CONFÉRENCE
Messieurs,
Il est dit dans l'écriture sainte que Dieu, le grand ouvrier universel, mit six jours à créer le monde. Nous ne pouvons nier qu’il avait le capital et la force pour Lui, et qu’Il aurait bien pu, d’un souffle de son infinie puissance, tout créer en un instant ; non, cependant, Il a voulu, dans sa divine sagesse, donner à ses créatures l'exemple du travail. L’écriture ajoute qu’Il se reposa le septième jour ; un Dieu se reposer ! n'est-ce pas encore une leçon qu’Il a bien voulu nous donner? oui, certainement, tout homme de bon sens ne peut le comprendre autrement. Et je comprends de plus, qu'après avoir créé de rien, pendant cinq jours, toutes les merveilles de l’univers, Il prit un jour entier pour façonner l’homme à son image ; I1 donna à cet être nouveau, composé d’un corps et d’une âme, un souffle, un rayon de son intelligence zrcommensurable. I] le plaça ensuite dans un lieu de délices, appelé paradis terrestre, et le nomma roi de la création.
Puis, Dieu se dit en Lui-même, pour me servir du langage humain : “11 n’est pas bon que l'homme soit seul Le”
c’est pourquoi Il créa Eve, la compagne d'Adam. Vous savez comme moi ce qui arriva À nos Premiers parents après leur désobéissance. Le premier meurtre a été commis par leur fils aîné Caïn, contre son frère Abel, et depuis lors que de sacrilèges, que de profanations, que d’infamies, que de crimes de toutes sortes n’ont-ils pas affligé la race humaine !.… Ah! l’orgueilleux Lucifer a tenu parole, il s’est bien vengé: il a levé un jour l’étendard de la révolte contre son Créateur; des légions d’esprits célestes ont partagé son fol orgueil et son châtiment, mais quel mal n’ont-ils pas fait et ue font-ils pas encore ? Jaloux d'Adam et d’Eve, qu’ils considéraient comme leurs inférieurs, les anges déchus les perdirent, eux et tous leurs descendants, en les trompant d’une manière diabolique, et n'est-ce PaS encore ce qu’ils continuent de faire tous les jours ?
J'ai dit que Dieu, après avoir créé l'univers et tout ce qu’il coi ient, puis l’homme Pour jouir de toutes ces inerveilles, se reposa le septième jour en contemplant son œu-. vre. On doit déduire de 1à qu’Il veut que nous-mêmes nous nous reposions, c’est-à-dire que nous cessions fou’ travail manuel, pour le remercier de ses dons, un jour sur sept. Ne l’at-Il pas dit clairement dans le décalogue dicté à Moise sur le Mont Sinaï: « Souvenez-vous de sanctifier le jour du Sabbat!” Quand un peuple va jusqu’à oublier ce commandement impérieux de son Créateur, oh! alors sa chute n’est pas loin et ceux qui auront l’audace de le transgresser rouleront d’abîme en abîme comme les anges rebelles.
Notre ancienne mère-patrie, la belle France, la fille af. née de l'Eglise Pourtant, se donne volontairement en spectacle au monde civilisé, et quel spectacle! le plus triste que j'aie vu de ma vie. Observe-t-on le dimanche en France ? non, on y travaille tout comme les autres jours—voilà la principale cause de sa décadence morale et intellectuelle,
Le peuple hébreux en a été un autre exemple frappant, puisqu'il s’est abaissé jusqu’à adorer un veau d’or. Hélas! de tout temps, ces aberrations de l'esprit humain se sont ré. pétées et se répètent encore de nos jours, sous une autre forme, si vous voulez. Que de bassesses ne commet-on pas pour ce vil métal! Pour se Procurer un peu d'argent, quelques pièces d’or, on s’avilit, on manque à la parole donnée, on fait de faux serments. Dieu a dit cependant : “Tu ne prendras pas en vain le nom du Seigneur.” On nuit au prochain de mille manières différentes ; enfin, on ne craint pas de descendre d’échelon en échelon jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’humain de la noble créature : l’homme, qui devrait pourtant toujours avoir droit de marcher la tête haute et fière. Mais non, pour un peu d’or, pour cette chose avec laquelle on peut se Procurer toutes les jouissances, on sacrifie même sa réputation. Quelle folie! “ Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée,” dit le proverbe.
Messieurs, messieurs, écoutez-moi bien : soyez toujours droits, francs et honnêtes dans toutes vos transactions, votre honneur est en jeu, votre réputation en dépend. Que vous soyiez de riches capitalistes ou d’humbles ouvriers, que votre parole soit sacrée en tout et partout; n’y manquez jamais, le succès est à ce prix. Si vous pouvez vous rendre le témoignage, en votre Âme et conscience, que vous n'avez jamais trompé Personne, au moins volontairement, d’abord vous serez plus heureux vous-mêmes, tout en rendant les autres moins malheureux.
De tout temps, il y a eu des pauvres et des riches : c’est une loi divine pour maintenir la bonne harmonie entre les différents membres de la grande famille humaine. Le mauvais riche dont il est parlé dans la Bible, qui ne voulut même pas qu’on donnât au pauvre, qui mourait de faim à
sa porte, les miettes qui tombaient de la table de ses fes.
tins, fut plongé dans le feu éternel, tandis que le pauvre fut glorifié dans le ciel.
Plus tard, sous la loi nouvelle, Jésus n’a-t-I1 pas dit qu’il est très-difficile À un riche de se Sauver — et pourquoi ?— Parce que, généralement, l'or rend méchant, égoiste, endurcit le cœur de celui qui le possède ; il y a de nobles exceptions, Dieu merci, mais combien rares! Je connais des gens qui ont déjà un pied dans la tombe, par leur âge avancé, mais qui, Cependant, craindraient de donner quelques Sous pour aider une bonne œuvre. Vont-ils donc emporter leur trésor avec eux ? on le dirait vraiment à leur manière d'agir.
Parmi les riches, les uns entassent leur fortune qu’ils craindraient de placer dans l’industrie ; ils préfèrent avoir leur or sous leurs YEUX, ou au moins à leur portée, pour en repaître leurs regards avides : ce sont les avares. N'’allez pas frapper à leur porte pour leur demander de secourir quelqu’indigence, ou d’aider à leurs concitoyens dans une
œuvre quelconque, vous n’éprouveriez que des refus, et ils vous répéteront l'éternel refrain de tous les avares passés, présents et futurs: “ Nous sommes trop pauvres!” Oui, ils sont trop pauvres d'intelligence et de cœur, et ils mourront dans leur pauvreté d'esprit; mais leurs biens seront partagés entre leurs héritiers qui n’attendent que ce moment pour en jouir. J'en ai connus, j'en connais et vous en Connaissez vous-mêmes. Quelques autres, parmi les riches, font valoir leurs richesses ; ils fondent des usines, répandent autour d'eux la joie et le bonheur: y a-t-il une plus grande jouissance que de faire des heureux ?
Voici une filature, Par exemple, qui emploie deux, quatre à six cent personnes auxquelles elle paie un salaire raisonnable ; dites-moi si l'argent du promoteur de cette
industrie n’est pas mieux employé que celui de l’avare dont je vous ai parlé tout à l'heure? Si c’est un petit industriel, ses commencements seront difficiles ; il lui faudra un travail honnête pour lui permettre d’attacher les deux bouts, Comme on dit vulgairement. Il a mis #07 son avoir en jeu, confiant dans son entreprise, mais comptant surtout sur l'honnêteté de ceux auxquels il confiera ses affaires ; n’at-il pas le droit alors d'attendre, de la part de ceux qu’il emploie et qu’il paie, un travail consciencieux? Oui, n’estce pas? Si c’est un capitaliste qui peut disposer de plus grands capitaux, ses affaires seront plus prospères, mais de même que dans le premier Cas, ceux qu’il fait vivre ne devront pas profiter de ses richesses pour le voler, non! Eston bien scrupuleux sous ce rapport ? pas trop; et je ne comprends pas qu’un homme qui reçoit dix, quinze, vingt, vingtcinq à cinquante centins pour une heure de travail, suivant ses capacités, puisse perdre cinq, dix à quinze minutes sur soixante, quand il est payé pour les soixante. Il ne faut pas avoir la conscience trop élastique.
Faisons ensemble un petit calcul: prenons un homme qui est payé $#2.00 par jour, soit 20 centins l'heure, pour 10 heures de travail ; s’il perd 20 minutes par jour pour lesquelles il est sensé recevoir 6 centins et une fraction—disons seulement 6 centins—multiplions ce petit montant par 6 jours = 36 centins ; multiplions par 4 semaines, = $1.44 par mois; multiplions par 12 mois, = $17.28 par année; multiplions par 10 ans, = #1 72.80 que cet ouvrier aura volées à son bourgeots. Maintenant, disons qu’il y a 10 ouvriers dans le même cas; voilà tout de suite la somme énorme suivante : $172.80 x 10= $1,728.00 en dix ans, que ces dix mauvais employés auront volées à leur patron. Est-ce juste? non! c'est un vol. J'ai pris une moyenne bien basse de vingt minutes de perte par jour ; il y a des ouvriers qui en per-
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dent deux, trois ou quatre fois Plus: j'en ai vus. Comment peuvent-ils avoir la Conscience en repos? On est surpris parfois d'entendre dire : un tel est en banqueroute ; un autre a été obligé de liquider ses affaires, pourquoi? bien souvent c’est la faute des mauvais employés.
Que dire du patron maitenant qui paie un salaire dé. risoire À ceux qui lui aident à faire fortune ou qui les paie mal? Comment voulez-vous que le père de quatre, six à huit enfants peut-être, puisse vivre convenablement avec une piastre par jour, soit dix centins l'heure, pour dix heures de travail? Ce Pauvre malheureux à sa femme, ses enfants et lui-même à nourrir et À vêtir, l’école des plus grands à payer, outre le loyer, le chauffage et l'éclairage ; j'en connais qui vivent avec Ça, mais combien misérable. ment! Encore faut-il que la mère de famille fasse des prodiges d'économie, .. Si Paï malheur, le père est ivrogne, oh! alors, la wrsère notre entre à ce foyer avec tout.son cortége de privations et d’inquiétudes de toutes sortes.
C'est une question sérieuse que celle du capital et du travail, messieurs : il ne s’agit pas ici de philosopher, four rire, mais bien plutôt de parler théologiquement et, partant, sérieusement,
Nous savons tous qu’il y a de par le monde des pauvres et des ricies, des ignorants et des savants, des saints et des pécheurs; Dieu l’a voulu ainsi: il ne nous appartient pas de sonder ses desseins, mais nous devons suivre les préceptes qu’Il nous a donnés. Ce divin Maître n'a-til pas dit: “Un verre d’eau froide, donné en mon nom à celui qui a soif, aura sa récompense ?” Et ailleurs, ]I1 a ajouté : “ J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger; jé. tais nu et vous m'avez vêtu.” Ah ! il n’y avait qu’un Dien pour, parler ainsi et ces paroles divines ont réglé pour tozjours les lois immuables qui doivent gouverner les rapports
intimes qui existent entre le capital et le travail et qui se réduisent à ceci: “ Faites à autrui ce que vous voulez qu’il vous soit fait.” Que celui qui a beaucoup, donne plus ; que celui qui a peu, donne moins ÿ Que ce’ui qui n’a rien, donne encore, c’est-à-dire qu’il donne un travail honnête en compensation du capital qu’il doit légitimement recevoir de ceux qui le possèdent, voilà !
J'ai expliqué qu'il faut des Pauvres et des riches pour la bonne gouverne de la grande famille humaine ; chacun doit travailler selon ses aptitudes à la place que Dieu lui a assignée. Tel bon cominis ne ferait pas un banquier ; tel
ferait pas un habile horloger ; tel bon avocat ne ferait qu’un médecin médiocre, et z1ce versa > tel orateur ferait triste figure comme professeur, et ainsi de suite. I] faut donc se Contenter de son sort et tâcher de se rendre le plus habile possible, afin de faire bénéficier les autres de ses talents personnels.
Maintenant, sur une population de 14,000 âmes que contient notre bonne petite ville de Sherbrooke, pensez-vous que #’importe lequel des hommes, qui sont presqu’en majorité sur le beau sexe, pourrait faire un bon maire, un bon juge, un bon médecin, un bon peintre, un bon forgeron ? Non, il faut une préparation préalable, une espèce d’entrat. nement, pour r:mplir telle charge plutôt que telle autre. Un habile cultivateur ne fera jamais un bon marchand ; tel ouvrier, un bon cultivateur. Quand on vient vous prêcher l'égalité des hommes, on vous trompe grossièrement, c’est une utopie, une chose irréalisable ; vous le comprenez bien vous-mêmes, messieurs. I] y a ici, dans cette salle, de dignes représentants du Commerce, de l’industrie, des professions, des métiers, etc.; dites-moi, vous qui êtes bon notaire, pourriez-vous être bon directeur de chemin de fer ?
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non, Vous n'avez pas dirigé vers cette spécialité toutes les puissances de votre intelligence, et je pourrais en dire autant de chacun de vous et de moi-même : je suis un médecin Passable, mais j'aurais probablement fait un vilain avo- Cat ou un pauvre inécanicien. Ensuite, qui plus est,ily a une grande différence entre les aptitudes d’un chacun. Dans une même famille, composée de quatre à six gar- Sons, est-ce que tous ces jeunes gens ont le même talent ? non, un sur six réussira et les autres végéteront. L'’intelligence n’est pas développée également chez chacun d’eux : l’un fera un bon artiste qui aurait fait un piètre militaire ; un autre, un habile encanteur qui aurait fait un chétif bedeau, et ainsi des autres. Contentons-nous donc de ce que nous sommes ; il est encore plus difficile d'égaliser les intelligences que les fortunes: en Supposant qu’un père de famille, par exemple, pourrait donner à tous ses garçons— mettons qu’ils sont encore six—s’il pouvait Jeur donner à chacun $5,000, qu’arriverait-il » Croyez-vous qu’au bout de dix ans, ces six jeunes gens auraient amassé une fortune égale, disons $2 5000 ? Non, deux ou trois l’auraient peutêtre fait; un autre aurait vécu simplement sans faire d’é.
autre chose que d'inventer des utopies sans rimes ni bon sens, des choses impraticables et irréalisables et qui ne se- Tont jamais autre chose que des {rouble-société !
Ceci m’'amène tout naturellement à parler des grèves. Qu'est-ce donc que cette chose à la mode qu’on appelle grè-
ve (ou stérile)? C'est presqu'aussi à la mode que l’appendicite, mais c'est encore plus sérieux, plus désastreux par ses conséquences funestes, car au moins l'appendicite, cette maladie de boudoir surtout, n'attaque qu'un individu à la fois, tandis que la grève, elle, s'attaque aux masses, et c'est un mal incurable, comine le premier, quand il est sérieux, et il faut aux deux un remède radical,
Qu'est-ce donc qu'une grève? Une grève est la cessation du travail par un groupe d'ouvriers, ou d'employés quelconques, à une heure déterminée. Quelle est la puissance occulte qui a ainsi donné le mot d'ordre du chômage ? Ah! voilà, il y a eu de tous temps des meneurs de foules, des Adbleurs politiques on autres, des érandons de discorde, dans toutes les sociétés ; des gens, enfin, comme je vous le disais il y a un instant, qui n’ont jamais su faire autre chose que de semer la zizanie parmi leurs semblables. Ils me font penser aux anges rebelles qui ont dit à Dieu: “ Von serviam !" A leur tour, ils disent à cette société qu’ils doivent pourtant protéger et servir, comme tous les membres du corps doivent obéir à l'âme qui les commande, —car ils sont solidaires les uns envers les autres—ils disent donc, eux aussi, À cetie société—" Non serviam.” Je ne vous servirai pas, mais je vivrai à vos dépens, c’est-à-dire, je vivrai aux dépens des crédules qui travaillent et qui peinent chaque jour pour vivre honnêtement et élever leur famille chrétiennement. Voilà ce que disent et ce que font ces prétendus redresseurs de torts, et je le prouve. Les grèves sont des malédictions, des châtiments qui arrivent de temps en temps comme des fléaux, pour punir les foules trop exigeantes, trop inconséquentes, trop crédules, qui se laissent £errer par le premier embaucheur venu—et i] faut bien que je dise l’autre mot, quoiqu'il m’en coûte—oui, qui se laissent tromper par le premier exguenleur qui se présente.
Demandez donc à cet individu ce qu’il est et ce qu’il a fait danssa vie. S'il était sincère, — mais il ne le sera pas, —il vous dirait qu’il étai: un jour un honnête ouvrier, un barbier modèle, un boulanger propre et fidèle, un homme de profession, si vous voulez ; mais voilà qu’un jour, il s’est Cru quelqu'un, un personnage, quoi! Il a appris far cœur quelques phrases ronflantes, mais vides de sens ; il les débite avec aplomb à quelques badauds d’abord, puis on se groupe autour de lui, on l’applaudit, et le voilà Passé grand homme, dans son genre. 1] prend les noms de ceux qui l’écoutent, quand il en est capable, mais bien souvent il ne sait pas même lire, et il a son secrétaire, tout comme un ambassadeur ; il n’a pas trop de temps pour faire de grands gestes et électriser son auditoire en lui débitant des phrases dans le genre de celles-ci, qu’il a payées tant la ligne à un rhétoricien qui a manqué son baccalauréat : “ Camarades, voilà assez longtemps que les patrons nous sucer, (sic /) à notre tour maintenant de leur faire la loi; jusques à quand nous laisserons-nous tondre comine des moutons ? Je suis le délégué du bureau central, messieurs, et le président vous fait dire d’avoir toute confiance en moi ; donnez vos noms à mon secrétaire, et payez deux, trois, cinq à dix piastres (suivant le cas) et vous ferez partie de telle ou telle union.” J'ai entendu ce petit boniment débité un jour par un gros garçon joufflu, qui avait son cigare au bec, son chapeau de castor insolemment placé sur sa nuque ide, ses deux pouces placés dans son veston; il portait un lorgnon d’'imitation d’or, une bague en faux brillants, une grosse chaîne de cuivre doré, avec l’emblême de sa prétendue union des cigariers: deux cigares en croix sur sa breloque,—c'était à faire pitié !
Mais ce qui me révolta, c’est quand je vis une trentaine de jeunes gens, de bons enfants, aller donner leur nom à
ce sale individu, et faire tomber dans son escarcelle $5 cha- Cun, $150 du coup! On leur remit Par ordre une espèce de reçu, préparé d'avance, et le tour était joué : ils faisaient partie de l’union..., Notre ambassadeur (szc /) partit aussitôt, sans même remercier la foule, pour aller faire d’autres dupes ailleurs; mais je sais où il se rendit d’abord, moi, car j'étais intéressé au plus haut point et je voulais savoir comment tout cela tournerait, Eh bien! voici: il se hâta d’aller rendre compte à so» chef—car il en avait un, lui qui venait de prêcher la révolte Contre les patrons, —i] se rendit, dis-je, chez son espèce de président, Bonjour, copain ! bon. jour, compère !”’—ils Conservaient tous deux, par la force de l’habitude, leurs anciens titres. —“ Apportes-tu un bon magot?” “Oui, assez, cent piastres.” C'était déjà bien trop pour un discours échevelé de quinze à vingt minutes ! —il avait partagé les cinquante autres avec son secrétaire ; — d’ailleurs, il fallait payer les dépenses du voyage, et Ça coûte cher, un délégué, un ambassadeur qui voyage avec son secrétaire dans les chars palais, aux dépens des ouvriers. —Mon ami, fume-moi ce Pur havane et buvons un petit verre de champagne à la santé des MM.deX.... de Y... ‘ de Z...., et que sais-je, moi ?—A leur santé, compère ! ils sont tous à vos ordres; vous n'aurez qu’un signe à faire et la grève sera déclarée !
Ce que je vous dis là est arrivé ; C’est une histoire vraie, malheureusement, et qui se répète trop souvent. Si, encore, on s’en tenait là, si chaque membre des dites unions ne perdait que cinq, dix à vingt-cinq piastres par année, pour faire vivre grassement MM. leurs directeurs ; mais, hélas ! l’ogre du bureau central a les dents longues, il faut qu’il soit bien repx, et il n’y a plus de fonds: c’est donc le temps de faire une bonne grève et de prélever un percentage sur chaque ouvrier, quitte à le faire rembourser par
les avares de patrons qui seront bien forcés de délier le cordon de leur bourse. Et voilà comment des citoyens paisi. bles, d’honnêtes Ouvriers, apprennent un beau matin que telle filature, que telle usine, que telle Comp. nie de chemin de fer, et que sais-je ? est obligée de fermer ses portes, faute de bras pour l’alimenter, C'est le moment psychologique ; tous les esprits sont inquiets : on se demande avec anxiété quels seront les résultats de cette grève, dans cette bonne petite ville jusque là si paisible, si heureuse, parceque tous les citoyens travaillaient chacun à sa place, avec entrain, et satisfaits du devoir accompli,
Je vois d'ici le fameux bureau central: je chef, son délégué et son secrétaire sont anxieux et ils font Jouer les lignes télégraphiques et téléphoniques : ils donnent des ordres. La grève va-t-elle réussir ?..., Ils n'ont plus /e sou, puisqu'ils font même Payer leurs infâmes messages par les ouvriers locaux ; ils supputent déjà la part qui leur reviendra à chacun, les monstres !..., Que vois-je ? le sang coule ; les propriétaires se barricadent chez eux—ne sontils plus les maîtres de leurs propriétés ?—i]s ont eu recours à la force publique pour les protéger. De l’autre côté, les ouvriers, excités par les fallacieuses paroles du fameux dé. légué, par les écrits euflammés du chef, oublient qu'ils ont toujours été de paisibles et d’honnêtes citoyens ; ils vont même jusqu’à renverser l'ordre établi, à fouler aux pieds les lois sacrées de leur pays: ils s’arment contre leurs
excuse; mais, enfin, l'autorité fait valoir ses droits méprisés et le long bras de la justice arrête les Coupables, les prétendus coupables, j'oserais dire, car les premiers meurtriers, je ne crains pas de le dire et je l’affirme, sont au trop fameux bureau central. Si j'étais juge, je ferais pendre haut
et court ces trois bandits, les trois sales individus que j'ai dépeints tout à l'heure, s'ils existent encore, et je serais mi. séricordieux pour leurs dupes, au moins pour la première fois. — Dites-moi, messieurs, si ce n’est pas là un portrait fidèle de ce qui arrive si souvent ?
Que vois-je encore ? une Pauvre femme en pleurs, et ses trois enfants qui s'accrochent à ses vêtements, en demandant leur pauvre père, tué, assassiné dans la mêlée, et qu’on rapporte tout sanglant à son logis. Quel tableau dé. chirant!.... Voici une brave femme, une jeune veuve, séparée Pour jamais du Compagnon que Dieu lui avait donné pour lui aider à supporter les épreuves de la vie; voici de petits orphelins qui marcheront maintenant seuls dans la vie, sans père, sans soutien, sans appui : on le leur a enlevé traîtreusement..., Oh ! les Jâches ! ils seront maudits de Dieu et des hommes, ... Est-ce vrai ? oui, messieurs, vous le savez aussi bien que moi ; n'est-ce pas ce qui est arrivé, dernièrement, dans une petite ville voisine de Montréal ?
Qui est responsable de cette échauffourée malheureuse qui a fait versé tant de sang et tant dc larmes? Nous le saurons bientôt, car la justice informe; mais qui pourra jamais rendre à cette femme éplorée son époux bien-aimé ? Qui pourra jamais rendre à ces Pauvres orphelins, leur tendre père ? personne ! la mort a passé et a fauché sans prié cette chère existence. Justice sera faite et exemplaire, je l'espère, mais elle ne rendra pas les disparus : elle ajoutera de nouveaux deuils aux Premiers, et elle n'atteir ira peutêtre pas les vrais coupables.
Il incombe à nos gouvernants de saper le mal dans sa base, de faire disparaître ces bureaux que je pourrais appeler clandestins, puisqu'ils opèrent le plus souvent dans l’ombre, comme les pires anarchistes, contre ies lois établies et contre la morale, Il va s’en dire qu’il y a de bonnes unions
(au moins, je le crois) qui agissent dans l'intérêt de leurs membres, qui payent une indemnité en cas de maladie et Une assurance à la mort du sociétaire, Si elles sont ap- Prouvées par les lois existantes des pays où elles opèrent, elles sont contrôlées et elles doivent exister pour le plus grand bien des membres qui en font partie ; sans quoi redoutons-les et gardons vis-à-vis d'elles notre complète indé. pendance, On travaillait autrefois sans ces sociétés et l'on vivait tout aussi bien, sinon mieux ; de nos jours, on veut enrégimenter tout le monde dans ces unions malfaisantes, mais surtout les jeunes : les vieux aussi, bien entendu, pourvu qu'ils paient ! Ainsi, dans une union de charpentiersmenuisiers que je connais, les hommes qui ont plus de 50 ans sont admis en payant trente centins par semaine, soit $1.20 par mois, ou $14.40 par année, Pour avoir l'honneur de faire partie de l’union—honneur qui coûte cher pour ce qu’il rapporte !—ou bien il n’y aura plus d'ouvrage pour
Je sais qu'il y a de braves ouvriers qui ont refusé avec mépris les offres alléchantes mais trompeuses d’un certain organisateur d’unions de A... + Cet individu devrait être chassé de la ville à Ja prochaine visite qu’il y fera; on m'a dit qu’il a essayé de former un bureau d’affaires quel-
dules partisans, et peu de temps après, un nouveau secrétaire, qui remplaçait ce défalcataire, n’est Pas parti, lui, mais a bu avec les souscriptions nouvelles : l’histoire ne dit pas si l’union a été dissoute.
Pourquoi existe-t-il un gouvernement dans chaque pays bien organisé? n'est-ce pas pour administrer les revenus de l'Etat, pour faire des lois justes que chaque citoyen, digne de ce nom, doit respecter ? Les membres de ce gouvernement, choisis par le peuple, doivent avoir toute sa confiance, sinon, il les changera quand ils viendront de nouveau briguer ses suffrages, voilà! Eh bien ! que nos députés, qui sont munis de tous les pouvoirs, fassent leur devoir ; ils sont nos mandataires, ils doivent veiller au maintien de l’ordre dans le pays que nous, les électeurs, leur avons donné charge de maintenir.
Le gouvernement fédéral a fait preuve de sagesse, dernièrement, en faisant une enquête (a-t-elle été assez sévère ?) sur les compagnies d'assurance ; c’est un bon début, mais qui doit se poursuivre sans relâche, jusqu’au bout. Pas de quartier ! les économies du peuple sont sacrées et le gouvernement, comme un bon père de famille, doit faire rendre justice à chacun de ses enfants qui doivent tous lui être aussi chers les uns que les autres; les électeurs lui ont donné le pouvoir d’édicter des lois sages, prudentes, pondérées, et, une fois ces lois en vigueur, qu’il les fasse respecter. Ainsi donc, chaque w#zon de mouleurs, de charretiers, de cigariers, de tisserands, d'ouvriers quelconques, de médecins, d'hommes de loi, de militaires, n’importe, doit être sous le contrôle de l’état qui jugera si elle doit exister ou, si elle existe déjà, si elle fonctionne en conformité avec la loi. Les plus puissantes organisations comme les plus infimes doivent être sous son contrôle immédiat ; une compagnie, par exemple, qui a à son service 65,000 employés (il y en a de bien plus nombreuses encore), dont 85 pour cent font partie d’une union, ne devrait-elle pas être soumise au pouvoir établi tout comme une autre association de quelques centaines de personnes? A plus forte rai-
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son, car si, par malheur, un ordre injuste était donné un bon jour à cette masse d'hommes, quels en seraient les résultats? je vous aide à répondre: il en résulterait l’anarchie, les désordres de toutes sortes, le désarroi sur toute la ligne et peut-être un grand nombre de pertes de vies. Qui serait responsable? nos gouvernants, ceux-là même que le peuple a appelés au pouvoir pour maintenir l’ordre ; est-ce vrai ?
J'ai été témoin d’une grève à X.... dans un voyage que je fis dans cette ville manufacturière. J'avais vu cette cité très-prospère, deux ans auparavant ; une activité fébrile régnait partout, tout était à l’ordre parmi toutes les classes de la société : la joie, le bonheur et le contentement se lisaient sur ia figure de chaque personne que je rencontrais. Quel affreux changement s'était opéré en quelques mois! tout le monde paraissait inquiet: les regards errarent dans le vide; le voisin fuyait son voisin; les enfants, en loques, couraient à l'aventure dans les rues ; les pères de familles, l’air morne, gesticulaient par groupes; les bourgeois, soucieux de leurs biens, avaient placé des gardes à l'entrée de leurs usines ; enfin, on se sentait mal à l'aise,
presque sur un volcan qui pouvait faire éruption d’un moment à l’autre.
Et on avait bien raison de craindre une catastrophe, car il n’y avait plus de pain au logis ; un estomac vide ne se rend à aucun raisonnement, si ce n’est à celui qui appaise sa faim. Nos compatriotes forment la majorité de la population travailleuse de cet endroit ; étaient-ils les seuls coupables? je ne le crois pas, maïs ils s'étaient trop facilement laissés entrainer par le trop fameux bureau central des mauvaises unions—que je n’ai pas de termes assez vil pour qualifier —qui se composait, du reste, comme partout ailleurs, d’un président, d’un secrétaire, d'un ambassa-
deur, (sic /) etc. Ces brutes fumaient des havanes et buvaient du champagne ; enfin, faisaient bombance, à leur bureau bien capitonné, aux dépens de leurs dupes qui crevaient de faim et mouraient de froid dans leurs mansardes.
Ces fameuses offcines, où l’on fabrique à demande des directeurs, des engueuleurs, devraient être converties en salles de correction, sous le contrôle des gouvernements qui auraient pour enfrainenr et dompteur, V'exécuteur public, le bourreau des hautes œuvres; ou mieux encore, ces individus devraient être cond:runés au pé' cier pour cinq, dix, quinze à vingt ans, afin d'en débarrasser la société et pour leur donner le temps d'apprendre un bon métier, avec lequel ils gagneraient leur vie honnêtement plus tard. Ces mandarins éhontés et sans cœur veulent #rer du grand ; ils prendraient plaisir, comme Néron, à voir mettre à /£ et à sang leur ville natale : que leur importe, pourvu qu’ils vivent largement et grassement des sueurs de louvrier. Nouveaux Bigots, ils entassent, dans leurs repaires de brigands, les économies du pauvre monde et ils se moquent ensuite des misères affreuses dont ils ont été la cause première.
Allons, Chevaliers de Colomb, mes frères, dénonçons ces infamies, et si nous sommes dignes de celui dont nous sommes si fiers de porter le nom, l’immortel Christophe Colomb, revendiquons les droits des honnêtes gens ; aidons les autorités légitimement constituées à débarrasser notre pays de ces vampires à face humaine, s’il y en a chez nous, qui exploitent la crédulité publique, et nous aurons bien mérité de tous nos concitoyens.
Merci de votre bienveillante attention.
Grand Concert au Monument National.
(ENTRE Nous).
Le tout-Sherbrooke amateur de belle musique se pressait, mardi soir, dans la salle du Monument, pour applaudir nos musiciens, qui ont donné un vrai régal artistique.
Le célèbre oratorio Joseph ” a été rendu d’une manière admirable par nos jeunes. Ne craignez plus de paraître en public, et devant n'importe quel public, mesdames et messieurs; vous aviez déjà fait vos Preuves, mais vous avez prouvé une fois de plus, qu'avec un peu de travail et ce bonne volonté, il vous était facile de bien rendre, de trèsbien rendre les œuvres des plus grands maîtres. La musique de Méhul n’est pas du Lianotage ordinaire, mais de
«l'harmonie de grande envergure qui dilate les fibres du Cœur, qui fait goûter À toute âme, tant soit peu sensible au beau, un avant-goût de l’art divin, surtout quand elle est exécutée par une artiste comme Mme Codère, Les subli. mes paroles d'Alexandre Duval, rappelant la tragédie de la vente de Joseph par ses frères à des marchands Ismaélites, son histoire en Egypte, sa grandeur comme ministre de Pharaon, le chagrin de son vieux père Jacob qui pleure son fils à Hébron, puis la découverte de son enfant bien-aimé qu’il croyait mort depuis longtemps ; les soins Caressants de Benjamin ; enfin les remords des autres fils du vieux pa-
triarche, le pardon de celui-ci: tout dans cet oratorio, accompagné de l'orchestre, tantôt doux, tantôt plus sévère, était de nature à charmer les auditeurs. M. l'avocat Victor-Emile Rioux a fait un Jacob superbe: Mme Messier ## vrai Benjamin; Mile Lanctôt, une charmante fille d'Israël ; M. Comtois, un habile Joseph; M. Genest, un brave Utobal; MM. Picard, Bélanger et Légaré, de bons fils repentants ; enfin, tous se sont acquittés de leur tâche d’une manière parfaite. MM. les Prof. Cartier et Bourgeault doivent être fiers de leur succès.
Notre société chorale française ne le cède à aucune autre, et nous avons chez nous tous les éléments pour réussir : pas n’est besoin donc de faire d'importation; mais il faudrait avoir un peu plus de confiance en soi. Il y a de belles, de très-belles voix à Sherbrooke ; il ne faut pas se croire plus que les autres, et on doit bien se convaincre que nous ne valons pas moins par exemple. C’est un peu, beaucoup même, notre défaut dominant comme peuple et comme individu: nous aimons l’érange, le nouveau.— Un artiste chez nous! mais, c’est trop commun! Quoi, le petit Chose ! le garçon à Jean-Louis ! la fille à Jean-Pierre! qu'est-ce que ça sait ça ? on le ou la rencontre tous les jours sur la rue, ce n'est plus drôle !—Et voilà comment on fait venir à grands frais de prétendus artistes, des orateurs, des acteurs, des orgauisateurs, que sais-je? (c’est si beau, parce que ça vient d’ailleurs !) qu’on a sous la main, mais qu'on ne sait pas apprécier. Autant vous dire ce que je pense de suite, puisque je suis à faire des compliments. Si nous avions plus de confiance en nous-mêmes, (sans pédanterie), si nous ne nous jalousions pas tant, si nous encouragions plus ceux qui ont un talent réel, chacun dans son métier ou sa profession, nous serions à la hauteur de n’importe quelle autre race ; est-ce vrai? et nous le sommes quand même, malgré tout.
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On peut dire la même chose de chaque village et de chaque ville de notre province.
Je vais vous citer un exemple entre cent, et vous prouverai par un contraste que je n'ai pas tort: nos concitoyens anglais, sans distinction de secte religieuse, se sont groupés pour faire un succès de leur belle œuvre {the Y. M. C. A) Est-ce que quelques-uns parmi eux ont essayé de mettre des entraves Pour empêcher la réussite de leur projet? non, mille fois non; tous, comme un seul homme, se sont donné la main et ont fourni à cœur-joie, même sans espérer de dividende, et nous-mêmes, catholiques, leur avons
aidé par nos paroles d'encouragement et de nos faibles moyens pécuniaires.
Voilà des gens que j'admire, parcequ’ils voulaient réussir, et ils ont réussi, parce qu’ils l’ont voulu. Des sociétés “de bienfaisance leur ont envoyé des contributions, très-bien. Par contre, (voici le contraste) : quand il s’est agi de fonder parmi nous une institution qui ressemble à la leur sur quelques points, plusieurs des nôtres en ont compris l’importance et je les remercie de nouveau des sacrifices qu’ils ont faits; mais combien se sont abstenus? Si tous les Canadiens, si tous les catholiques avaient fait comme nos amis les protestants, notre Monument National serait au complet ; notre bain public, notre 8gymnase, etc., qui ne sont encore qu'ébauchés, seraient déjà en opération, est-ce vrai? Nos sociétés de bienfaisance ont été empêchées de nous tendre la main; la société St. Jean-Baptiste elle-même, pour laquelle pourtant est construit spécialement le Monument, n’a pas jugé à propos dr: fo“rnir sa quote-part dans l’érection de ce bâtiment! Est-ce encore vrai? Je concède que nous ne sommes pas riches, mais on n’a jamais demandé un $1,000 à un citoyen, non—quelques-uns auraient pu le faire, mais il aurait valu autant leur arracher la vie /—on leur
demandait seulement 100, 50, 25, 10 et même 5 piastres ou ce qu’ils voulaient ; était-ce donc si difficile? Pas un seul catholique n'aurait dû se faire tirer l'oreille; mais vaut mieux tard que jamais, et il est temps encore d'aider à compléter notre Monument.
Le noyau de notre bibliothèque commence à faire du bien; le cercle catholique de notre studieuse jeunesse nous fait donner des conférences de temps en temps, (l’honorable juge Lemieux sera le prochain conférencier, me dit-on); notre société chorale vient de nous donner, chez nous, le magnifique concert qui fait le sujet de cette chronique ; mais il faudrait encore plus que cela: nous devrions avoir des classes d'histoire, de solfège, d'économie politique ou autre, et que sais-je? Nous avons le plus beau site de la ville. L’hon. juge en chef Lacoste, l’hon. premier Gouin et ses collègues, et combien d’autres, nous l'ont répété à satiété ; il n’y a que nous qui semblons l'ignorer, et c’est toujours la même histoire: on s’'écwure trop vite de ce que l’on a, Parce qu’on ne sait pas l’apprécier, ici comme ailleurs.
J'avoue que nos concitoyens anglais sont mieux orgauisés que nous l'avons été, et que tous leurs principaux citoyens se sont mis À la tête du mouvement, tandis qu’au début de notre entreprise, un pauvre pesi individu, un seul, quêtait de porte en porte. Oh! comme il remercie les personnes généreuses qui l'ont encouragé et tant aidé plus tard; maïs si tout le monde, sans exception, avait fait ce que font nos voisins, notre ville serait dotée aujourd’hui d’un de ses plus beaux monuments. Ce que avons est déjà bien passable, mais si nous voulions £ous, nous pourrions faire encore mieux dans l'intérêt des nôtres. Un mot d’en- Couragement, et je suis prêt Sour un à recommencer.
Avril 1907.