‹ M. Tardif; comédie-vaudeville en un acteChapitre 220 sur 233 · II · texte numérisé non relu

II

PIGEONNEAU , nux autres et se rapprochant, ^ Ah! s'il veut être no l' camarade , c'est diflereiil.

TERRIER

Venez donc tous près moi , que je retrouve mes ati «iens amis.

Air : France chérie.

A chaque pas , nouvelle jouissance , Ah ! pour mon cœur quel moment ! quel plaisir i Pes lieux témoins des jeux de notre enfance. Rien ne saurait bannir Le souvenir.

Oui , voilà bien la place du village , Ce beau vallon et ces fertiles champs ; Le marounier qui prêtait son ombrage , Au laboureur actablé par les ans !

En arrivant, grâce à mes goûts fidèles. Qu'avec bonheur j'ai revu ce clocher Où se cachaient les pauvres hirondelles, Que le matin iious allions dénicher. . . Je vois encor , je vois celte rivière , Où faible enfant, j'expirais sans soutiens, Lorsqu'en passant , un brave militaire Sauva mes jours, en exposant les siens! Plus loin, je vois à côté des bruyèrea, Le cabaret et les gazons fleuris, Où les mamans trinquaient avec les pères ; Où les tendrons sautaient avec les fils !.., Enfin ce lieu retrace a ma mémoire , Le rendez- vous donné sous les ormeaux, Quand je partis pour voler à la gloire ; La joie au cœur et le sac sur le aoê ! A chaque pas nouvelle jouissance.

Ah! pour mon cœur quel moment ! quel p|aisir î Des lieux témoins des jeux de notre enfance, Rien ne saurr it bannir f. Le souvenir.

Je me rappèle bien vos noms , mais vos traits. . .

PiGEaNNEAU , se mettant près de lui,

R'gardez-moi. . . voir si vous m' reconnaîtrez., .quand je joussions k coupe ton tête, et k saute mouton, qui qui tombait toujours par terre ? et quand y avait des tappes à donner , qui qui les recevait toujours ?

TERRIER

Parbleu , je ne me trompe pas. Tu es Claude Pigeonneau 5 que nous appelions le lourdaut.

PIGEONNEAU

Non , le pataud ! mais , c'est égal , c'est moi : j'avais louj ours des bas bleus, avec un gilet noir , une veste abricot et les cheveux pareils.

C'est cela... bon jour , mon pauvre Pigeonneau : ( il lai prend la main ) es-tu toujours taquin , et bê...

PIGEONNEAU

Et bête... vous alliez dire... voyez-vous, y nî'a reconnu lout de suite... avance , Lucquet , voir si te reconnaîtra ilou... voyons voir , si vous reconnaîtrez Lucquet ?

TERRIÉR , riant.

Ah ! il ne fallait donc pas le nommer»,, je me souviens que c'était un espiègle.

PIGEONNEAU

Eh ! bien , non : c'était son frère , qu'est à c' t' heure sabotier , ei cousin de Bastienne Ledru... vous en souvenez-vous de Bastienne... qu'vous aimiez tant?

TERRIER

Bastienne !.. parbleu !.. elle était charmante: est-ce qu'elle pense encore à moi ?

LUCQUET.

Oh ! certainement , quand on aime une fois !

PIGEONNEAU

Elle était si sensible.

TERRIER

Pauvre petite.

PIGEONNEAU

Oh 1 elle était sensible ! elle vous a.i.mait bien : elle s'est mariée huit jours après vot' départ , avec Nicolas Basset... elle en a eu quatorze enfans , tous filles et tous garçons.

Tu dieu , quelle setivsibililé î ( regardant Tiénnelte , et les jeunes filles ) mais , les jeunes filles ne me disent rien , est-ce qu'elles ne parlent pas , dans ce pays-ci ?

PIGEONNEAU

Ah I que si... allez... comme partout...

TERRIER , montrant Tiennette.

Quelle €st cette petite mine éveillée ?

TJENNETTE , faisant la révérence.

Vous n' me remettez pas ? c'est moi , mon parj*ain , Tiennette Ledoux.

TERRIER

Tiennette Ledoux... ma filleule... eli! viens donc m'embrasser y mon enfant... elle est vraiment gentille.

PIGEONNEAU

Et une brave fille , dà,.. qu'a ben eu soin d' sa bonne mère , dà... et à qui vot' ami Fauvel fait des traits, dà...

TIENNETTE

Tais-toi donc , Vilain bavard.

TERRIER

Oui , oui , nous causerons de tout cela... reste ici , mon enfant... nous dînerons tous ensemble : je veux qiie chacun me conte ses petites affaires.

Air : du Carnaval.

Quand je reviens au sein de mon village,

Pour être juste avec mes vieux amis ,

Je veux mêler dans un égal partage.

Les biens qu'ils ont avec ceux que j'acquis. ^

Par ce moyen , une chance commune

Va satisfaire a mes plus chers désirs.

Ah! partagez avec moi ma fortune ,

Et laissez-moi partager vos plaisirs.

PIGEONNEAU

Avec plaisir : ( aux autres) quand j^' disais qu' c'était un brave homme , on voulait me soutenir qu'il serait fier , orgueilleux , j'ai toujours dit que non, v'ià c'que

j'appèle un homme , moi !.. qu'il a fait sa fortune , par des moyens honnêtes, lui... qu'il ne rougit pas d'avoir été paysan , lui... et qu'il serait capable de vous donner pour boire , lui ; j'suis pour monsieur Terrier , moi...

TOUS

Et nous aussi.

TERRIER

C'est bien , c'est bien , mon cher Pigeonneai^..

PIGEONNEAU

Dites donc , monsieur Terrier , en attendant l' dîner , j'allons ^boire à vot' santé , chez le père Noé. Qu'est-ce qu'a d' la monnaie là ?

TERRIER

J'irai vous y rejoindre, et trinquer avec vous... c'est moi qui paye.

PIGEONNEAU

Ah î y commence bien. . . ça y est : (bas aux autres) j'I'y parlerons d' la veuve. . . du petit chemin. . . faut pas qu'Fauvel soit nommé maire: (haut) bon jour , monsieur Terrier.

Air : Ronde de la Fille mal gardée.

A ses vertus faut vîl'ment Trinquer tous tant que nous sommes, Tant qu'on n boira qu'aux brav's hommes ,

On n' se gris'ra.pas souvent.

(à Terrier.)

Y en a peu qui nous invitent.

TERRIER

De nos biens il est permis, Que tous nos amis profitent.

PIGEONNEAU , lui prenant le main.

Nous sommes tous vos amis.

TOUS

A ses vertus faut vilement, etc.

Ils sortent.

( î5 ) SCÈNE V.

Page 1