‹ M. Tardif; comédie-vaudeville en un acteChapitre 121 sur 233 · SCÈNE XYï · texte numérisé non relu

SCÈNE XYï

Mad. DELIMEUIL, ROSELYN.

PcOSELYN.

Pour voiis^ madame, je vois que vous êtes déjà habillée...

Mad. DE LIMEUIlr.

Oui; j'avais déjà la permission du docteur.

ÏIOSELYN.

J'espère que cela vous distraira ; voilà pourquoi je vous l'ai accordée sans peine.

Mad. DE LIMEUIL.

Au contraire , vous ne vouliez pas.

IlOSELYN.

D'abord... mais depuis j'ai réfléchi, car je ne passe pas un instant sans étudier votre situation, sans m'occupcr de vous... de votre état.

Mad. DE LIMEUIL.

O ciel ! vous êtes inquiet ! vous craignez pour moi !

ROSELYN.

Non, madame, nullement.

Mad. DE LIMEUIL.

Vous voulez me le cacher ; mais vous avez des doutes

ROSELYN.

Franchement, si j'en ai... ce n'est que sur moi-même., car, dans ce moment-ci f.5us je compare, plus je c.ilcule, et moins je puis me rendre coniptf^.... Je croyais d'abord que la lang :eur... la tristesse où vous étiez... provenaient d'un peu de faiblesse de pourine; et je vous traitais en con-

séquence... Mais cepenclant la fièvre a disparu; la toux s'est dissipée... vous ne souffrez nulle part.

Non, docteur.

ROSELYîî.

C'est fort étonnant.... c'est même fort inquiétant. >. et il faut qu'il y ait quelque cause...

Mûd. DE LIMEUIL.

Ail ! mon dieu !

HOSELYN.

Est-ce que par hasard ?... mais ce n'est pas possible, cai* vous me l'auriez dit.... est-ce que nous aurions quelque chagrin, quelque peine secrète ?

Mad. DE LIMEUIL,

Quoi! docteur... vous croyez que cela pourrait influer ?..

PtOSELYN.

Mais sans doute, madame ; toutes les maladies physiques ont leur source dans quelque affection morale.... Nous avons dans ce moment-ci des fièvres d^agiotage... des fièvres d ambition rentrées... des fièvres d'amour... celles-là sont plus rares, surtout dans les hautes classes; mais enfin elles ejiistent.

Mad. DE LIMEUIL.

Ah ! mon dieu! si j'avais su... si j'avais osé plus tôt.

ROSELYN.

Est-ce que j'aurais deviné ?

Mad. DE LIMEUIL.

Oui, docteur.... je dois rendre justice k vos talens, à votre pénétration... J'éprouve depuis quelque temps un très-grand chagrin.

hoselyiî;

Vraiment!...

Mad. DE LIMEUIL^ haissaut les yeux.

J'aime quelqu'un.

BOSELYN y a part, avec joie.

ïl est donc vrai... (haut) voyez-vous, madame, ce que c'est qne de ne pas tout dire h son médecin.... Comment voulez-vous, après cela, que l'on puisse deviner, que l'on puisse se conduire. Cela ne prouve rien contre la science. .. Mais dans l'ignorance où j'étais^ je pouvais vous ordonner des choses contraires.... et c'est précisément ce qui est arrivé.

Mad. DE LIMEUIL.

Quoi!., ce que vous m'aviez prescrit?..

ROSELTîf.

Mais, oui, madame... et maintenant cela devient bien différent; si la souffrance que vous éprouvez depuis quelque temps n'a d'autre cause qu'une affection de l'âme^ qu'un chagrin du cœur... si toutefois vous ne me trompez pas encore.

Mad. DE LIMEUIL.

Oh! non, docteur, cela ne m'arrivera plus.

ROSELYW.

Eh bien ! madame, il y aurait beaucoup plus de danger à rester dans la situation où vous êtes... vous ne savez donc pas quelles sont les conséquences d une inclination contrariée.

Ociel!

ROSELYN.

Air : Restez, restez, troupe jolie.

Pardon , mais mon état l'ordonne , Je dois vous parler sans détour ; J'ai vu mainte et mainte personne En pareil cas , mourir d'amour .

Mad. DE LIMEUIL.

Que dites-vous , mourir d'amour ?

ROSELYN.

Or , VOUS, si jeune et si jolie , Jugez quels funestes destins !

De mourir d'une maladie , Dont il est tant de médecins.

Mad. DE LiMEUiL avcc joie, Aiusi donc, vous me conseillez, là... bien franchement..- ^ de me remarier.

EOSELYN.

Oui^ sans doule.

Mad. DE LIMEUIL àpar^.

Pauvre colonel... {après un geste de bonheur) quant à la personne, que jusqu'ici je n'ai pas osé vous nommer...

ROSELTNi

Je no jionvais ni ne devais la connaître... son nom, quel qu'il soit^ ne doit influer en rien sur mes décisions j car votre état avant tout... eh bien! madame'.

Ah! môn Dieu! quand j'y pense....

P.0SELYN.

Qu'avez-vous donc ?

Mad. DE LIMEUIL.

Que devenir ! et comment faire à présent ! tont-à-l' heure encore^ j'ai déclaré à ma tante et à toutes ces dames que je chérissais ma liberté; et que, de moi-même et par goût.... je resterais toujours veuve...

ROSELYN.

Ne peut-on pas changer d'idée?

Mad. DE LIMEUIL.

Oui, monsieur... mais pas d'ime heure à l'autre.

ROSELYN.

N'est-ce que cela? ce ne sera pas vous, ce sera moi qui l'aurai ordonné... et alors il n'y aura plus rien à dire,

Mad. DE LIMEUIL.

Quoi! vraiment^ vous seriez assez bon... assez aimable pour me donner une consultation ?

ROSELYjv^ montrant la porte a droite.

Je vais l'écrire là.. . dans le cabinet de voîre oncje^ et je vous l'apporte k l'instant.

Macl. DE LIMEUIL.

Croyez, docteur, que ma reconnaissance...

PtOSELYN.

Je suis assez payé si je peux vous rendre la santé et le bonheur... Adieu, adieu.

(// ejitre dans le cabinet a droite,)

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