‹ M. Tardif; comédie-vaudeville en un acteChapitre 84 sur 233 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes, MARGUERITE et COQUELARD sortant de leurs maisons,

MARGUERITE

Eh bien, eh bien! quel tapage!..

COQUELARD.

Est-ce que le sorcier a prédit quelque malheur?... Ah! ah ! ils n'en font jamais d'autres.

LA JEUNE FILLE

C'est Nicolette qui veut encore nous enlever nos amoureux.

MARGUERITE

Comment, raarazelle !... Si je vous y reprends.... J't'en donnerai , moi ^ des amocreiix!..

WICCLEÏTE.

JNon, marraine, c'était pour rire.

COQUELARD.

Allons^ allons, ne la grondez pas. Cette chère enfant... c'est une petite malice...

MARGUERITE, hcis II Cocjuelard,

Kon^ mais c'est que ce démon là me fait damner^ avec son petit air innocent... Ah ça ! voisin Coquelard , je voris en prie , n'y a plus à Largniner... faut lui donner une bonne leçon !...

COQUELARD^ baS.

Soyez tranquille {haut) ali ça ! qui est-ce qui nous empêche de commencer Jolibois) est-ce que vous attendez votre démon familier?

jOLiBOis ^ regardant Coquelard.

Non, non, z'il est arrivé, je F vois à côté de ce jeune homme?..

BEAusoLEiL, $6 retoumant.

A côté d'moi... oh là là 1

COQUELARD.

Je me risque le premier. (// s'approche de Jolihois et lui parle bas) La petite personne en question se nomme Nicoletie... et quant aux autres... {Il lui remet un papier.) jOLiBois, bas.

Bien. {Il a Vair de lui répondre a V oreille) COQUELARD, se récriant.

Ah! c'est particulier... il a deviné du premier coup que je me nomme Coquelard. .. que j'étais un ancien épicier retiré.... et que j'ai eu trois femmes qui m'ont fait mourir de chagrin !.. Ah ah ! il est très fort... très fort... très fort...

TOUS

A mon tour... à mon tour...

JOLIBOIS

Volontiers... aimables villageoises. (// leur donne des cartes.)

LA JEUNE FILLE, à qiù il parle.

Ah mon dieu ! d'où a-t-il su cela n'en dites lien^

mansieur le sorcier, ma mère me battrait...

EEAUSOLEIL.

Ail ça ! et moi donc?

JOLIBOIS

Voyons... lu te nommes?

BEAxjsoLEiL, reculcLTit toiijours.

JOLIBOIS

Je le sais !

BEAUSOLEIL

J'ons fait un rêve c'te nuit.

JOLIBOIS

Je le sais !

BEAUSOLEIL

C^coquin de rêve... je ne m'en souviens pas d'un mot...

JOLIBOIS

Je le sais.

BEAUSOLEIL

Ah ! ben, si vous Y savez ^ vous m' rendrez un fameux service.

JOLIBOIS

Je sais que vous Tavez oublié.

BEAUSOLEIL

Il y avait dedans du dindon.

JOLIBOIS

Signe de mariage pour vous.

BEAUSOLEIL

Du tout , j' veux pas me marier ; suis comme Nicolette moi^ quand onest joli garçon, n'yapasase presser... Ainsi, changez- moi ça...

JOLIBOIS

Volontiers; je vais vous faire le grand jeu, mais c'est six sous. (// lui donne des cartes):

BEAUSOLEIL

J^aime mieux donner six sous'> et ne pas être marié...

JOLIBOIS

Donnez - moi le neuf de carrau. (// étale ses cailles et parait frappe). Ah mon Dieu !

TOUS

Qaoi donc ?

JOLIBOIS

Une prédiction z^inaltendue ! Pardon^ excuse, messieurs, mesdames, il n^est point que vous n'ayez parmi vous une jeune fille qu'on appelé Nicoîetie ?

ificoLETTE, s avançant.

Air • Restez, restez troupe jolie.

C'est moi , m'sieur l'sorcier, parlez vite ; * Dit's-moi tout c'qui m'arrivera.

iOiji-RO\& ^ prenant sa main.

Eh quoi ! c'est vous , pauvre petite ! Quoique bien jeune , je Tvois là , Aux galans vous plaisez déjà.

Pour votre époux chacun s'propose, Et par vous tout l'inonde est séduit.

NicoLETTE , souriaut.

M'sieur l'sorcier , dit's-moi donc que'qu' chose Que personne n'm'ait jamais dit.

jOLiBOis^ a^^ec emphase.

Eh bien , tremblez !..... Vous avez dédaigné les effets d'une sensibilité inhérente an sesque aimable dont elle fait la plus belle apanage... le destin qui a mis dans sa tête de vous punir d'une fierté z'insoîuble, a décidé qu' vons alliez perdre tout à coup et par l'insensible z'évaporation, vos agrémens, vot' fraîcheur...

2YIC0LETTE , un pcu émue.

Qu'est-ce que ca veut dire ?

JOLIBOIS, enflant sa voix.

Si aujourd'hui même, à une heure sept naî miles trentetrois secondes, vous n^avez pas fait choix d'un mari... Pst... vous deviendrez vieille et laide... Vous voyez, honnêtes villageois des deux sesques, ce qu^il en coûte pour fuir les doux nœuds du mariage.

JVICOLETTE.

Laissez donc, c'est pour rire, ma marraine ! Monsieur..; Coquelard , est-ce que c^est possible ?

COQUELARD.

Bah ! des contes , des histoires !

JOLIBOIS

Air du Solitaire.

NViez pas d' la magie ; L' destin n' plaisant' jamais.

Pour prix d' vot' coquett'rie y Vous perdrez vos attraits...

Par un* bizarr' merveille.

Vous changerez soudain, Comm' la rose vermeille Qui n' brille qu'un matin.

TOUS , à mi-vaix, EU' s'ra laide et vieille.

C'est bien fait 1

lES GXfiÇONS.

Quel malheur f

IflCOtMTK.

C n'est pas vrai, (à part. JJ'crois qu' j'ai penr.

TOUS

Ah , mon Dieu (bis) ! quel malheur!

NICOLETTE

c n'est pas vrai (bis). J' crois qu' j'ai peur.

Ga n' m'empêch'ra pas D'aller c' soir à la fête, Et , quoiqu' sans appas , P' vous enl'ver plus d'un' conquête.

J.À. JEVItE FILLE.

Pourvu qu'ça n'aill' pas nous prendre. . . Chez la comtesse , faut nous rendre j Et tâcher , avant midi , D'avoir chacun* un mari.

IVICOLETTE.

NICOLETTE

Au château l'on nous invite , Courons , courons donc bien vite.

Dans la crainte du sorcier , Bien vite il faut nous marier.

NicOLETTK, avec ironie.

Au château l'on vous invite , Courez, courez donc bien vite.

Dans la crainte du sorcier.

Bien vite il faut vous marier.

[Ih sortent tous. Coquelard fait signe à Jolibois quil va revenir.)

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