SCÈNE VIII
Mad. DE MARCILLY, St.-FÉLIX.
{St. Félix entre parle fond et s' aisance dun air timide,) st,-FÉLix, à part. Je n'ose l'aborder^ je crains tant de lui déplaire.
Mad. DE MA^RCILLT.
Air du 'Vaudeville de la Partie car '^ée. Au fond du cœur il m'en yeut, je le gage ; Mon dévoûment alors sera plus beau...
(à St.'Félix.) (à part,)
Approchez- vous... Il faut qu'on Tencourage, D'ailleurs le trait est piquant et nouveau. Oui , d'aujourd'hui , j'en fais l'expérience Jusqu'à présent c'est le premier, je croi, Qui m'ait parlé d'amour et de Constance, Sans que ce fût pour moi.
(Haut.) Eh bien, Monsieur! vous vous plaignez beaucoup de moi, n'est-ce pas?
St.-FÉLIX.
Ah! madame... je ne me plains que de ma mauvais© Le Confident. a
fortune... Mais si M. do VilleBlancKe ne. m'a pas trompé, je n'ai pas encore perdu tout espoir de vous nommer ma mère.
iviad. DE MARciLLY, Cl part.
Nous y voilà... il n'y a pas manqué... n'importe, maintenant je dois m'attendre à tout... {haut.) je conviens que j'ai peut-être été un peu sévère... des raisons très-graves... et que je ne puis confier à personne, m'avaient fait prendre une résolution que M. de Villeblanclie n'approuve pas... J'avoue que moi-même je regrettais de ne pas vous avoir pour gendre... {à part) Ah! dieux! quel mot! jVi cru que je n'en viendrais pas à bout.
st. -FÉLIX, avec inquiétude,
Eli Lien ! madame?
Mad. DE MARCILLY.
Eh bien! monsieur... je ne vous défends pas d'espérer; et dans quelques mois^ je pourrai consentir...
st. -FÉLIX.
Est-il bien vrai?... Ah ! madame... quelle bonté ! ma vie entière ne suffira pas pour vous prouver ma reconnaissance... nous ne vous quitterons plus; votre fille et moi , nous disputerons de soins ^ d'égards.... et nos enfans vous chériront.
Mad. DE MARCILLY, cffrajée.
{à part) Leurs enfans!... grand' mère... ah! mon dieu ! je n'avais pas pensé a celui-là , je ne m'y ferai jamais.
St.-FÉLIX.
Qu'avez-vous, madame ?
Mad. DE MAPtClLLY.
Rien, rien, monsieur... je suis fâchée seulement que voire impatience interprèle mes paroles... car enfin je n'ai consenti a rien, et je ne puis promettre,
St>-FÉLIX.
Comment!... ne m'avez-vous pas dit?...
Mad. DE MARCILLY.
Que je ne vous défendais pas d'espérer; mais je n'en-
trevoyais pas alors tons les obstacles... Il y en a d'insurmontables... {a part) Grand' mère!.., jïisle ciel!
SL-FÉLIX
Mais enfin, madame, lesquels? vous ne pouvez me les cacher... Depuis que j'odore votre fille^ je n -ùi eu d'autre pensée que de vous complaire en tout... Je ne veux pas me faire valoir; mais les plus beaux e'îablissemens ^ les plus liches partis... j'ai tout refusé pour votre fille... et dernièrement encore^ j'ai rompu avec Mlle, de Sivray, dont mon père avait demandé la main pour moi.
Mad. DE MARCiLLY^ ^wcmeut.
Justement, monsieur... c'est cela. Je ne voulais pas vous ie dire... mais voilà un obstacle.
st. FÉLIX.
Quoi? madame !
Mad. DE MARCJLLT.
Oui, monsieur... une jeune personne charmante que votre abandon peut compromettre... un engagement antérieur... c^est sacré... et puis une famille estimable qui serait offensée^ et qui ne me pardonnerait jamais.
St.-FÉLIX.
Est-il possible!... quand tout-à-1 heure encore...
Air Je Marianne.
J'ai cru, d'après les apparences , Avoir votre consentement.
Biad. DE MARCirLT ,
J'en ignorais les conséquences , Et je les comprends maintenant.
Je ne le puis... je ne le doi , De refuser tout m'impose la loi.
SAINT-FÉLIX
Mais que dira mon protecteur ?
Lui, qui déjà croyait à mon bonheur.
Mad. DE MAfiCILLY
Il n'accusera que moi seule ; Mais dites-lui bien aujourd'hui,
Que je puis faire tout pour lui...
(à part. )
Excepté d'être aïeule.
( Elle rentre dans son appartement,)