PARIS
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Ceci n'est pas un livre, ce n*est même pas un catalogue, c'est tout simplement un recueil de renseignemenis à Tusage de mes amis d'Amérique. Cette déclaration m'autorise à présenter quelques courtes explications préliminaires qui me paraissent utiles.
Les relations suivies que j'ai depuis tout à Theuie un tiers de siècle avec les États-Unis, les nom^ breux amis que j'y compte, les voyages que j'y ai faits, la bienveillance que j'y ai sans cesse t encontrée, ont fait de ce beau pays ma seconde patrie. Quand je suis en Amérique, mes pensées se reportent vers la France, quand je suis en France, elles se dirigent chaque jour vers l'Amérique. Cette préoccupation constante m'a amené à faire une petite découverte qui n'étonnera personne; j'ai constaté qu'aux. États-Unis on se fait une grande et ' noble idée de la civilisation française, tandis qu'en France on entretient l'opinion la plus erronée sur la civilisation américaine.
On croit généralement de ce côté de TAtlanUque, qu'aux États-Unis on ne s'occupe que d'affaires matérielles. On se figure toujours un Américain derrière un comptoir ou sur le pont d'un navire marchand. J'en conclus que les Français qui se rendent en Amérique ne le font que dans le but de faire du négoce et de gagner de l'argent, ce qui n'est pas un mal; mais j'en conclus aussi que, consacrés tout entiers à la poursuite des relations commerciales, ils ont négligé d'étudier la société américaine, ce qui est un tort.
J'ai été moins indifférent ou plus heureux. Peu d'hommes ont contribué plus que moi à répandre les livres français sur tous les points de l'Amérique : la conséquence naturelle a été que, par la force de la situation, je me suis trouvé en rapport avec les amis de la littérature française. J'ai vu la société américaine dans ses moments de loisir, alors que pour se reposer de la fatigue des affaires, elle cherche les délassements de l'esprit, et j'y ai retrouvé la civilisation française avec ses goûts littéraires, son amour des beaux-aits et son admiration enthousiaste pour tous les talents, voire même pour les talents les plus futiles.
En Amérique, on forme de toutes parts des bibliothèques, et dans chaque bibliothèque une place est réservée aux livres français. J'ai été con"sulté bien souvent, de vive voix et par corres-
pondance , sur des choix à faire pour former oiji pour augmenter une collection de livres, et j'ai employé beaucoup de temps à donner des conseils très-incomplets^
M. Henry Stevens, agent littéraire à Londres du Smithsonian Institution, s'est trouvé dans le même embarras que moi (relativement aux livres an- ;glais) ; pour en sortir, il a imaginé de publier une liste des ouvrages dont il conseille l'acquisition ; il a imprimé d'avance les réponses aux questions qui ne lui étaient pas encore faites. Ses amis s'en sont bien trouvés. Je n'ai pas vu de raison pour ne pas suivre son exemple, et je ne sais pas pourquoi ma Bibliothèque française ne serait pas aussi utile <iue l'a été sa Bibliothèque anglaise^.
Mais la tâche est plus difficile.
En donnant des renseignements sur les ouvrages anglais, M. Stevens parle aux Américains de leur propre littérature, car tous les auteurs qui ont écrit dans une langue appartiennent de droit au pays où se parle cette langue. Les Américains peuvent revendiquer à juste titre, comme leur appartenant., Shakspeare, Milton, Pope, Hume^ Byron et tous les illustres écrivains de la vieille Angleterre, tout comme l'Angleterre s'est déjà emparée de Washington Irving, de Bancroft, de Presi-
I, My english library. — 1 roi. grand in-18.
cot, de Ticknor, de Longfellow et d'autres écrivain» atméricains célèbres. Les romans de Feïiimore Gooper sont aussi populaires en Angleterre (Jue ceux de Walter Scott, et un tout petit livre plein d'une grande pensée, vient récemment de faire le tour des trois royaumes.
Jen*ai pas le même avantage que M. Stevens.
Pour les Américains, la littérature française est une littérature étrangère*. Les ouvrages français sont recherchés par la classe aisée, désireuse de s'instruire et d'occuper ses loisirs; mais ils n*en sont pas connus, et il ne suffit pas de les nommer pour les faire connaître.
Je ne veux pas médire des titres, je ne prétends pas qu'ils soient menteurs, mais toujours est-il qu'il est fort rare qu'ils indiquent la tendance et le but d'un livre.
Deux moyens se présentaient : Tun de joindre une note au titre de chaqae ouvrage, l'autre de donner {in extenso) la taJble des matières.
J'ai préféré ce dernier moyen.
Je me suis souvenu qa'un homme célèbre, et qu'on appelait dans son temps le Nestor de la di-
1. Je n'ai pas l'intention d'être absolu, ce serait non-seuleoient une erreur, mais encore une injustice, car il y a aux États-Unis des érudits qui connaissent parfaitement la littëratare française dans toutes ses branches , entre autres , mon savant ami M. J. G. Cogswell, superintendant de l'Astor Library à New-York.
plomatie, disait « qu'il contiaissait tduê les fivres et qu*iln'en avait jamais lu aucun. » Il se contentait de lire la Préface et de parcourir la table des matières. Je ne conseille cette manière de lire à personne, mais je reconnais que la table des matipres peut donner une idée assez exacte d'un livre pour juger si on peut y trouver ce qu'on cherche ; à vrai dire, c'est faire parler le livre lui-même.
En faisant faire le choix que je présente dans ce petit volume, j'ai consulté une expérience déjà longue de trente années. Que de livres qui, dans dans cet espace de temps, ont brillé d'un grand éclat pour tomber ensuite dans Toubli le plus profond, tandis que quelques autres,- qui ont paru presque inaperçus, sont aujourd'hui au premier rang. J*ai fait noter soigneusement les ouvrages qui avaient surnagé dans Tocéan littéraire après les tempêtes de la mode, d« rengouement et des circonstances.
De là ma réserve extrême.
D'ailleurs le cadre que je me suis tracé en commençant ne m'a pas permis d'admettre tous les ouvrages qui doivent trouver place dans une b^liothèque,et je reconnais volontiers que des omissions très-regrettables ont eu lieu*.
1. Par exemple, un ouvrage fort estimé de mun frère, M. Adolphe Bossange , iotitulé des Crimes et des Peines capitales. — 1 vcl. iii-8. Paris. 1832.