‹ M. Tardif; comédie-vaudeville en un acteChapitre 115 sur 233 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

RAMSAY, Mad. DE LIMEUIL.

RAMSAY , regardant sortir Roselyn

C'est bien heureux... j'ai cru qu'il n'y aurait pcs moyen de vous parler un instant.

Mad. »E HMEUIL.

Je vous ferai observer^ colonel, que votre conduite et TOtre vivacité sont bien étranges.

^ RAMSAY

Moi, madame, je les trouve fort naturelles, quand de cet entretien dépend le bonheur de ma vie... Un oncle à qui je dois ma fortune et mon avancement , et qui depuis lon(5-lemps me pressait de me marier, m'offre aujourd'hui sa fille unique^ une jeune personne cha^inaate... Qjie lui répondre ?

"Mad. DE LiMiuiL, ému,*

Vous hésitez !

RAMSÀ .

Je refuserais à Finstant même^ et sans regrets, si j'élni» sur d'être aimé de vous.

Mad. DE LiMEuiL, tendrement, Ai-je besoin de vous le dire?

IIAMSA.Y.

Ahî je n'hésite phis.

Air ; Elle fut heureuse au village.

D'un oncle bravant le courroux , Je vais lui dire sans mystère Que vous m'acceptez pour époux.

Mad. DE riMEUii-.

O ciel , monsieur , qu'allez-vous faire ?

RAMSAY

Oh ! sa fureur d'abord éclatera

En voyant que je le refuse ;

Mais je suis sûr qu'il 'me pardonnera

(/« montrant.)

Sitôt qu'il verra mon excuse.

Mad. DE LIMEUIL.

Il ne la verra pas, cnr je ne puis être à vous.

HAMSAY.

Que me dites- vous ?... et qtiel est le motif d'un pareil

procédé ?

Mad. DE LIMEUIL.

Je ne peux m'expliquer ; mais sachez seulement que je vous aime; que je n'aime que vous... et que si vous en épousez une autre, rien ne pouvra me consoler de votre perte.

RA.MSAT.

Est-ce un jeu que vous vous faites de ma douleur*^.. eh bien! madame, vous serez satisfaite.... caprice ou fantaisie^ je m'y soumettrai, et si c'est là le seul moyen de vous prouver mon amoiir, je me brouille avec mon oncle, avec toute ma famille.,, demain je pars pour mon régiment, et

il je me fais luer^ rappelez-vous^ madame, que c'est poiii vous seule que j 'aurai perdu la vie.

{Il s'éloigne,)

M'dd DE LiMEuiL^ le retenant.

Que dit-il? perdre la vie !.. s^il en est ainsi, il vaut mieux que ce soit moi.

RAMSAY

Que voulez-vous dire ?

Mad. DE LIMEUIL,

Que c' est-la mon sort; vous auriez dû peut* être avoir pilié de ma faiblesse^ et respecter mon secret... mais vous douteriez de mon amour.... voici ma main, je suis prête à vous épouser.

RAMSAY

Et je pourrais consentir.... je ne pars plus!... je ne me marierai jamais.,., je resterai auprès de vous.... j'y resterai toujours... mais je suis le plus malheureux des hommes.

Mad. DE LIMEUIL.

Le plus malheureux!., et cependant je vous aime, et je vous le dis.

RAMSAY

Oui... vous avez raison.

Mad. DE LIMEUIL ^ luî tendant la main. A ce soir.

RAMSAY

Vous viendrez.

Mad. DE LIMEUIL.

Oui, mon ami, oui^ je serai heureuse de me trouver «hez vous... à ce bal.

RAMSAY

Et vous ne danserez pas...

Mad. DE LIMEUIL,

Non... mais tant taieux!.. je me persuaderai que je suis la maîtresse de la maison, et que j'en fais les honneurs.

RAMSAY

Mais du moins...

Air : Ses yeux disaient tout le contraire.

Jurez -moi qu'un autre jamais N'aura cette main qui m'est chère.

Mad. DE LIMEUIL.

Ah! d'avance je le promets, Et par mon amitié j'espère , Adoucir au moins ce refus ; Oui, s'il le faut, en récompense, Je veux vous aimer deux fois plus Pour que vpus preniez patience.

JElle entre dans V appartement à gauche, Ramsaj la conduit jusqu'à la porte, et Mad. de Limeuil lui dit en le quittant : « à ce soir. » ,1

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