‹ M. Thiers, le Comte de Saint Vallier, le général de Manteuffel: libération du territoire 1871Chapitre 83 sur 128 · Procès d*Arnim, p · texte numérisé non relu

Procès d*Arnim, p

2. Ibid, p. 38 à CO. — Des archives d'ambassade ont rarement présenté des appréciations acerbes comme celles de ce rapport^ sur un pays auprès duquel aucun ambassadeur ait été accrédité, et en les fondant ou les prétextant sur des raisons aussipuériles. Rarement, il est vrai, infatuation personnelle atteignit à plus haut degré. Tout en indiquant quant à l'annonce de sa démission une paternité autre que la sienne, le comte, par la satisfaction qu'il ressent du bruit dont elle est suivie, se laisse assez clairement voir pour l'instigateur du retentissement qu'elle a causé. On pourrait croire même qu'il l'était des commentaires qui l'ont suivie, en le voyant se féliciter que, par .là, les Français « ont entendu dire sur tous les tons qu'ils ne savent « se conduire ni poliment, ni d'une manière chevaleresque, ni « avec prudence, ni même convenablement.... la condamnation « générale qui frappe les Français me prouve combien ils se « sont conduits sottement ». Or il s'agit là tout simplement de lui-même : « Je sais tout ce que j'ai eu à supporter en ce qui

L'une des clefs, la principale peut-être de ce déversement d'aigreur, est fournie par les indications que M. de Saint- Vallier transmet à la présidence dès qu'il a fait causer le général. D'abord le comte d'Arnim est

« concerne ma position et ma personne. Aussi me plaît-il à « penser que cet état de choses ne peut durer longtemps, doit « conduire à une crise. » En sorte que « la conduite inconvenante « des Français a son bon côté », et que « la tâche de i'ambassa- « deur, quel qu'il soit, est de mettre de plus en plus les Français « dans leur tort aux yeux du monde; et c'est pourquoi il faut « que de temps à autre il prenne acte de leur conduite incon- « venante sans leur tendre la main pour un rapprochement ». M. Thiers, parlant du comte d'Arnim à M. de Saint-Vallier, le 23 septembre, disait : «Serait-il vrai que les froideurs « du public de Paris lui rendraient le poste peu agréable? Il « aurait tort, car j'avais commencé à lui ramener du monde, « et je lui en aurais ramené encore ». On croirait que l'ambassadeur a entendu cela, car il continue : « Il ne peut me « convenir qu'un ou plusieurs ducs légitimistes, ou marquis, « ou roi de Bourse condescendent, sur un désir spécial du pré- • sident de la République, ou de M. de Gontaut-Biron, à entrer « en relations avec moi. La tension actuelle ne peut être « changée que si l'on donne un mot d'ordre auquel la majorité « se plie; sans cela rien ne changera; et s'il devient évident « que les Français veulent avoir une attitude belliqueuse. Sa « Majesté prendra les résolutions nécessaires à ce sujet. Le « moment de prendre ces résolutions n'est peut-être pas encore « venu tout à fait, et l'on peut montrer de la patience vis-à-vis « d'un" pays où personne ne sait le lundi ce qui se fera le « mardi; dans toutes ces choses, il ne s'agit pas d'une question « d'agrément, mais d'une question d'utililé, et le moment « viendra où un ambassadeur de l'Empire ne pourra pas résider « d'une façon durable en France, si ses rapports doivent se « borner au président de la République et aux conducteurs de « chemin de fer avec lesquels on a d'ordinaire, grâce aux nom- « breuses allées et venues, des relations de bienveillance réci- « proque ». En malade de vanité qu'il était, et sans doute aussi en partisan ou serviteur déçu d'une politique française qu'il voyait actuellement distancée, le comte d'Arnim haussait donc naïvement son cas à un casus belli prochain, étonné de ne pas être recherché avec empressement dans un pays abîmé de défaites, dépouillé, où il représentait le vainqueur en étant convaincu qu'il devait y trôner de par la victoire.

DISPOSITIONS QUI DOiMINENT ENFIN 287

abandonné par M. de Bismarck, à qui Texpérience qu'il a maintenant de lui le fait trouver inférieur à son poste. Les choses de France avaient eu un cours opposé à celui que l'ambassadeur envisageait et qu'il prédisait pour le véritable; il n'était pas surprenant que le général de Manteufïel, revenant de la cour, sût que le chancelier jugeait l'ambassadeur inexact en ses renseignements, fatiguant d'appréhensions et de plaintes, sans dextérité quant aux relations du monde; il parlait défavorablement de lui et ne l'avait pas reçu de ces deux mois *. Mais, bien plus, le général avait fait reconnaître l'incorrection d'attitude du comte d'Arnim à son égard, et ordre était donné par le souverain à l'ambassadeur d'aller, avec la comtesse, rendre au quartier général une visite qu'ils s'étaient abstenus défaire jusqu'alors. Cette visite coûtait infiniment à tous les deux ' ; aussi, le comte ne s'était-il pas pressé de revenir à Paris, et il y rentrait décidé probablement à brûler ses vaisseaux. Là semble se trouver le secret de cette démission probable annoncée par lui, le secret aussi des explications d'abord louches, aigres ensuite qu'il en donne. Il ne gardera pour ainsi dire plus de mesure. M. de Saint- Vallier informait le Président qu'on ne le rappellerait pas jusqu'à la fin de l'occupation ; on voulait sans doute éviter des explications sans à-propos, car l'attitude du comte d'Arnim va laisser voir qu'il s'était acquis d'autres appuis et qu'il tournait de leur côté. Désormais il mettra ses froissements au service des adversaires du chancelier. Sa correspondance sera dès lors ouvertement contraire aux vues

i. Saint-Vallier à M. Thiers, 24 septembre.

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