‹ M. Tardif; comédie-vaudeville en un acteChapitre 51 sur 233 · LE CZAR, LEFORT · texte numérisé non relu

LE CZAR, LEFORT

LE CZAR, gaîment.

Ma foi , mon cher Lefort , tu ne jouis pas d'une excellente réputation à Sardam ; on m'engage à me défier de toi. C'est piquant pour un ambassadeur.

LEFORT, brusquement.

Eh, morbleu! sire, c'est votre faute; vous me faites iouer un rôle. . . Qui diable reconnaîtrait sous ce vêtement l'envoyé du czar de toutes les Russles, près des états généraux de Hollande ?

LE ÇZAR.

Allons, allons, l'ambassadeur ne peut pas se plaindre, quand le czar lui-même se trouve très-bien des habits et de la vie de garçon charpentier.

LEFORTp

Il faudra pourtant y renoncer.

LE CZARc

Y renoncer !

LEFORT

Oui , sire ; j'ai applaudi à la noble résolution qui vous a fait quitter vos états , mais il est temps de mettre un terme à nos voyages. . . Depuis un an que vous travaillez dans les chantiers de Sardam, sous le nom de Michaloff, la situation de l'Europe a changé et l'intérêt de la R.ussie.

LE CZAR , vivement.

L'intérêt de la Russie ! . . Lefort , sous ces habits grossiers , j'ai plus fait dans une seule année pour ma gloire , que le czar n'eut fait en dix ans, s'il n'eut jamais quitté son trône et le palais de ses ayeux.

Air : ^ soixante ans on ne doit pas remettre.

Grâce à mes soins , a ma persévérance , Un peujple entier me devra ses succès ^ Des préjuges d'une longue ignorance Seul je saurai l'affranchir à jamais, Ét sesenfans béniront mes bienfaits.

Je veux fixer au sein de mon empire , Les lois , les arts , la force et la splendeur.. . Pour mes sujets rien ne coûte a mon cœur ! Qu'en expirant je pilisse au moins me dire , Je fus leur roi... crar j'ai fait leur bonheur,

LEFORT

N'importe, sire, il faut partir , il faut voler à Moscou... Les puissances unies contre Louis quatorze ont conçu l'espérance de découvrir votre retraite et de favoriser les troubles qui déchirent la Russie, en vous tenant éloigné de vos

Le Bourgmestre.

( lO )

états. Les ambassadeurs sont déjà rasseniLlés à Puswît k. . . On soupçonne que vous êtes caché à Sardam , et yi sais qu'ils se flattent de vous retenir par des fêles , des hon neurs ...

LE CZAR , sonnant.

Ils me connaissent bien peu ! Lefort , attendons le courrier du gouverneur de Moscou , il . fixera nos résolutions. Tais cependant tout préparer pour mon départ , qu'au premier signe je puisse sortir des étals de Hollande. . . {riaut.) Mais c'est faire assez long-temps le souverain

Air : Vaud. de Vintérieur d'une Etude.

Consacrons cette matinée,

Aux soins qu'exigent mes sujets ;

Mais du reste de la journée

Que le plaisir fasse les frais !

Qu'à la taverne on nous rassemble...

Je \ eux y courir le premier,

Et tâcher d'accorder ensemble

Le monarque et le charpentier.

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