LE CZAR, LEFORT
LE CZAR, gaîment.
Ma foi , mon cher Lefort , tu ne jouis pas d'une excellente réputation à Sardam ; on m'engage à me défier de toi. C'est piquant pour un ambassadeur.
LEFORT, brusquement.
Eh, morbleu! sire, c'est votre faute; vous me faites iouer un rôle. . . Qui diable reconnaîtrait sous ce vêtement l'envoyé du czar de toutes les Russles, près des états généraux de Hollande ?
LE ÇZAR.
Allons, allons, l'ambassadeur ne peut pas se plaindre, quand le czar lui-même se trouve très-bien des habits et de la vie de garçon charpentier.
LEFORTp
Il faudra pourtant y renoncer.
LE CZARc
Y renoncer !
LEFORT
Oui , sire ; j'ai applaudi à la noble résolution qui vous a fait quitter vos états , mais il est temps de mettre un terme à nos voyages. . . Depuis un an que vous travaillez dans les chantiers de Sardam, sous le nom de Michaloff, la situation de l'Europe a changé et l'intérêt de la R.ussie.
LE CZAR , vivement.
L'intérêt de la Russie ! . . Lefort , sous ces habits grossiers , j'ai plus fait dans une seule année pour ma gloire , que le czar n'eut fait en dix ans, s'il n'eut jamais quitté son trône et le palais de ses ayeux.
Air : ^ soixante ans on ne doit pas remettre.
Grâce à mes soins , a ma persévérance , Un peujple entier me devra ses succès ^ Des préjuges d'une longue ignorance Seul je saurai l'affranchir à jamais, Ét sesenfans béniront mes bienfaits.
Je veux fixer au sein de mon empire , Les lois , les arts , la force et la splendeur.. . Pour mes sujets rien ne coûte a mon cœur ! Qu'en expirant je pilisse au moins me dire , Je fus leur roi... crar j'ai fait leur bonheur,
LEFORT
N'importe, sire, il faut partir , il faut voler à Moscou... Les puissances unies contre Louis quatorze ont conçu l'espérance de découvrir votre retraite et de favoriser les troubles qui déchirent la Russie, en vous tenant éloigné de vos
Le Bourgmestre.
( lO )
états. Les ambassadeurs sont déjà rasseniLlés à Puswît k. . . On soupçonne que vous êtes caché à Sardam , et yi sais qu'ils se flattent de vous retenir par des fêles , des hon neurs ...
LE CZAR , sonnant.
Ils me connaissent bien peu ! Lefort , attendons le courrier du gouverneur de Moscou , il . fixera nos résolutions. Tais cependant tout préparer pour mon départ , qu'au premier signe je puisse sortir des étals de Hollande. . . {riaut.) Mais c'est faire assez long-temps le souverain
Air : Vaud. de Vintérieur d'une Etude.
Consacrons cette matinée,
Aux soins qu'exigent mes sujets ;
Mais du reste de la journée
Que le plaisir fasse les frais !
Qu'à la taverne on nous rassemble...
Je \ eux y courir le premier,
Et tâcher d'accorder ensemble
Le monarque et le charpentier.