SCÈNE III
Les Mêmes, TIENNETTE accourant a la tête des, jeunes filles.
Air : Pantin , Pantin que j'aime.
CHOEUR
Je n' sommes pas curieuses , Mais je v'nons ici pour voir
Et pour savoir Si je s'rons plus heureuses Ac matin qu'hier au soir.
PIGFONNEAU.
Y n' s'en trouV pas un de muette !
Mon ami Lucquet , Entends-tu leur caquet ; Du moulin d' la mère Tapette , On dirait qu" c'est le cliquet.
CHOEUR
Je n sommes pas curieuses, etc.
TIENNETTE
Dites donc, mesdemoiselles, vous aUez voirie beau carrosse à mon parrain, les beaux laquais à mon parrain, le...
PIGEONNEAU
Elle en a plein la bouche de son parrain ! n' sois pas si fière.... il ne te reconnaîtra seulement pas, ton parrain.
TIENNETTE
C'est possible, il ne m'a pas vue d'puis V jour de mon baptême.
PIGEONNEAU
C'est pas à cause d'ça , mais un homme qu'est parvenu dans la richesse des places et dans les honneurs d'ia fortune avec un ruban à son jabot et un diamant à sa boutonnière.... ça vous le change du tout au tout, pour lors, Jacques Terrier, qui était le fils d'un petit paysan et qu'est devenu un gros monsieur.... ça fait une différence dec' qu'auparavant... et à c' t'heure , enfin , suffit , v'ià la chose.
TIENNETTE
Est-il bête c' Pigeonneau, il parle toujours comme ça un quart d'heure sans qu'on sache ce qu'il veut dire.
PIGEONNEAU
Pourvu que j' m'entende... d'ailleurs, j'en reviens toujours là, comment qu'il a fait sa fortune ?
TIENNETTE
Qu'est-ce que ça te fail?
PIGEONNEAU
J' veux savoir.
TIEN NETTE
Ah! c'est juste.
Air : Dans la paix et FinnocenCè.
Quand quelqu'un nous intéresse , On est bien aise de voir S'il à gagné sa richesse , Sans manquera sou devoir.
PIGEONNEAU
C n'est pas ça qui m'inquiète , Et j' veux savoir aujourd'hni ; Comment qu' sa fortun' s'est faite , Quand ça n's'rait qu'pour fair* comm' lui.
TIENNETTE
Toi, imbécille, faudrait avoir son mérile, son talent.
PIGEONNEAU
Ah! parce que c'est son parrain, il a du me'rite
j'en aurais aussi moi , si j'avais des rentes. Cest comme c't'André Fauvel qui va être nommé maire d'ici.... un petit tisserand, parce que c'était l'ami de ce Terrier. C'est une injustice, et puis un' fois qui s'ra maire, sa p'tite veuve va t-elle faire ses embarras !
ROUSSELET
Madame Firmin.''
LUCQUET.
La fermière ?
PIGEONNEAU
Oui, c'tte pimbêche, j'peux pas la soufîrir, moi j'I'haïs! oh! dieux ! j Thaïs- ty la veuve, elle fera taire des bêtises à Fauvel.
LUCQUET.
Je le crains ben.... elle a déjà dit qu'une fois mairesse, elle Prait changer le petit chemin qui passe au milieu de sa luzerne, et qu'il passerait plus haut.
PIGEONNEAU
C'est ça , dans ma vigne !
ROUSSELET
Et puis elle dit qu'elle dansera dans la danse bourgeoise.
LUCQUET.
Et qu'elle fera fermer le cabaret du père Noé, dès huit heures.
PIGEONNEAU
Fermer r cabaret! quand)' disais qu'elle lui ferait faire des bêtises.
TIENNETTE
Mais c' n'est pas sa faute , à c' pauvre FauveL
PIGEONNEAU
Quoi , tu peux l' défendre aussi, celui-là ?
LUCQUET.
Après qu'il t'a plantée là.
ROUSSELET
Lui qui devait t 'épouser.
TIENNETTE , les larmes aux yeux.
Eh I ben , eh ! ben , s'il s'est mal conduit avec moi... ça ne regarde personne.
PIGEONNEAU
Fi ! t'as pas d' cœur.
ROUSSELET
Çhut î on sort de l'auberge : c'est monsieur Terrier.
PIGEONNEAU
je m' soucions ben de lui : il n' vient ici , que pour «lous faire sentir son lusque et son insupériorité,
Je n' la sentirons pas^ si je n' voulons pas la sentir.
PIGEONNEAU
T'as raison.
ROUSSELET
C'est ça , allons nous en.
he^ Paysqns. 2
' PIGEONNEAU
Non , £uit voir la mine qu'il a... mais , n' faisons pal semblant de le r'garder. , faisons comme si j'élions à nous promener... Tiiez en Tair , el n'ayons pas l'air de fumer.
( Il remonte le théâtre , avec tes autres paysans, )