‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 43 sur 128 · Nancy, 22 avril · texte numérisé non relu

Nancy, 22 avril

préparatoire? Le comte d'Arnim entendit-il le lui faire perdre? Était-ce avec mandat du chancelier ou pour servir le parti qu'eût embarrassé Taccès de l'ambassadeur de Versailles auprès de M. de Bismarck? Les documents français sont muets en cela, les futurs récits allemands pourront seuls préciser ce détail. Mais s'il faut penser que M. de Bismarck agit ici de ruse, sa duplicité aurait dépassé la mesure, car il faisait informer tout de suite M. de Manteuffel que le télégramme à lui adressé le 20 par ce dernier l'avait « extrêmement satisfait ». De plus, il invitait incontinent M. d'Arnim à ne plus retarder de partir pour Paris; n'étaient-ce là que des semblants? Peu importe à des Français la mémoire du prince de Bismarck; mais autre chose sont le journalisme ou la polémique, autre chose l'histoire, quoique celle-ci se soit souvent fiée à eux au lieu de regarder aux' faits. Au risque que les faits tels qu'ils furent apparaissent autrement que l'on préférerait les trouver, il incombe à l'histoire de les montrer dans leur vérité. Même les documents français indiquent à tout le moins, chez le chancelier, des dispositions nullement semblables à celles des militaires et de la cour. Au moment où M. de Coûtant se laissait persuader de ne pas l'aborder encore, il le présentait comme étranger au débordement de craintes et de fausse irritation alléguées contre nous. M. de Manteuffel exprimait aussi cette opinion quand il conseillait avec persistance le contraire du comte d'Arnim. Seulement, on savait que M. de Bismarck changeait d'humeur très soudainement, et plus ou moins justement on en tenait compte. Peut-être les futurs historiens allemands se demanderont-ils si cette sorte de mouvement contre nous ne fut pas quelque

il 2 LA LIBÉRATION DU TERRITOIRE

chose d'ourdi contre son crédit politique. Le 26 avril, il arrête sa conversation écrite avec le commandant de Toccupation en lui adressant, mande M. de S^-Vallier, un ce remerciement général * »; et comme M. de Manteuffel avait alors expédié à Berlin les explications catégoriques de M. Thiers sur la prétendue question de nos armements, le commissaire extraordinaire pouvait écrire en même temps à M. de Rémusat : ce En ce le remerciant avec cordialité de lui avoir envoyé « l'intéressante communication de M. de Saint- Vallier, a qu'il examine avec le soin qu'elle mérite, et dont il (L sera tenu compte' ». M. de Bismarck n'annonçant point qu'il répondrait au général, ce dernier en inférait qu'il ne se souciait pas de laisser les négociations se suivre par Nancy; effectivement, des correspondances privées apprenaient qu'il bornerait là ses communications avec lui et aviserait ultérieurement avec M. de Gontaut ou avec le comte d'Arnim. Mais un article de la Correspondance provinciale tendait à ôter leur importance aux rumeurs qui incriminaient nos intentions. M. de Saint- Vallier reflète l'impression du quartier général en signalant, dans cet article, un indice du peu de véracité accordé à ces rumeurs de la part du chancelier.

Ne supposer en tout cela que calcul, duplicité à la Frédéric II, un nouveau piège tendu à l'Europe par l'auteur de la dernière guerre pour faire croire l'Allemagne menacée et se jeter sur la France à peine armée, n'était-ce pas prêter plus que de mesure à cet incontestable riche? On était cependant porté à le faire, on

Page 1