‹ M. Tardif; comédie-vaudeville en un acteChapitre 9 sur 233 · SCENE YIII · texte numérisé non relu

SCENE YIII

LesMêmes, M. TARDIF.

M. TARDIF, au fond.

J'espère que cette fois, j*ai mené cela vivement... {ap-

percevant Didier) Que vois- je !.. mon ami Didier!.., suisje heureux de t'embrasser?.. il y a si long temps.

DIDIER

C'est ta faute.... ingrat!...

Non, mon ami., car voilà trois ans que, tous îesdiman* ches^ je dois aller vous voir... Madeline te le dira.... et îà sœur Félicité?

DIDIER

Je Taî amenée avec moi... elle est là.... ( Déèlgnant ta chambre ou elle est. )

Surcroît de bonheur!... vous ne pouviez pas venir plus à propos..-., je me marié.

MADELINE ét DIDIER.

Il serait vrai !

il. tàrdifj

Tu as raison^ Madeline... j'ai été parfaitement accueilli..^ c'est la candeur^ c'est l'innocence mêmes...... et quand j'ai

prononcé le mot de mariage si tu savais comme elle a

rougi... plus qtie moi ^ je parierais.

DIDIER

Je t'en fais mon compliment..* Ainsi tout est termine?

Oh! pas encore... j'ai remis a demain pour parler d'affaires, et signer le contrat.;... En attendant, elle doit le faire préparer chez le notaire de la ville • mais puisque te voilà ^ c'est toi que ça regarde.

DIDIER

Je te remercie infiniment... Et quel est l'âge de ta prétendue?

De vingt-sept à vingt-huit., rt puis c'est une demoiselle., j'y tenais beaucoup ; j'aime mieux cela qu'une veuve.

madeline.

Et pourquoi donc?

Tiens... elle me fait là des questions... c'est un caraclère que l'on façonne à sa volonté.... le plus étonnant^ c'est que

je suis sa première inclination elle me l'a dit voilà

donc une fois où je serai arrivé à temps... Tiens, mon

ami, regarde donc par cette porte vitrée ( // conduit

Didier auprès de la porte) Tu peux Tappercevoir d'ici; elle traverse le jardin ; sans doute pour aller cliez le notaire.

DIDIER , a part.

Ah, mon dieuî... (à Tardif. ) Comment c'est là ta prétendue?

!N'ebt-ce pas qu'elle est bien?

DIDIER, toujours près de la porte vitrée. Oh! charmantel... je la connais beaucoup.

Tu la connais î

Oui, sans doute. .. j'ai même là des papiers pour elle... c'était une de mes clientes; elle avait, il y trois ans^ une propriété près de Montgeron.... et comme c'est moi qui j autrefois, avais liquidé la succession de son mari

Qu'est-ce que tu dis donc? son maii !

DIDIER

Eh! oui... M. Pincé, son mari... un receveur de l'enregistrement, qui est mort, il y a quatre ans, en lui laissant une cinquantaine de mille francs.... elle sera venue s'établir à Melun, où elle ama acheté cetie maison.

Je lien reviens pas... Quoi! mademoiselle Ursule!...

DIDIER

Est madame veuve Ursule Pincé vois plutôt sur

cotle leîire.... tout le monde te le dira.... elle faisait même assez mauvais ménage... maison ne réussit pas une première fois, et on se rattrape une seconde.... le loul est de ue pas se décourager.

M. TAPtDIF.

Air : Contentons -nous cTune simple houleille. Moi qui croyais être premier en date l

DIDIKR.

C'est un hasard assez rare ici bas.

Je la croyais demoiselle.. . et l'ingrate Eut un époux et ne m'en parlait pas.

DIDIER

C'est sa mémoire, hélas 1 qui l'a trahie,

Soit .. mais Je n'ose à présent m'y fier. Il se peut bien qu'un jour elle m'oublie , Puisqu'elle avait oublié le premier.

Tu le vois Madeline mon étoile me poursuit toujours.

MADELINE

Eh ! non, mon parain... si ce n'était que cela.... il n'y aurait pas de quoi se désoler... car malsjévos idées^ j'aimerais autant vous voir épouser une veuve,... mais puisqu'elle vous a trompé sur ce chapiîre-là... elle peut vous tromper sur bien d autres j et voilà le mal.

DIDIER

La petite a raison.... ceîie enfant-là a une solidité de jugement inconcevable pour son âgf' ; et ce que tu peux faire de mieux au monde... c'est de suivre ses avis.

Oh! jesais bien que Madelioe a de l'aiTectiGn pour moi ;>

et qu'elle ue veut que mon bonheur Mais songe donc

que je me suis avancé, que me voilà engngé avec mademoiselle ou înadame Ursule.

MADELINE

Qu'importe?... il n'y a rien de conclu... rien de ^'i'^pi

C'est juste..,, tu peux toujours battre en retraite..... une marclie rétrograde... c'est dans ton genre.

M. TAPDIF.

Pour ce qui est de reculer.... ce n'est pas là ce qui lîi^embarrasse. .. mais^^ongez donc que le mois avance; et que si je manque ce mariage-là^ il n'y en aura peut-être plus.

MADELIKE.

N'esi-ce que cela? nous avons votre affaire.... Nous en avons un autre.

M. TAKDIF.

Il serait possible !... elle en avait donc en réserve pour

les accidens! Mais c'est que, vois-tu^ il faudra faire

encore connaissance, il faudra faire ma cour..... et quand je songe au peu de temps qui me reste...

MADELIAE.

Du tout, vous Ja connaissez depuis long-temps

( A Didier qui lui fait des signes. ) Laissez-moi donc faire...... et elle soupire pour vous....... elle vous aime en

secret.

j^l. TARDIF.

Vraiment !

MADELIWE.

En nn mot, c'est mademoiselle Félicité^ la sœur de votre ami.

Que dites-vous?

DIDIER

Ouiy mon cher Tardif^ je ne |L'en aurais jamais parlé... mais pui«que MadeliRa mous a trains î..... celte fois ^ par exemple^ la es sur qu*Ll a v a pss d'erreur... jusqu'à présent, je t'en réponds bieta, ma sœur n'a pas trouvé de maris... Dieu î la pauvre fille!... on ne peut paslui reprocher cela.

Je te crois bien... iiiais est-ce que son âge?..,

DIDiER,

Elle est plus jeiioe que toi... et tu es im jenne homme.», d'aill:' r,s, ] espère que tu es bien revenu des fem'.oes de vingt-s'?pt ans... et qnepourte séduire, il te faut maintenant quelque cliose de plus.

Oui, sans doute... mais son humeur... il me semble qu'elle ttait un peu vive...

DIDIER

Autrefois, dans votre jeunesse mais depuis^ eîîe a

bien changé voilà dix ans qu'elle est établie à Paris et

que tu ne l'as pas revue.

C'est vrai.., c'est vrai, on ne peut plus juger.

Enfin, mon ami, ce n'est pas parce qu'elle est ma sœur; mais c'est une bonté d'âme, une douceur de caractère, «ne sévérité de principes...

MADELINE

Et puis^ ce que j'y vois de mieux, c'est l'a niourqu^elle â pour vous ; et quand on aime les gens , on fait tout pour les rendre heureux.

DIDIER

Madelioe a raison; et tu verras les soins, les égards., enfin, c'est aujourd'hui ta fête... la saint Placide»

C'est, ma foi, vrai... Je l'avais ou]>lié.

DIDIER

Eh bien! elle y avait pensé; eiie y pense encore;... elle le f.:it là, des bouquets^ des couplets.. .

11 serait possible î... celle chère Félicité!

DIDIER

Vois donc, quelle perspective! nous ne fero Iks ],]u

qu^une même famille^ qrj'up seul ménage.... un f lère ts

lin ami ({ue donne la nature... à plus forte raison un Leaufrère... iauiour, l'amilié... l'hymen, tout se trouve réuni.

M. TAIIDIF.

CVst fini ^ je suis tlécidJ.... voilà la femme cj(ril me faut.

A la bonne liv^ure.... mais en amour, comme en affaires, je ne connais cme la promptitude ; je vais te présenter à mi sœur.

M. ÏARIJIF.

T\'on, mon ami, encore un instant.

DiDIEr. .

Esi-cc que tu liésilcs?

Du tout... mais pour une entrevue de mariage, je vais mettre mon habit neuf.

M\DELINE.

Et moi, pre'venir la future.

DIDIER

A quoi bon? nous aurions sur le cliamp signé un peut projet de conu at.

M. TAr.DlF.

Ecoule donc... il y a ^iix ans qv.e nous ne nous sommes vus.

Air : Je régir dau IMadelmelte:

D^altraits ta so"ur était pourvue ; Toujours, sans doute, elle en aura ; Î.Iais mol, . . . c\^st la grande tenue Qui peut voiler ces dix ans-là.

MADEr,iKE, regardant M. Tardif.

Mais ni 0:1 parrain , plus j'ie regarde , Est encor très-bien , dieu-merci ; (lomme au temps il ne prend pas garde , temps n'a pas pris garde à lui.

MADSCIBE.

Allez vite à votre toilette , D'espoir tous mes sens sont émus ; Ah 1 pour nous quel bonheur s'apprête Non , nous ne vous quitterons plus.

M. TAKDIF et DIDIER.

1 ie vole à ma j Allons Y , toilette.

I va vite a ta j

D'espoir tous mes sens sont émus ; Ah pour nous quel bonheur s'apprête!

Non , tu ne nous quitteras plus.

( M. Tardif sort par le fond ^ et Madeliiie entre dans la cliauihre a droite. )

mmm ix.

DlDIEFx, 5e«/.

Ma fol... ce n'est pas malheureux... car je désespérais d'établir jamais ma sœiu\.. il n'y avait fj'i'nn ami intime... il fallait ça... au fait, cependant Félicité est bonne lîlie, si ce n'était ses accès de colère... parce que dans ces niomens-là elle ne connaît rien; mais do reste... ( regardant à droite pir la porte vitrée.) Eh! mais qui vienl-là? (J^est notre aimable veuve.

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