M. Violette
Pendant nui convalescence, ma tente, on, pour mieux dire, la pelouse sur laquelle elle était dressée, fut un espèce de rendez- vous général où les guerriers et les anciens de la tribu se réunissaient pour fumer et raconter les histoires des temps passés. Je rapporterai au lecteur celles qui me parurent les plus remarquables. In vieux chef dit un jour:
» Je vous parlerai du premier skhote-nahpishuan (canot de feu) que j'ai vu. Depuis, l'herbe s'est desséchée quinze fois dans la prairie , et je suis devenu vieux et faible. Alors j'étais un guerrier, et nombreuses sont les chevelures que j'ai enlevées sur les rives orientales de la Sabine. Alors les visages pales qui vivaient dans les prairies étaient bons. >»ous les combattions parce que nous étions ennemis, mais ils ne nous volaient jamais rien, et nous ne leur volions rien non plus.
' Eh bien donc! vers cette époque, au prinii. i
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tempe, nous étions à la chasse du bison. Les Caddoes, qui sont maintenant une petite tribu de chiens allâmes, étaient alors une grande et puissante nation qui s'étendait depuis les Cross-timbers jusqu'à la grande rivière de Test. Mais c'étaient des joueurs et des ivrognes ; ils vendaient toutes leurs pelleteries pour de la slioba wapo (eau de feu), et, quand ils retournaient chez eux, ils empoisonnaient leurs squaws et abrutissaient leurs enfants. Bientôt ils n'eurent plus rien à vendre, et comme ils ne pouvaient plus se passer de slioba ivapo, ils commencèrent à voler. Ils volaient les chevaux et les bœufs des visages pâles, et ils disaient : Ce sont les Gomanches qui l'ont fait. Quand ils tuaient des trappeurs ou des voyageurs, ils allaient trouver les Yankees dans leurs forts, et ils leur disaient : Allez aux wigwams des Comanches , et vous y verrez les chevelures de vos amis suspendues à de longues perches ; mais comme tout cela n'était pas vrai, nous ne nous en inquiétions nullement.
» Un jour enfin, le mauvais esprit des Caddoes leur inspira la pensée d'aller aux villages des Comanches pendant que ceux-ci seraient à la chasse, et d'en emporter tout ce qu'ils pourraient. Us partirent en effet, entrant sur le sentier de guerre comme des renards et deshibous, pendant la nuit. A leur arrivée, ils ne trouvèrent que des squaws, des vieilles femmes et des petits enfants;
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mais ces femmes el ces enfants étaient Cornanches : ils combattirent avec courage , tuèrent beaucoup de Gaddoes avant d'abandonner leurs huttes, e1 vinrent nous joindre sur notre terrain de chasse. Noire grand chef m'ordonna de partir a\ec cinq cents guerriers, et de ne revenir que lorsque les Gaddoes n'auraient plus de foyers, plus d'abris, que lorsqu'ils seraient réduits à errer dans les prairies comme le daim et les loups affamés.
» Je suivis la piste des ennemis , et brûlai d'abord leurs grands villages des Cross-tin il >ers , puis je les poursuivis dans les marais et au milieu des roseaux de l'est où ils étaient cachés parmi les longs lézards d'eau (les alligators). Pour nous échapper, ils traversèrent la Sabine et allèrent chercher un asile sur le territoire des Yankees où ils avaient un autre village, le plus grand et le plus riche de tous. Nous les suivîmes, et à mille milles de noire pays, sur les bords môme de leur rivière dont les eaux étaient Ici nies en roiii-e par l'argile du sol, nous campâmes autour de leurs v\ igwams , et nous préparâmes à vaincre.
* Nous étions dans la saison ténébreuse, quand il pleut nuit et jour ; la rivière était haute, la terre humide , et nos jeunes braves grelotaient même sous leur couvertures. Le soir, j'aperçus, loin vers le sud, au-dessus d'un des coudes du fleuve, une fumée noire et épaisse qui surgis-
sail comme un grand ])in au milieu dés nuages ; j^3 l'observai attentivement; elle ^avançait vers nous, et comme la nuit devenait de plus en plus sombre, on voyait que la marche de l'étrange apparition était éclairée par des étincelles de feu. Bientôt on entendit des bruits semblables à ceux des montagnes quand elles sont secouées par les mauvais esprits ; les sons étaient imposants , solennels , réguliers comme les battements du cœur d'un guerrier , et de temps à autre un cri aigu et perçant fendait l'air et éveillait dans les forêts d'autres voix terribles. Elle s'avançait, et les daims , les ours et les panthères épouvantés passaient rapidement au milieu de nous, fuyant le redoutable inconnu. Elle s'avançait, et je ne tardai pas à voir distinctement le monstre et ses deux larges bouches vomissant du feu comme les montagnes brûlantes de l'ouest. Quoique la pluie tombât par torrents, nous pouvions tout voir ; c'était un long poisson, ayant la forme d'un canot, et dont les flancs étaient parsemés d'une multitude d'yeux aussi brillants que les étoiles du ciel.
» Je ne vis personne avec le monstre ; il était seul, fendant les eaux et les battant avec ses jambes, ses bras ou ses nageoires. Au sommet de son corps, qui était très ébvé. il y avait une hutte carrée; je crus pendant un instant y voir un homme, mais détail une illusion , ou peut-
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rive lame (lu monstre guettant de sa cachette la proie qu'il pourrait saisir. Heureusement, Tobsçurîté était grande , très grande, et comme nous étions dans une cavité, le long du rivage , l'horrible chose passa devant nous sans nous apercevoir.
» Les Caddoes poussèrent un grand cri de terreur et d'angoisse. Le cœur leur avait défailli. Nous, au contraire, nous restâmes silencieux , car nous étions des Comanches et des guerriers. Je sentais cependant en moi quelque chose d'étrange, et mes pieds semblaient avoir pris racine à Fendroit où j'étais. Un homme, après tout, n'est qu'un homme, et lutter avec un esprit est audessus des forces même d'une peau rouge. Le cri des Caddoes épouvanta le monstre ; ses flancs s'ouvrirent et lancèrent sur le village d'effroyable anim lekis (coups de tonnerre). J'entendis le craquement des troncs d'arbres et le déchirement des peaux qui couvraient les huttes, et quand la fumée fut entièrement dissipée, il resta une forte odeur de poudre, et le monstre était loin , bien loin, ne laissant d'autres traces de son passage que les gémissements des blessés caddoes et les lamentations de leurs squaws.
« Moi et mes jeunes hommes revînmes à nous; nous entrâmes dans le village et attaquâmes les guerriers. Ils étaient trop abattus pour pouvoir se défendre ; mais comme c'étaient des voleurs ,
nous ne nous fîmes aucun scrupule de les exterminer. Nous retournâmes à nos wigwams , chacun de nous emportant de nombreuses chevelures. Depuis cette époque, les Caddoes n'ont plus été une nation. Us errent du nord au sud, et de l'est à l'ouest ; ils ont des cabanes en écorce d'arbre . ou bien ils s'abritent dans les terriers des chiens de prairie, avec les hibous et les serpents; mais ils n'ont ni huttes, ni wigwams, ni villages. Puisse ce sort être celui de tous les ennemis de notre grande nation ! »
Ce fait est historique. Au moment où les Comanches attaquaient le dernier village des Caddoes, situé sur le bord de la rivière Rouge, le bateau à vapeur le Castor explorait cette rivière pour la première fois jusqu'à environ quatre-vingts milles au-dessus de l'établissement français de Nachitochy. En voyant passer cette masse étrange , les pauvres sauvages poussèrent des cris de terreur, et le bateau , soit qu'il craignît une attaque, soit de gaîté de cœur, tira quatre coups de canon à mitraille sur lé village dont il n'était éloigné que d'une centaine de mètres.
Ce qui suit est le récit d'événements arrivés du temps de Mosh-Khota (le Bison), qui était un grand chef à l'époque où l'infortuné Lasalle, cherchant à découvrir l'embouchure du Mississipi, fit naufrage sur la côte du Texas.
« C'était du temps d'un chef, d'un grand chef,
fort, rusé et sage, d'un chef illustré par mille exploits audacieux. Son nom était Mosh-Khoia.
■ Il y a bien longtemps! aucun visage pale n'habitait la terre de l'abondance (traduction du mot indien Texas) ; nos grand-pères venaient de la recevoir du grand Esprit, et étaient arrivés du soleil couchant, à travers les grandes montagnes, pour en prendre possession. Nous étions une grande nation, nous le sommes encore, et nous le serons toujours. Dans ce temps-là , notre tribu >V tendait aussi tout le long des rives occidentales du grand fleuve (le Mississipi), car aucun visage paie ne s'y était encore établi ; nous étions un grand peuple gouverné par un chef puissant. La terre, les arbres, les rivières, l'air savent son nom. Y a-t-il un seul lieu dans les montagnes et dans les prairies où le nom de Mosh-Khota n'ait pas été prononcé et glorifié ? Il n'y en a pas un.
» Dans ce temps-là, des étrangers belliqueux, au visage pâle, brisèrent leurs grands canots sur nos côtes du sud, et débarquèrent sur la plage. Ils étaient armés de gros fusils et de longues carabines, mais ils n'avaient rien à manger. C'étaient les Mohe-Mate-Kosh-Ehoj (les Français). Leur chef était un homme bon , un guerrier et un grand voyageur. 11 était parti du territoire septentrional des Algonquins pour aller, à travers la grande eau salée , chercher dans des terres lointaines beaucoup de bonnes choses dont les peaux
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rouges avaient besoin : des couvertures bien chaudes pour dormir, des pierres pour faire du feu , des haches pour couper les arbres , et des couteaux pour éeorcher l'ours et le bison. C'était un homme bon, et il aimait les Indiens, car eux aussi étaient bons , et les bons s'aiment toujours les uns les autres.
» 11 rencontra Mosh-Rhota. Les étrangers avaient faim; leur voix était douce; ils étaient en trop petit nombre pour être redoutables, bien que leur courage semblât grand contre l'adversité, car ils chantaient et riaient au milieu de leurs souffrances. Nos guerriers ne pensèrent donc pas à les combattre. Nous leur donnâmes des aliments et les aidâmes à tirer de l'eau les planches de leur grand canot , et à bâtir le premier vvigwam qui ait jamais été habité dans le Texas par les visages pâles. Ils restèrent parmi nous pendant deux lunes , chassant le bison avec nos jeunes hommes; puis leur chef, accompagné de ses plus braves guerriers, partit dans quelquesuns de nos petits canots pour voir s'il ne pourrait pas entrer dans le graud fleuve en suivant la côte vers le soleil levant. Il fut absent pendant quatre lunes; et, quand il revint, il avait perdu la moitié de ses hommes par la maladie , la faim et la fatigue. Mosh-Khota lui dit de ne pas s'abandonner au désespoir, et promit aux visages pâles de les conduire au grand fleuve aussitôt que le prin-
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temps serait arrivé. Durant plusieurs autres lunes, nous vécûmes tous ensemble <mi braves et en frères. Ce lut d'eux (pie 1rs Comanches reçurent teurt premières carabines et leurs premiers couteaux. Était-ce bon? éiail-ce mauvais? qui le sait? La lance et les flèches tuaient le bison aussi bien que le plomb et la poussière noire (la poudre), et 1< ■> squaws enlevaient sans couteau la peau du daim et du castor. Gomment faisaient-elles? personne ne le sait maintenant, mais elles le faisaient pourtant, quoiqu'elles n'eussent pas encore vu les couteaux pointus et tranchants des visages pales.
» Cependant beaucoup des étrangers ne tardèrent pas à s'ennuyer de rester si loin de leurs wigwanis. Chaque matin leur chef regardait pendant des heures entières vers le soleil levant, comme si les yeux de son àme pouvaient voir à travers l'immensité des prairies. Il devint sombre comme un homme des actions ténébreuses (un médecine); et un jour, emmenant avec lui la moitié de sa bande, il commença une lQiigue piste à travers les prairies, les marais et les rivières, tant il craignait de mourir loin de son wigwam! Et pourtant il mourut, non de maladie ou de faim , mais sous le couteau d'un autre visage pâle, et il fut le premier étranger des terres lointaines dont les ossements blanchirent sans sépulture au milieu du désert. Souvent la brise du soir mur-
mure son nom dans les prairies du sud , car c'était un brave, et il est hors de doute qu'il fume maintenant le calumet auprès de son grand Manitou.
» 11 partit donc. Dans ce temps-là, le bison et le daim étaient abondants; et les visages pâles, sachant que chaque jour les rapprochait des forts de leur nation, quoiqu'ils en fussent encore loin, bien loin , continuèrent gaîment leur piste, et arrivèrent à la rivière aux nombreuses fourches (la rivière Trinité).
» Le chef au visage pâle avait un fils avec lui. C'était un noble jeune homme, beau à voir, agile, fort et courageux. Les Comanches l'aimaient; deux de ses guerriers, au contraire, le détestaient, et Mosh-Khota lui avait conseillé de s'en méfier; mais, jeune et généreux , incapable lui-même de méchanceté ou de couardise , il ne voulut pas les soupçonner chez les autres, et surtout chez des hommes de sa couleur et de sa nation , qui avaient partagé ses fatigues et ses dangers, ses joies et ses chagrins. Or, ces deux guerriers dont notre grand chef avait parlé étaient des hommes très méchants , très-cupides , et de plus ils étaient ambitieux. Us pensaient qu'en tuant leur chef et son fils, ce seraient eux qui commanderaient. Un soir, pendant qu'ils étaient tous à manger le repas de l'amitié, des gémissements furent entendus : un meurtre avait été commis. Quelques guerriers se
ET AVENTURES. Il
levèrent; ils virent leur chef toôrt et les dem traînes (|ni venaient vers eux. La vengeance fut prompte prompte comme celle de la panthère; les <l<>ii\ lâches guerriers furent tués.
» 11 y eut alors, entre les visage^ pâles, un grand combat dans lequel beaucoup d'eux perdirent la vie. Le jeune homme et quelques autres braves échappèrent à leurs ennemis, et au bout de deux lunes atteignirent les Arkansas où ils trouvèrent des amis et plusieurs Makota-Konayas ( robes noires ). Ceux qui avaient assassiné leur chef étaient des êtres méchants et venimeux; c'étaient des reptiles, et ils furent tous exterminés par nos ancêtres. L'autre moitié ring «vjsages pâles, qui était restée en grâ^ffi aancr Ç&ifo^ttvam de bois, suivit notre tébONôyiîèds filages, devint Comanche et pn^dë^ff ^^^5 enfants et ses petits-enfants ont forMô ïïneTxmne et brave nation ; leur visage est plus pâle que celui des Comanches, mais leur cœur estle même, et souvent, sur nos terrains de chasse, ils se réunissent à nos chasseurs, partagent leurs repas et s'accordent avec eux comme avec des frères. C'est la nation des Wakoes, peu éloignée vers le Sud, sur la piste des Cross-timbers. Mais qui ne connaît pas les Wukoes? les enfants mêmes savent le chemin de leurs huttes hospitalières. »
Cet épisode est historique. Dans les premiers mois de 1684, quatre vaisseaux partirent de la
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Rochelle pour coloniser le Mississipi. Ils portaient 280 personnes, et étaient commandés par Lasalle, qui emmena son neveu Moranget avec lui- L'expédition fut retenue à Saint-Domingue pendant deux ans, et lorsqu'elle remit à la voile, elle manqua l'embouchure du Mississipi et entra dans la baie de Matagorda où elle fit naufrage.
« Là, dit Bancroft dans son histoire d'Amérique, sous le soleil de juin, avec du bois coupé au loin cl traîné pendant une lieue sur l'herbe de la prairie, les colons se préparèrent à construire un abri. Lasalle était l'architecte, équarrissait luimême les poutres, et faisait les tenons et les mortaises. »
C'est cet établissement qui a fait considérer le Texas comme étant une partie de la Louisiane.
Les Indiens se montraient bienveillants; Lasalle partit dans leurs canots pour chercher le Mississipi. Au bout de quatre mois, il revint couvert de haillons, ayant perdu trente hommes, et sans avoir pu trouver la fatale rivière.
L'éloquent historien américain lui rend un noble témoignage ; il dit :
« Lasalle, à son retour, apprit que ses gens s'étaient révoltés et avaient détruit une partie des provisions de la colonie. Le ciel et la terre semblaient conjurés contre lui ; il avait perdu tout espoir de fortune et de renommée; sa colonie était réduite à une centaine d'hommes parmi les-
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({iiels le mécontement avait fail naître ttëèjtfojets criminels; l'Européen le plus proche était sur [a rivière Pamuco; et le Français le moins éloigné sur les rives septentrionales «lu Mexique; son indomptable force de volonté ne l'abandonna pas au milieu de ces rudes épreuves ; il résolut de s'acheminera pied vers ses compatriotes du nord, et de renouveler ses tentatives de colonisation. »
J'emprunte une autre page de Bancroft qui est plus explicite que les chroniqueurs comanches.
« En janvier 1687, Lasalle laissa soixante hommes au fort Saint-Louis, et partit pour le Canada avec le reste de ses gens. Chargeant leur bagage sur les chevaux sauvages du Cenis, qui trouvaient partout leur pâture dans les prairies; chaussés de souliers faits du cuir non tanné du bison; n'ayant que des peaux pour s'abriter contre la pluie; suivant, à défaut d'autres routes, la piste du bison ; se conciliant la faveur des sauvages par le courage confiant de leur chef, les voyageurs remontèrent les courants d'eau jusqu'aux premières chaînes des montagnes, et, cheminant à travers des plaines et des bosquets magnifiques, au milieu des daims et des bisons, tantôt passant à gué des petits ruisseaux limpides, tantôt faisant un pont sur un torrent en abattant unarbre gigantesque, ils franchirent le bassin du Colorado, et atteignirent dans le haut pays une. des branches de la rivière Trinité.
14 VOYAGFS
» Parmi les voyageurs, se trouvaient deux hommes nommés Duhaut et l'Archevêque, qui avaient placé leurs capitaux dans l'entreprise. Duhaut s'était fait remarquer depuis longtemps par son esprit séditieux ; avare, impatient de tout frein et exaspéré par les souffrances, il avait conçu une haine profonde pour celui qu'il appelait l'auteur de sa ruine. Ces deux hommes étant un jour à la chasse avec Moranget lui cherchèrent querelle et l'assassinèrent.
« ôurpris de ne pas voir revenir son neveu, Lasalle partit le 20 mars pour aller le chercher. Sur le bord de la rivière, il remarqua des aigles qui planaient dans l'air comme ils ont coutume de le faire quand ils voient un corps mort. Il tira un coup de fusil pour donner l'alarme. Avertis par le bruit, Duhaut et l'Archevêque traversèrent la rivière. Le premier se cacha dans l'herbe de la prairie ; Lasalle dit au second : Où est mon neveu? Dans ce moment , Duhaut fit feu, et Lasalle tomba mort sans prononcer une seule parole. — Tu es abattu maintenant, grand pacha, cria l'un des conspirateurs, tu es abattu ! Et ils dépouillèrent leur victime, et la laissèrent dans la prairie, nue et sans sépulture, exposée à la voracité des bêtes sauvages. »
Telle fut la lin de ce hardi aventurier. Aucun de ses compatriotes ne le surpassait en force de volonté et en grandeur de conception, en variété
de connaissances el en prompte adaptation du génie à toutes les circonstances Imprévues en magnanimité sublime qui se résignait à la volonté du ciel, mais qui triomphait de l'affliction par L'énergie inébranlable avec laquelle elle poursuivait l'exécution de ses projets. 11 avait gagné l'amitié du gouverneur du Canada, l'estime de Colbert, la confiance de Seignelay, la faveur de Louis XIV. Après avoir commencé la colonisation du Haut-Canada, il avait complété la découverte du Mississipi depuis les chutes du St- Antoine jusqu'à son embouchure, et on se souviendra de lui dans tous les temps comme du pore de la colonisation dans la grande vallée centrale de l'ouest. »
Une petite troupe , composée en tout de sept hommes, parmi lesquels se trouvaient le frère et le fils de Lasalle, obtint des Indiens un guide pour la conduire aux Arkansas. Passant à gué les torrents, franchissant les ravins, traversant les rivières sur des radeaux ou sur des bateaux faits en peaux de bison, les Français, après avoir enterré un de leurs compagnons dans le désert, arrivèrent, le 24 juillet, sur une des branches du Mississipi. Là, une grande croix , plantée sur une île, frappa leurs regards. Jamais chrétiens ne virent cet emblème avec une émotion plus profonde que celle qu'ils éprouvèrent. Auprès de la croix était une cabane faite en troncs d'arbre; deux
Français l'habitaient. In missionnaire, nommé Tonti, avait descendu la rivière jusqu'à cet endroit, et, douloureusement désappointé de ne pas trouver Lasalle, y avait établi un poste.
Comme le lecteur peut le voir, il n'y a pas beaucoup de différence entre nos histoires imprimées et les traditions orales des Comanches.