‹ M. Tardif; comédie-vaudeville en un acteChapitre 48 sur 233 · SCÈNE PKEMIJKIIE · texte numérisé non relu

SCÈNE PKEMIJKIIE

LE CZAR , FLIMANN.

Au lever du ndenu , ils sont assis sur une pou/re et causent familièrement. Ils sont vêtus en charpentiers. FUMàNÎN.

De par toutes les sa/nies- barbes de la flotte hollandaise , je veux mourir si je comprends rien à ton compte.

LE CZAR

C'est pourtant bien clair ; mais tu ne m'écoutes pas.

FLlMA^N.

Si fait, si fait; voyons un peu. . . Tu as reçu noire paie de ce mois.

LE nzAR.

Vingt ducats pour chacun .

FLIMANN.

Bon ... la dépense ?

LE CZAR

Elle a éié ft)rle.

FLIMANN.

Je m en doute. . . j'avais du chagrin et j'ai bu ce mois ci deux fois plus qu à 1 ordinaire. . Passe les détails, voyous le total.

LE CZAR

Tolal.. il nous revient à chacun douze ducats.

fXlMANN, très-étonné.

Qu'est-ce que lu dis donc, Michaloff.

LE CZAR, 5<? levant.

Les voici. . . ( Il les lui donne. ) Es- tu fâché de m 'avoir choisi pour ton trésorier?

FLiMANN, se levant aussi , Non parbleu ! . . .

Air: Contentons -nous d'une simple bouteille^

Je n'entends rien , d'honneur, à ce mémoire... Mon camarad' !... ne te trompes-tu pas?

Aû cabaret , si j'ai bonne mémoire , J'ai déjà bu phis de trente ducas...

LE CZAR , souriant.

L'ordre , mon cher , de l'aisance est la source.

PIERRE FLïMANN.

C'est un trésor,., car sans m'ctre épargné , Je vois encor , je vois s'emplir ma bourse. En dépensant plus que je n'ai gagné.

[Jl serre les ducats Oh! j'aurai de l'ordre.

LE CZXH^ gaiment.

Sois Iranquille , quand je partirai je te donnerai mon secret.

FLIMaWN, vivement.

Est-ce que tu songes à nous quitter.'*

LE CZAR

Non ] maif voilà bientôt un an que je suis éloigné de ma famille, démon pays, et tôt ou tard. . .

FILMANN .

Foi de Pierre Flimann , celle séparation me désolera!. . . Tu es un brave garçon ; je t'aime comme un frère : ton humeur franche, ta vivacité, ta brusquerie même, tout cela me convient à merveille ; il n'y a pas jusqu'à celle conformité de noms qui ne m'ait attaché à loi. . . On ne nous appelle que les inséparables , les deux Pierre.

LE CZAR

Oh î j ai bien encore à tes yeux une quaiiié plus précieuse que toutes les autres.

FLIMAJNN.

Laquelle donc ?

LE CZAR

Eh! parbleu, celle d'écouier avec une patience imperturbable ie récit de tes amours pour la nièce de notre imbé-

cîUc bourgmestre , cette piquante Maria , aussi fine , aussi jolie que son oncle est sot et ridicule.

FLIMANN.

C'est vrai; mais à propos de mes amours. . . sais-tu que je tremble d'avoir fait une sottise.

LE CZAR

Cela m'étonne. . . tu les fais d'ordinaire avec une assurance intrépide.

FLIMANN.

Raillerie à part, je suis inquiet. . . M. Van-Bett , notre bourgmestre , ne cesse de prendre des informations sur mon compte .

LE CZAR

Est-ce que tu as quelque affaire d'honneur sur le corps ?

FLIMAN .

Ecoule. . . Je n'ai rien de caché pour toi. . . Je suisné en Russie, comme tu sais; à dix-huil ans on prétendit que le czar avait besoin de mes services ; on me mit un uniforme sur le dos et un mousquet sur l'épaule! . . . Ma foi, l'état militaire m'ennuyait , et uo beau jour je pris mon congé de réforme sans prévenir personne .

LE CZAR

Ab! je commence à comprendre.

FLIMANN.

Voilà pourquoi je suis venu prendre la hache et le rabot à Sardam ; mais mon colonel peut se ressouvenir que j'ai manqué à l'appel.

LE CZ\R

.Te conçois . . il faudra nous tenir sur nos gardes.

FILMA^^N

Oui, oui. . . je soupçonne que tu as aussi quelque frasque à te reprocher. . . tu évites de parler de ta famille , de ton pays. . . mais au surplus, ça ne me regarde pas. . . Ah! j'entends Maria,

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