‹ M. Tardif; comédie-vaudeville en un acteChapitre 145 sur 233 · SCÈNE XYlIl · texte numérisé non relu

SCÈNE XYlIl

YILLEBL ANCHE, M.id. DE MARCILLY.

Mad. DE MARCILLY.

Je VOUS cherchais , monsieur, et je ne savais ce que vous étiez devenu.

viLLEBLANCHE , qitî s'est assis dans un fauteuil auprès de la table y et qui a pris un livre. Vous êtes bien bonne de vous en être aperçue.

Mad. DE MARCILLY, avec douceur.

Je vois que vous avez parlé à monsieur de Saint-Félix ; et que vous êtes fâché contre moi... aussi, je vous cherchais pour faire ia piiix.

viLLEBLAKCHE, toujouTs f roidemeut.

Vous aurez de la peine , je vous en préviens. Mad. DE MARCILLY, souriaut.

C'est ce que nous verrons... mais aviint tout, dites-moi, je vous en prie, qnel intéiêt si grand vous attache à monsieur de Saint-Félix?

VILLEBLAJVCHE.

Lui, d'abord , est nu fort aimable jeune homme; et puis son père était un ami intime {à part) c^wq je n'ai jamais vu.

Mad. DE MAUCILLY.

M. dé Saint Félix votre ami intime'*... voris ne m'en avez jamais parlé.

VILLEBLAKCHE .

Parce que nous nous étions perdus de vue depuis longtemps .. mais avant son départ pour Bordeaux, il ne c' ssait ih- me parler de ce mariage ; de me dire combien il serait flatté d'avoir une belle-fille aussi aimable, aussi johe.

Mad. DE MARCILLY.

Mais il ne connaît pas Eugénie.

VILLEBLANCHE

Je VOUS demande pardon... il ne Ta vue q.Q\]ne fois ; mais c'est assez pour juger.

Mad. DE MArxCILLY.

Je vous assure que vous vous trompez... je n'ai jamais reçu monsieur de Saint- Félix le père; et je mène si peu Eugénie dans le monde.

VILLEBLANCHE

C'est possible... mais je vous proteste qu'il Ta vue chez le baron de Précour... à une partie de boston... ça li^i a même paru fort héroïque qu une jeune personne se résignât ainsi au boston.

Mad. DE MARCILLY.

Qu'est-ce que vous dites-donc ?... mais c'est moi qui faisais son boston.

VILLEBLAKCHE.

Vous!. . pas possible!... il m'a bien dit : mademoiselle de Marcilly.

Mad. DE MAIICILLT.

Ah! c'est charmant!... je me rappelle fort bien cette soirée... c'était moi .. quoi! réellement il est possible qu'il m'ait prise pour une demoiselle ?,.. convenez que c'est drôle,

VILLEBLAJVCHE.

Je ne trouve pas cela drôle du tout... mais , madame , monsieur de Saint-Félix paraissait ti ès-épris de sa jolie partner... et s'il apprenait que ce n'est pas sa belle-fille...

Mad. DE MARCILLY.

Vraiment! vous seriez jaloux... par bonheur , il est des moyens de vous rassurer.

VILLEBLAWCHE.

Vous croyez... (a -part) la voilà bien disposée... nous pouvons commencer l'attaque.

Mad. DE MARCILLY avvc UTi pcu (Vemhavras, C'est un aimable homme que ce monsieur de St.-Félix

• père... Aussi je ne voucliviis pas me fâclier avec lui

si vous tenez h m'être agréable si , comme vous le

uites, vous tenez h ma main... il y aura un moyen de l'oblenir dès aujourd lini même.

VILLEELANCHE.

Aujourd'hui... {à part) Nous y voici... i^haut) Et que taudrait-il faire pour cela?

Mad. DE MAr.CILLY.

Lui écrire vous-même une lettre bien amicalt- , bicîi aimable... comme vous savez les écrire^ etbii diie ; que, comme beau-père d'Eugénie... du moins vous allez l'être, ainsi, dans le fait principal, il n'y a(ua point de mensonge.

VILLEBLANCHE, h part.

Ce qui \eut dire qu'il va y en avoir dans le reste.

Mad. DE MAKCILLY.

Vous lili écrirez donc que vo.is ne pouvez consentir

encore au mnriage de votre belle-fille mais que plus

tard, dans trois ou quatre ans...

VILLEBLANCHE ^ f roîd 6 1716711.

Je suis Lien fâchée madame... mais je n'écrirai pas cette lettre.

Mad. DE MARCILLT.

Vous ne tenez donc pas à m'épouser?

VILLEBLANCHE

Non^ madame... pas maintenant.

Mad. DE MARCILLY.

Et pourquoi?

VILLEBLANCHE

Parce que j^ai fait des réflexions... et je trouve que vous êtes encore trop jeune pour moi.

Mad. DE MARCILLY, étoTinée.

Comment?

VILLEBLANCHE

. Oui, madame... cetteavenîiire de monsieur de St. -Félix, et d'antres idées qni me sont venues... tout me le prouve.

Mad. DE MARCILLY.

Vous ne parifz pas sérieusement.... Et je ne croirai

jamftis (^regardant dans la glace) que ce soit à ce

point là.

villeblawche, à part.

Elle y regarde... j^en étais sûr.

Mad. DE MAKCILLY.

Qu'est-ce que je vois là ?... Une leure h ma psyché!... Savez -vous ce que cela veut dire?

VILLEBLAPiCHE.

En aucune façon; car j'arrivais à l'instant.

Mad. DE MARciLLY, foiii^rafit.

De qiielle part?... ( allant à la. fia de la lettre ) Signc^ 'votre miroir... Quelle est cette plaisanterie?

VILLEBLAjNCHE.

Voule z-voîis que je voms lise?..

Mad. DE MAKCILLY.

CVst inutile, monsieur... que je ne vous dérange pas... reprenez votre livre.

{Viilùblamhe 'va se rasseoir ; mais il observe Blad. de Marcilly tout le temps ou elle lit la lettre.) Mad. DE M.VRC1LLY, dcbout et à part.

{Elle lit.)

iVIadame,

« Vous m'avez souvent fait l'honneur de me consfilît^r; w et quelques secrets ([uc vous m'ayez confiés, ma fidé- » lilé a toujours égalé ma disc! éliun... ce malin encore , w vous avez daigné me deinander mon avis. {S' interrompant.)

O ciel!... qu'est-ce que cela signifie?... et qui a pu deviner !... mais continuons... {Elle lil.) « (.'e matin encore, « vous avez d;âgnez me demander mon avis... mais » comme je crains que vous n'ayez mal interprété mon » sijerce, je prends la liberté de vous l'expliquer... vous » êtes toujours je^roe... toujours jolie... je m'y connais, n iii.'idarae , ci vous pouvez m'en croire; c'est pour C(4a

» même, c'est par coqneiierie que moi , votre conseiller » intime, le vous engage à marier votre fille sur- le- » champ, pour que chacun s'ëtonne et se demande si » ce n'est pas la voire sœur , et pour qu'on admire une » résolution que^ plus tard peut êîre , on trouverait » toute naturelle. ( Elle regarde Fillehlanche qui feint (Vêtre occupé de sa lecture ) ( s' interrompant ) Je n'y conçois rien ; mais voilà un conseil d'une sagesse... je n'avais pas encore envisagé la question sous ce point de vue... et il est de fait qu'il faut être bien jeune et bien jolie ^ pour oser se permet tre... mais voyons la fin... {elle lit) ce Je ne hasarderai plus qu'un seul avis... un miroir î) voit bien des choses, qui échappent, même à l'œil 3) d'une mère... et votre fille est vonue parfois me » consulter... j'«i vu ses yeux mouillés de larmes ! elle » aime, sans oser vo'is l'avouer... et vous ne voudriez « pas la rendre malheureuse.... Non, vous ne le vou- » drez points dans vôtre intérêt et peut-être, dans le » mien ; car le malheur de votre fille serait le vôtre... je » verrais, dans la douleur, vos traits s'altérer... rien ne » flétrit comme le chagrin ; et l'on embellit par le bon- » heur... tâchez donc q»ie ma glace fidèle ne puisse )• jamais réfléchir que les traits heureux d'une bonne » mère... faites que nous soyons conîens l'un et l'autre ; » et que vous ayez^ à me regarder, autant de plaisir que M j'en ai à vous voir. »

Moi, {^otre miroir fidèle.

YihLEBLkNcnE y (jui peu après s'est Uvé et s'est approché

d'elle.

Eh bien ! qu'avez-vous donc?

Mad. DE MARCiLLT^ lui donuaut la lettre»

Tenez^ tenez, monsieur.... lisez vous-même... que devenir?., comment cacher ma honte? car à coup sûr quel qu'un à mon secret.

viLLEBL Anche.

N'est-ce que cela... je vois ce dont il s'agit.

Air : En amour comme en amitié.

D'un seul instant de ■vanité Dont le repentir voi^s honore, Vous craignez la publicité ; Eh bien ! votre secret vous appartient encore ;

Ne craignez pas qu'il soit jamais trahi ;

Calmez cette frayeur extrême... ■ Notre secret est encore en nous-méme Alors qu'il est dans le lâHp^cl'un ami. Wnd. DE MARCILLY.

Quoi! nionsieui' !... ce miroir si raisonnable !... c'était vous

VILLEBLAWCHE.

Je n'étais que son interprète et son secrétaire... j'attends la réponse.

Mad. DE MARCILLY.

Ne la deviiiez-vous pas?

viLLEBLANCHEj aperccvcuit St.-Félix et Catherine qui sont au fond du théâtre et qui ont entendu les derniers mots.

Tenez, madame ^ c'est à lui qu'il faut la faire.

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