SCÈNE PREMIER E
SERINGA seul. ( En perruque et en tablier ; il est assis à la porte j occupé à piler des drogues j3^M-3e^^wrtier coui>ert d'un parchemin "). / v
Allons , mon ami Seriuga^ courage, débite des drogues et ta fortune est faite. / -
A I R : J'ons un curé patriote^ Oui , ta fortune est certaine, -h Si tu sais bien calculer. 'j ' '
I Avec des simples , sans peina k CD
L'h'nnine adroit peut se doullerT^ Dans peu , ton heureux mor Coûtera cher au quartier, % ^^^
Pileencor, (bis) \\^*C^ Pile, pile , c'est de l'or ; v\ ^
Oui pile , pile , c'est de l'or.
D'honneur , ton pouvoir égale Celui du plus puissant Roi ; La pierre philosophale N'est plus un secret pour toi.
Un brin d'herbe sous ta main En or se chnnge soudain.
Pile encore , ( bis ) Pile , pile , fais de l'or ; Oui , pile , pile , fais de l'or.
Quand je songe à la facilité que les Apothicaires ont de s'enrichir, je suis surpris.... mais vraiment surpris , que • tout le monde ue se fasse pas Apothicaire. Pourtant, ce n'est pas la seule envie de m'enrichir , qui m'a poussé dans la pharmacie du père Anodin. Belle Célestine, c'est mon amour pour vous qui m'a fait jeter à corps perdu dans les alambics et les serpentins.
Air; Bouton de rose.
L'amour fait faire Mille sottises , chaque jour : Rien ne dtplait , quand on veut plaire, £t je nie suis fait , par amour ,
Apothicaire.
Comme la passion développe un jenne homme î On m'a toujours dit(jue je n'ctois (|u'une bêle , et Monsieur Anodin trouve que j'ai le laleut rcfjuis daus mon état. 11 est vrai ({ue ce métier-là donne moins de peines (;ue de profits. Air: Décacheter sur ma porte.
Piler , brnyer sur ma porte , Les herbes que l'on m'npporte,
Mclcr ch.Kjue liqueur , D'aprùs l'f rdoiinanre d un dorteur , A déjeuner çà rapporte. ( Ter ).
CliP7. un voisin , si je porte ,
Phiolc. pillule , ou n'importe ,
Faire , en f^arron discret , P.iyer le reuiède ei le secret, A diner çà me rapporte. ( Ter ),
Chez un autre , si je porte ,
IVIannc en l;irnie , niannc en sorte ; De casse ou de sén<5 ,
Quand un troisit'nie a bien déjeuné ,
A goûter , çà me rapporte. (.Ter).
Et comme on ne soupe plus à Paris , je suis au courant. Si Mlle. Cclestiue descendoit , je lui manifesterois moa amour^ à présent que je suis seul. Mais, non, son père la fait rester toute la journée dans sa chambre , et je ne pourrai lui parler qu'à la croisée.
SERINGA , ANODIN , ( £« robe de chambre et bonnet de nuit ).
A N O D IN, en entrant.
Ah ! çà, voyons où en est la décoration de ma nouvelle boutique.... Bien ! bien!
Seringa.
Elle vous coûtera bon , papa , la décoration.
Anodin.
Je sème pour recueillir, mon cher Seringa.
Seringa.
Il est vrai que déjà les praticjucs viennent en foule , et j'ai joué en vous attendant , le rôle de médecin et d'apothicaire tout-à-la-fois.
Anodin.
Tu auras fait quelque sottise.
Seringa.
Oli ! que netmi. Il est venu un auteur qui s'est plaint de la chaleur de son imaijinaiion. Je lui ai donné des quatre semences froides.
A ïï o D I Tr.
Il Va nous faire des draines.
Seringa.
Qu'est-ce que ça me fait, je ne vais plus à la comédie. Et puis , il est venu un jeune amoureux que les rigueurs de sa maîtresse rendent malade , et que l'avarice d'un vieil oncle , oblige de prendre tout à crédit Je lui ai conseille de la racine de patience.
Anodin.
Qu'il n'a pas payée.
Non, parce que je m'en doutois , et je lui ai dit d'en aller chercher ailleurs.
Bien , très-bien.
Seringa.
Et puis il est venu ce jeuue militaire qui souffre encore de sa blessure , demander sa potion.
Anodin.
Tû ne lui auras pas donné ce qu'il falloit.
Air : Troiwerez-vous un Parlement !
De vaincre , toujours empressé , Qu'un Français hazarde sa vie , Un coup l'atteint... Il est blessé ; Son sang rougit l'herbe flétrie.
Pour sauver ce vaillant guerrier , Il n'est qu'une recette sûre :
Au soldat français , le laurier Suffit pour fermer sa blessure.
Seringa.
A la bonne heure.
Anodin. (// met ses lunettes , regarde^ et fait voir
à Seringa ).
Mais vois donc , mon ami , comme c'est frais , comme c'est bien imité 1 L'alambic , les bocaux, les jarres, le serpent autour du palmier.
Seringa.
Je vois bien le serpent , je vois bien l'arbre; mais pourquoi n'a-t-il pas mis Adam et Eve au pied , et des pommes dessus?
Anodin.
Des pommes sur un palmier.
Seringa, Ecoutez donc , je sais l'histoire.
11 s'agit bien d'Iiistoir.- ; tDut ce que tu vols-là est îe sv--«:« bole dca trois rctrties de la iiniure.
Seringa,
Les trois règnes de la ::;•.! uro l