

Elle est, à tous égards, différente de Va^trei non pa^ seulement quant à ses résultats que noi^ç venons de laisser entrevoir, mais aussi pour ce qui est de son origine et de son développement, La tendance négative a pour mission de décomposer j^ de dissoudre certains ré* sultats dogmatiques relativement vrais, mais qui ne peuvent plys conserver Tempire sur les esprits prce qii'iU ont fait leur temps, du moins sous la forme absolue qu'ils ont dû prendre un instant. Ainsi la tendAnce né-^ gative est la conséquence même du développement qui Ta précédée ; c'est proprement dans son opposition à ce qui ert qu'elle trouve son unique raison d'être; ^ussi, du mçinent où il ne reste plus rien ft détruire, où il n'y a plus d'opposition à faire , sa mission se trquve terminée. La tendance positive, au contraire, prend son point de départ dans quelque chose de nouveau. Alors que tout un côté de la vérité chrétienne a été développé, dès l'instant où les confessions de foi sont universellement reçues, cet Esprit-Saint que Pieu apronws à l'Eglise, mais qui ne saurait être lié aux institutions ou aux formules dogmatiques , qui est amené, par sa nature essentiellement libre, à les abandonner par suite

leure» Il y a w coie ae la Yonia qui a eiQ w)p \wn a^« Tobseurité et qui deniaade à être remis en lumière; par exemple, Iqs docteurs^ nécessairement exclusifs, ua la sont préoccupés que du côté objectif, qui a bien sa valeur relatii^e; leur opuvre n'est pas encore terminée que rbeuredela subjectivité a déjà sonné. On voit apparaître tout à coup, çk et là , des personnes qui ont certaines idées nouvelles quUl n'est pas facile de comprendre. Elles sont chrétiennes, il est même aisé de sentir que leur piété a quelque chose de frais, de nouveau, d'in-i time, de personnel qui ne se trouve pas chez d'autres ; on les admire beaucoup, on sympathise avec ellçs, mais dans une certaine mesure seulement. Il est facile de s'apercevoir, en effet, que leur piété découle d'une autre souroe que celle à laquelle vont puiser les chrétiens de leur temps ; les docteurs, qui ne tardent pas à le remar^ quer, sont les premiers à s'en défier. Ces chrétiens parlent peu, en effet, des doctrines consacrées par les symboles ; $'agit-il de rendra compte de leurs convictions ? ils en appellent à des faits d'eipérienoe plutôt qu^à une au«^ torité extérieure ; ils croient et professent ce qu'ils ont senti, ça qu'ils ont reçu; il est, disent-^ils, une certaine bimiëre intérieure qui leur rend témoignage de la vér^ rite ; ils ne sauraient admettre comme vrai que ce qui trouve de l'écho dans leur cœur et qu'ils sont en état de s'assimiler. -^ A ces quelques traits généraux on aura reconnu la mystique. Ce qui la caractérise essentielle^ ment, Q^ast la prédominance de l'élément spirituel à l'exclusion parfois de l'élément historique et scientifi»

tuely elle se trouve dans les conditions Toulues pour formuler de nouveaux dogmes^ Pavenir lui appartient ; sa faiblesse, car aussi longtemps qu'elle ne s'approprie pas l'élément historique et scientifique, elle est condamnée à la stérilité. Le défaut de science la prive de la vigueur intellectuelle nécessaire pour traduire ses sentiments eo pensées, et formuler sa piété sous forme dogmatique. Dans son besoin de secouer le joug de toute autorité extérieure, elle est conduite à faire peu de cas des symboles; tous les essais dogmatiques antérieurs sont non avenus ; elle court le danger de méconnaître entièrement l'élément historique, de faire même peu de cas des Ecritures pour n'accepter que les inspirations de sa propre subjectivité. A force de s'élever contre Tesclavage de la lettre, et de faire peu de cas des Eglises fondées exclusivement sur les confessions de foi et les Ecritures, dont les membres acceptent des dogmes qu'ils ne peuvent point s'assimiler, trop fière de la vie intérieure, intime, elle se laisse aller à oublier par trop la Bible et l'histoire. Elle se prive ainsi de toute règle pour sa foi; elle devient l'esclave de sa subjectivité et rompt tout rapport avec la source même de cette vie chrétienne qu elle estime à un si haut prix. De là vient que les disciples de la mystique risquent fort de tomber dans le mysticisme, dans de grossières erreurs, et d'admettre des idées bizarres, fantastiques, au point de composer leur confession de foi , si tant est qu'ils en aient une, des éléments les plus hétérogènes et les plus disparates,

tendance qu'ils tiennent pour yague, indéeise et suspecte, parce qu'elle devance son siècle et laisse entrevoir certaines vérités qui ne sont pas, pour le moment, à la portée de tous. D'un autre côté, si toutes ces aberrations, au lieu de ne former qu'une phase passagère dans Iq développement de la mystique , deviennent son caractère permanent, elle reste impuissante pour féconder les germes qui lui ont été confiés ; elle dégénère en mysticisme en attendant d'aboutir au latitudinarisme. La flamme sacrée, qui d'abord avait brillé d'un vif éclat et répandu autour d'elle une vive chaleur qui faisait palpiter quelques cœurs privilégiés, finit par s'éteindre, comme chez le piétiste, faute d'aliment. . Nous disions tout à l'heure que le réveil religieux avait eu lieu sous l'influence de la tendance piétiste, modifiée à son tour par l'influence anglaise. Cependant depuis quelques années il était très aisé de s'apercevoir qu'il portait dans son sein des éléments bien difierents : ses personnes les plus remarquables obéissaient à une autre impulsion. Tandis, qu'à Genève les hommes du passé se gardaient soigneusement de toute innovation, soit dogmatique , soit même ecclésiastique, pour continuer patiemment, victorieusement même, leur œuvre de restaurateurs, à quelques lieues de là Lausanne devenait le foyer d'une tendance nouvelle. Les enseigne^ments et plus encore les éqrits de Vinet, à qui appartient la gloire d'avoir, parmi nous , remis la mystique en honneur, formaient, en Suisse et en France, une

champ clos où la lutte a éclaté.

C'est au sujet de rinspiration que la controverse s^esf engagée, et il ne pouvait en être autrement, car cetie doctrine était devenue le trait caractéristique du pîétisme genevois modifié par l'influence anglaise. Un homme excellent, doué d'une belle imagination, un chrétien plein de cœur, en possession de presque toutes les qualités nécessaires pour ménager la transition du piétisme à la mystique, M. Gaussisn, dont tout le monde aime le caractère et la piété vivante, avait publié, sous le nom de Théapneuitie, une théorie de l'inspiration qui montrait combien cet homme si distingué était resté en dehors du mouvement des esprits, et combien peu il était au fait de T histoire des dogmqs. Cette publication qui avait affligé les personnes intelligentes et en particulier Vinet, qui entrevit d'avance la réaction qu'elle ne pourrait manquer d'amener, avait exercé une grande influence sur beaucoup de gens. Non-seulement on avait été conduit à se faire une fausse idée sur la plénitude de l'inspiration, mais oq s'était exagéré l'importance . de cette doctrine. Pour beaucoup de personnes, comme pour M. Gaussen, l'inspiration plénière, ainsi qu'on se plaisait à la désigner, était devenue le dogme des dogmes. Il semblait qu'il suffirait de prouver l'inspiration plénière de la Bible pour gagner du même coup la cause de l'Evangile et celle du piétisme qui étaient identifiée. Une fois la théopneustie de l'Ecriture admise, comme on supposait que toute la dogmatique du seizième sièc]e en

on touchait à ce point-là, la cause de Forthodoxie était perdue.

Tout concourait donc à désigner ce sujet-là à l'attaque de la mystique. Cependant dans ses deux lettres % dont Pune destinée à motiver sa démission, M. Scherer ne s'y attache pas exclusivement ; elles sont plutôt remarquables parce qu'elles contiennent sur d'autres sujets. Pour ce qui est de l'inspiration, il se borne à affirmer que les auteurs sacrés ne se donnent pas pour inspirés, que leurs écrits renferment des erreurs historiques en assez grand nombre. L'argumentation à priori qui réclame l'inspiration ne supporte pas un instant d'examen, vu qu'il n'est pas question de savoir ce qui doit être, mais ce qui est. Au surplus, l'inspirution serait-elle un fait prouvé, elle ne pourrait servir de base à l'idée d'autorité, faute d'un texte authentique, d'ailleurs écrit dans une langue étrangère, ce qui introduit un élément d'incertitude, et surtout parce que la question du canon restant toujours ouverte et soumise au contrôle de chaque individu, il serait dans tous les cas impossible de déterminer d'une manière infaillible quels sont les livres inspirés. M. Scherer se laisse aller à confondre tout à fait à tort la question d'autorité et de canonicité et celle de l'inspiration.

Il est fâcheux également qu'il ait toujours eu en vue la théorie de l'inspiration la plus exagérée et la moins

4 La critique et la fin. Deux lettres par M. Ed. Scherer. Paris, 1850.

il pas coupable d'étroiteese quand il dit que les prédictions de l'Apocalypse ont été démenties par le* feits, puisque tbut dépend de Tinterprétatlon ^u'il convient de dodiler à ce livre mystérieux? Il a aiusi prêté le flatte à une réplique facile^ de même que lôt^quHl À*ëst làis^ aller à prétenter ses tue« nouvelles comme un moyen d'unir les chrétiens» 11 aurait dà sentir qb'ut^easdèrtidti de ce genre ne pourrait nullement étfre cdmpriàe au défaut d'une pareille contrt)verse, et pâk* cbnséqueul s'eh abstenir» En général nous reprochons à M. Scherer de n'avoir pas assez tenu compte du milieu religieux darts lequel il se trouvait. Le peuple chrétien avait été habitué à confondre la théorie de l'inspiration et le cahon de l'Evangile; il semblait qu'en renversant celle*-Ià ôb allait lai ravir Celui-ci; renoncer à la plénîèrè pomr une foule de gens était renoftcer à la Bible même, ^ôs doute il fellait combattre cette funeste assimilation, mais avec des égards et des ménagements réclamés par des préjugés invétérés, e» èé gardant bien dé faire croire qu?on en voulait au ^ntenu aloré qu'on se livrait à la critique du contéuant. Cette simple précâVition élait d'autant pliïs nécessaire qu'on entrait en lutte comme champion du sentiment chrétien : il fallait donc avant toutes choses se garder de le blesser chez leë autreà. Malheureusement on trouvé déjà à^m ces premières lettres le germe de cette désinvolture, de ce manque d'égards pour la foi des simples, dont les amis de M» Scherer ont depuis £»it le plus beau fleuron de leur

peu d'aptitude à entreir dans Tétude det questions dé^ IvattUeâ^ en criant bien hunt qu'il s'agissait avant tout ds défendt'é) non pas telle théorie, non pà^ tel i^ultat scientifique, mais bien TEvatigile éterneli la foi des saints de toui les temps, méconnue par les noutetux docteurs.

Il se tromperait étrangement^ celai qui inférerait de eë qui Tient d'être dit qu'il n'y a dans les lettres de Mi Scherer que des exagérations^ ou dès assertions qui cessent d'être vraies à force d'être présentées sur un ton trant^hanti Nous avons au contraire été frappé de voir (il est ici surtout question de la seconde) que l'auteur présente beaucoup d'idées fécondes^ germes précieUt qui doivent certainement aboutir un jour à un développement dogmatique tout nouveau. Et, ce qui est plus heureux encore et surtout très rare quand là mystique (kit sa première apparition, M. Scherer reconnaît du moins detix des ikcteurs nécessaires à la formation du dogme, et se garde contre le danger de les présenteir dans un isolement qui les Condamnerait à l'impuidsance.

Qui ési-ce qui n'a senti que l'auteur frappait jusie quand il reprochait au piétismé de faire trop de cas des formules et pas assez de la vie dirétienne sans laquelle elles ne sont rien? Chacun connaît lé procédé qu'il caractérise si bien : « On enferme le christianisme dans une formule, on le Gxe dans nn syllogisme, on l'enchâsse

naturel que M. Scborer se lai89at aller à être trop sob- J6cti{ cUui9 Fexposiiion dachristianisme et daps ce qu'il avait à nous dire sur Jéi usrQbrist. La personne du Sauveur e4t luise eu saillie au détriment de squ œuvre rédemptrice qui est trop tenue dan» l'ombre. $e3 adversaires^ étaient moins bien placés que personne pour lui reprocher son esclusiame et son étroitesse à (;et égard. On serait en effet difficilement plus eiclusif et plus étroit qu'eux^ mêmes. Att^on jamais vu une éQole ayaut moins de pondération dans ses vues, et sachant moins accorder à chaque portion de la vérité la place qui lui revient? fit pourtant les hommes du passé avaient eu des années pour établir quelque proportion dans leur ayçtème, tandis que M- Scherer débutait d'hier dans une voie complètement nouvelle.

Cette circonstance n'a pas empêché S€$ adversaires de lui reprocher son subjectivisme i on n'a guère voulu voir que cela dans ses lettres. Que devient l'otuvre de la rédemption? disait celui-ci. Et l'expiation? demandait tel autre. Quel est votre Christ? i&'écriait-ron d'une seule vcêx. Poussant Pesprit d'inquisition jusqu'à $iea der-* nieras limites, M. Darby est allé jusqu'à demande? compte à M. Scherer d'une particule maleneoptpeuse, derrière laquelle se serait cachée la plus funeste de toutes les erreurs, la négation de la divinité de Jé^us- Christ. Obéissant à un instinct secret dont ils ne se sont pas rendu compte, les défenseurs alarmés du passé 9e sont laissa aller à ejiagérer m qu'ils appelfûent i< les &^

reiahW, il pavait pas oOert q% qQutellâs preuves de sa dispo^Uon àpréseuter 1^ Yérité aoqa Tapgle h moins propice à lui préparer \in bon aqo^eiU

£t toutefois, si on avait \oulu lir^ ce» lettre» gana passioo çt sans préjugé, cm n'a^^ait pas pianqué dâ voir qi^'elles renf^ruiaieut de? répoqsea a«i;e^ explicites à plqs d'une des questions ^u'on croyait convenable de (aire. La recommandation ^ de ^'attachera la réalité ]ii$toriquQ du Seigneur » ne répondait-elle pas à la question ; Quel e^t votre Christ? Ne déclaraitril pas (p, 41) que l'EJcriture tient une place capitale dans la yie de l'Eglise et dans celle des fidèles, et qu'elle se tirouve dan^ un riipport unique avec le Seigneur, et par 1^ même avec notre foi ; de sorte que, « pour voir le Seigneur lui-même, pour assister à 9a vie, pour recueil lir $a parole, pour contempler son image, pour la re* trpuY^r et h contempler encore dans ceux qui l'avaient contemplée les premiera, il faut recourir aux écrits bibliques » (p* 4*) ? CMa ne vous satisfait p^sî vous réçl^mesi d^fi termes plus eitprès, rappelant la rigueur SQientifique? Tgurnea donc le feuillet, et lisez : a Delà le caractère prQfondiment et éfermllement distinetif de ces livres, dans lesquels seuls nous trouvons Timage et rbistoire du Fils de l'Homme.,, »

Que vous faut^il encore? une déclaration positive au sujet de Tinspiration ? Vous l'avez à la page 16 : « L'inspiration, en effet, n'est pas quelque chose de méçanîqpo» 4^ ^urnatnrel^ oomi^a on le conçoit ordinal**

à un bien plus haut degré. De sorte que, quoi qu^on en ait dit, quand il écrivait sa seconde lettre^ M. Scherer ne rejetait pas la doctrine d'une manière absolue, mais seulement la plénière de M, Gaussen , théorie que M, Merle lui-même a toujours affirmé ne pas pouToir accepter en entier. M. Scherer professait encore la même manière de voir dans la 6^ livraison de la Revue de Thiologief décembre 1850«

Telles sont ces fameuses lettres. Nous n'ayons pas craint de leur faire quelques emprunts, parce que^ de nos jours où tout va si vite, beaucoup de personnes peuvent les avoir oubliées. Et puis nous avouerons an certain faible dont nous ne pouvons complètement nous défendre. Aujourd'hui qu'elles sont désavouées par ceux qui les ont le plus goûtées, et peutnêtre même par leur auteur, nous en ferions volontiers une seconde édition tant soit peu augmentée et quelque peu expurgée. Les adversaires de M. Scherer en ont fait une espèce de bdte de Pandore ; il est aisé de voir que si elles ne sont pas à l'abri de tout reproche, elles renferment pourtant du bon. Un homme que nous rencontrerons parmi les adversaires de M. Scherer, et qui ne saurait être suspect aux partisans du passé, M. le pasteur Bonnet de Francfort, a lui-même reconnu qu'il y avait quelques reproches à faire « à un réveil, qui, dès son origine, s'est jeté par une opposition bien excusable, dans un dogmatisme évidemment trop étroit pour embrasser toute la vérité divine, trop superficiel pour atteindre aux

renferment les éléments fécopds qui doivent aboutir, par leur combinaison et leur pondération, à de nouvelles formules dogmatiques. L'esprit chrétien, première condition pour la formation des dognies, respire dans toutes les pages. Nul n'osera le contester. L'élément historique n'est pas absent, car l'auteur reconnaît la valeur de la Bible qui est toujours pour lui le livre des livres. Savez-vous ce qui manque? L'élément scientifique et synthétique, pour systématiser le tout, et enlever à ces données du sentiment ce qu'elles ont à la fois de vague, d'excessif et de paradoxal, en les ramenant à des formules dogmatiques. Mais qui donc parmi nous aurait eu le courage d'imputer ce fait à crime à l'auteur? Nous savions tous que, quand M. Scherer le voudrait, il pourrait faire subir à ces données primitives du sentiment chrétien et de l'histoire, la transformation in- ^ dispensable. Aussi le livre qu'il promettait sur la matière a-t-il été attendu avec impatience par beaucoup de personnes qui y rattachaient de précieuses espérances. A part quelques réserves qu'on faisait sur le ton et sur quelques défauts signalés plus haut, le débat engagé par le professeur démissionnaire a été salué avec joie, comme l'aurore d'une nouvelle époque, par tous ceux qui avaient été sous TinfUience de Vinet. On peut dire sans exagération qu'au premier moment ils se sont tous trouvés— -pour employer un mot reçu— schereristes, sans trop oser se l'avouer, il est vrai, tant les partisans

ment âouteau, était définitivémetlt rompu. M. Scherer \eW est apparu comme un homme qui, doué d'un pou^ voir scientiSqne que ne poddédait pas leur premier maître, filait formuler, préciser ce qu'ils sentaient tous, et donner enfin à notre génération cette théologie renou^ telée, m^e^de cette prédication noutelle, de cette apo^ logétique évangélique et de ces chrétiens ncHiteâUX qtti lui font tant besoin.

Ce n'est qu'après avoir elaminé toutes les pièces de ce grand prooès, qu'il nous sera possible de dire 6i ees bettes espéranci^ oqt été réalisées ou déçues.

APYERSAIRES PB M. SGHERER.

JOTJRNAra.

Avant d'en venir à Texamen des diverses brochures

Subliées à l'occasion de cette controverse, il convient de ire quelques mots des feuilles religieuses qui ont été, dès le début, mises au service des amis du passé.

Le 26 janvier 1850, le doyen de nos journaux religieux, les Ardiives du Christianisme y qui est devenu depuis le Moniteur officieux du parti des professeurs, faisait connaître au public la pénible scission qui venait d'éclater à Genève. On sent, en lisant cet article, la douleur profonde d'un homme de cœur et de principes obligé de choisir entre des amis, et la frayeur d'un vétéran blanchi à la» défense de la vérité, qui croit tout perdu et l'œuvre de son admirable vie de dévouement compromise, si on lui 6te là certitude « que Dieu n'a pas jeté la race humaine sur la mer orageuse de la vie sans la munir d'une boussole infaillible pour diriger sa course et la conduire au port. » A en croire la rédaction des Archives^ toutes les questions pâlissent devant celle de l'inspiration, car elle renferme a le fondement même du fondement de toute assurance dépassant les bornes de la matière et de la vie présente. »

M. daussen a rappelé, dans cette feuille,' qu'il ne voulait maintœir que le fait sans s'inquiéter du mode

gatifs de la science de ce pays.

Les Archives sont^ jusqu'à aujourd'hui^ restées fidèles à la théorie de l'inspiration plénière; mais elles sont devenues l'organe spécial de l'homme à qui il était réservé, par ses exagérations , de montrer, même aux moins clairvoyants, qu'elle est tout à fait insoutenable.

Les écrivains de VEspérancej au contraire, ont tenu un langage plus libéral, qui laisse la voie ouverte au progrès. Ne prenant pas parti pour la plénière, ils se sont bornés à défendre le fait de l'inspiration sans s'attacher suffisamment à le définir. M. le pasteur Godet a reproché, avec jusie raison, aux partisans de M. Scherer d'avoir substitué, dans cette controverse importante, « le procédé négatif, qui caractérise toutes les œuvres de l'ennemi, au mode positif, à la communication calme de la vérité, qui d'elle-même fait tomber l'erreur. » M. de Rougemont a émis quelques bonnes idées, particulièrement au sujet de la doctrine de l'assimilation, dont l'école nouvelle fait un critère absolu de la vérité ; mais ces articles ne sont ni assez complets, ni assez étendus pour pouvoir être considérés comme une réfutation. Nous parlerons ailleurs, tout au long, des sujets traités dans les articles plus remarquables de M. le professeur Jalaguier.

En constatant avec grand soin que les erreurs nouvelles sont sorties de la dissidence la plus avancée, V Espérance, qui est devenue l'organe du traditionalisme dogmatique et ecclésiastique, a laissé percer à travers

des pasteurs de Genève^ pour laquelle elle s'est prise tout à coup d'une tendresse rétrospective.

Tout change autour de nous ; les partis se renou- Tellent, même ceux qui ont la réputation d'être essentiellement exclusifs et retardataires ; la controverse qui nous occupe en est une preuve éclatante. Un seul pourtant doit être excepté : celui qui depuis trente ans ne cesse de nous parler de progrès et de tolérance, et qui est toujours prêt à briser de nouvelles lances dans la croisade qu'il a entreprise contre les exclusifs pour la plus grande. gloire du libre examen. Le Lien^ curieux et digne organe de cet étrange parti, peut seul entre tous nos journaux changer impunément de rédacteur et tomber même en des mains plus jeunes, sans qu'aucune idée généreuse et féconde réussisse à trouver un instant l'hospitalité dans ses colonnes. Ses rédacteurs n'ont pas même soupçonné la portée de la controverse soulevée à Genève. Savez-vous ce qu'ils ont su y voir? Une nouvelle occasion d'exploiter les préjugés nationaux à l'endroit du méthodisme, leur vieux cauchemar^ dans un article intitulé : « Rationalisme et inquisition chez les méthodistes de Genève, d II est possible que le titre soit parfois plus sérieux, mais le contenu ne l'est jamais.

à propos de la lettre de démission de M. le prof. Scherer ^ par J.-H. Darby. Genève et Paris, 1850. In*8^ 90 pages.

De V(Buvre de Christ ^ ou Remarques sur la seconde lettre de M. Ed. Scherer, par J.-H. Darby. Genève, G. Kaufmann, 1850.

^autorité de la Bible ne se démontre que par U Saint-Esprit. Premier avertissement donné aux disciples du Sauveur^ contre certaines opinions rationalistes sur rinspiration de la sainte Parole. Par l'auteur des Semailles évangéliqueSf etc., etc. Genève^ 1850.

Lorsque des journaux nous passons aux brochures publiées pat les adversaires de M.Scherer^celledeM, lé ly Malan, représentant de i' ultra-calvinisme , et te* deux écrits de M. Darby, chef du plyrtiouthisme , qui fest venu juste à son heure marquée exploiter toutes les erreurs de notre époque de décadence ecclésiastique et dt)gthatiqiie^ attirent d'abord Tattention. Il faut que c^ messieurs se «oient «en tis frappés au ceeiir étaient i^tém iïistinctiVement que les tendances nouvelles allaient fi^ettlie définitivement un terme à ^influence désastreuse qu'ils ont exercée trop longtemps sur tine portion du public religieux, car ils ne se possèdent plus. Soiiê l^r plume , la controverse théologique, si tant est qu'on puisse employer ce mot, emprunte un langage qui rappelle ses plus mauvais jours. î^our eux, M. Scherer est tout bonnement, — ce sont leurs expressions, — un

peuvent être çoipparéç» qu'à la pi^uvrçlé d§ lewrs idéoi, qui est vraiment digne de remarque. Que dire quand on voit M, Darby, qui ailleurs critique le rfyle da çf poMwe M, Schereff oubliant qu'il a &it lui-même de 1» chute de l'Eglise une des opinion» plymoutbistej? spé^ çialement riche en absurdes qonféquenceSi pousser IV plomb jusqu'à répliquer à wn adversaire ; « C'est vit* dit : l'Eglise a ^ré n ? Ainsi, d'après l'auteur, l'Eglise, ^ en cbute pour tout le reste, n'en a p^ moins porté m jugement infaillible dès qu'il p'est agi de fixw le» Uyw devant entrer dans le canon-

MM. Malan et Darby sont des ecclésiastiques, pinon des théologiens. Je ne sais si du temps pu ils firent leurs études on donnait des cours d'introduction aui^ •livres de l'Ancien et du Nouveau Testaments Si pet usage e:çistait alors, il faut que leur mémoire soit plw infidèle que ce n'est ordinairement le eas, sans cela \\f eussent laissé à un laïque l'idée tout à £ait neuve qiM veut que le canon des Ecritures soit accepté par m acte de foi.

H. k Br Cleiwière.

De la divine autorité des écrivains et des livres du Nouveau Testament^ par M. Chenevière, docteur en théologie, pasteur et professeur. Paris et Genève, che:ç Cherbuliez, 1850. In-8% 92 pages.

Voici un professeur qui appartient à upe école bien

çaise, ce Yieux rauonaiisme qu en Allemagne ou appeiie Tulgaire. Lui et ses disciples ont été tout à fait pris au dépourvu par la controverse Scherer. Gomment, se disaient-ilsy il sort du sein même de ce méthodisme que nous repoussons cordialement, une tendance qui va plus loin que nous dans la négation 1 Mais c'est à n'y rien comprendre! Faut-il s'attrister? faut-il se réjouir? Ils étaient désorientés, étourdis du coup. Car enfin , si M. Scherer malmenait le contenant,, la Bible, autrement qu'ils n'avaient jamais osé le faire eux-mêmes , d'un autre côté on ne pouvait se dissimuler qu'il faisait plus de cas du contenu. Ils se sentaient à la fois attirés et repoussés. Les hommes de cette école ne pouvaient être fâchés de voir le principe même de l'orthodoxie si hautement nié par un dissident ; toutefois, n'ayant pas les mêmes raisons que le professeur démissionnaire pour conserver le contenu de la Bible après avoir nié* son inspiration, ils ont éprouvé le besoin de faire quelques réserves dans l'intérêt de ce résidu de christianisme qu'ils ne sont nullement disposés à répudier.

C'est sous cette impression que M. Chenevière a écrit. Sa brochure n'est pas précisément ce qu'on serait en droit d'attendre d'un professeur de dogmatique. Les définitions sont peu précises, jamais il ne serre de près son sujet, et il compte les preuves plutôt qu'il ne les pèse. Son idée de l'inspiration est si vague, qu'elle offrirait difficilement matière à contestation. Il présente (p. 82), au sujet de l'embarras dans lequel se trouve le peuple chrétien en présence d'une Bible faillible ,

comme un des épisodes les plus curieux et les plus tristes de cette controverse passionnée. Voyez, se sont écrié les théopneustes, faut-il que l'hérésie de M. Soherer soit dangereuse, puisque ceux même que d'un commun accord on regarde comme les adversaires des doctrines évangéliqûes s'empressent de le désavouer! Un peu plus de réflexion et moins de passion aurait permis de considérer la chose d'un tout autre point de vue. Il faut que cette doctrine de l'inspiration ne garantisse pas de toute atteinte les doctrines reçues, comme les partisans du passé semblent le croire, puisqu'on peut être hétérodoxe tout en l'admettant, et rester chrétien sincère et vivant, même très positif, en rejetant la théopneustie.

M. le pasteur R. Bonnet.

La Parole et la Foi. Deux lettres à M. Ed. Scherer, par L. Bonnet. Genève, 1851.

Ce nouvel adversaire semble être du nombre des chrétiens qui restent orthodoxes tout en renonçant à la théorie stricte de l'inspiration. C'est du moins ce qu'on peut inférer des paroles suivantes, qui montrent en outre que M, Bonnet ne tient pas même à une inspiration spécifique : « Peu importé que l'on adopte ou combatte un système quelconque sur l'inspiration; peu importe que l'on veuille voir l'action de l'Esprit de

qui veulent la uier (p. 18) ; aveu précieux au suj^tdu^ quel les partisans du passé quand même n'auront pis manqué de faire leurs réserves. Du re$tei ça et là (p, 40) Tauteur leur dopne certains avis qui ne devraient pas leur paraître suspects, venant du pasteur de Francfort, Il accorde à M. Sçherer (p. 13) qu'il y a dans les né» cits comparés des évangélistes tels détails qu'aucune exégèse harmonistique n'a jusqu'ici entièrement conciliés. Mais ce fait ne lui paraît pas concluant contre Fin» spiration qui s'appuie sur d'autres preuves. En signalant la graude différence qui wste eotre le contenu d^ livres apocryphes du Nouveau Testament, et celui des livres canoniques, il oublie de faire voir que cette circonstance est peut-être une des preuves les plus concluantes en faveur de l'inspiration. M. Bonnet relève aussi quelques contradîctipiif Mw la lettre de M. Scherer (p. 33), sans toujours s'en préserver lui-même (comp. p. 31 et iîî) ; mais il est souverainement injuste quand (p. 37) il impute au professeur démissionnaire Tintentioii de mettre nos colporteurs et évangélistes en état de porter aux populations de la France les résultats plus ou moins popularisés du système de Schleiermacher, M. Scherer désire seulement qu'ils soient ipis dans une position moins fausse que celle dans laquelle ils sont placés par la théorie de l'inspiration plénière et par les vues courantes sur la Bible et l'apologétique, qui supposent chez ces hommes simples des connaissances qu'ils

partie de son travail consacrée a la critiquer qu'il Je montre souTent inexact ^ exagéré et même injuste* M. Sdierer n'a jamais dit» Comme M. L> Bonnet U lui impute (p. 48), que JésDs**Ghri0t n'a su ni oomprendi^e ni interpréter l'Ancien Testament ; il a même écrit le contraire* (V<nr Revue de théologie et de philou>phie chré^ tienneyxol P% 3* livraifiw, p. 160. Sept. 1860.) Ctottvenait-il bien de lui faire un procès de tendance en lui demandant: «Quel est votre Christ? abrs qu'il avait déclaré expressément que c'était celui qn^ lui prése»* taîent les documents historiques du Nouveau Teste-» ment? (Voir p. 34 de sa lettre.) Que dire enfin lorsqu'on voit M. Bonnet s'emparer d'une phrase de son adversaire » et la citer de façon à faire croire qu'il place les décisions de notre critique et de notre her^ méneutique au-dessus de la parole de notre Seigneur, tandis qu'en réalité il s'efforce de montrer que le conflit ne peut avoir liea? L'article incriminé tout entier se propose de chercher à concilier k respect que nous devons à notre Seigneur et les résultats historiques qui semblent de nature à l'ébranler , comme on peut en juger par sa conclusion t « Jésus-Christ n'ignore point, parce qu'il ne se meut point dans la sphère des questions oùae rencontrent la scienceet l'ignorance humaines. Jésus-^^rist ne s'accommodje point et ne spirilualise point, parce que la spirituaiisation implique le senti'meat d'une disparité entre la forme et le fond. Mais

cnaoge aepuis qu u a ecrii cei arncie^ m mciuG si i upi- DioQ qu'il donne est très claire^ il est certain qu^après nn pareil langage on était bien mal venu de lui reprocher de mettre notre Seigneur en opposition avec les résultats de notre critique et de notre herméneutique. En cédant ainsi au penchant général de faire M. Scberer plus négatif qu'il n'était^ M. Bonnet s'est attiré le reproche de déclamateur. Quelques paroles imprudentes (p. 58) l'ont fait accuser, à tort, si nous en jugeons d'après sa brochure, de s'être placé au point de vue de l'augustinisme religieux et intellectuel le plus absola. Le travail du pasteur de Francfort est ayant tout l'œuvre d'un cœur chrétien trop alarmé peut-être, ce qui explique sans les excuser les défauts que nous Tenons de signaler. Citons, en finissant, une phrase qui montre qu'il n'appartient pas aussi définitiTement au parti da passé qu'on est tenté de le croire en lisant sa lettre. « Nous croyons au progrès indéfini de la vérité dans sa manifestation au sein de notre humanité. » (Voir aussi p. 71.)

M. le professeur labgnier.

Le Témoignage de Dteti, base de la foi chrétienne^ ou Quelques remarques sur la critique du principe d'autorité par la théologie nouvelle, et sur le principe qu'elle y substitue, par M. Jalaguier, professeur^ la Faculté de

Authenticité du Nouveau Testamehtj par M. Jalaguier, professeur à la Faculté de théologie protestante de Montauban. Toulouse^ Librairie protestante, rue du Lycée,

Simple exposé de la question chrétienne , jugée par le bon sens, par P. Jalaguier. Paris, librairie de Marc

"^^ Ducloux, éditeur, rue Tronchet, 2. 1852.

^^ Du principe chrétien et du catholicisme, du rationa^ Zîsme et du protestantisme, par P. Jalaguier. Toulouse, chez Delhorbe, libraire, rue du Lycée, 14. 1853.

M. le professeur Jalaguier, à qui revient la place 0 d'honneur parmi les adversaires de M. Scherer, a abandonné la théorie de la plénière pour ne défendre qu'une idée assez générale de l'inspiration. Il est le seul homme avec lequel la nouvelle école ait eu à compter. Dès les premiers jours du débat il envoya à V Espérance plusieurs articles qui furent remarqués, et depuis lors il n'a pas publié moins de cinq brochures fmportantes, qui traitent plus ou moins des questions soulevées par la controverse qui nous occupe.

Les deux premiers ouvrages sont sans contredit les meilleurs; le troisième est extraordinairement faible; et quant aux deux derniers, qui traitent surtout des sujets d'apologétique, ils laissent infiniment à désirer. Nous aurons à parler de la plupart de ces écrits dans une autre portion de ce travail. Disons seulement ici que le point

ne saurait ménager une transition à celui de l'aveuir.

V Autorité des Ecritures inspirées de Dieu. Trois discours prononcés à Genève, par J.-H, Merle d'Aubigné, docteur en théologie et président de la direction de l'Ecole de théologie évangélique de Genève, Toulouse, Librairie protestante, rue du. Lycée, 14. 1850.

Le témoignage de la théologiey ou le Biblicisme de Neander. Discours prononcé dans la séance d'ouverture de rjEcole de théologie évangélique de Genève, le 2 octobre 1850. Par J.-H. Merle d'Aubigné, Toulouse, 1850.

Soinmes*nous ramenés par la brochure de M. Merle d'Aubigné sur le terrain strictement théopneustique? On pourrait en douter en se rappelant qu'il a réclamé parfois une certaine liberté à l'égard de la théorie de son ooUègue, M. Gaussen. Mais que penser de déclarations comtOB celles;! : « S'il nous faut un Christ sans péché, il nous faut aussi une Bible sans erreur ^ ? Nous perdons Christ, si noue perdons la pureté, l'infaillibilité du témoignage qui nous le révèle {L'anHorité des Ecritures^

Hais nous attadions sans doute trop d'importance à <s6tte qmetion ; M. Marie très probablement ne se la sera pas même faite. En effet, il nous déclare dès le début de son travail, qa'il va parier comme aneien et non

^ Archives du Christianisme, 1850.

Dfeu et le témoignage des hommes à Tappui de Tauto^ rite, moyennant qnoi il espère atoir prouvé implicite^ ment l'inspiration. La légitimité de cette argtfmentatioA une fois admise, et tout le monde la contestera, Texéeution laisse infiniment à désirer. Même dans les ques^ tions d'histoire, M. Merle commet des erreurs qui ont pleinement autorisé M. Scherer à qualifier un de ses dis*cours du nom de roman tkéohgique. C'est ainsi qu'il accuse son adversaire d'avoir attribué l'idée de l'autorité de l'Ecriture au catholicisme, et d'avoir opposé l'es-prit à la lettre, tandis qu'il suffit d'avoir lu la brochure en question pour s'assurer qu'il n'en est rien,

M. Merle n'est dans le vrai que quand il s'écrie (p. 43) : a La conversion est la grande preuve de la divine autorité des Ecritures. Nul ne peut reconnaître l'Esprit de Dieu dans les Ecritures, si ce n'est celui auqttel Dieu ouvre pour cela l'esprit. » Et page 61 1 a La foi est au-dessus des arguments de la science ; et comme des arguments ne peuvent pas la donner, des arguments ne peuvent pas l'ôter. . . Le christianisme est un fait, une vérité, une vie, une expérience. Un chrétien simple peut se sentir heureux ^t en parfaite sûreti dans le christianisme , sans se soucier en aucune ma^ nîère des explications des théologiens. » A merveille! Mais prenez garde, je vous surprends en flagrant délit d'hérésie, M. Scherer n'aurait pas dit autrement. Tout le monde souscrira aussi à cette autre dédaration de

çiasme d'un néophyte ; il a vraiment fait de la plénière sa passion. Aussi gardez-vou^ bien de lui parler de trant" actions^ de demi-mesuree, de compromis» sa yertu s'io«* digne et s'emporte à cette seule pen$ée. Quiconque n'est pas aussi positif que lui, peut s'attendre à recevoir son congé comme indigne de combattre h ses çôtéa dans cette croisade, et se tenir prêt^ s'il ne garde le silence, à être traité comme un faux frère autrement dangereux qu'un ennemi avoué. La tête haute , la visière baisséej la lance au poing, l'oreille au vent et les yeux grands ouverts, M. de Gasparin est toujours prêt à vous courir sus du moment où vous faites mine de tergiverser tant soit peu sur l'article fondamental de la foi, sur le dogme des dogmes, comme il s'exprime. Vous ne pro^ noncex pas le scbibbolelb avec l'accent le plus pur? vite on vous dénonce à l'Eglise comme un disciple de Neander, c'est-à-dire comme bien plus dangereux que les hérétiques les plus décidés. Grâce à la théorie de la plénière, qui devient entre ses mains une arme à la fois offensive et défensive , M. de Gasparin compte purger, une fois pour toutes, la terre d'hérétiques et de sectaires. Si vous êtes tenté de nous accuser d'exagération, relisez plntôt les Archives du Christianisme.

Un homme qui était ai sur de son fait ne pouvait rester longtemps sur la défensive. Aussi les articles de journaux ont-ils été bientôt suivis d'un grand ouvrage de 450 pages,

qu'il rejette simplement parce que Rome n'établit pas l'autorité ^or des bases assez fermes.

U définit ensuite ee qu'il appelle l'école de la foi. Dans son système a Dieu me donne un texte absolument certain et absolument vrai. Dieu voulant constituer l'autorité ici*bas, adjugé bon de mettre l'infaillibilité dans le texte et la faillibilité dans l'interprétation. > Cette infaillibilité repose sur la certitude divine du canon, et fiur la tbéopneustie ou inspiration pléniàre de tout ce qui est contenu dans le canon. M. de Gasparin récuse ici et la critique et l'histoire. La fixation du canon par les hommes n'a jamais eu lieu, par la raison bien simple que cette fixation était impossible (p, 278). Bien entendu dans le aens dans lequel M. le comte veut que la chose ait eu lieu. « Dieu» dit-il, nous donne de ses propres vmm le canon. Dieu nous affirme de sa propre bouche la tbéopneustie v (p. 100).

Pour peu que vous connaissiez le premier mot de ces questions, vou9 ouvrez de grands yeux en réclamant la preuve de ces graves assertions. Attendez, M. de Gasparin la trouve dans ces simples* mots: « Il est écrit, » dont pa0 un des docteurs ses dcTanciers n'a soupçonné la portée. Ils deviennent pour lui une vraie formule magique, au moyen de laquelle il sort des plus graves difficultés, et prouve, du même coup, l'inspiration plémère et la divinité du canon.

Mettant les choses au pire, M< de Gasparin consent, pour un moment^ à con9idérer lea livres du Nouveau

Pardon^ Monsieur, pas si vite, s il vous plaît, nous n'en sommes pas encore là. Je vois bien que le Seigneur citait r Ancien Testament , en disant : a U est écrit » . Mais il vous reste à nous prouver que ces paroles dans sa bouche impliquaient qu'il admettait Tautorité complète de l'Ancien Testament, et qu'il prétendait trancher toutes les questions de critique qui pouvaient s'y rapporter. Aussi longtemps que vous n'aurez pas prouvé qu'il avait ce but-là en vue, i/ous n'aurez pas le droit d'attribuer ce sens à ces paroles.

L'auteur ne prouve nullement que le Seigneur se soit proposé ce but, il en appelle simplement à la croyance générale à l'inspiration admise par tous les JuiCs. Cela n'a rien à faire ici : on peut admettre que les contemporains pensaient ainsi , sans se croire le moins du monde obligé de prendre les paroles du Seigneur dans le sens arbitraire qu'il s'agit de leur donner. M. de Gasparin n'en regarde pas moins ce fait comme acquis au débat, et il ajoute : ce II n'y a que trois moyens de se dérober au poids accablant d'un témoignage tel que celui du Sauveur : ou il faut dire qu'il s'est trompé , ou il faut dire qu'il s'est accommodé , ou il faut dire que ces expressions n'avaient pas le sens qu'elles semblent avoir.»

Il est une réponse beaucoup plus simple que toutes celles-là, et que M. Scherer a déjà indiquée. Notre Seigneur Jésus-Christ n'était pas un professeur d'introduction , comme le suppose gratuitement M. de Gasparin ;

couvert la théorie théopneuslique et l'idée de la divinité du canon dans ses simples paroles : « II est écrit » . M. de Gasparin n'y voit toutes ces belles choses qu'après coup, pour les besoins d'une cause perdue ; exactement comme l'Eglise romaine prétend retrouver tout son système dans le fameux «tu es Pierre», dont elle ne s'est également avisé qu'un peu tard. Ce passage ne convertira personne au papisme, quoiqu'on se plaise à l'alléguer pour le légitimer. Il en sera de même de plus d'un théopneuste qui vous affirmera qu'il croit à la plénière en vertu de cette parole: «Il est écrit», dont hier encore il ne soupçonnait pas la portée.

Mais admettons que ces trois mots aient bien là signification que leur attribue M. de Gasparin. Supposons que le Seigneur en les prononçant ait pris sous sa garantie l'intégrité du texte de l'Ancien Testament, l'authenticité de tous ses livres ; admettons, ce qui est exorbitant, que Jésus-Christ ait entendu dire que tous les livres de l'Ancien Testament sont bien des auteurs dont ils portent le nom , ainsi que tous les Psaumes ; accordons qu'il n'y a pas la moindre erreur chronologique. Qu'est-ce que tout cela prouve pour le Nouveau Testament?

C'est là que nous attendions notre auteur. Et puisqu'il nous prêche la nécessité de preuves concluantes , décisives, de nature à fermer la bouche aux contredisants , puisqu'il prétend en avoir trouvé pour l'Ancien Testa-

tion en la qualifiant du titre de bisarre. Le mot est vraimeiiiheurenx I « Il y a, dit-il (p. 310), des gêna qui soth tiennent, ou qui veulent avoir Pair de soutenir que VAû'^ cien Testament seul mérite le nom de Parole de Dieu ; que c'est un livre entièrement diyin sans doute > puis^ que Jésus-Christ Ta déclaré ; mais que le Nouveau Testament est un livre humain ^ puisqu'il n'a pas été l'objet d'une déclaration pareille, a Ainsi il travestit l'objection pour réussir à mieux l'en débarrasser. Touft vous accordent que le Nouveau Testament est divin , plus diyin même que l'Ancien. Seulement on vous de*^ mande de prouver son inspiration et sa canonicité par le même argument dont vous avez fait usage pour l'autre partie de l'Ecriture. Un second « il est écrit d est d'autant plus nécessaire que la partie de la Bible dont II s'agit de prouver Tautorité est infiniment plus impor«> tante. C'est ici Surtout qu'il est nécessaire d'être à l'abri des atteintes du doute ! Où est donc votre second « il est écrit » ? Nous avons le droit de l'exiger^ car c'est de vous que nous avons appris à ne faire aucun cas de toutes les autres preuves, qui ne sont bonnes qu'à fond^ ces écoles du doute qui vous font frayeur.

Au lieu de fournir cette citation d'après lui seule décisive qui trancherait tout , l'auteur cherche à nous faire comprendre pourquoi le Seigneur n'a pas prononcé cette parole^ insistant sur le grand embarras dans lequel on se trouverait si , contre toute vraisemblance^ le Nouveau Testament se trouvait être moins inspiré et moins

ijiHcore un ooup^ ce nest pas ae ceia qu ii s agit. Nouft ne tous demaudoufi paé dès raidoûnèménts , des arguments à fortiori OU autres ; vous nous kfet trop bien appris à n<)Us défier des proeédés d'une science fàussenaent ainsi nommée, qui ne saurait engendrer qU'Uh doute horrible. Vous aurieife cent raisons, toutes meiK leures les unes que les aulres^ pour nous prouver que lé Seigneur aurait dû prononcer ce second <t il est écrit », que le recueil du Nouveau Testament mérite encore plus cette sanction que Celui de TAncien ; vous n'avez encore rien prouvé aussi longtemps ^ue vous ne montrez pas qu'il a réellement accordé sa sanction par un second * Il est écrit. » Voyez-vous, nous sommes devenus diMciles à votre école ; notre certitude a besoin d'être assise sur une déclaration expresse de Dieu. Rien de moins ne saurait nous satisfaire. De grâce, délivrez-^nôus du doute!

Or cette preure qu'il a déclarée la seule bonne, M. de Gasparin est hors d'état de la produire ! Vous le voyez, téméraire, ce fameux témoignage que vous avez exalté outre mesure en repoussant avec dédain et de la façon la plus cavalière ions les arguments de vos prédécesseurs , il vous fait défaut alors que vous en avez le plus grand besoin ! Vous n'êtes pas en état de prouver l'inspiration plénière et la divinité du canon du Nouveau Testament. Il valait vraiment la peine de traiter les anciennes preuves avec tant de mépris , de s'annoncer comme ayant trouvé le mot suprême de la question, pour tomber ensuite dans les arguments, les considérations, les procédés plus ou moins scientifiques que vous

Plus elle est grande^ la maison bâtie sur le sable, et plus ses ruines sont grandes aussi, lorsque les torrents ont donné contre cette maison-là. » Ce sera Thistoire da livre de M. de Gasparin. Il s'annonçait avec la prétention de vider la controverse , il aura pour unique eflfet de discréditer les seules preuves sur lesquelles il soit possible d^établir Tinspiration. Je nMgnore pas que quelques aveugles vous diront le contraire et vous féliciteront d'avoir fait un chef-d'œuvre ; mais les gens sages y même parmi les tbéopneustes, ne pensent pas autrement que nous.

On voit que si M. de Gasparin a tout le zèle et l'ardeur d'un nouveau converti, il en a également l'ineicpérience et l'imprudence. Mais autant les Polyeuctes sont touchants dans la tragédie et même dans la vie pratique, autant leurs allures sont déplacées et coupables quand on les transporte dans le domaine de l'étude qui réclame nécessairement la possession de soi-même, le calme et la réflexion. Ce n'est pas précisément de la passion qu'il faut ici, mais du jugement. M. de Gasparin semble avoir rompu tout à fait avec cette qualité de l'esprit si précieuse, quand il s'écrie, avec un aplomb conniideluiseul, que le premier article de la confession en vertu de laquelle on était membre de l'Eglise apostolique, était la foi au Seigneur Jésus-Qhrist ; et que le second (qu'on passait sous silence tant il allait sans dire) était la foi à l'Ecriture, c'est-à-dire à la plénière et au canon de droit divin, imaginé l'été dernier par le comte

transformer, selon lui, en autant de preuves. Il prétend trouver dans chacune des objections qu'on fait contre l'Ancien Testament, une preuve en faveur du Nouveau, « J'ai besoin, dit-il, de montrer en peu de mots que l'Ancien Testament est plus attaqué que le Nouveau. Cela achèvera de prouver, je l'espère, à quel point on aurait mauvaise grâce à prétendre que le témoignage du Sauveur ne s'applique pas au recueil apostolique. » Voici la portée de ce curieux raisonnement, que vous aurez peutêtre quelque peine à saisir. Le témoignage de Jésus- Christ, selon M. de Gasparin, garantit l'Ancien Testament que les rationalistes attaquent beaucoup; à plus forte raison doit-il garantir le Nouveau Testament qu'ils attaquent infiniment moins et qui n'est pas si attaquable. Voilà qui est ingénieux. Vous soulevez telle ou telle objection contre le Nouveau Testament? vite l'auteur vous rappelle qu'il yen a d'autrement graves contre l'Ancien. Qr si, malgré cela, notre Seigneur a garanti son infaillibilité par ces mots : « Il est écrit » , à combien plus forte raison devons-nous considérer cpmme pleinement inspirés et canoniques les livres du Nouveau Testament qu'il n'a pourtant pas garantis. M. de Gasparin développe tout au long les nombreux considérants qui montrent que sa théorie est insoutenable, absurde, et quand vous croyez qu'il va l'abandonner, il s'écrie dans un élan de naïveté vraiment sublime de ridicule : « Vous voyez bien qu'il faut que Dieu règle tout cela providentiellement, autrement le terrain me manquerait sous

avuniureuxi Ei\y ne i ouDiieB pos^ la preuve ue %3e ioix providentiel qui lui est indi0pen8able> il ne la donne nulle part; il te bôrtie à chercher à iioué expliquer pourquoi il ne peut pad nous la donner^ et s'efforce de nouê faire comprendre que nous devons nous en passer sans cesser de croire à sa théorie.

Et le Totlà qui vous échappe pour se hftter d'aller rendre grâces. De quoi, s'il vous plaît? «e De ce qu'il a trouvé le témoignage historiquement incontestable, le témoignage clair, le témoignage digne de foi, le témoignage applicable à la Bible entière... La voilà, s'écriet-il, la preuve vraiment divine^ car elle est à la fols populaire et irréfutable » (page â56)«

Et il faudrait accepter de pareilles conclusious Sâtis mot dire^ sous peine de nous entendre appeler iinpies par les plus îélés, partisans de M. Scherer par les plus polis ! Oui, certes, nous le serions^ disciple de M- Scherer, s'il n'y avait de choix qu'entre vos assertions aventureuses, votre argumentation ridicule qui prétend conclure les preuves d'un fait de toutes les considérations qui précisément l'infirment, et sa logique irréprochable dont le seul tort est de raisonner sur des données incomplètes. S'il se trompe, c'est en supprimant un des éléments du problème; mais, du moins, il ne déraisonne jamais.

Et ici qu*on nous permette une réflexion. Dès que M. Scherer laisse échapper une parole par trop vive, qui est expliquée aisément par les étranges assertions de son adversaire, voilà que tous les hommes du camp

de M. de Gaôparin esUil accepté par les orthodot6â?EsV> ce là leur dernier moteur la pléûière et sur. le câûoû? U .Taudrait la peine de s'expliquer là-dedsift ^ .

La veille du jour où une institution qui a fait sôtt temps doit s'écrouler, où une théorie mal établie doit être reconnue pour ce qu'elle vaut^ elles ne manquent jamais d'exagérer leur principe par suite même des ol>jections des adversaires» C'est ce que vient de faire le système de l'inspiration plénière par la bouche de M. de Oasparin* A lui revient le mérite de l'avoir réduit à Tabsurde. Tous ceux qui n'auront pas renoncé à relié-chir quelque pôu, et qui auront encore l'élasticité d'esprit suffisante pour faire faire une nouvelle évolution à leur point de vue théologique, sentiront que la foi doit reposer sur d'autres bases. Aucun écrivain de quelque valeur n'osera plus soutenir cette théorie qui en est réduite à de pareils arguments, et, avant qu'il ne soit longtemps, on aura beaucoup de peine à comprendre qu'il ait été possible d'écrire un pareil livre.

Et son auteur, que deviendra-t-il? Plusieurs personnes se seront sans doute posé cette question avec une certaine inquiétude. On va loin avec la passion d'auto-

^ Depuis que ces lignes ont été écrites, il a paru dans la Revue chrétienne^ recueil mensuel qui sê publie à Paris^ depuis le l""* Janvier, deux articles de M* le pasteur Bonnet qui désavoue les EoùUs du doute^ sans qu'on puisse bien voir s'il a lui-même fait décidément quelques pas en Avant. En revanche , M. de Gasparin a eu la consolation dé voir son livre tra4uit en anglais. Ce n'est là que justice; il faut bien rendre à TAngleterre ce qu'elle nous a si généreusement avancé.

le monde serait saisi de vertige, et le doute poignant^ roDgeur, s'établirait, pour n'en plus sortir, au sein des sociétés qui s'efforceraient encore de vous suivre, sans, parvenir désormais à vous croire» (page 27). Voilà pour ceux qui auront eu l'imprudence de prendre votre livre au sérieux. Quant à vous, nous vous croyons ami de Ja vérité; si dans vos études tbéologiques vous continuez à l'aimer plus que votre système, soyez-en certain « vos yeux ne sauraient demeurer toujours fermés ; alors le jour du réveil... Oh! quel jour terrible que celui où l'homme reconnaît qu'il s'est trompé, qu'on l'a trompé, que toute sa croyance ne vivait que de son ignorance » (page 70) ! La moindre erreur que votre conscience sera obligée de reconnaître dans la Bible, sur quelque sujet que ce soit, marquera pour vous l'aurore de ce jour terrible. Et alors vous perdrez du même coup, non pas seulement la plénière, le canon, mais, hélas! la personne même du Maître que vous avez imprudemment commis dans des questions de critique et de science. Puisse, à cette heure solennelle, votre cœur chrétien vous sauver des aberrations de votre esprit rationaliste^ et vous rendre à la vie pratique qui vous réclame. Sachez-le, celui qui vient de critiquer votre livre si dangereux, a été, dans des jours meilleurs, un des admirateurs les plus ardents de votre courage, de votre zèle et de votre fermeté, quand ils étaient au service d'une grande cause, qui, plus que jamais, réclame votre assis* tance.

Juillet 1850— janvier 1854.

Rien ne saurait être plus dangereux que Texclusisme dans une époque comme la nôtre. Le dogme, ainsi que nous Pavons fait remarquer, ne répondant plus aux besoins des contemporains, chacun, déterminé par ses sympathies et ses affinités, devient le représentant d'un de ses éléments constitutifs, et tous concourent ainsi à hâter sa dissolution. Il est clair qu'un nouveau développement créateur et productif ne peut avoir lieu, aussi longtemps que ces éléments constitutifs indispensables à tout progrès normal restent isolés et dans un état d'antagonisme.

C'est faute de s'être rendu compte de cet état de choses que l'Ecole de théologie de Genève est restée si au-dessous de la haute mission qui lui était réservée. Dès les premières livraisons de la Revue de théologie et de philosophie chrétienne, on a pu s'apercevoir que^ trop exclusive à son tour, elle n'allait pas se trouver en position de répondre aux besoins du moment. Le directeur, M. Golani, avait à peine déclaré, dans sa première phrase, que cette publication serait placée en dehors de tout parti, qu'il se mettait en contradiction avec luimême d'une manière éclatante quelques lignes plus bas, en rompant de suite avec le rationalisme et l'orthodoxie dont il exagérait singulièrement les erreurs.

rien à apprendre de$ partisaua du pas$é, piétistes, ira* ditionalistes, orthodoxes et rationalistes. Ceux-là seulement qui sauront s^approprier h portion dq vérité qu'il est donné à chacun de ces divers partis théolo* giques de représenter, seront en état de les dépasser en les rendant inutiles, et d'amener une conciliatioa ai désirable qui ne peut manquer d'être féconde en grands résultats.

C'est là ce que les directeurs de la Revue ne semblent pas avoir compris. On ne saurait trop le déplorer. En même temps qu'ils renonçaient à la collaboration de tous les hommes du passé, ils s'exposaient au danger autrement grave de condamner leur propre principe à rester stérile, en l'ej^agérant et en le maintenu! dans un isolement arbitraire.

Il était donc manifeste que la Revue allait devenir l'orgwe des hommes qui reconnaissaient les droits de la mystique. Mais la mystique passe ordinairemeut par plusieurs phases. Elle débute par n'être guère qu'un certain besoin spirituel assez vague, pour prendre ensuite conscience d'elle-même eu revêtant une certaine forme philosophique , jusqu'à ce qu'enfin , épurée et complétée, elle soit mise en état, en reconnaissant les droits de l'histoire et de la science, de formuler les dogmes nouveaux après lesquels elle aspire.

Ces trois phases seraient-elles représentées dans la

mettre qua ce qui partit assimilable dans un moment donné, en môme temps qu'il cherchait à prémunir contre les excès du subjectivisme et procl^^mait U droit de rhistoire,

M» P» Goy n'a pas été moins positif dans up remar^ quable trçiyail apologétique, sans contredit un des meilleurs articles publiés par h Ram^ i Du témoignage juo Jésus-Christ se rend à lui-même. « 11 y aurait blasphème à vouloir examiner si ce que Dieu dit est vrai, comme il y en aurait à vouloir examiner si oe qu'il commande est bon.*.,* Si donc Jésus-Christ est le Fils de Dieu, lui SQul peut savoir et affirmer avec certitude ce qui est vrai, lui seul a le droit de commander, comme il a seul

le pouvoir d'inspirer la foi L'Ecriture reste ce qu'elle

doit être t la règle, le contrôle éternel de la conscience, qui, livrée à elle-même, s'égarerait au premier pas. » (S*' livraison, 18S0.)

Voilà, sans contredit, une mystique de bon aloi, déjà singulièrement positive et conservatrice ; on pou* v^t espérer que, se transforoiant et se purifiant toujours plus, elle finirait par avoir pleine conscience d'elle-même et aboutirait à un développement théologique fécond dont elle possède le germe. Malheureuse** inent^ Mi Edmond de Pressensé n'a plus écrit dans la

I buproffrè$ dé la doehnne chrétienne et de ses conditions. 1" livraison. — De l'influence des déterminations morales sur les convictions religieuses. 5' livraison.

cas de Thistoire et du développement dogmatique, et à ériger les données subjectives en critère absolu de la vérité. Nous reviendrons ailleurs sur les vues de M. Scberer et des autres écrivains de la Revue^ au sujet de Pinspiration, de Tauthenticitéetde Tautorité des Ecritures; notre intention ici est de montrer seulement les progrès rapides qu'ils ont faits dans la voie du subjectivisme.

Déjà dans son Avant-propoSy M. Golani avait dit, p. 4 : « Pour nous, à la vérité, protester au nom de la conscience ou au nom du Rédempteur, c'est tout un, » sans déclarer lequel des deux faits devait avoir la priorité. C'était, pour le moins, placer les données subjectives sur le même pied que l'élément objectif, c'està-dire au fond méconnaître ce dernier et abandonner le terrain de l'histoire. Plus loin, il définissait la dogmatique dépouillée de tout élément chrétien spécifique, « la philosophie traitée par un chrétien. »

M. Scherer a été de prime abord plus catégorique encore, en déclarant la conscience reUgieuse juge absolu du fait historique et objectif (vol. I, 2® livraison.).

Bientôt M. Colani nous a dit que la foi est complètement indépendante de son objet. « Quant à la religion, sa perfection consiste uniquement dans l'intensité et la pureté, non de la croyance, mais de la foi \ x> Ce qui signifie, j'imagine, que, pourvu qu'on croie

^ L*Hégélianisme et la Retme de théologie^ vol. H, p. 244.

offrir l'occasion de manifester ce qui se trouvait déjà en n(ms. Toute sa fonction se serait en quelque sorte bornée à placer im miroir devant nos yeux, afin que les hommes pussent voir ce qui était en eux, ce que, du reste, ils auraient fini par découvrir, tôt ou tard, à eux seuls, s'il ne fût jamais venu. « Le maître, fût-il Dieu lui-même, ne peut jamais donner à l'élève que ce que celui-ci tirercttt à la longue , soit de son propre fonds, soit de l'expérience K »

Ce langage montre suffisamment qu'on avait déjà de bonne heure mis le pied sur un terrain glissant. Toutefois, les écrivains de la Revue n'ont pas eu de suite conscience de toutes les conséquences de leurs principes. Ainsi plusieurs articles trahissent un état de lutte et d'indécision ; le subjectif et Tobjectif sont juxtaposés sans qu'on se soit encore décidé à sacrifier le second au premier; de sorte que, dans le même article auquel nous avons emprunté les deux dernières citations, nous trouvcMis des assertions qui semblent les contredire, a Quoique les formules dogmatiques ne soient rien moins qu'essentielles à la foi, la réalité parfaite de la vie du Sauveur lui importe à un haut degré. Car la foi n'est pas une simple émotion, un simple sentiment; elle suppose un grand acte intérieur; elle est ta conscience d'un changement radical accompli en nous par l'actkm

* De lu foi et de la révélation au point de vue protestant; vol. I!I,|»age 87.

^rtioq suivante tirée encore du même article t « La 4pgmatiqtfe prend sa cbristologie moios dans la Bible, moins dans les Evangiles que dans Tâme du chrétiea. Son Christ e$t celui qui vit en nous.-. Le Nouveau Tes* tftïpent, en tant que dogme apostolique, n'a ancune autprilé sur la dogmatique ; les pensées des premiers dis- Qipli36 De peuvent noos tenir lieu des nôtres; leurs foiv mules du fait rédempteur ne sauraient nous dispenser de le formuler aussi \ »

M. Scherer semble avoir été dans le même état d'indécision que son collègue, quand il s'est demandé, sans conclure, si le retour de Cbrist, la mort individuelle, la résurrection collective, l'eschatologie tout entière ne seraient pai autre chose qu'un vaste symbole *.

Evidemment cette phase de transition ne pouvait du-^ v&e^ Aprè^ avoir mis sur le mtoie pied les données de l'bistaire et celles de la conscience religieuee, il ne res« tait plus qu'à tomber du côté ou oiv penchait, enétablis^ sant I9 conscience religieuse juge de la tradition pour rtfoire l'bi*toi»e àprim. C'est aussi ce que déoUre e». j^essément M. Sdierer, r Je ne crois pas à Pexjpellenca morale des actions du Seigneur, non plus qu'à la vérité de ses pai^ole$ parce que je crois à son infaillibilité et à non anajmrtéfie > mais je erçis à oelles-çi parce qu^ j'§i reconnu que ses paroles sont vraies et qpe ses ao^ Hon^ $Qnt saintes. A supposer que je renooi^rasse dans

4 im, y ou m, p. «i, « Vol. î, p, %i&r

mais, complètement émancipée, transformée epjuge de rhistoire, elle doit décider ce qui est révélé et déclarer hardiment fauxcequ'elle ne sait pas reconnaître pour vrai , quels que soient d'ailleurs les témoignages historiques.

Ce pas une fois franchi, il ne reste plus qu'à mettre la conscience en opposition avec la révélation. On «up* posç arbitrairement que la révélation extérieure peut être en désaccord avec les données de la rév^lfition in-^ térieure, et on déclare que, dans ce cas, il faudrait plu-^ tôt cesser de croire à Dieu que de croire à soi. « Nous cesserions de croire à Dieu avant de cesser de croire à nous, parce que Dieu lui-même a voulu qne la toi en lui reposât sur la foi que nous avons en nous, c'est-àdire ^nx lois de notre nature et au:i^ conditions de la certitude *, »

Celte prépondérance excessive accordée k l'élément subjectif a fait comniettre à M, Colani une étrange in^ justice* 3elon lui le panthéisme matérialiste deSpinosa, comparé anx systèmes orthodoxes de l'époque^ met mieux en relief l'çssence dw christianisme* Vous vous récriez, disant que Spinosa ne croyait pas même à la personnalité de Dieu? Et qu'importe ! Ne s'élevart-il pa^ avec beaucoup de raison et de force contre )e3 subtilité^ de lasçolastique protestante? Cel$t 4uffit an directeur de la fiame pour en faire nn saint, «Nou§ connai^3on9,

i Vol. m, p. 10. « M, Scherer, vol. VI, pp. 880 et 382.

tivisme gagne, et lui aussi peut dire : il laut qu a croisse et que je diminue. Après avoir établi la conscience religieuse critère absolu de la vérité, et déclaré que celleci n'est au fond que la révélation de ce qui se trouve déjà naturellement en chacun de nous, il ne manque plus, pour être conséquent, que de n'accorder à Télément objectif qu'une valeur tout à fait relative et précaire. Après avoir lu les quelques lignes qui suivent, on demeurera convaincu que M. Golaui n'a pas reculé devant cette conclusion réclamée par ses promesses.

« Je mets les choses au pire : je suppose qu'à la suite de recherches impartiales le caractère du Seigneur paraisse entaché de quelque défaut moral, comme c'est le cas pour Pierre à Antioche, pour Paul dans certains moments de sa vie. Certes, ce serait plus douloureux pour notre âme que le triomphe décisif des idées de Bruno Bauer ou de Strauss qui ramènent la vie de Jésus à rien ou presque rien. Que faire alors ? Prendre et reprendre les pièces du procès, le réviser maintes fois pour n'être pas dupe d'une illusion malfaisante. Mais si les faits étaient patents, ne faudrait-il pas y croire? Chaque chrétien sentirait, et au plus haut degré, ce vide affreux qu'on éprouve en perdant soudainement la confiance dans Tami du cœur. L'humanité semblerait orpheline, dépouillée de sa couronne, elle se ci*oirait chassée du ciel.

1 Vol. VII, p. 14.

unrjsi. uans le cas ou u nous serait enieve, un cieuii immense traverserait la terre; mais la foi resterait, la foi au Père céleste, la vie en Dieu. Christ n'a donc pour nous qu'une valeur relative : au fait on pourrait, à la rigueur, s'en passer; et il est possible d'avoir la foi au Père autrement que par la médiation du Fils. La foi, avec son objet de moins, resterait toujours la foi. On ne saurait glorifier plus hardiment le subjectivisme. Aucune puissance ne saurait l'arracher du cœur, dit M. Golani; nous dirions, au contraire : Jésus-Christ enlevé, aucune puissance ne saurait l'y maintenir et encore moins l'y faire naître. Mais voici qui est plus significatif. Avec Jésus-Christ de moins « la foi ne serait pas même voilée, » et l'humanité serait tristement ap^ pawcrie. Nous aurions dit, nous, plongée dans les ténèbres et perdue. Mds pour M. Colani la conscience religieuse est tout; Jésus-Christ n'apparaît guère plus que comme un accident, très heureux sans doute ; toutefois son mérite consiste, non pas à nous avoir communiqué une vie nouvelle, mais à avoir révélé à l'humanité ce que, du reste, elle aurait fini, tôt ou tard, par tirer elle-même de son propre fonds. Ecoutez plutôt ces paroles : « La vie de Jésus, sa mort, ses discours, ses actes, tout en lui correspond à l'image de Dieu en nous. Il ne la rend pas plus certaine ^ il ne lui communique même aucun élément nouveau, mais il la fait parler plus distinctement en face de la croix \ d

t Vol. Yll, p. 241. « Ibid.

incertains et flottants. Encore un coup, sa ykf sa ms^ BÎfestation , ses enseignements peuvent-ils élré autre dlose qu'un heureux accident?

Pendant que la conscience religieuse semblait s'enri*^ chir aux dé|>ens de TbistcHre qu'dile confisquait à sofi profit, au fond elle ne faisait que s'appauvrir miséraUe^ ment. Le sùbjectivismey comme tout ee qui s^élève b^rs ^ pl'opos^ se condamne à être abaissé : dans la UEiesure em ît fait moins de cas de Télément objectif, il rompt avec In source de la vie et devient lui-même toujours plus nltt* gre, vague^ indéterminé. La Revue d$ Th^logie nous offre une triste et éclatante illustratioû de ce fait. Les premières livraisons sont, sans contredit, les meîlteiirea^ celles qui renferment d^ articles remarquables; maïs plus on avance, plus on s'aperçoit qu'elle dépouille peu à peu tout élément Spécifiquetnent dirétien pour s'en tenir à une certaine religiosité vague^ commune à toutes les sectes^ quel que puisse être, d'ailleurs^ l'c^jet de la cfoyance. Ainsi, dans un article^ du reste très intéressant : Etude des faits moraux relatifs au saUu ^ M. Ckdani ne conçoit la mort de Christ que comme un moyen de donner puissance au christianisme san» qu'elle appartienne à son essence. « Sans la croix , le christianisme , si je ne me trompe, s'évanouit, non dans son essence, mais dans sa puissance ; il est corn" plet , mais il ne vit pas. » L'explication qu'il donne

1 Vol, IV, p. 276.

se dresse comme le fanal qui, an sein de la tempête j indique l'entrée du port. Mais le but serà*t-il réellement atteint? Et les disciples, et après eut t(mn les hoftJmés,^ n'iront-il pas, aveuglés par le préjtigé, perdre la fot êffl sa sainteté, et, atec elle, tout le profit de son apparition? Pour que le» hommes soient satïtés, il faut qti'lfe croient eii Itii comme Sauveur; or, n'est*il pas probable que la mémoire du crucifié sera mattdîte? Sôtf oeuvre ne saurait réussir qu'envisagée cdmme exclusif vement spirituelle : ira-t-il se confondre dans la fdule des faux Messies et des rebelles? Ah! il est facile ûë comprendre que Jésus se 9dît écrié t Père, s'il est poS*' sible, que cette coupe passé loin de moi ! S)

Ainsi le Seigneur Jésus aurait été, à l'approche de lâ mort, inquiet, comme c'est le cas de tous les mortelle eu pareille circonstance, sur l'issue définitive de l'entreprise à laquelle il avait cdnsâcré sa tie entière^ De là ses grumeaut dé sang, son agonie sur la croix, ses angoisses. Quelques personnes trouveront sans doute que cette explication ne satisfait pas complètement leur conscience religieuse, et elles s'étonneront qu'on se soit életé si fortement contre les idée^ orthodotes de la substitution et de l'expiation, alors qu'on a'avaitpas d'autre théorie que Celle-là à mettre à leur place.

Si on regretté de voir l'élément chrétien objectif, toujours plus faiblement représenté dans la Revue, en revanche on voit poindre ça et là certains éléments

1 Vol. IV, p. 299.

teutent rimpossible, et, s'entourant d'une atmosphère factice, mus parune force inconnue, ils s'élancent dans Tespace et abordent... où? je ne sais. » Et le directeur de discuter les chances de l'expédition !

Cet article est important en ce qu'il montre la tendance à abandonner toujours davantage le terrain positif historique du christianisme pour s'élever dans le ciel des rêveries philosophiques, cosmologiques et autres. Il faut que la fantaisie religieuse soit un des besoins de notre esprit les plus enracinés, puisque ceux qui s'élèvent si fortement contre les élucubrations apocalyptiques de l'antiquité et des contemporains au point de mettre en question toute l'eschatologie ,^ trouvent pourtant moyen de se dédommager et de suppléer à l'authenticité du livre des révélations de saint Jean.

Deux vers charmants de Béranger, cités dans cet article, nous en ont rappelé trois moins beaux de la fable de VAstrohgue qui tombe dans un puits :

C'esf rimage de ceux qui bâiUent aux chimères, Cependant qu'ils sont en danger Soit pour eux, soit pour leurs affaires.

Les écrivains de la Revus sont en effet en Ranger, soit pour eux, soit pour leurs affaires. Animés d'un esprit nouveau qui promettait beaucoup, ils ont senti le be- «soiu, apparemment dans le but de ménager un nouveau développement dogmatique désiré par tous, de réagir avec force contre une autorité qui s'était compromise en se faisant trop sentir et en étendant arbitrairement

le sentiment chrétien, ils ne laisseraient pas dépérir le germe précieux qui leur avait été confié et duquel devait sortir tout le développement subséquent. C'est ainsi que peu à peu, de degré en degré, nous les avons vus arriver jusqu'à placer les données de la conscience individuelle avant le témoignage de Jésus-Christ luimême^ qui n'a plus à leurs yeux qu'une importance relative.

Tandis qu'ils s'éloignaient toujours plus du christianisme historique, se laissant aller à jeter la pulpe après l'écorce, ils étaient, à leur insu peut-être, attirés d'un tout autre côlé. L'homme, quoi qu'on en dise, a un besoin insatiable de vérité, d'absolu. A mesure qu'on croit découvrir que le christianisme ne répond pas à ce besoin, on est immanquablement attiré vers un absolu d'un autre genre. Je m'explique.

Dès ses premières livraisons la Revue a dû se défendre du reproche de panthéisme. Cette accusation, dans la forme qu'elle a revêtue, était tout à fait injuste. Des déclarations positives de M. Colani ne peuvent laisser subsister le moindre doute à cet égard. Toutefois le public ne s'est pas complètement trompé, il a seulement eu le tort d'être trop positif dans son accusation qui était instinctive plutôt que motivée. Si on se lût borné à dire que la Revue^ sans que ses cdlaborateurs s'en doutassent, était exposée à dériver vers le panthéisme, on serait resté dans le vrai, et son directeur n'aurait pas trouvé la réplique si facile.

Malheureusement ce n'est plus un procès de ten-

éti effet deë compliments qu'il fait luî-ltiétnd à Spidosd dans les termes suivants : « tl nous a débarrassés de cette idole — le directeur de la Revue désigne ainsi le Dieu des orthodoxes localisé dans un coin de Tunivers — qui, siégeant par delà les étoiles , gouvernait le monde comme un despote d*Asie. Dieu est prés de tions, il nous entoure, il nous enveloppe. En lui nous avôûs là vie, le mouvement et Tétre. Il est partout, âam la goutte d'eâu qui s'évapore, dans le graîtt de satlér qui tourbillonne au fond du torrent, dans le globe qui pûtcourt les espaces infinis. Toute force est sa force, tdtrte loi est sa loi. »

Ceux qui savent que, dans son lôudblé dessein de vouloir rapprocher Dieu de nous, Spinosa a fini par le confondre avec le monde. Seront peu touchés de rechange proposé, et beaucoup de personnes médiocrement désireuses d'avoir un Dieu qui se confonde avee la goutte d^eâu qui s'évapore, avec le grain de sable qui tourbillonne au fond du torrent, lui préfèreroiït, bien qu'un peu vieille, « l'idole siégeant par delà le^ nuages. » '

Encore une autre citation. 6 L'espace est jaugé, S'écrie M. Colani avec un accent de satisfaction bien marqué, il ne s'y est point trouvé de place pour le ciel/ Ainsi Dieu n'est nulle part, ou bien il est partout; s*iï n'est pas purement esprit, sagesse, puissance. Volonté (ce dernier mot se sera glissé sous la plume de M. Colani par Suite d'une ancienne habitude), il n'est rien. Les

Test signifier que Dieu n'edt pas plus présmt dans une force spéciale de Tuniver» que dans une autre, en d'ati-» très termes qu'il se confond atec le mondei Gomment M* Colani peat-il encore sauTêgarder la personnalité de Dieu après avoir si ouvertement sacrifié sa transcen* dance à son immanence et nié âe la façott la plus absolue Texistenee d^ un Dieu extf a mondain et localisé? C'est là son secret.

Quant à nous qu'on n'accusera ni de faiblesse ni de fanatisme à l'endroit des formules traditionnelles, nous aYonons croire encore à l'idole siégeant par delà les nuages, partout présente dans cet univers qu'elle gôu* verne en le dominant et non en se confondant avec lui. Àtcc le catéchisme nous prions encore notre Père qui eêt à la féis auœ cieuw et dans le cabittet où notts sommes. Qa'on nous passe le mot, il est nu peu vieux, tiimé croyons toujours à la vision béatifique promise aut ftdè* les, et^ comme nous ne sàtons nous représenter rhorame pur esprit, c'est bien par les yeux du corps glorifié qu'il notis semble que nous devrons contempler Dieu Un jour. Et ce Dieu sera bien un esprit localisé, siégeant sur son trône, et non pas la goutte d'eau qui s'évapore, le gltkin dé sable qui tourbillonne au fond du torrent.

Aussi longtemps que M. Colani ne nous aura pas expliqué ce qu'il entend par <i les idées matérialistes dont il faut débarrasser la dogmatique savante et populaî^é^ »^

* Le progrèSy vol. VI, p. 299.

La moindre erreur sur le créateur implique an système essentiellement faux touchant les créatures ^ »

Nous arrivons à la partie de notre tâche de beaucoup la plus pénible.

Si M. Colani a été attiré vers le panthéisme par la Toie de la spéculation, M. Scherer semble sur le point d^arriver au même but par Tétude morale de rhomme. Un article sur le péché, inséré dans la dernière livraison de Tannée 1853^ rend toute illusion impossible. Il ne se propose rien moins que de résoudre la question : « Comment le péché peut-il être péché s'il provient de notre nature De solutions sérieuses, il n'y

en a que deux en présence. La première part de la liberté absolue, la seconde de la liberté relative. La première rend compte de la nature du péché par l'hypothèse d'un idéal perdu , la seconde par la conscience d'un idéal à atteindre. La première, enfin, explique la présence du péché par un acte individuel et volontaire dans une existence antérieuire , la seconde par les lois d'un développement qui doit se poursuivre dans un monde à venir. »

11 se livre ensuite à une critique des deux solutions et accepte la seconde. Selon lui , il n'y a pas eu d'idéal perdu, pas de chute. « Au point de vue du développement, dit-il, qui est le seul ppint de vue historique, et,

t Vol. VII, p. M.

berté et le développement ; il a voulu que l'homme fût moral 9 c'est-à-dire perfectible. Il nie donc la liberté qu'il place, non au point de départ, mais au terme du développement. L'homme n'a pas péché librement, mais il devait nécessairement pécher par suite de la nature déjà déterminée pour le mal qu'il a reçue en sortant des mains de Dieu. Le Créateur l'a fait pécheur pour qu^en se développant il pût lui-même se sanctifier.

M. Scherer, ne prenant qu'un seul passage du récit de la Genèse et laissant de côté la déclaration expresse, « Voilà, il était très bon, » cite Moïse à l'appui de "son explication. La doctrine reçue a pris pour un état de perfection idéale, ce qui n'est que la vie innocente mais inconsciente. Elle n'a pas mieux compris que, si la désobéissance est un péché, et par conséquent, en un certain sens, une chute, cette chute est en même temps la condition d'un état nouveau et supérieur, à savoir de la connaissance, de la conscience, delà liberté, de la vertu. Le sens profond de ce mythe, le plus profond que l'antiquité nous ait légué, est tout entier dans cette parole dont l'exégèse n'a pas osé tenir compte : « Au jour que vous en mangerez, vos yeux seront ouverts et vous serez comme des dieux. » Et plus loin : « Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous* » Nulle part le péché n'a été plus hardiment présenté comme la condition du développement moral , comme l'initiation à la vie spirituelle. »

mal a^^^il été également une condition du bien ? Si voas admettez qu'il ait pu se développer d'une manière nor* maie y en progressant toujours de bien à mieux sans passer par le mal, pourquoi ne concéderiez^yoos pas que Thomme, sans avoir été créé parfait, ait pu être créé bon et placé) lui aussi, dans une condition lui permet* tant, s'il le voulait, de se développer sans pécher. L'idée d'un tel progrès n'a rien de contradictoire en soi ; c'est là le développement vraiment normal dont la vie du Sei^ gneur nous offre un exemple unique. Du moment où vous uiez la possibilité d'un développement de ce genre, vous nous donnez le triste droit de vous demander avec beaucoup plus juste raison que d'autres ne l'ont fait: Quel est votre Christ? Les conséquences de votre an^ threpologie sur votre christologie n'échapperont à personne.

Il y aurait encore d'autres remarques à faire, mais le lX)urage nous manque. Perinne plus que nous n'a apprécié les talents de M. Scherer, et nous ne saurions dire avec quelle douleur profonde nous le voyons se placer toujours plus hors des conditions voulues pour que PEglisa puisse en profiter.

Il est vrai que, vers la fin de son article, M. Scherer semble reconnaître encore les droits de la conscience chrétienne, sans laquelle on ne saurait décider une si grande question, «r II y a donc un double problème : problème théorique, la conciliation de la conscience qui présente le péché comme irrévocable, et de Pintelli-

de Dieu pour Je pécheur, c'est çfoirç que Dieu veut notre salut, c'est croire qu'il peut nous sauver, c'est croire par conséquent aussi quç la péché n'est pas absolu et que Dieu saura l'amener à servir aux desseins de sa n^iséricorde. »

Tout l'Evangile alors consisterait à croire que Dieu, au terme de notre développement, tiendra pour non avenu ce péché qui nous apparaît comme irrémissible et dont il a fait une condition absolue de notre vie morale. L'homme cesse d'être pécheur, Dieu n'est plus saint , l'amour absorbe tous se^ autres attributs. Quelle place Jésus-Christ et son oeuvre peuvent-ils occuper dans un pareil système ?

Il est certain qu'il est de toute impossibilité de s'arr rêter sur une pente si glissante. Et, ce qui aggrave sur'» tout le danger, M. Scherer a en quelque sorte brûlé se« vaisseaux sur le rivage, en feisant dw caractère assimi*^ lable des données chrétiennes la condition absolue h laquelle seulement il est permis de les reconnaître pour vraies. Il ne peut plus être question pour lui de retourner en arrière pour se retremper dans les documents évangéliques aux sources de la vie chr4^ tienne; car, du moment où un document non assimilable se présentera à Ini^ il 1^ regardera comme nop avenu.

Du reste , l'auteur de l'article comprenant fprt bien la portée de ses nouveaux principes, a éprouvé le besoin de dire i»n terminant que Thospitalité dont il jouit dans

plus grande erreur des temps modernes, j'y vois le paganisme reprenant pied au sein de la chrétienté, l'Evangile compromis dans sa source même. ^ » Malheureusement cette déclaration se trouve singulièrement affaiblie par d'autres plus récentes dont nous parlions il n'y a qu'un instant. La Revue, tout l'indique, est arrivée à un moment critique et décisif. Ce n'est pas trop espérer du courage et de la sincérité de ses collaborateurs, que de compter sur des explications promptes et catégoriques. Us ne sont pas panthéistes par le cœur, mais ils nous font passablement l'effet de l'être par l'intelligence. Tous ceux qui ont à cœur la rénovation théologique à laquelle MM. Golani et Scherer semblaient vouloir consacrer leurs veilles, attendent avec anxiété qu'ils veuillent bien déclarer s'ils veulent encore être considérés comme des théologiens chrétiens, ou simplement comme des philosophes.

Nous ne serions pas complet dans notre revue si nous ne disions un mot des opuscules suivants :

L'hérésie moderne à Genève. Nouvelle lettre d'un laïque à un pasteur. Mai 1850. Paris et Genève.

Troisième lettre d'un laïque à un pasteur^ suivie d^ une première lettre publiée en 1848.

^ JEtude des faits moi aux relatifs au satut; vol. lY, p. i78.

troverse, on regrette de voir poindre l'esprit railleur, sceptique et quelque peu blasé. L'auteur est une personne qui parle de toutes ces graves questions beaucoup trop en amateur, sans avoir l'air de se douter qu'il y va des intérêts les plus importants. Il fait quelquefois à M. Scherer des compliments que celui-ci ne méritait pas au moment où ils lui étaient adressés. Ailleurs il reprend très bien les allures de certaines personnes qui trouvent moyen de ne pas trop s'émouvoir pour ne pas passer pour hérétiques ou amis d'hérétiques. Mais, vu l'esprit qu'elles respirent, ces quelques pages ne sont pas faites pour communiquer aux Nicodèmes en théologie une forte dose de courage. Nous avons été frappé de la justesse de la remarque suivante : « Si l'ancien professeur, au lieu d'établir nettement et sous une face polémique le principe nouveau de sa vie, se fût contenté de faire de l'édification en vertu de ce même principe , je ne puis me défendre de la persuasion que les cœurs les plus fidèles se presseraient encore autour de lui , seraient plus que jamais altérés de sa parole, la voudraient

ouïr jour et nuit Le docteur n'eût que grandi dans

l'opinion et l'affection générale, et fût devenu par excellence le pasteur des âmes. Tout le jeune clergé et la plupart des théologiens qui le blâment et l'abandonnent maintenant, se seraient vantés d'être avec lui dans le progrès. » Mais tandis que l'auteur anonyme serait plutôt disposé à féliciter M. Scherer de n'avoir

iLu meoiogie non pius« ce ne sont par lani tes revc/lutiodSy mais surtout les reformations^ qui font ^re de Trais progrès.

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Ce que nos lecteurs connaissent déjà des deux tendances théologiques qui se sont trouvées en présence, leur permet d'entrevoir sans peine ce qu'a dû être la discussion des quelques points débattus entre elles. La controverse n'a pas abouti, et elle ne devait pas aboutir, parce qu'il était de toute impossibilité que les partis du passé et celui de l'avenir pussent se comprendre. Ce principe commun également reconnu des deux côtés auquel il est indispensable de pouvoir en appeler dans une discussion pour qu'elle soit profitable, faisait complètement défaut.

Non-seulement les partisans du passé, représentants d'un mouvement théologique dès longtemps épuisé , n'ont su rien dire de nouveau pour la défense de leur cause; mais, pris complètement au dépourvu, ils se sont montrés d'une faiblesse extraordinaire et déplorable, faute des connaissances historiques et scientifiques indispensables. Les partisans de la mystique, de leur côté^ ont sans doute été portés à exagérer leur principe, par suite même de l'incompétence des adversaires si peu redoutables avec lesquels ils avaient à lutter. Nous

a été de porter chacun des partis à exagérer sa tendance. C^est ce dont nous allons avoir amplement occasion de nous convaincre, en examinant ce qui a été dit de part et d'autre dans les questions débattues.

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