‹ Ma biographie (volume 5)Chapitre 7 sur 24 · A PI' KM) ICI · texte numérisé non relu

A PI' KM) ICI

Vers deux heures, l'agonie lii sentir ses étreintes; elles lurent cruelles. Déranger a beaucoup souffert avant de mourir. M. Lebrun, épuisé d'inquiétude, venait do se retirer dans la cliambre voisine, l'on d'instants auparavant. MM. Mignet, Thiers el Cousin avaient vu pour la dernière fois leur ami. Béranger est mort à quatre heures trente-cinq minutes entre les liras de ses amis, serrant la main de M. Antior. L'un dos médecins comptait les dernières pulsations : le punis s'arrêta. Tout était Uni.

On se rappelle la tristesse extraordinaire qui se répandit dans tout Paris sur la fin de la soirée et qui semblait se promettre pour le lendemain une manifestation solennelle.

Quelques heures après que Béranger eut succombé , le ministre d'État lit savoir que le gouvernement, désirant honorer le poêle par un témoignage public, se chargeait du soin des funérailles. L'Étal remplaçait la famille absente, et l'exécuteur testamentaire n avait plus de mission à remplir. Il dut remettre au ministre la copie de la lettre où Béranger, exprimant son dernier vœu, souhaitait que ses funérailles pussent répondre par leur simplicité aux habitudes de toute sa vie. Le gouvernement prit sur-le-champ ses mesures . il s'arma du vœu du poète, et dans la nuit même furent posées ces affiches :

« OBSEQUES DE BERANGEB.

« La France vient de perdre son poëte national !

« Le gouvernement de l'Empereur a voulu que des honneurs publics fussent rendus à la mémoire de Béranger. Ce pieux hommage était dû au poëte dont les chants, consacrés au culte de la patrie , ont aidé à perpétuer dans le cœur du peuple le souvenir des gloires impériales,

APPENDICE idô

« J'apprends que des hommes de parti ne voient dans celle triste solennité qu'une occasion de renouveler des désordres qui, dans d'autres temps, ont signalé de semblables cérémonies.

« Le gouvernement ne souffrira lias qu'une manifestai ion tumultueuse se substitue au deuil respectueux el patriotique qui doit présider aux funérailles de Béranger.

« D'un autre côté, la volonté du défurtl s'est manifestée par ces touchantes paroles :

« Quant à mes obsèques, si vous pouvez éviter le bruit pu- • Mie. faites-le. je vous prie, mon cher l'eirotin. J'ai horreur

■ pour les amis que je perds du bruit de la foule et dos dis- « cours à leur enterrement. Si le mien peut se faire sans pu-

■ blic, ce sera un de mes vœux accompli. «

« Il a donc été résolu . d'accord avec l'exécuteur testamentaire, que le cortège funèbre se composera exclusivement de députations officielles et des personnes munies de lettres île convocation.

« J'invite la population à se conformer à ces prescriptions. I>es mesures seront prises pour que la volonté du gouvernement el celle du défunt soient rigoureusement et religieusement respectées.

« Le sénateur, préfet de police,

'<. PlETIU. V

Pendant que se faisaient les préparatifs de la fête funèbre, les amis veillaient à côté des restes du poêle expiré. A onze heures et demie du soir. M. Perrotin obtint l'autorisation nécessaire pour la prise d'une empreinte des traits de Béranger.

On l'avait replacé sur sou lit. La morl avait effacé les marques de la maladie, elle avait calmé et ennobli le visage '. Le lendemain matin , les amis de Béranger l'ensevelii'eul Pendant ce temps les rues s'emplissaient ; une armée se rangeait sur le chemin et tout nu peuple accourait. La douleur publique, surprise par la rapidité de la cérémonie) n'en fut que plus profonde. La multitude inconnue, la nation toul entière avait compris qu'elle perdait son ami le plus cher el sa gloire la plus pure. Dès les premiers pas, en quittant la maison mortuaire, on vit quelle grande journée devait être ce jour de

" Un sculpteur habile dans son art, M. Geoffroy Dechaume, a exécuté avec un grand succès, pour M. Perrotin, un dernier buste, exact et authentique, de Béranger. Personne autre que lui, pendant la dernière veille, n'a été admis à dessiner ou à modeler le visage du poète, et aucune des images qu'on a répandues dans le public, soit en gravures, soit en épreuves photographiques, ne présente le caractère ni même l'apparence de la vérité.

'" « PROCÈS-VERBAL UK LA MORT El DE L'ENSEVELISSEMENT DE UÉRANGEH

" Le 16 juillet 1S;J7, à quatre heures trente-cinq minutes du soir, liéranger, après une courte mais très-douloureuse agonie, rendit le dernier soupir.

« Le gouvernement, instruit immédiatement de ce triste événement, décida, comme on le sait, que. l'enterrement aurait lieu le Icndcnui n a midi, et par les soins de l'État.

« Toutes les mesures durent être prises avec la plus grande rapidité. Le soir même, à neuf heures, le médecin vérificateur vint faire la visite du corps.

i Le 17 juillet, à neuf heures et demie du matin, MM. l'errotin, Antier et le docteur Charles Bernard, se trouvant réunis, le docteur Charles Bernard, d'accord en cela avec les docteurs Trousseau et Jabin. s'assura de nouveau d'un décès que tous les signes de la mort indiquaient suffisamment. MM- l'errotin, Antier et Charles Bernard procédèrent seuls à l'ensevelissement et à la mise dans une bière en plomb de leur ami P. J. de Béranger.

" Fait a Paris, rue de Vendôme, .'>, le 17 juillet 18o7. a dix heures du matin.

■ Ottt signé :

ii Pj.Ulluil.x, A.Mltl;, Charles BeHNAUB.

APPENDICE -je.:.

deuil. 1 > 1 1 milieu de la rue Vendôme, les hauteurs de la vue Meslay apparurent comme un cirque rempli : toutes les lèles étaient découvertes; le recueillement avait fermé toutes les bouches. Aucun pinceau ne reproduira les scènes touchantes de ces funérailles, les dois d'hommes, de femmes et d'enfants que contenait avec peine sur le boulevard une longue baie uiililaire et qui voulaient saluer le char funèbre. Les bornes, les balcons, les toits, étaient couverts d'une foule frémissante et attendrie. Au cris de Honneur, honneur à Béranger! (quelle oraison funèbre !) succédaient de profonds silences ; le respect el l'admiration se montraient et éclataient tour à leur avec une constante unanimité. Le plus beau spectacle, ce fut quand on arriva aux abords du canal Saint-Martin pour le traverser lentement : un peuple entier, si loin que l'œil plongeait, avait envahi l'espace; les maisons et les rues n'avaient pu le contenir. Les bateaux du canal tremblaient sous le fardeau de celle foule innombrable qui . des deux côtés, s'élail rangée en amphithéâtre, et dans laquelle lant de cœurs palpitaient.

On avait paru craindre un grand tumulte. Paris a respecté religieusement les funérailles de son poêle illustre et de son plus cher enfant.

Nous n'aurions, pour loute épitaphe, qu'à graver sur sa tombe ces vers qu'il a écrits pour nous :

Vous triompherez des tempêtes Où notre courage expira;

K'est en éclatant sur nos têtes Que la foudre nous éclaira.

Si le Dieu qui vous aime Crut devoir nous punir, Pour vous sa main ressème Les champs de l'avenir.

ces rei-e aitesieronl les souffrances, les efforts, le veine dl

nos pères, cl ils soutiendront noire espérance; ils dironl dans la postérité à l'aurore de quels jours pénibles est né le chantre que nous pleurons aujourd'hui el sur quels horizons pleins de joie sa musc tenait ^on regard attaché.

Béranger ne ressemblait guère à la plupart des portraits qu'on a donnés de lui. Nous avons mis dans l'édition in-8 ot dans l'édition in-32 de Ma Biographie une gravure à l'eau-forte d'un dessin do Charlet, qui date de 1834 ot qui est un croquis d'une grande vérité. C'est d'après ce dessin qu'a été modelée une figurine de lias- relief qu'on a fort bien accueillie, la croyant inspirée de l'original, et qui n'a en soi aucune valeur historique.

Il semble que les écrivains aient pris à tâche d'être encore moins fidèles à la vérité dans leurs descriptions que les artistes dans leurs ligures. A en croire des esquisses récentes, on se tromperait tort sur la physionomie de Béranger et les habitudes de sa vie privée. Rien eu lui ne sentait, comme on l'a

ilii , l'homme qui a voulu vivre dans une retraite trop étroite, et il n'avait de rustique que ce que Chateaubriand a loué ou lui. je ne sais quelle franchise peinte sur le visage.

Sa taille, fort exactement proportionnée, atteignait à peine cinq pieds un pouce ; mais sa tête lo grandissait d'une coudée. el c'était sur cette tête seule que le regard se portait. Elle était forte et d'une structure tout à fait, extraordinaire : la boîte osseuse du cerveau était d'une capacité singulière ' el s'avançait vers le front comme si elle eût contenu avec peine une pensée trop puissante. Dos vingt-trois ans. Béranger était devenu chauve; il y avait gagné cet air si doux dans la jeunesse et plus tard si vénérable d'un homme que la vie a lassé el d'un patriarche qui se repose. D'ailleurs, le peu de cheveux qui lui restaient, d'une couleur blonde qui avait fort peu blanchi, et qu'il laissait croître et retomber sur ses épaules, encadraient de la façon la plus aimable son aimable visage.

La fermeté du caractère (''lait empreinte dans tous ses traits; mais on y lisait aussi la douceur de son âme. Ses grands yeux bleus, saillant un peu de l'orbite, avaient une expression qui» nul ne pouvait oublier. Vers la fin de sa vie, ils s'étaient voilés el obscurcis; mais ils avaient conservé, jusque dans le trouble île la vue, la sérénité du regard, et ils vous parlaient encore avec bonté lorsque sa bouche était déjà muette. Si une grande pensée avait traversé son esprit, un vif éclair en jaillissait, el l'indignation pouvait les enflammer. Sa bouche surtout. (Hait d'un dessin remarquable : de ses lèvres arquées partaient à la fois le sourire de la bienveillance el le sourire de l'ironie. Les belles paroles on coulaient sans cesse, vibrantes et harmonieuses. Cette voix d'un timbre presque toujours agréable el doux trouvait au besoin des noies sévères. On a remarqué, dans les dernières journées, son accent prophétique; il résonne encore à nos oreilles.

' l'iivnnfércncp. 0™,îîfl; plus scande longueur, II'" ~1\ .

Longtemps maladif, Béranger a été dans sa jeunesse délicat, chétif même, et, comme il l'a dit, sujet à de très-fréquentes et

cruelles migraines dont l'âge l'avait on partie délivré. Son air « fin et voluptueux, » avec grâce, n'était pas sans mélancolie; jamais il n'a été négligé : il était simple. Sa main était petite, souple et fine. C'était un grand marcheur ; il avait le pas ferme et léger. Presque toutes ses chansons sont nées pondant ses promenades.

Son costume était celui d'un pasteur protestant. Ses vêtements simples, toujours de couleur foncée, et son large chapeau de l'outre souple lui seyaient mieux qu'à personne. Il avait respecté les modes d'autrefois, et nouait sa cravate autour d'un grand col de chemise relevé comme aux temps de sa jeunesse; niais la simplicité môme de ce costume n'avait rien d'affecté : elle ne recherchait que l'aisance et l'ampleur.

Béranger a inséré dans sa Biographie quelques-unes des chansons de sa jeunesse. Nous aurions pu , en relisant les recueils littéraires du temps do l'Empire, y trouver quelques autres chansons et divers morceaux qui ont paru alors et qu'il serait curieux de rassembler. Mais nous avons pensé qu'il fallait seulement citer ici celles qui offrent un intérêt, spécial.

L'idylle de Glycêre, qui est très-courte, marque bien quelle était la première manière de Béranger. Elle parut, en 1805. dans les Saisons du Parnasse et dans YAtinanach des Muses. Mademoiselle Pauline de Meulan (plus lard madame tiuizol) fut la première à signaler, dans le P/t/iliciste. la grâce et le naturel de

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