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CE QUE L'ON PENSAIT DANS LA VILLE DE LA DISPARITION

Le lendemain du jour où M. Tringle eut la malencontreuse idée de s'habiller en diable, il en résulta une émotion considérable dans la yille des llettes.

Thérèse se leva de grand matin pour conter à son maître répouvantable vision de la nuit.

Après avoir frappé discrètement à la porte de la chambre à coucher du célibataire sans en recevoir de réponse, la vieille gouvernante ouvrit et se sauva effrayée en apercevant le lit encore bordé.

Pleine de terreur, elle fit part de cette aventure aux servantes de la rue Tire-Lire, qui en répandirent le bruit rue du Chat-Bossu. La nouvelle circula sur la place des Belles -Femmes, pour de là être colportée dans la rue du Petit-Credo. Les gens de Innpasse Glatigny en firent part aux habitants de la ruelle des Oi-

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seaux; alors la nouvelle circula dans toute la ville, et chacun se redit la fâcheuse visite de M. Tringle à la famille Brou, ainsi que sa disparition.

Que p9uvait être devenu M. Tringle.^ Tel était le cri général pendant quà cette heure accroché au tau-

reau, le célibataire répandait la terreur parmi les populations voisines.

Certains pensèrent que M. Tringle, honteux de sa mésaventure, s'était peut-être livré sur sa personne à quelque acte déraisonnable; mais Texistence tout entière du célibataire protestait contre la probabilité de ces violences.

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Cependant de si nombreux dégâts avaient été commis dans la ville la nuit précédente, que les autorités s'assemblèrent chez le sous-préfet pour ouvrir une enquête.

Les habitants, effrayés par les récits de Thérèse, enfouissaient leur argenterie dans les caves. Il semblait certain qu'un être malfaisant s'était emparé de la per-

sonne de M. Tringle, laissant sur son passage de nombreuses traces de dévastation.

La commission, composée du commissaire de police, du juge de paix, du maire et du sous-préfet, fît annoncer à son de tambour un avis pour ordonner aux citoyens la fermeture des portes à la nuit tombante. On attendit au lendemain pour convoquer la garde nationale.

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Quant au perruquier Chabre, il se désolait plus encore de la perte de son costume que de la disparition de M. Tringle. Mélancoliquemçnt assis dans sa

boutique et regardant les fioles d'huile .de Macassar et d'huile anti-

que que les rayons dun mauvais

quinc|uet piquaient de petits points

lumineux, il était blessé de la joie

que manifestaient les galopins de la

ville qui se donnaient rendez-vous devant cette montre

merveilleuse où étaient étalés des masques de carton

bizarres.

Les voisins^ groupés autour de Chabre, cherchaient à consoler le perruquier, qui, dune voix altérée, s'écriait :

« Il faudrait être sans cesse sur ses gardes dans le commerce. M. Tringle n a pas seulement laissé d'arrhes! Qui payera mon costume.^ ))

En ce moment, les carreaux volèrent en éclats, et une sorte de trombe furieuse entra dans la boutique, renversant quinquet, essences, pots de pommade, plats à barbe.

Au dehors mille voix criaient:

« Arrêtez! arrêtez! ))

Un groupe de paysans se ruait dans la boutique à la poursuite du taureau furieux, (jui, pourchassé à

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coups de fourche, était entré dans la yille et ramenait dans ses foyers le célibataire meurtri, sur le corps duquel il restait à peine quel- (|ues lambeaux de Ihabit de diable.

La foule allait toujours s'amassant sans se rendre compte de révénement. Les uns croyaient la boutique de Chabre renversée par un tremblement de terre ; les autres, entendant le rappel . des tambours des pompiers, se disaient quun incendie menaçait la ville. C'étaient des propos inutiles, des paroles sans tin, de sinistres exclamations qui ne trouvaient cjue trop d'échos dans la foule.

On vit poindre une grande lueur au bout de la rue.

Les pompiers accouraient, portant des torches et entraînant sur leurs pas les habitants épouvantés. Dans la rue, les voisins ouvraient leurs fenêtres et descendaient à demi habillés en gémissant:

(( Hélas! la boutique de Chabre est défoncée! ))

Les gamins, pleins de joie, parcouraient la ville criant:

(( Au feu! au feu! »

La ville desllettes, d'habitude si tranquille, semblait en proie à l'incendie et au pillage.

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11 fallut rintervention des autorites pour isoler la boutique du perruquier et y ramener Tordre.

Alors cà la lueur des torches apparut, cache sous le comptoir, M. Tringle qui n'avait plus figure humaine. Barbouillé de suie, son habit de diable en lambeaux, une corne pendante, il s'écriait:

(( Grâce ! e^râce ! )>

Le taureau, reconnaissant la voix de son terrible cavalier, semblait répondre par un énorme beuglement:

M Pas de pili('' ! »

Le commissaire de police étant entré, le célibataire s échappa des mains des paysans, qui ne pouvaient croire qu'ils avaient affaire à un élre humain.

je suis

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(( Sauvez-moi, monsieur le . commissaire. Tringle, )) s écriait-il!

Alors seulement, quoique les autorités conservassent une certaine défiance, le spectre qui prenait le nom du célibataire fut conduit sous bonne escorte en face de Thérèse, qui enfin voulut bien reconnaître son maître; mais à la suite de cet événement, M. Tringle passa de longues nuits pleines de remords où lentement défilaient un à un les propriétaires, les boutiquiers, les servantes, les fonctionnaires publics et les magistrats vis-à-vis desquels il s'était rendu coupable de dommages pendant la soirée précédente.

Pour avoir brisé la tête de saint Crépin et la lanterne du commissaire;

Pour avoir cassé les sonnettes et jeté les tinettes dans les caves;

Pour avoir démantelé le long fusil de bois et les grandes lunettes;

Pour avoir troublé le repos des dames pensionnaires de la sage-femme ;

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M. Tringle était châtié!

Voilà où Tavaient conduit les exactions, les clonimages envers le prochain, la violation de la propriété, le préjudice causé à d'estimables concitovens.

Quand M. Tringle guéri put reprendre sa vie tranquille, il lui fallut indemniser le propriétaire du taureau pour Tavoir fourbu.

Les paysans réclamèrent des indemnités considérables, tant étaient nombreux les dégâts commis dans la campagne.

Chabre envoya une forte note pour les réparations de son costume de diable. Ce fut une occasion de faire remettre sa boutique à neuf aux frais du célibataire qui, accablé de ridicule, dut renoncer à fespoir d'obtenir la main de Mlle Brou, qu'il ne convoitait que par intérêt.

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Fi-elevô à apTcs U Carie de Coisiiii-i

G-^avé par Erhard rue Du£:uay - Trou:n,l2.

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