‹ Ma biographie (volume 2)Chapitre 22 sur 25 · OBSÈQUES DE BÉRANGER · texte numérisé non relu

OBSÈQUES DE BÉRANGER

n La France vient de perdre son poêle national !

« Le gouvernement de l’Empereur a voulu que des honneurs publics fussent rendus à la mémoire de Béranger. Ce pieux hommage était dû au poète dont, les chants, consacrés au culte île la patrie , ont aidé à perpétuer dans le cœur du [toupie le souvenir des gloires impériales,

AIT K .MH CK

« J’apprends que dos hommes de parti ne voient dans cette triste solennité qu’une occasion de renouveler des désordres qui, dans d'autres temps, ont. signalé de semblables cérémonies.

« I.e gouvernement ne souffrira pas qu’une manifestation tumultueuse se substitue au deuil respectueux et patriotique qui doit présider aux funérailles de Béranger.

« « D'un autre côté, la volonté du défunt s’est manifestée par

ces touchantes paroles : ».

a Uuant à mes obsèques , si vous pouvez éviter le bruit pui blic, faites-le, je vous prie, mon cher Perrotin. J’ai horreur « pour les amis que je perds du bruit de la foule et des disï cours à leur enterrement. Si le mien peut se faire sans puce blic, ce sera un do mes vœux accompli. ®

« Il a donc été résolu, d’accord avec l’exécuteur testamentaire, que le cortège funèbre se composera exclusivement de députations officielles et des personnes munies de lettres de convocation.

« J'invite la population à se conformer à ces prescriptions. Des mesures seront prises pour que la volonté du gouvernement et celle du défunt soient rigoureusement et religieusement respectées.

■< I.e sénateur, préfet de police,

V Plf.TBI. »

Pendant que se faisaient les préparatifs de la fêle funèbre, les amis veillaient à côté des restes du poète expiré. A on/e heures et demie du soir , M. Perrotin obtint l’autorisation nécessaire pour la prise d’une empreinte des traits de Béranger.

APPENDICE

On l’avait replacé sur sou lit. La mort avait effacé les marques de la maladie, elle avait calmé et ennobli le visage \

Le lendemain matin , les amis de Déranger l’ensevelirent **. Pendant ce temps les rues s’emplissaient ; une armée se rangeait sur le chemin et tout un peuple accourait. La douleur publique, surprise par la rapidité de la cérémonie, n’en lut que plus profonde. La multitude inconnue, la nation tout enlière avait compris qu’elle perdait son ami le plus cher et sa gloire la plus pure. Dès les premiers pas, en quittant la maison mortuaire, on vit quelle grande journée devait être ce jour de

' l'n sculpteur habile flans son art, M. Geoffroy Dechaume, a exécuté avec un grand succès, pour M. Perrotin, un dernier buste, exact et authentique, de Béranger. Personne, autre que lui, pendant la dernière veille, n’a été admis à dessiner ou à modeler le visage du poète, et aucune des images qu'on a répandues dans le public, soit en gravures, soit en épreuves photographiques, ne présente le caractère ni même l'apparence de la vérité.

** ■ PROCÈS-VERBAL DE LA MOHT ET DE l’eNSEVËLIsSEHENT DE DÉRANGES

» Le IG juillet 1857, à quaire heures trente-cinq minutes du soir, Béranger, après une courte mais très-douloureuse agonie, rendit le dernier soupir.

« Le gouvernement, instruit immédiatement de a; triste événement, décida, comme on le sait, que l'enterrement aurait lieu le lendemain à midi, et paf - les soins de l’État.

(t Toutes les mesures durent être prises avec la plus grande rapidité. Le soir même, à neuf heures, le médecin vérificateur vint faire la visite du corps.

« Le 17 juillet, à neuf heures et demie du matin, MM. Perrotin, Antier et le docteur Charles Bernard, se trouvant réunis, le docteur Charles Bernard, d'accord en cela avec les docteurs Trousseau et Jabin, s'assura de nouveau d’un décès que Ions les signes de la mort indiquaient suffisamment. MM Perrotin, Anlier et Charles Bernard procédèrent seuls à l’ensevelissement et à la mise dans une bière en plomb de leur ami P. J. de Béranger.

« fait à Paris, rue de Vendôme, 5, le 17 juillet 1857, à dix heures du matin.

■ Ont signé :

" Perrotin, Antier, Charles Bernard. »

APPENDICE

deuil. Du milieu de la rue Vendôme, les hauteurs de la rue Meslay apparurent comme un cirque rempli : toutes les têtes étaient découvertes; le recueillement avait fermé toutes les bouches. Aucun pinceau ne reproduira les scènes touchantes de ces funérailles, les flots d'hommes, etc femmes et d’enfants que contenait avec peine sur le boulevard nue longue haie militaire et qui voulaient saluer le char funèbre. Les bornes, les balcons, lés toits, étaient couverts d'une foule frémissante et attendrie. Au cris de Honneur, honneur à Déranger! (quelle oraison funèbre 1) succédaient de profonds silences ; le respect et l’admiration se montraient et éclataient tour à tour avec une constante unanimité. Le plus beau spectacle, ce fut quand on arriva aux abords du canal Saint-Martin pour le traverser lentement : un peuple entier, si loin que l'œil plongeait, avait envahi l’espace; les maisons et les rues n’avaient pu le contenir. Les bateaux du canal tremblaient sous le fardeau de celte foule innombrable qui , des deux côtés , s’était rangée en amphithéâtre, et dans laquelle tant de cœurs palpitaient.

Un avait paru craindre un grand tumulte. Paris a respecté religieusement les funérailles de son poète illustre et de son plus cher enfant.

Nous n’aurions , pour toute épitaphe , qu'à graver sur sa tombe ces vers qu’il a écrits pour nous ;

! Vous triompherez des tempêtes Où notre courage expira ;

C'est en éclatant sur nos têtes (lue la foudre nous éclaira.

Si le Dieu qui vous aime Crut devoir nous punir.

Pour vous sa main ressème i Les champs de l'avenir.

Ces vers attesteront les souffrances, les etTorts, le génie de

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