‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 111 sur 128 · Versailles, 16 mars 1873, 11 heures 40 malin · texte numérisé non relu

Versailles, 16 mars 1873, 11 heures 40 malin

« Mais vous voyez que sans vous blâmer d'avoir « transmis la communication du général, je ne puis ce prêter l'oreille à tout le monde à la fois, et que je a dois marcher résolument, les yeux sur le but. Le « général voulait condescendre à son Roi, et c'était a naturel de sa part sans trahison envers nous. Mais « nous devions faire ce que nous avions fait. Sans la ce substitution de Verdun à Belfort, le traité aurait « produit en France l'effet le plus déplorable. Laissons ce tout cela, et dites au général que je reste touché de ce ses sentiments pour nous, et profondément reconce naissant de ses services. »

Si avant ces négociations quelque chose avait encore manqué à la mesure de l'ambassadeur d'Allemagne dans l'esprit de M. de Bismarck, cette dernière semaine la lui donnait tout entière. En présence des motifs qui portaient le chancelier, avec lui l'Empereur désormais, à signer promptement le nouveau traité, un sens se révélait, un but apparaissait aux yeux de qui gouvernait, dans les soins pris par le comte d'Arnim de ne pas mettre le président de la République à même de répondre, puis, malgré des ordres formels, de tout embarrasser par des équivoques lorsqu'il lui fut évident que les choses marchaient sans lui. Les rapports de l'ambassadeur si évidemment dilatoires dès les premiers pourparlers, son attitude dernière délibérément résistante ou louche, apparaissaient forcément comme inspirés de visées particulières, indiquaient un plan concerté et suivi pour une autre politique que celle du moment. Le ce mal nécessaire » qu'était le comte d'Arnim, ainsi qu'avait dit M. de Saint- Vallier, l'obligation de le subir se reconnaissent dans cette lettre du 8 mars, où M. de Bismarck avait donné cours à sa

mauvaise humeur en termes impatientés. Le chancelier y mandait à M. de Manteuffel, avec une sorte de lassitude découragée, que « ne pouvant rien tirer de l'ambassadeur, rien obtenir, il s'adressait au général, espérant aboutir par lui à une solution ». Il allait jusqu'à envoyer à l'appui la copie des rapports de l'ambassade. En outre de controuver encore les déclarations du Président, on ne lisait dans ces rapports que les mêmes insinuations mauvaises dont le comte d'Arnim avait été déjà prodigue contre la France, de nouveau sa litanie sur l'éloignement manifesté pour le représentant de l'Allemagne, des plaintes sur ce qu'on négociait en dehors de lui et par d'autres voies, a J'en a ai lu des extraits qui m'ont bien étonné », écrit M. de Saint-Vallier, à qui le général a montré ces copies. Ce serait sans doute beaucoup, de penser que le chancelier voulut réprouver ces artifices et ces aigreurs pour nous être agréable; toutefois, il devait croire que son sentiment à leur sujet serait connu de Versailles du moment qu'il le communiquait à Nancy. Aussi entendit-il que ce ne fût pas la signature de l'ambassadeur allemand qui figurât au pied du traité. Depuis le commencement des pourparlers, il n'avait eu avec le nôtre que des relations aimables, et il n'avait trouvé chez celui-ci que des paroles droites. Leurs rencontres étaient devenues quotidiennes, M. de Gontaut ayant été soigneusement informé de Versailles et mis à même de répondre sur tout et de préciser tout. Le représentant français s'était vu particulièrement apprécié à la cour, l'Empereur venait d'assister à une de ses réceptions, M. Thiers lui avait délégué le mandat de signer : M. de Bismarck se réserva de signer avec lui. Dès le 14, l'alternative Verdun ou Belfort non

encore résolue, le chancelier avait passé à M. de Manteuffel, sur ce sujet, ce télégramme-ci, qui faisait deviner le pourquoi de sa résolution : a Après avoir ce pris les ordres du Roi, je viens de télégraphier au (( comte d'Arnim, qui me demandait des pleins pouce voirs pour signer, que je me suis entendu avec M. de (( Gontaut et que nous signerons la convention à Berlin. « Elle serait signée aujourd'hui si l'ambassadeur de (( France n'était pas retenu par l'ignorance où il est de (( la décision de M. Thiers sur Verdun ou sur Belfort. ce Si M. Thiers se décide pour Verdun ce sera plus « long parce qu'il faudra régler la question des étapes (( d'accord avec Votre Excellence; mais M. de Gontaut (( pense que M. Thiers se décidera pour Belfort et que ce nous pourrons signer à Berlin. Je tiendrai Votre (( Excellence au courant. Je la prie de donner ces ce informations à M. de Saint- Vallier. »

La précipitation, l'enchantement peut-être, avait fait perdre de vue, à Versailles, d'aviser notre ambassadeur de Tacceptatlon de Verdun. Il le fut le 15 au matin. Aussitôt les noms de Gontaut et de Bismarck s'apposèrent sous le traité de 1873. La solution avait, semble-t-il, un intérêt intime pour le nouvel Empire d'Allemagne; pour la France, elle décidait la libération définitive. Elle la fixait à une date anticipant de beaucoup sur le terme assigné et, cette fois enfin, sous des conditions que nous tenions pour sortables, et bien qu'aucune des inoubliables duretés du traité de Francfort n'eussent été omises ni effacées, c'était un grand résultat. Les partis, souvent, ne croiraient pas occuper suffisamment la scène s'ils ne savaient être supérieurement injustes. On entendait dire parfois, dans celui qui visait à maîtriser ou à renverser

M. Thiers, qu'il n'y avait pas de difficultés dans l'occupation, qu'il faisait croire à leur existence pour peser sur ses adversaires. Les faits apportent ici un exemple de plus du peu de poids que doit accorder l'histoire aux bruits qui naissent dans le cours des choses, et du manque de véracité dont il faut marquer les récits inspirés par eux.

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