SCÈNE II
MADELINE, puis URSULE.
. MA.DELINE.
\\ faudra aussi que je souge k mon bonqiiet; c'est bien le moins, après tout ce que je lui dois... Eh^ mon dieu! c^est mademoiselle Ursule, notre propriétaire, celle qui veut nous mettre à la porte...
URSULE
Bonjour, ma belle enfant... est-ce que M. Tardif n'est pas rentré?
MADELINE
Non^ mademoiselle... il est allé consulter Von bommedc loi sur les chicanes que vous lui faites... le renvoyer d'une maison où il est depuis vingt ans. >
URSULfc.
Eh , mon dieu! ce n^îîsî^^^as rna faute.... Quand j'ai acheté cette maison, il y a trois ans, j'ai proposé à M. Tardif de renouveler son bail qui allait expirer... il a toujours différé de jour en jour. . le terme arrive... un autre locataire se présente... il offre le double de loyer... que faire?... Les pauvres propriétaires sojit bien malheureux î
MADELINE
Oui ^ vraiment, je les plains... Je ne conçois pas comment mon parrain n^a pas acheté une maison à lui.
URSULE
J'en serais désolée.,. C3V je tiens beaucoup à conserver
cliez moi M. Tardif... un homme seul... d'un caractère paisible... d'un âge raisonn^le... cinquante ans au moins,
MADELI]VE.
Du tout... il n'en a que quarante neuf.
URSULE
Une fortune médiocre , mais honnête.
MADELINE
Médiocre!... dix mille livres de rente, en bonnes terres.
( URSULE
Tant que cela!... je n'aurais pas cru. Mais peu importe... l'essentiel^ dans un locataire, c'est la moralité; ce sont les principes... et ceux de M. Tardif cadrent si bien avec les miens, que je ferais des sacrifices pour le conserver.
MADELINE
Est-il possible!
Air : du Ménage de garçon.
Pour lui , quelle bonne nouvelle 1
URSULE
Oui , dans ma maison , je prétends , A cette loi toujours fidèle , Ne loger que d'honnêtes gens,
MADELINE
Par les propriétair's avides Ce plan ne s'ra pas approuvé ; Ça f'rait trop d'appartemens vides , Et d'iocatair's sur le pavé.
URSULE
Je venais proposer un arrangement a M. Tardif... une légère augmentation q«ie nous fixerons à l'amiable, ou plutôt qu'il fixera lui-même... car les femmes n'entendent rien aux affaires... quand on a vingt-sept ans^ qu'on est demoiselle, et qu'il faut à la fois veiller à sa fortune et à sa réputation... on se trouve dans des positions bien délicates et bien embarrassantes.
Cette pauvre demoiselle!. .. et comment ne vous mariez-vous piis?
UJISULE.
C'est ce que tout le monde me dit ; mais je ne puis m*y résoudre... d'abord, je n'aime point les jeunes gens.
Air : Adieu, je vous fuis , bois charmant.
Que d'autres vantent le printems , L'automne est pour moi préférable ; La jeunesse à ses agrémens ; Mais l'âge mûr est plus aimable.
MADELINE
Pour les maris vieux et prudens , Puisque vous avez le cœur téndre ; Je l'prendrais toujours de vingt ans. , » On en est quitte pour attendre.
URSULE
Et puis ^ je tiens à être aimée pour moi-même... j'ai là dessus des idées de pension... et quand on a été élevée là dedans... Mais pardon ; je vous fiiis perdre votre temps... et je sais combien il est précieux !... vous êtes si aimable , si intéressante... vous prodiguez à votre parrain des soins si touclians... Ah ! la belle chose que la reconnaissance !... Vous direz à M. Tardif que je suis venue ^ et que je le prié de monter chez moi quand il rentrera... Croyez-vous qu'il «oit long-temps dehors?
MA.DELINE.
Dam ! il m'a dit : « Je rentrerai à dix heures ; >) les voilà dans l'instant... il ne faut pas compter sur lui avant midi... Ça vous paraît peut-être drôle, qu'il soit toujours comme cela , de deux heures en arrière.
URSULE
Du tout... une fois qu'on le sait, cela revient an même... j'attendrai donc chez moi son retour... Adieu, ma belle enfant ; puisque vous restez dans la maison , j'espère que nous aurons souvent le plaisir de nous voir. ( Elle sort. )