LES ÉTOILES QUI FILENT
Note LXXXVII. — Au titre.
Le désir de voir naître une poésie toute populaire, c'est-àdire puisée dans les idées et les sentiments du peuple, a toujours préoccupé Béranger. Il a toujours cru que, plus la civilisation faisait de progrès, plus la poésie se réfugiait dans les classes inférieures. C'est pourquoi il travailla longtemps au genre pastoral, où il espérait pouvoir être vrai sans bassesse et simple au moins, s'il ne pouvait être naïf.
Les Étoiles qui filent, cette croyance populaire, étaient un sujet qu'il s'était promis de traiter en idylle. La chanson ayant fini par l'emporter dans son esprit sur tous les autres genres dont il s'était occupé, il chanta les étoiles, et ce ne fut pas le seul sujet d'idylle qu'il fit servir ainsi au succès de sa muse nouvelle. [Note de BérangerS)
LENRHUMÉ
Note LXXXVUI. — Au sous-titre.
Voici encore un vaudeville dans l'ancien genre. Celui-ci n'eut de succès qu'au tribunal et par une circonstance assez singulière.
L'auteur avait rais à l'avant-dernier couplet :
Mais la Charte encor nous défend.
Du roi, c'est l'immortel enfant ;
Il l'aime, on le présume.
Oui, mais papa, gardant la dot, Traite sa fille comme Loth.
L'imprimeur fut effrayé par ces deux méchants vers , auxquels Béranger tenait peu, et demanda qu'on les laissât en blanc. Contre son habitude, l'auteur s'empressa d'y consentir, voyant bien quel parti la malice publique tirerait de cette lacune. Une s'était point trompé, et ces blancs furent matière à la plus vive accusation de la pari de Marchangy. Rien deplusplaisantct en même temps déplus odieux que de lentendre accuser le silence de l'auteur à propos de ces deux lignes de points. Dupin tira un excellent parti de ce passage du réquisitoire.
Béranger n'eut jamais envie de rétablir les deux vers, tant ils lui semblaient au-dessous do lidée que le public s'en était faite.
Les deux ministres nommés dans le cinquième couplet sont MM. Siméon et Pasquier. [Note de Béranger.)
LA FARIDO.XDAIXE
A'oTE LXXXIX. — Au sous-titre.
Le préfet de police Angles et tous ses successeurs ont déclaré la guerre aux réunions chantantes. Celles qu'on nomme goyncttes, presque uniquement composées d'hommes d'industrie et de commerce, et même d'un grand nombre d'ouvriers, sont surtout l'objet des craintes de ces magistrats. Le patriotisme anime ces réunions, mais il n'en est pas le seul esprit. On serait étonné de la quantité de jolis couplets, même de chansons piquantes et correctement tournées, qui, chaque année, sortent de ces réunions, qui, presque toutes, ont lieu au cabaret ou dans les guinguettes aux portes de Paris. Béranger a dû en grande partie la vogue dont il a joui à l'espèce de culte que ces sociétés professaient pour lui. Il devait donc prendre parti en leur faveur quand parut l'ordonnance de M. Angles.
Rien de plus ridicule que cette ordonnance qui mit le trouble dans ces joyeuses réunions. Les oiseaux, d'abord effarouchés, revinrent bientôt à leurs habitudes, et, à force de ruses innocentes, éludèrent les dispositions vexatoires et firent résonner de nouveaux chants.
Troisième couplet i
A Sa Grâce il fait peine.
Allusion à Wellington.
Quatrième couplet :
Que dirait de mieux Marchangy?
Cet avocatgénéral fut, sans contredit, le plus infatigable in terprétateur. 11 employait à cemétiertout ce qu'il pouvait avoir d'esprit. Toutefois ce qu'il faut surtout lui reprocher, c'est sa conduite dans l'affaire des quatre malheureux sergents de la Rochelle, dont le plus âgé avait vingt-six ans. [Note de Bëranger.)