LE CHATEAU DE HASSEXBERG
vastes salles, cent cinquante prisonniers civils belges — le village de Musson presque tout entier. Impossible de retracer le tableau des souffrances horribles qui ont précédé leur internement : marches forcées pendant de longues journées, privation de nourriture; mauvais traitements.
Aussi, leur aspect fait-il peine à voir; ils se remettront difficilement. Si encore la cantine pouvait leur être de quelque secours ! Mais, pour comble, ils ont été complètement dépouillés. Sans contrôle, sans recours, sans vergogne, un officier leur a brutalement enjoint de vider, là, dans un seau, le contenu de leurs porte-monnaie — au total, plus de cinq mille francs, qu'il a fait disparaître sans espoir de retour!
A côté d'eux, nous occupons une chambre — tout juste la place de nos quarante paillasses serrées l'une contre l'autre. Ici, du moins, si le lit est dur — car la paille nous est parcimonieusement mesurée, — un parquet et d'épaisses murailles nous tiennent à ibri des intempéries.
Mes deux confrères et moi, nous nous organisons dans un des angles de la salle ; c'est
i8 MA CAPTIVITÉ EN ALLEMAGNE
là que, pendant trois semaines, nous vivrons dans une sorte de réclusion, le matin roulant nos paillasses, pour les transformer en sièges et en tables. A dix heures et à quatre heures, la demi-heure de promenade officielle, trois par trois, sur une piste et sous la direction d'un simple soldat.
Je retrouve, à Hassenberg, l'ordinaire de Gassel ; il est identique d'ailleurs dans tou» les camps — une nourriture tellement insuffisante, que le reste de mes faibles ressources passera tout entier à me procurer la ration du soldat allemand : cent-cinquante grammes de viande ajoutés aux maigres légumes et aux quatre cents grammes de pain noir du jour. Les jeunes prisonniers qui m'entourent sont tellement affamés, que, pendant les corvées qu'on leur impose, ils s'ingénient à dérober et en viennent à dévorer, tout crus, navets, carottes, rutabagas, pommes de terre, épluchures de toutes sortes jetées aux ordures. Leur dépression morale fait peine à voir ; plusieurs sont anémiés au dernier point, hors d'état de produire un effort, quand une corvée plus lourde leur est imposée.
En face de moi, l'un d'eux — dix-huit ans