SCÈNE PKEMIJKIIE
LE CZAR , FLIMANN.
Au lever du ndenu , ils sont assis sur une pou/re et causent familièrement. Ils sont vêtus en charpentiers. FUMàNÎN.
De par toutes les sa/nies- barbes de la flotte hollandaise , je veux mourir si je comprends rien à ton compte.
LE CZAR
C'est pourtant bien clair ; mais tu ne m'écoutes pas.
FLlMA^N.
Si fait, si fait; voyons un peu. . . Tu as reçu noire paie de ce mois.
LE nzAR.
Vingt ducats pour chacun .
FLIMANN.
Bon ... la dépense ?
LE CZAR
Elle a éié ft)rle.
FLIMANN.
Je m en doute. . . j'avais du chagrin et j'ai bu ce mois ci deux fois plus qu à 1 ordinaire. . Passe les détails, voyous le total.
LE CZAR
Tolal.. il nous revient à chacun douze ducats.
fXlMANN, très-étonné.
Qu'est-ce que lu dis donc, Michaloff.
LE CZAR, 5<? levant.
Les voici. . . ( Il les lui donne. ) Es- tu fâché de m 'avoir choisi pour ton trésorier?
FLiMANN, se levant aussi , Non parbleu ! . . .
Air: Contentons -nous d'une simple bouteille^
Je n'entends rien , d'honneur, à ce mémoire... Mon camarad' !... ne te trompes-tu pas?
Aû cabaret , si j'ai bonne mémoire , J'ai déjà bu phis de trente ducas...
LE CZAR , souriant.
L'ordre , mon cher , de l'aisance est la source.
PIERRE FLïMANN.
C'est un trésor,., car sans m'ctre épargné , Je vois encor , je vois s'emplir ma bourse. En dépensant plus que je n'ai gagné.
[Jl serre les ducats Oh! j'aurai de l'ordre.
LE CZXH^ gaiment.
Sois Iranquille , quand je partirai je te donnerai mon secret.
FLIMaWN, vivement.
Est-ce que tu songes à nous quitter.'*
LE CZAR
Non ] maif voilà bientôt un an que je suis éloigné de ma famille, démon pays, et tôt ou tard. . .
FILMANN .
Foi de Pierre Flimann , celle séparation me désolera!. . . Tu es un brave garçon ; je t'aime comme un frère : ton humeur franche, ta vivacité, ta brusquerie même, tout cela me convient à merveille ; il n'y a pas jusqu'à celle conformité de noms qui ne m'ait attaché à loi. . . On ne nous appelle que les inséparables , les deux Pierre.
LE CZAR
Oh î j ai bien encore à tes yeux une quaiiié plus précieuse que toutes les autres.
FLIMAJNN.
Laquelle donc ?
LE CZAR
Eh! parbleu, celle d'écouier avec une patience imperturbable ie récit de tes amours pour la nièce de notre imbé-
cîUc bourgmestre , cette piquante Maria , aussi fine , aussi jolie que son oncle est sot et ridicule.
FLIMANN.
C'est vrai; mais à propos de mes amours. . . sais-tu que je tremble d'avoir fait une sottise.
LE CZAR
Cela m'étonne. . . tu les fais d'ordinaire avec une assurance intrépide.
FLIMANN.
Raillerie à part, je suis inquiet. . . M. Van-Bett , notre bourgmestre , ne cesse de prendre des informations sur mon compte .
LE CZAR
Est-ce que tu as quelque affaire d'honneur sur le corps ?
FLIMAN .
Ecoule. . . Je n'ai rien de caché pour toi. . . Je suisné en Russie, comme tu sais; à dix-huil ans on prétendit que le czar avait besoin de mes services ; on me mit un uniforme sur le dos et un mousquet sur l'épaule! . . . Ma foi, l'état militaire m'ennuyait , et uo beau jour je pris mon congé de réforme sans prévenir personne .
LE CZAR
Ab! je commence à comprendre.
FLIMANN.
Voilà pourquoi je suis venu prendre la hache et le rabot à Sardam ; mais mon colonel peut se ressouvenir que j'ai manqué à l'appel.
LE CZ\R
.Te conçois . . il faudra nous tenir sur nos gardes.
FILMA^^N
Oui, oui. . . je soupçonne que tu as aussi quelque frasque à te reprocher. . . tu évites de parler de ta famille , de ton pays. . . mais au surplus, ça ne me regarde pas. . . Ah! j'entends Maria,