‹ Ma biographie ...: avec un appendiceChapitre 56 sur 79 · LE BON VIEILLARD · texte numérisé non relu

LE BON VIEILLARD

Note LXXII. — Au vers :

J'ai bu jadis avec le bon Panard.

Panard est un des noms que les chansonniers ont dû répéter le plus souvent. Le premier peut-être il a soumis la chanson à une correction étudiée et à une grande richesse de rimes. Il a commencé à rendre ce genre difficile pour les simples amateurs. C'est cependant plutôt un coupletteur habile qu'un vrai poêle. Panard se meut dans un cercle d'idées très-étroit et il ne fit jamais de la chanson ni un petit draiiie ni un tableau. GaUet, moins connu, moins cité, lui est peut-être supérieur sous ce rapport.

Les Mémoires de Harmontel contiennent différents passages sur Panard qui le font aimer, et donnent lieu de croire que, grâce à une douce mdiffërence, ce chansonnier dut vivre heureux. (Note de Béranger.)

Voici un extrait curieux du livre IV des Mémoires de Harmontel que cite Béranger [Note de V Éditeur) :

« Ce vaurien (Gàllet) était iin original assez curieux à connaître.

« C'était un marchand épicier de la rue des Lombards, qui, plus assidu au théâtre de la foire qu'à sa boutique, s'était déjà ruiné lorsque je le connus. Il était hydropique, et n'en buvait pas moins et n'en était pas moins joyeux : aussi peu soucieux de la mort que soigneux de la vie, et tel qu'enfin dans la misère, dans la captivité, sur un lit de douleur, et presque à l'agonie, il ne cessa de faire un jeu de tout cela.

« Après sa banqueroute, réfugié au Temple, lieu de franchise alors pour les débiteurs insolvables, comme il y recevait tous les jours des mémoires de créanciers : « Me voilà, disait-il, « logé au Temple des mémoires. > Quand son hydropisie fut sur le point de l'étouffer, le vicaire du Temple étant venu lui administrer l-extrême-onction : « Ah! monsieur l'abbé, lui « dit-il, vous venez me graisser les bottes; cela est inutile, « car je m'en vais par eau. » Le même jour il écrivit à son ami Collé , et, en lui souhaitant la bonne année par des couplets sur Tair : Accompagné de plusieurs mitres, il terminait ainsi sa dernière gaieté :

De CCS couplets soyez content :

Je TOUS en ferais bien autant, Et plus qu'on ne compte d'apôtres; Mais, cher Collé, voici Tinstant Où certain fossoyeur m'attend, Accompagné de plusieurs autres.

« Le bon homme Panard, aussi insouciant que sou ami, aussi oublieux du passé et négligent de l'avenir, avait plutôt dans son infortune la tranquillité d'un enfant que l'indifférence

d*ua philosophe. Le soin de se nourrir, de se loger, de s(» vêtir, ne le regardait point ; c'était Taffaire de ses amis, et il en avait d'assez bons pour mériter cette confiance. Dans les mœurs, comme dans Tesprit, il tenait beaucoup du naturel simple et naïf de la Fontaine. Jamais Textérieur n'annonça moins de délicatesse; il en avait pourtant dans la pensée et dans l'expression. »

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