ASSIMILATION
Ceci nous amène à examiner la grande question de l'autorité et le principe de l'assimilation dont la nouvelle école a fait son point distinctif et caractéristique.
Un mot d'abord sur la définition des termes. « L'autorité , selon M. Scherer, est tout ce qui détermine une action ou une opinion par des considérations étrangères à la valeur intrinsèque de l'ordre intimé ou de la proposition énoncée. J'obéis à une autorité quand j'observe un précepte, par cela seul qu'il émane d'un magistrat
i Revue; vd. I, p. 68, 71.
pu à peu près , est xiéceseaireinent conduit k méconnaitre rdutorité qui peut être basée aur elle«» Quaut à ncMis , la définitiou de M. Scberer nous parait incomplète; ççtta notion est beaucoup plus étendue qu'il ne le soppose. Il y a toujours un rapport d'autorité entre Tindividu et le facteur par lequel il est amené à la Térité. Lorsque ce facteur est le préjugé, ou bien la preuve fatstorique y cette autorité eit d'un ordre inférieur. Mais lorsque ce facteur est la vérité même qui se présente à nous en quelque sorte toute seule , sans le moindre intermédiaire , le rapport d'autorité entre elle (à nous ne cesse pas pour cela. Tout au contraire. L'Evangile fait à lui seul autorité, Lorsqu'on le reçoit par suite de J'iiar* moqie pjcofonda, admirable» qu on décpuvre entre lai et la conscience , il ne cesse pas pour cela de se présenter à nous comme une autorité ; loin de là , il nous apparaît revêtu de l'autorité la plus respectable et la plus décisive. 11 nous somme, il nous contraint, il s'impose en quelque sorte à nous comme ayant droit à tous nos respects et à tous nos hommages. Cette autorité ne repose pas sur des considérations historiques ou autres; mais elle n'en est pas moins une autorité, et, justement parce qu'elle s'appuie sur des preuves d'un ordre infiniment supérieur, elle nous lie beaucoup plus.
Qu'on ne nous réponde pas que nous nous faisons illusion; qu'au fond la vérité n'a que l'autorité que
^ Ibid, p. 66. * Le témûigtmge fi» Dieu^ p. ft.
mais il sait à merveille qu'elle existait antérieurement, bien avant qu'il l'eût «accueillie. Il confesse avoir été longtemps en révolte contre elle. M. Scherer n'a-t-il donc jamais senti, comme nous tous, l'autorité, le pouvoir irrésistible exercé sur lui par telle conception, tel fait spirituel qu'il aurait pourtant aimé ne pas s'assimiler au premier abord et qui cependant a fini par recevoir droit de bourgeoisie dans pa conscience, si bien qu'à chaque instant il est prêt à se redresser de toute sa hauteur dès qu'on peut être tenté de le méconnaître? La dualité irréductible de l'immanence et de la transcen-dance d'un Dieu à la fois dans le monde et pourtant distinct du monde, n' est-elle pas dans ce cas? Ce n'est certes pas parce qu'on a réussi à se l'assimiler d'une manière complète et définitive qu'on la respecte I Quel est le penseur de nos jours qui ne se sente obligé de faire un constant effort pour maintenir dans une harmonie complète ces deux tendances de notre esprit qui semblent s'exclure ? Ne ressemblons-nous pas tous au coureur qui s'efforce de tenir d'une main ferme les rênes de ses deux coursiers, sous peine de voir son char sauter en éclats dans la carrière?
Celte autorité de la vérité qui n'implique nullement une assimilation complète, subsiste même après que cette assimilation a eu lieu, et ne saurait être incompa* tible avec la foi.
Il es^vrai que nous ne saurions pas accepter la défi-
ne définit pas la foi, il indique seulement un des nombreux moyens de la faire naître. En effet» la foi est essentiellement une certitude reposant sur le sentiment. Il est certain que la perception subjective de la vérité est un des moyens les plus sûrs pour exciter le sentiment, -^ nous accordons sans peine qu'il est de tous le plus efficace, — et pour faire naître cette certitude que nous appelons foi ; mais il faudrait tenir bien peu compte de l'histoire et des faits psychologiques les mieux constatés pour prétendre que c'est le seul. Les moyens d'arriver à la foi sont infiniment divers et variés suivant les individus, Tétat de culture, les habitudes intellectuelles. Les uns y arrivent par les procédés lents, laborieux, contre nature de la vieille apologétique que nous répudions aussi sincèrement que M. Scherer, et ils ont la simplicité de s'imaginer que, si un seul des chaînons de cette longue déduction venait à manquer, ils ne pourraient plus croire et retomberaient dans l'incrédulité. Illusion profonde ! Ces chrétiens valent infiniment mieux que leur système; ils se sont assimilé la vérité dans une certaine mesure, et rien maintenant ne pourrait la leur ravir. Il est pourtant hors de doute que cette foi qu'ils déclarent en leur âme et conscience reposer sur des preuves historiques, est tout aussi profonde, intime, inébranlable, efficace dans la pratique que celle des hommes qui seront parvenus au christianisme par la méthode beaucoup plus courte et plus naturelle de la
* /6td, p. 68.
Une simple parole du Seigneur peut quelquefois aussi faire naître la certitude que nous appelons foi. Et pourquoi n'en serait-il pas ainsi du moment qu'on est certain que Dieu a parlé, quand bien même ce qu'il demande semblerait n'être ni juste, ni bon? Certes, Abraham n'avait pas réussi à reconnaître la légitimité du sacrifice de son fils Isaac; ira-t-on pour cela l'accuser d'avoir commis un acte immoral en se mettant en désaccord avec les sentiments de son. cœur et de sa conscience, pour obéir, par la foi, à l'ordre de celui dont il tenait et le cœur et la conscience ? Il est vraiment étrange que M. Scherer ne se soit pas défié d'une notion de la foi qui le condamnerait à ne voir que folie et immoralité dans les actes de cette nuée de témoins dont nous parle l'épître aux Hébreux.
Sans doute, on nous opposera la foi de l'épître aux Romains, qu'on tient pour la seule vraie. Mais cette opposition ne nous paraît nullement fondée, à moins qu'on se laisse aller à sacrifier le général au particulier. La notion de foi exposée Héb. XI, i , est beaucoup plus générale que celle de Paul aux Romains et la renferme. D'après l'épître aux Hébreux, elle est ce par quoi l'objet de l'espérance est rendu comme présent , ce qui garantit au fidèle la réalité de tout ce monde qu'on ne peut ni voir, ni loucher, ni percevoir par les sens, mais par le cœur, c'est-à-dire en deux mots une certitude repo-
et à la cité du Dieu vivant, à la Jérusalem céleste et aux milliers d'anges. Après vous avoir fait goûter les puissances du siècle à venir, elle vous a transportés au dedans de ce voile qui cache Tavenir à l'œil de l'homme (VI, 19) ; elle vous a permis de pénétrer jusque dans le sanctuaire céleste. Que veut-on de plus subjectif? N'estce pas là une foi s'aasimilant son objet, et quel besoin est-il de l'opposer à celle des Romains ?
Nous le concédons de grand cœur. Dans les choses religieuses on ne peut parvenir à cette plénitude de certitude appelée foi, sans que l'invisible soit rendu visible, sans s'assimiler dans une certaine mesure la vérité. C'est toujours par là qu'il faut débuter, puisqu'autrement il ne saurait y avoir de foi vraiment digne de ce nom. Mais cette perception subjective delà vérité est-elle dans tous les cas indispensable? ne peut-il y avoir foi que quand cette perception est possible? En d'autres termes, l'homme est-il appelé à se livrer à un examen analytique des objets de la foi, dans le but d'accepter comme vrais ceux qu'il peut percevoir subjectivement, en rejetant les autres comme faux?
M. Scherer n'hésite pas à répondre affirmativement, a Si la conscience religieuse, dit-il, reconnaît dans la doctrine qui lui est proposée un objet qui se trouve en désaccord avec son sentiment intime et sa nature ellemême, elle le repousse spontanément. La conscience religieuse a, comme la conscience morale, un à priori
à un instinct sacré en la rejetant \ ]>
M. Ch. Secrétan, dans un article important : <x Quel*^ que$ idée» sut la méthode ' «^ est presque aussi positif sur la nécessité de l'assimilation.
Nous touchons ici au point le plus important de toute cette controverse, « au principe théologique de la nouvelle école », pour parler avec M. Jalaguier. C'est surtout en érigeant l'assimilation individuelle en critère absolu de la vérité que la Reme a excité les alarmes du public religieux. En montrant ce que ce principe â de dangereux, beaucoup de personnes aimeraient faire oublier tout ce que la tendance mystique^ rendue solidaire de la Remey contient en soi de bon et de légitime. Grâce au terrible épouvantail appelé le triage spirituel, on a réussi à déterminer une puissante réaction et à prévenir la multitude contre les idées nouvelles qui doivent être des plus funestes, puisqu'elles aboutissent à de pareils résultats. Il faut convenir que, de son côté, bien loin de rien faire pour dissiper les préventions, la Revue semble au contraire avoir pris plaisir à compromettre la cause de la mystique, en la faisant dès l'abord responsable de conséquences qui ne découlent nullement de son principe. Car enfin l'idée de l'assimilation individuelle critère de la vérité, n'est pas le dernier mot de cette tendance éminemment spirituelle et chrétienne. Tout au contraire : nous verrons bientôt que les deux principes s'excluent. Dès l'instant-où la mystique établit Tassimi-
* Ibid, p. 81 et 83. « RevuCf vol. IV, p. 236.
chez eux un manque de logique , une contradiction ; nous sommes vraiment heureux que ce soit dans une question si capitale. Tant nous aimerions pouvoir espérer qu'ils n'ont pas encore dit leur dernier mot!
Il est évident qu'entre la Revue et nous il ne s'agit pas de savoir si on peut statuer une antinomie primitive et définitive entre la révélation et les éléments constitutifs de la conscience religieuse ou de la raison. La pensée d'une telle opposition est absurde. Nous tenons tout ce que Dieu nous a révélé pour assimilable, et le devoir de chacun est de s'efforcer d'atteindre en toutes choses à une perception subjective de la vérité pleine et entière dans tous ses détails. Au risque de passer dans l'opinion de plusieurs personnes pour infidèle au titre de cet écrit, nous nous déclarons sans hésiter prêt à signer des deux mains cette phrase de M. Secrétan : « L'introduction dans une intelligence d'une vérité que celle-ci n'aurait pas produite en quelque manière, serait la substitution d'une intelligence à une autre, la création d'une nouvelle intelligence, non pas une révélation. » Dieu ne peut nous révéler et nous demander de croire que des choses assimilables. Nous admettons également tout ce que le même auteur dit de l'inviolabilité de la conscience. Et si, dans un cas particulier, celle-ci devait abdiquer, nous nous rangerions franchement du parti de M. Secrétan. Mais est^il permis
A merveille! Mais alors, je vous prie, comment supposez-vous qu'il puisse s'élever un conflit vrai, légitime et définitif entre la conscience et l'objet de la foi, du moment où vous admettez que Dieu a pris soin de tout arranger en vertu d'une harmonie préétablie, de manière à ce que son témoignage s'identifie à celui de la conscience? Il est manifeste que M. Secrétan ne peut pas même imaginer la possibilité d'un conflit si grave. A son point de vue, cette hypothèse doit être absurde.
Toutefois, d'accord en théorie , aussi longtemps que nous restons dans la sphère des abstractions, nous cessons de l'être dès l'instant où nous abordons des problèmes concrets. MM. Secrétan et Scherer déclarent trouver dans les documents qui nous ont conservé la révélation certains éléments qu'ils ne peuvent s'assimiler, et contre lesquels leur conscience religieuse inviolable se révolte pour les repousser en vertu de son à priori imprescriptible.
Que faire? Avant tout s'assurer si ces éléments inadmissibles appartiennent bien à la révélation, en distinguant avec grand soin entre l'Ecriture et la Parole de Dieu qu'elle renferme. Et ici les questions d'authenticité et de cauônicité reprennent toute leur importance. C'est à une critique impartiale autant que sévère qu'il appartient dans une certaine mesure de déterminer ce qui a été révélé. . Mais il est de fait que, même après ce travail préparatoire, il se rencontrera toujours des données inassimilables. La question se présenté donc de nouveau : Que faire?
ju8teas0 de cette conception de« perfections divines? Ce dogme que tous touk refusez à admettre n'est**il paut*étre pas destiné h h modifier en la complétant? £t, du momwt où il vou9 est démontré qu'il repose bien sur les données révélées, votre devoir n'est*il pas de faire tons vos efibrts pour vous Fassimiler, ou du moins de prendre à son égard, bien loin de le rejeter, Pattitude h plus respectueuse possible? Vous ne supposez pas rhomme dan^ un état de santé morale tel qu'il suf^r fise de lui présenter la vérité pour qu'instantanément qIIq aille se rétléchir dans son cœur pur ^ comme les objets vont d'em:-^émes, sans le moindre effort de notre part, se peindre dans notre œil. Aussi Jonglempe qu^ TOUS reçonnai^ez l'existence du pécbé, ne (aut^il pas admettre également qu'il affecte profondément nos conceptions morales, métaphysiques et religieuses? Une vérité qui n'éveille pas d'assentiment dans tel état d'âme, sous rinfluence de tel préjugé et de telle disposition développée par l'éducation , ne finirait-elle peut^^étre pas par vous paraître un jour très assimilable?
M. Secrétan du moins ne tombo pas dans cet étrange oubli que nous sommes surpris d'avoir à relever chez M» Scbererf II déclare que la conscience a besoin d'être éclairée, que son témoignage n'est peut-être pas le même daqs tous les états de culture et chez tous les peuples, etque, par conséquent, ^< il serait peu judicieux d'attendre la vérité absolue de la conscience individuelle interrogée par la raison indivikînelle, ni 4e la conscience
bien, tenir aucun jugement pour véritable, s'ils ne le irouTent en lui et par lui. d
Mais alors est-il logique, est-il raisonnable d'admettre la possibilité d'un conflit entre cette yérité vraie et im-* muable en Christ et cette conscience religieuse égale* ment vraie, j'en conviens, mais seulement en puissance, d'une façon abstraite et idéale, ainsi que M. Secrétan l'accorde comme nous, en reconnaissant la nécessité dô faire son éducation? Notre Dieu ne serait-il pas un Dieu d'ordre?
Nous ne pouvons comprendre que l'auteur des articles sur la méthode ait rejeté tous les éléments d'autorité comme incompatibles avec l'inviolabilité de la conscience. Son idée qu'en Christ nous avons l'immuable et le définitif conduit à des résultats entièrement différents. Travaillez à vous assimiler tout l'Evangile , c'est très bien ; mais si, dans le cours de ce travail, vous rencontrez quelque élément inassimilable ou qui vous paraisse tel^ bien qu'il fasse partie de cette vérité dont Jésus-Christ a été la personnification, n'oubliez pas qu'il est la vérité immuable, tandis que votre conscience religieuse se trouve nécessairement susceptible de changement. Admettez la chose sous la garantie d'une autorité bien constatée, en attendant que vous puissiez vous l'assimiler. Travaillons à l'éducation de notre conscience qui peut-être s'assimilera avec bonheur demain ce que j'aurais été tout disposé à rejeter hier. Il est certaiii que les
païenne qui doit être juge, mais la conscience religieuse. Sans doute. Toutefois ne nous payons pas de \ains mots. Qu'est-ce que cette conscience religieuse dont vous prétendez faire le critère de la vérité? Est-elle en réalité aussi religieuse, aussi chrétienne qu'elle peut et doit l'être? Est-elle parvenue à un degré de culture qui lui permette de porter un jugement définitif ? Ceux qui font de l'assimilation individuelle le critère absolu de la vérité se trouvent ici en présence de deux alternatives aussi embarrassantes l'une que l'autre. Ou bien il faut qu'ils soutiennent que, dès leurs premiers pas dans la vie chrétiennq, ils ont réussi à s'assimiler la vérité évangélique en son entier, que la pénétration de l'humain parle divin a été complète, de sorte que rien ne leur manque. Et alors, par le chemin du subjectivisme, ils arrivent au dogmatisme le plus absolu et le plus intraitable. Si, peu jaloux d'être rangés parmi les perfectionnistes, ils répugnent à la pensée de se décerner un certificat d'infaillibilité comme le fait M. de Gasparin, force leur est de confesser que l'Evangile pourrait fort bien renfermer encore certains éléments très assimilables qu'ils n'ont pas jusqu'à présent réussi à s'assimiler. Alors comment échapper dans une certaine mesure à cette autorité dont ils ont tant frayeur? Il faut nécessairement que, sur la foi de l'harmonie déjà grande qu'ils ont constatée entre leur conscience et la Parole de Dieu dans les saintes Ecritures, ils consentent à recevoir et à respecter
inassîmilables, font aujourd'hui sa joie et soat le fondement de ses pliis chères espérances? Cette expérience passée devrait, ce semble, nous rendre prudents et sages en "vue de l'avenir. Les progrès antérieurs sont une garantie de ceux qu'il nous reste encore à faire. Et si, jusqu'au terme de notre carrière terrestre, telle vérité nous inspire quelque répulsion, ne savons-nous pas par l'analogie historique que nos «neveux pourront s'assimiler avec bonheur ce que la conscience de notre génération semblait devoir repousser définitivement?
Il est vraiment inconcevable que les écrivains de la Revue aient pu méconnaître des vérités si simples.
Cependant M. Scherer n'a accepté aucune des deux alternatives que nous posions il n'y a qu'un instant. Trop sobre d'esprit pour se croire arrivé à la perfection, trop bon logicien pour ne pas aller jusqu'au bout dans l'application d'un principe, lorsqu'il rencontre des éléments inassimilables, afin de ne pas se mettre en opposition directe avec celui qu'il tient comme la vérité personnifiée, il croit tourner la difficulté en disant : « Cela ne peut pas être de Christ. » Il est impossible qu'un esprit aussi juste que le sien n'ait pas senti, bientôt après avoir écrit cette parole, qu'elle était tout simplement une défaite. On peut céder à la tentation de recourir à un pareil argument ad hominerh^ ou mieux, à une semblable accommodation, pour embarrasser son adversaire, quand on croise le fer sans grande conséquence avec M. de Gasparin ; mais on doit sentir que tout le monde ne sera
un moment donné, serait plus que suspecte. Ce n^est plus là faire de la critique interne, mais simplement appliquer à l'histoire certaines idées préconçues en vertu desquelles on prétend déterminer ce qui peut ou doit avoir été.
Les principaux écrivains de la Revue de théologie ne semblent pas devoir reculer devant ces conséquences extrêmes. Après avoir dit que ce qui n'éveille pas d'assentiment dans l'âme ne saurait être un objet de foi pour elle, ils vont plus loin et ajoutent : ne saurait avoir été dit, fait ou prononcé par Christ, quelles que soient d'ailleurs les preuves historiques témoignant du contraire. « Si l'autorité ne peut pas déterminer la foi , elle ne peut pas même déterminer quel est l'objet de la foi. .... En vain insisterait^on, sous prétexte qu'il y a au moins nécessité logique de croire et que la foi se contredit elle-même en n'acceptant point ce qui paraît impliqué dans ses propres données à el|f . Il n'y a point de nécessité logique, parce que la foi n'obéit point à la logique; il n'y a point de devoir moral, parce qu'il n'y a de devoir que lorsque la conscience se reconnaît ellemême obligée. »
Jusqu'ici nous avions cru qu'il n'y avait rien de si brutal qu'un fait historique bien constaté, et que, malgré qu'on en eût, il fallait accepter tous ceux qui étaient dans ce cas. M. Scherer est d'un avis contraire ; il veut qu'on ne tienne pour réels que ceux qui sont assimilables. Ainsi donc les données historiques que nous avons
l'assimilation pour les moindres détails. Encore un point de vue qui ne peut être défendu en présence des faits d'expérience. Chacun le sait, la foi ne calcule pas plus que Tamour ; dès qu'on aime quelqu'un ou quelque chose, on devient aveugle à l'endroit des défauts, on est conduit -à tout aimer. Il n'en est pas autrement de la foi. Il est contre nature de supposer qu'elle pèsera scrupuleusement tous les détails des objets qui lui sont présentés, afin dq voir si on peut se les assimiler. Du moment où la foi en Jésus^^Christ se réveille dans une âme, par suite de l'harmonie que l'homme a découverte entre sa conscience et une portion de ses enseignements, il ie9 accepte tous instinctivement et en bloc. Bien loin de redouter de trop croire, il a peur de ne pas croire assez. Après avoir perçu subjectivement quelque point important de la vérité, on se dit : les autres ne peuvent manquer d'être tous ausri assimilables; on fait mieux, on ne réfléchit pas, on accepte le tout sans rien^dire et avec bonheur, quand bien même il faudrait faire quelque petit effort. L'esprit le plus méthodique et le plus rigoureux ne pourra échapper à la fascination générale.
Mais il y a réaction , dira M. Scherer; plus tard la raison réclame ses droits, et la foi étant moins vive xlevient à son tour plus exigeante. Si on insistait trop sur cette objection, on ferait la part belle aux partisans du passé qui répètent d'un ton triomphant que les objets
doit être suivie d'une réaction aboutissant à une révision ; à la foi naïve doit succéder la foi consciente. Mais M. Scherer se fait encore illusion quand il a l'air de supposer que la crise qui en résulte puisse être l'état normal et définitif, lorsqu'il prétend que l'unique moyen d'en sortir est de chercher à s'assimiler tous les objets du christianisme dans le détail et les uns après les autres. Cet état constant de lutte et d'anxiété dans lequel il faut tout discuter, tout remettre en question, et en quelque sorte conquérir jour par jour et à la pointe de l'épée sa maigre pitance , peut être le trait caractéristique d'une époque, la phase par laquelle une puissante individualité passe pendant quelques années, mais il ne saurait être général, encore moins permanent et définitif. En nos jours de publicité , M. Scherer a pensé tout haut; dans un autre âge le vulgaire (et certes il ne s'en trouverait que mieux) n'aurait rien su de tout ce travail critique auquel il nous a fait assister dans la Revm ; mais il n'en aurait accueilli qu'avec plus d'empressement les résultats positifs, alors qu'ils auraient été consignés dans quelque gros in-folio. Il faut bien enfin qu'après avoir soulevé jusqu'à la dernière pierre des fondements du vieil édifice, M. Scherer se mette de nonveau à reconstruire à son tour, à moins, ce qu'à Dieu ne plaise, qu'il ne reste immobile^ mécontent et impuissant au milieu des décombres amoncelés autour de lui. Quand cette heure aura sonné , il ne pourra plus être question de procéder exclusivement par la méthode ana-
les Tentés essentielles sur la loi desquelles il se croira parfaitement autorisé à arrondir son système, en comblant les lacunes, en admettant les "vérités accessoires ou complémentaires, de façon à pouvoir obtenir un être vivant bien proportionné qui puisse être présenté aux simples fidèles. Et, comptez-y bien , le public religieux se l'assimilera instantanément, à première vue, parce que ce système répondra à ses besoins les plus intimes, et que tout le monde sera obligé de s'écrier : Celui-ci est chair de ma chair et os de mes os. Personne ne se doutera qu'il puisse y avoir rien d'inassimilable dans l'ensemble de l'organisme. Les hommes de notre génération, fatigués de la lutte et du doute prolongé, l'accepteront avec empressement et bonheur ; l'Eglise jouira en paix de ces beaux jours durant lesquels ses membres vivants trouvent dans les symboles l'expression fidèle, parfaitement adéquate , de tout ce qu'ils pensent, sentent, aiment et croient. Mais, sachez-le, ces jours-là ne seront pas plus éternels que ceux qui ont suivi la Réformation. Alors, hélas! on se remettra peu à peu à se transmettre' par voie d'autorité ce qui aura été acquis par la méthode de l'assimilation ; le dogme qui nous aura coûté si cher, tant de veilles, de prières et de soucis, sera condamné à son tour à n'être plus qu'une lettre morte. Que vous fassiez des confessions de foi ou non, vous n'échapperez pas à cette nécessité. Les mystiques suspects d'aujourd'hui, qui soupirent'après un vague avenir^ deviendront à leur tour les représentants du
Ce serait donc se faire étrangeçieut illusion que de supposer que la crise puisse toujours durer. Mais il est certain que ce ne sera pas le principe de rassimilatioa analytique de tous les détails qui nous fournira le fil nécessaire pour sortir du labyrinthe. Il est complètement faux, illogique^ parce qu'il suppose que le christianisme n'est qu'un pêle-mêle de yérités n'ayant entre elles aucun rapport nécessaire et organique, et qu'il s'agit de découvrir dans la Bible une à une, comme on chercherait, qu'on nous passe la comparaison, quelques fines aiguilles perdues dans un grand tas de foin. Si elle acceptait définitivement ce principe, la nouvelle école qui, nous l'avons vu, n'est que trop disposée à faire peu de cas de l'histoire, se condamnerait à l'impuissance en renonçant encore à l'élément scientifique dont la mission est de faire éclater l'ordre et la lumière au milieu du chaos, en organisant les données diverses que lui fournissent les deux autres facteurs*
Que deviendrait à son tour le troisième élément indispensable à la formation du dogme, cet esprit chrétien que les écrivains de la Revue possédaient incontestablement au début de la controverse? Hélas 1 nous devrions peut-être demander: qu'est-il devenu? Dans tous les cas, ce n'est p^ lui qui a rien gagné à ces débats. En faisant de l'assimilation individuelle le critère absolu
dont elle ne se rende compte en quelque manière, qu'elle ne comprenne ou ne s'assimile à quelque degré.» Et, pour ne pas parler d'autres symptômes, la réponse de M. Colani à cette assertion est beaucoup plus faite pour confirmer dans leur opinion ceux qui, dès le début de la controverse , ont prédit que ce serait là son dernier mot, que pour rassurer ceux qui seraient désolés de la voir aboutir à un si triste avortement. Au lieu de repousser Taccusation, le directeur de la Revue a répondu qu'elle ne l'atteignait pas seulement, lui et les philosophes allemands, mais aussi tous les penseurs dès la plus haute antiquité. Si c'est là le dernier mot, pourquoi s'appeler encore Revue de théologie et de philosophie chrétienne ? La première partie du titre est évidemment superflue.
Quant à nous, qui n'admettons pas l'autocratie de la raison, nous croyons à la révélation et partant à l'autorité de la Bible qui nous a conservé son histoire et ses plus précieux enseignements. Les livres canoniques du Nouveau Testament en particulier sont une règle pour nous,
l"" parce qu'ils ont été écrits par des hommes qui ont été en partie des organes de la révélation ;
2** parce que ces écrivains ont été les témoins auriculaires, sinon toujours oculaires, les plus rapprochés ei les mieux qualifiés, de la plus subhme de toutes les ré-
rejeter uue donnée quelconque comme non astimilaUe? Il n*est que trop clair que le pharisien orgueilleux ne pourra pas s^assinuler la doctrine d'un pardon gratuit, et que l'égoïste repoussera avec non moins de force la doctrine du renoncement comme inadmissible y justement parce que^ Tun et Tautre, ils auront un plus grand besoin de s^ assimiler ces Yérités«>là. Les écrivains de la Revue seront sans doute les premiers à déplorer la traduction de leur principe en ce mot populaire : Je preadrai de la Bible ce qu'il me plaira.
Enfin nous croyons que l'on peut s^adresser à ceux qui se sont assimilé quelque portion de la véritë érangélique, en leur demandant avec autorité de s'assimiler aussi le reste. L'harmonie partielle qu'ils ont déjà constatée entre leur conscience et la Parole de Dieu est la garantie d'une harmonie complète à laquelle ils doivent aspirer. Personne dans ce cas-là ne se refusera à admettre le droit d'une autorité si bien légitimée. Au fond chaque fidèle saisit le christianisme par qudque vérité essentielle qui en implique uue foule d'autres qui lui sont intimeotôat unies et sans lesquels on ne peut pas la concevoir elle-mérae« Au nom de cette autorité reconnue vraie, on peui réclamer d'ajouter foi à ceiles qu'elle suppose parce qu'elles lui servent de base, non moins qu'à celles qui en découlent , parce qu'elle les implique.
Beaucoup de personnes regretteront vivement cette controverse ; mais il ne sera permis à aucun horiame intelligent de mettre en doute son extrême importance. Elle a été soulevée à son heure marquée j et , tout m déplorant que jusqu'ici les circonstance» ne lui aient pas permis d'aboutir, on ne peut méconnaître en quelque sorte sa nécessité. Beaucoup de gens sentaient depuis longtemps le besoin de régler les oomptes avec la paesë, afin d'échapper à un présent des plus précaires ^ et de s'assurer un lendemain. La succession est maintenant ouverte, l'inventaire se fait; après tout, si jusqu'à présent nous avons peu gagné , qui donc oserait dire que nous avons perdu?
Mais cette controverse, nous en avons l'intime con^ viction , ne saurait avorter. Les questions qu'elle sou^ lève sont de celles que , soit par crainte , soit par pru^ dence, on peut laisser dormir pendant longtemps; mais une fois soulevées, il faut absolument qu'elles soient résolues. 11 n'est plus permis qu'à ceux qui ont le triste privilège d'être sourds et aveugles à volonté , de se tenir à l'écart des agitations du moment* Pour peu qu'on prétende à une foi n'ayant pas honte d'ellenniême , on £st condamné à se former une opinion raisonnée qui ne soit pas seulement de nature à pouvoir sa soutenir,
naires si heureux et si zélés j sans cela, la rie religieuse dont nous lui sommes redevables est condamnée à s'éteindre peu à peu comme un lumignon fumant^ à mesure que ses enfants, réduits à l'impuissance , seront les uns après les autres introduits dans leur repos.
Toutefois, nous attendons peu des deux tendances théologiques qui jusqu'ici ont été en présence. Les ccri-* Tains de la Revue semblent déj^ avoir dépassé le but, tandis que les hommes du passé, se prévalaDt de ces excès pour s'attacher au rivage avec frénésie , prêchent de plus belle une immobilité absolue. De part et d'autre, on s'est naturellement excité à l'exagération de son priucipe , comme si chacun avait cm qu'il n'y avait rien de mieux à faire que de se prévaloir des erreurs de son adversaire , pour être en droit de garder les siennes. SI bien que, dans les deux partis^ on s'est placé dans des conditions qui ne permettent pas de faire concourir la portion de vérité dont on est le représentant , au développement théologique dont notre époque a un si pressant besoin.
Aussi, quoi de plus triste que l'attitude des uns et des autres? Les hommes de la nouvelle école sont tout fiers de leur brillante attaque ; ils vont répétant bien haut qu'il ne leur a été répondu rien qui vaille , et que les partisans du passé, abandonnant le terrain scientifique, se bornent à se lamenter en petit comité dans les salons , ou se hasardent tout au plus à discuter devant un
camp tout ira pour le mieux? ils ont admirablement bien conduit l'attaque ; ils se sont acquis le titre d'intrépides et savants démolisseurs. Mais c'est là tout. Jusqu'ici nous connaissons passablement de jeunes gens pleins de talent , assure-t-on , et sur lesquels l'Eglise fondait les plus belles espérances , qui tous ont pris les invalides avant d'avoir combattu , et le public affirme que leur impuissance est due aux idées nouvelles. Tout esprit impartial conviendra sans peine que la position des hommes de l'avenir ne peut pas être considérée comme plus brillante que celle de leurs adversaires. Si le traditionalisme est en déroute su» toute la ligne , d'un autre côté la mystique , rendue suspecte , s'est jusqu'à présent montrée impuissante à rien édifier. Sommes-nous donc bien avancés ?
Evidemment , de part et d'autre on est dans le faux. Pour caractériser l'erreur respective des deux partis , nous ne saurions mieux faire que d'emprunter une citation à un excellent article de M. Scherer sur le rationalisme (Revue j vol. III, p. 289 ). « Il y a, dit-il, au fond deux hérésies , c'est-à-dire deux conceptions qui altèrent essentiellement le christianisme , et il n'y en a que deux : l'une sacrifie l'homme à Dieu , et l'autre Dieu à l'homme; la première, préoccupée de l'objectivité de la révélation, oublie que cette révélation n'a point de vertu si elle ne devient la propriété spirituelle du pécheur, et qu'elle ne peut devenir la propriété de celui-ci qu'à condition d'une affinité de nature entre
que les excès du subjectivisme compromettent le christianisme objectif et éteignent la vie, nous répondons d'abord que nous n'avons pas l'habitude d'examiner les questions au point de vue utilitaire; et si on insistait, il suffirait de rappeler que le camp contraire possède aussi ses enfants terribles qui rendent le christianisme historique inutile en écrasant la conscience individuelle sous le joug pesant de l'autorité. Nous ne serons donc pas rangé parmi les disciples de la nouvelle école. Mais nous serions vraiment désolé qu'il nous fût arrivé d'écrire un seul mot de nature à faire supposer que nous voyons d'un bon œil cette réaction inconsidérée, ignorante et superstitieuse, cette conspiration de muets, organisée contre la nouvelle école et contre la mystique à laquelle on remonte comme à la source de tout le mal. Les jours où le professeur démissionnaire pouvait compter sur les sympathies plus ou moins avouées de ceux mêmes qui n'acceptaient pas ses vues , sont bien loin de nous ; lorsqu'il s'est agi de combattre, l'armée a singulièrement diminué , exactement comme celle de Gédéon près la fontaine de Harod; et puis le soleil qui s'est levé, les épines qui ont monté ont brûlé et étoufifé la semence qui n'était pas tombée dans une bonne terre. Si, pendant un instant, au début de la controverse, dans certains cercles, il a fallu presque du courage pour dire tout ce qu'on avait sur le cœur, il en faut en-
pas de Druit ; encore un peu de temps, et cette controverse sera oubliée comme tant d'autres. La Revue, par ses excès toujours plus manifestes, achèvera d'ouvrir les yeux à ceux qui s'obstinent à ne pas voir clair. Encore un peu de temps et tous ces débats s'éteindront dans un grand silence.
Et après? Oh ! après, pense-t-on, tout ira comme par le passé. Instruite par le naufrage de quelques-uns, la majorité deviendra plus respectueuse que jamais à l'endroit de l'autorité et de la tradition.
Pas si vite, je vous prie. Si , ce qu'à Dieu ne plaise, la Revue se perd par ses excès et son exclusisme , la lutte recommencera plus vive que jamais entre les hommes qui n'auront ni rien appris ni rien oublié, et ceux qui seront restés fidèles à la portion de vérité qu'il aura été donné aux écrivains de ce recueil de représenter pendant quelque temps. Et ici qu'il nous soit permis de supplier les personnes qui sont de cet avis de faire entendre leur voix. Que ceux qui ne se rangent ni dans le parti de la Revue , ni dans le parti du passé, — et leur nombre doit être considérable, — disent enfin ce qu'ils sont, ce qu'ils veulent. Il est temps de se bâter. La cause qui leur est chère est déjà assez compromise ; un silence prolongé n'est plus permis, car la neutralité pourrait aisément devenir trahison. Sans doute, il est plus commode de se taire que de se faire appeler jeune présomptueux par des hommes qui, sous
Qu'est-ce à dire ? Aurions^nous déjà oublié que la ma^ nifestation des convictions , quelles qu'elles soient , est, dans tous les cas, un devoir en même temps qu'un moyen de contrôle et une méthode pour arriver à la vérité, quand on n'est pas encore persuadé de la posséder dans sa plénitude?
La tâche que nous nous étions donnée est donc terminée.
Mais, si nous finissions ici sans autre explication, on nous accuserait peut*être de nous en être tenu trop exclusivement au rôle de critique. Vous n'êtes, nous dit* on , ni du nombre des partisans de M. Scherer, ni du nombre de ses adversaires ; mais qu'êtes-vous donc?
Tout ce qui précède répond déjà à cette question. Toutefois c'est sans le moindre embarras que nous donnerons encore quelques explications propres à compléter notre pensée , tout en rappelant que nous devons être nécessairement laconique et incomplet pour ne pas nous laisser entraîner dans une nouvelle étude*
Nous sommes de ceux qui souhaitent un nouveau développement théologique dans lequel tous les éléments constitutifs du dogme, tour à tour méconnus par les deux tendances en présence , joueront le rôle qui leur est assigné par leur importance. Sans mépriser ni reje**
sera 3on principe générateur? Autour de quelle vérité jusqu'ici relativement méconnue ïes autres viendront-* elles se grouper? Et ceux qui connaissent Fhistoire des dogmes ajouteront : Le côté proprement théologique de l'Evangile a été développé dans les premiers siècles; Fanthropologie a eu son heure aux jours d'Augustin ; la doctrine du salut 6st devenue au seizième siècle le principe central et régénérateur de la dogmatique. Quelle face de la vérité encore tenue dans Tombre reste-t-il à décpuvrir? Le cycle semble clos, tout a été examiné; chaque côté essentiel de la vérité a eu son jour et son heure; il semble qu'il ne reste plus à notre époque qu'à s'approprier les résultats du passé.
L'énumération n'est pas complète, comme on veut bien le supposer. Non, la vérité n'a pas encore été contemplée sous toutes ses faces; non, l'édifice dogmatique n^est pas encore dans une harmonie parfaite. Il est des principes qui n'ont pas reçu la place, qui leur est due, et qui n'ont pas joué dans la vie de l'Eglise et des chrétiens le rôle qui leur appartient. Croyei-vous, par exemple, que tout ait été dit au sujet de la morale et de la vie chrétienne? Etes-vous satisfaits des solutions que la théologie traditionnelle donne des problèmes ecclésiastiques? Etes-vous parfaitement au clair pour tout ce qui concerne les rapports de l'Eglise et de l'Etat, du christianisme et de la société? Et pour ce qui est de la constitution intérieure de l'Eglise, l'ancienne dogma-
loppement dogmatique fécond. Mais on nous accordera sans peine que, dans tous les développements antérieurs, l'individu a joué un rôle assez peu important. Si parfois on s'en est occupé accidentellement, on n'a jamais soupçonné que tout ce qu'on décidait , faisait et arrêtait, devait être décidé, fait et arrêté en vue de lui et pour lui; on a oublié qu'il devait être le centre de tout le système. Il est impossible de ne pas être frappé de cet étrange oubli en étudiant l'histoire de l'Eglise. L'individu, qui doit occuper la première place après la vérité, se voit souvent relégué à la dernière, si tant est que les docteurs daignent s'occuper de lui. Tout Je système chrétien a été remanié par trois fois ; trois vérités différentes sont devenues tour à tour le centre du développement général ; mais elles appartenaient toutes au côté objectif. Or, la mission des temps actuels semble être précisément de réparer cet oubli, en déterminant enfin quels doivent être les rapports de l'élément objectif et de l'élément subjectif, de la vérité en dehors de nous et de la vérité en nous. Nous voudrions nous en donner une autre, que nous n'y réussirions pas ; notre époque doit s'occuper de la solution de ce problème, sous peine de rester stérile et d'aboutir à des avortements. Toutes les solutions dont nous parlions il n'y a qu'un instant dépendent de la réponse à cette question qui en renferme une multitude d'autres : Quels sont les rapports de l'individu et de la vérité? La dogmatique tra-
un complet remaniemeût. Il faut à la lettre que Tédifice soit renversé de fond en comble ; sous ce rîçport, nous contestons à qui que ce soit le mérite peu envié d'être plus radical que nous. Alors seulement une construction nouvelle commencera sur un plan entièrement différent, quoique en grande partie avec les anciens matériaux, mais toujours sous l'influence vivifiante dé cet Esprit qui souffle où il veut et sans lequel on ne peut rien faire, parce que seul il rend la science féconde, en même temps qu'il donne l'intelligence de l'histoire chrétienne.
Heureusement — et ce fait est des plus réjouissants au milieu de tant d'autres circonstances décourageantes — notre époque semble avoir déjà eu un pressentiment de la grande mission qui lui est réservée. Tout, autour de nous, ne semble-t-il pas marcher vers une époque nouvelle? Les liens qui unissent encore le présent au passé ne se rompent-ils pas tous les jours? Les ruines amoncelées ça et là, et celles qu'il est réservé à un avenir prochain d'accumuler sur celles-ci, ne nous disent-elles pas que de tous côtés les vieilles institutions s'écroulent, pour faire place à l'esprit nouveau qui viendra s'essayer à son tour à cette grande œuvre d'édification?
Et, tandis que ce travail préparatoire se fait au dehors, la grande question de l'individualisme est déjà débattue parmi les chrétiens. Chacun sait que la question de FEglise a été la plus importante de toutes celles qui ont
de TEglise et de l^Etat ; c^est à lui en grande partie que les individualistes sont redevables de la victoire décisive qu'ils ont remportée sur le cléricalisme allié au multitudinisme. Voyez, au contraire, l'attitude étrange du parti contraire. L'Eglise évangélique à Genève, qui représente assez bien les diverses nuances du parti du passée ne semble pas avoir accepté franchement toutes les conséquences d'une Eglise de professants. Et ce n'est que par un effort suprême de libéralisme qu'elle s'est résignée à accepter comme expression de sa vie, quoi? un abrégé des confessions de foi du seizièmo siècle à F usage des docteurs!! M. Jalaguier, de son côté, en vrai supranaturaliste, défend les pratiques du mullitudisrae provenant des idées fausses de la Réformatiou sur l'Eglise, Les diverses Eglises libres, qui se sont formées pour la plupart sous l'influence des idées traditionnelles, ont, pour ce qui est de la doctrine, la face encore trop exclusivement tournée vers le passé, bien qu'il ne fût pas impossible de trouver dans la profession do foi de telle d^ entre elles les traces d'un esprit répondant déjà mieux auK besoins du jour.
Et, à cette occasion, comment ne pas rappeler la mémoire bénie de celui dont l'influence aurait été si heureuse dans la controverse qui nous occupe, si Dieu, dans sa sagesse insondable, n'avait pas jugé bon de le retirer? Vinet n'est-il pas à la fois le père dé^ la tendance mystique et des vues ecclésiastiques qui lui correspondent?
jeunes gens qui ont plus ou moins subi son influence^ soient tout à coup devenus profondément indifférents aux questions ecclésiastiques et pratiques? L'union intime qui les rattache à la question du renouvellement théologique, dont leur solution dépend en partie, ne peut leur échapper. Les deux sphères doivent réagir profondément l'une sur l'autre.
Si nous avions besoin de preuves pour être convaincu que Vinet n'appartenait pas à la nouvelle école, comme on semble le croire , la position qu'il a prise dans la question ecclésiastique serait à elle seule décisive. Non certainement, l'auteur de la Manifeitation des comiotiom religiemes ne serait pas tombé dans les excès du sub-^ jectivisme imputables à plusieurs écrivains de la Revue. Personne ne croira que Vinet eût accepté, soit le principe de l'assimilation individuelle critère d<Q la vérité, soit celui de l'autocratie de la raison ; on admettra en-^ core moins qU'il eût pris vis-à-vis des simples une position semblable à celle des écrivains de la Revue^ et affiché leur indifférence dans les questions pratiques. Il y a là une déviation profonde qui n'échappera à aucune personne intelligente. La Notice d'ailleurs si remarquable de M. Scherer ne réussira pas à établir un rapport de paternité entre les ouvrages de Vinet et la Revue de théologie.
Si les théologiens de la nouvelle école veulent qu'on croie à eux, il faut qu'ils essayent leur tendance sur le terrain pratique. Ils doivent montrer à tous qu'elle peut
rapport constant avec la source de toute vie chrétienne. Les chrétiens y à quelque parti qu^ils appartiennent, n'auront jamais que peu de confiance dans une tendance qui doit nous donner P^glise de Tayenir^ aussi longtemps qu'ils verront ses plus zélés partisans s'établir dans celles du passé, ou même perdre tout intérêt pour les questions pratiques et abandonner le ministère évangélique.
Cette inconséquence, qui doit tenir à des circonstances personnelles, ne pourrait devenir permanente et générale sans nuire infiniment à la cause du développement théologique. Un désaccord si absolu entre les principes et la pratique serait dans ce sujet-ci plus funeste que dans tout autre. N'oublions pas qu'il s'agit de travailler à un développement théologique qui doit être le produit d'une vie nouvelle. Ce n'est pas la nouvelle théologie qui fera naître une vie nouvelle, mais c'est la vie nouvelle qui créera une autre dogmatique à son image. Ainsi donc la mystique oblige. Puissent tous ceux qui souhaitent son triomphe ne pas l'oublier. Une seule Eglise vivante, dont les partisans du passé seront obligés de reconnaître l'esprit chrétien, la haute et sainte spiritualité aussi bien que le dévouement, fera beaucoup plus pour le triomphe définitif de la cause, que des années de discussion et des volumes de traités théologiques.
Avril 1854.
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JUISSE D^UNE THEORIE i>E L EGLISE CHRETrENNE, par
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^EGLISE BEFORTOE EIN FRANCE, i)îir \c iriél
f Lk PAROLE ET LA FOI, deux lettres û M. Scherer, \m V. Bom
INSPIRATION OC NOUVEAtJ TESTA>1E!\T, par P. .lalaguier, profe&M à la Faculté de théologie protestante de Montatibaii. hi-ti*. i
SIMPLE EXPOSÉ, ou h Question dirétkm»e jugée par le hùn i^iis;
LE TÉMOIGNAGE DE DIEU DANS LA FOI CHBÉTIENNE, ou Qnclqi
renï^rques sur la i^rititiue du pnncipe d'autorité par la théoltjgie m vdle, et siïr le principe qu'elle y substitue, par le ni^me. T5
AUTHENTiClTÉ DU NOUVEAU TESTA TIENT, par le même. I fr, i5
L AUTORH É DES ÉCRITURES INSPIRÉES DE DIEU. Trois dis<:oars ffi nonces à Genève, par J--H. Merle dWubigné. ln-8**. ^ fr. 38
LE TÉMOIGNAGE DE LA THÉOLOGIE, ou le Bilrtieisme de Ni anrter^ | le même. In-S^. 75
FOI ET SCIENCE. Discours^, \m le même. m
m CARACTÈRE NÉCESSAIRE AU THÉOLOGIEN ET AU CHRÉTIEN | GÉNÉR.AL DANSLIpOQUE ACTUELLE. Diseours, par le mt^me. 50
RAPPORT DE L'ÉCOLE DE THÉOLOGIE EN 1848, oi* l'on tuuclie qm ques erreurs coiîcernant le ministère, [>ar le même* 75
DÉPENDANCE ET INDÉPENDANCE, ou Foi et CritNiue. DiseoiJi^ pi nouée à Belfast, le 5 décembre I85;i, pour rinaugoraiion du colÈC théologique de FÊglîse presbytérienne dTrlande, ivar le même. Ifi-î
LES ÉCOLES DU DOUTE ET LICOLE DE LA FOL Essai sur laulorilé matière de religion, par le comie Agénor de Gas[mriT». In-S", 9
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